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"A l'Oraison... " - Une patrouille parmi d'autres...

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Ven 8 Mai - 17:14
Foudre
La Hache d'El
Foudre
Messages : 213
Localisation : Forbaie
Elle revint à elle. Foudre était soulagé de voir ses yeux s'ouvrir et sa main chercher la sienne. Grâce attrapa le bras du Prêtre et s'y agrippa comme si elle se trouvait dans un cours d'eau où il y avait du courant et que le bras représentait une branche solide qui l'empêchait de s'en aller et de se noyer. Elle tremblait de froid ou peut-être était-ce à cause des efforts qu'elle avait fourni ? Impossible de le savoir pour lui, il enleva d'une seule main la cape qu'il portait et enveloppa la soigneuse comme il put. Attendant de retrouver un peu de forces, la Béarne indiqua qu'il fallait bander l'épaule du blessé et qu'elle mange.

« Je vais m'occuper de son bandage, appuie toi sur Rutilant et trouve un endroit pour te reposer quelques instants, il va t'apporter de quoi te nourrir. »

Foudre se tourna vers Rutilant et lui fit comprendre d'un regard qu'il lui confiait la Prêtresse d'Eda. De son côté, le brun se tourna vers le blessé qui dormait toujours et regarda autour de lui ce qu'il pouvait prendre pour bander son membre. Il vit du matériel dans les affaires de la guérisseuse et s'en saisit pour faire un bandage correct. Il n'était nullement un expert en soins mais avait suivit quelques ateliers au fil de ses missions avec certains membres du culte d'Eda. De ces moments, il en avait retiré une certaine connaissance des plantes et deux ou trois choses concernant les pansements.

Regardant son œuvre, il se dit que ça serait suffisant pour tenir jusqu'au Temple. Après tout, Grâce avait fait son maximum pour lui, s'il venait à mourir, ça ne serait pas de sa faute à elle. L'homme n'avait qu'à se battre un peu plus pour rester parmis les vivants.

Du côté de Bonté, elle vit que le chef de la Garde parlementait avec les femmes armées. Ne semblant pas avoir besoin d'elle pour le moment, elle se présenta près de Bavard et lui dit :

« Surveille ce qu'il se passe avec la Garde partie chercher un chariot. Là, le chef semble parler avec trois femmes armées mais personne ne bouge. Si jamais il venait à y avoir du grabuge, appelle-nous. »

Puis se rendant compte à qui elle parlait, elle le regarda un instant et dit :

« Enfin, meugle... Fais un bruit, je sais pas, démerde toi pour que l'on comprenne que tu as besoin d'aide. Je vais tenir Foudre au courant de ce qu'il se passe. »

Elle s'en alla vers ses Frères et les prisonniers. La situation était sous contrôle, Pod et Malicieuse gardaient les hommes, il y avait ici et là des cadavres et d'autres qui étaient mal en points mais semblaient avoir reçu des soins. Le Père venait de terminer son pansement quand elle arriva près de lui :

« Y a le chef de la Garde qui a trouvé un chariot et a demandé à ses hommes de le remettre en état. Malheureusement, des femmes armées sont arrivées et il commence à discuter avec elles au lieu de les dégager. »

Le Ripponais entendit le rapport de Bonté et se dit :

*Bordel, c'est bien ma veine...*

« El semble nous tester ma Sœur... Il nous fout dans les pattes un gentil qui semble faire confiance à n'importe qui pour former sa troupe. Il a pris de la bleusaille pour une mission pareille ! Sérieux, il s'attendait à quoi ? »

Après quelques secondes de réflexion, il dit :

« Merci pour l'information. Reste à distance et qu'il tire son plan. Il fait pas partie de notre mission. S'il arrive pas à se débarrasser de trois femmes en colère, c'est qu'il a choisi le mauvais métier. Notre mission est de protéger Grâce, le reste m'importe peu. »

Alors que Bonté se dirigeait à nouveau vers l'endroit où elle se trouvait, elle entendit Malicieuse dire :

« Ça se voit tout de suite que c'est un gentil. Pourquoi pensez-vous que je lui ai parlé ainsi ? »
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Sam 9 Mai - 10:37
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
Messages : 52

La soigneuse lâcha la main de Criard pour toucher la cape qui recouvrait à présent ses épaules. Celle-ci l'enveloppa d'une agréable chaleur, celle d'un autre corps qui l'avait porté avant elle et Grâce s'y sentait à l'abri.
Foudre lui indiqua qu'il se chargerait de panser l'épaule du blessé pendant que Rutilant s'occuperait d'elle. Elle n'eut la force de ne rien répondre à cela, aussi se contenta-t-elle de hocher la tête. Le Béarnois s'approcha d'elle et lui proposa son bras pour qu'elle se relève. La jeune femme savait que cela ne suffirait pas.

" Je peux pas... " fit-elle en secouant mollement la tête. Son corps était vidé de toute énergie, chaque geste lui demandant de puiser dans les ressources qu'il lui restait. Se lever était clairement au dessus de ses forces.
Le grand roux comprit et plaça un bras dans son dos, calant sa main sur sa taille, puis posa l'autre de l'autre côté de son ventre et il la souleva. Elle sentit le froid du sol quitter ses genoux, plus que ses genoux quitter le sol. Ses jambes furent parcourues de centaines de milliers de fourmis, ankylosant ses muscles et ses articulations, comme si cela faisait des heures qu'elle était assise à terre dans cette position et non quelques minutes. Il la soutenait fermement, la portant même davantage qu'un simple soutien. La jeune femme cligna des yeux à de nombreuses reprises, la tête soudainement engourdie.

" Rassieds-moi quelque part... Je tiendrais pas... " finit-elle par dire, les paupières closes et la mâchoire crispée. Cet état de faiblesse était insupportable. Il y avait à faire encore et elle devait supporter d'être une petite chose fragile inapte à simplement rester debout.
Pourtant, elle avait fait ce qu'il fallait. L'autre soldat était moins urgent. En l'état, il pouvait même être déplacé jusqu'au temple où on lui retirerait la flèche et lui donnerait les premiers soins dans de meilleures conditions que dans cette ruelle.

La demoiselle sentit à peine que Rutilant la déplaçait. Il aurait pu la porter à plein bras qu'elle ne l'aurait pas remarqué. Son corps était comme ces poupées de chiffon que certains parents offraient à leur fille. La sensibilité de ses jambes était contrariée par leur engourdissement. Il la posa sur une caisse qu'il avait retourné d'un coup de pied et ce ne fut qu'en sentant le bois sous la paume de ses mains qu'elle reprit véritablement conscience de ce qui l'entourait. Son esprit vif était bien là mais il était en prise avec la mollesse cotonneuse d'un corps épuisé qui n'aspirait qu'à s'assoupir.
Puis ce fut le bruit du pain qu'on rompait, l'odeur du fromage qui lui fit revenir à la réalité. Elle put lever les bras, se saisir de ce qu'il lui donnait avec ses deux mains et les porter à sa bouche. La première bouchée fut difficile à déchiqueter mais à mesure que les arômes et la matière emplissaient sa bouche, que ses dents s'appliquaient à mâcher les aliments, Grâce ré-émergea pleinement. A peine la première bouchée avalée qu'elle s'attaquait à la suivante, prise d'une fringale incontrôlable. Son corps était enfin d'accord avec son esprit : il fallait qu'il se remette en route. Pour cela, il lui fallait de l'énergie, plein d'énergie.

Toute concentrée à manger, elle n'entendit pas l'échange entre la femme et le Ripponais.
" Ils en sont où ? Il ne faut pas traîner ici. " demanda-t-elle finalement. Tout en mangeant, elle faisait bouger ses pieds pour chasser ces fourmillements constants.
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Dim 10 Mai - 10:21
Eda
Celle qui aide
Eda
Messages : 213
On aurait dit qu'elles savaient. Qu'à la simple entente des minces précisions de l'officier, elles avaient compris. Ces femmes se connaissaient toutes ; elles étaient des amies, des voisines. Elles savaient des choses sur la vie des autres comme tout un chacun peut l'apprendre au fil des années.
La plus grande du groupe, Agnelle, s'effondra littéralement sur place. Ses jambes se dérobèrent sous elle et elle ne dut de ne pas se faire mal qu'à la retenue de sa voisine enceinte. Elle se prit le visage entre les mains, laissant tomber sur le pavé le couteau qu'elle tenait. Il fit un bruit sec et métallique qui sembla se répercuter sur les murs de cette rue terriblement vide. Ses pleurs furent silencieux mais sa détresse évidente. La troisième jeune femme, la frêle aux beaux yeux bleus, s'agenouilla auprès d'elle et l'enlaça avec force.

" Ils n'ont pas attaqué sans raison... " grimaça celle aux joues rebondies. Son caractère en faisait celle la plus à même de répondre à cet homme, prenant sur elle pour ne pas se laisser gagner par le désespoir de son amie.
" Y zont tort mais c'pas sans raison. Toi, vous, d'autres... Y s'vengent de l'affront du roi, prouvent qu'y sont des hommes, cap de protéger leurs familles. C'tout c'qui leur reste, tu comprends ? "
Elle parlait fort et les visages aux fenêtres étaient plus nombreux. Marguerite, vu que tel était son nom, était en colère et elle entendait bien le faire savoir. Comme si le coup au cœur qu'avait reçu son amie avait asséné au sien la hargne suffisante pour dire à haute voix ce qu'il contenait.
" Toi tu vis dans ton château, toi t'as à becter tous les jours. Ici, on donne aux gosses en premier et on voit c'qui reste parce que le Sir, il a décidé que les greniers, il nous les ouvre pas. Si on meurt pas d'faim en preum's, ça s'ra d'froid, car même le bois y devient cher. Qu'y s'étonne pas qu'on morde après ! Et y fait quoi pour nous ? Y met ses gars tout bien beaux et nourris dans nos rues pour pas qu'on ait peur. Mais putain, on s'chie d'sus ! "
Elle secoua le couteau de cuisine qu'elle avait en main. Elle avait les yeux gonflés de larmes et ses joues avaient encore rougi.
" Nos gars y font d'la merde, y volent, y attaquent mais c'pas pour rien ! "
Sa main retomba mollement. Elle semblait vidée, épuisée. Sa compagne enceinte vint lui prendre le bras. Elle avait une main sur son ventre rond et reniflait également.

" Mag... "
Elle posa sa tête contre l'épaule de son amie. Celle-ci tremblait et chercha du soutien dans cette présence pourtant aussi effondrée et terrifiée qu'elle.
"Quand elle pourra savoir comment va son homme ?" demanda celle qui portait la vie en dardant les yeux noisette de l'officier blond. Elle s'essuya le bout du nez avec son coude et remit sa main contre son enfant à naître.




[HRP]A la fin du prochain tour de posts, le chariot est réparé.
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Ven 22 Mai - 18:26
Clément de l'If
Preux Chevalier
Clément de l'If
Messages : 81
Localisation : Bourg-de-Castelcerf
La situation se désamorça et la tension éclata lorsque la plus grande s’effondra à genoux sur le pavé glacial du Bourg. Je jetai un rapide coup d’œil à mes hommes. Ils étaient toujours en train de réparer la roue du chariot et y mettait toute leur ardeur. Agile hocha la tête afin de me signaler qu’ils n’en auraient plus pour très longtemps. Tant mieux. Si ces femmes ne venaient pas déclencher une nouvelle émeute, je ne voulais pas qu’elles nous retardent davantage. J’avais hâte de retrouver le reste de ma patrouille ainsi que Grâce. Les soins qu’elle apportait étaient éreintants et j’espérais qu’Eda veillerait autant sur elle que sur mes hommes.

Je reportai mon attention sur les femmes qui se soutenaient les unes les autres, parfois le visage fermé par des mâchoires serrées de colère, parfois des sillons de larmes mêlées à la crasse sur les joues. La demoiselle aux bonnes joues exprima le fond de sa pensée. Elle m’expliquait à moi, celui qu’elle voyait comme le petit nobliau du château, ce qu’ils enduraient depuis des semaines. Ma fermeté ne s’envola pas mais je la laissai vider son sac. Que pouvais-je faire de plus qu’être une oreille attentive ? Lorsqu’elle me demanda si je comprenais, je hochai la tête, instinctivement. Je comprenais très bien ce que les habitants du Bourg essayaient de faire. Ce n’était pas la première fois que j’assistais à cette lutte contre la faim, le froid et la soif. Les villages terrassés pendant la grande guerre m’avaient déjà montré ces funestes tableaux. Seulement, si proche des murs du Château de Castelcerf, cela n’était encore jamais arrivé de notre temps. Sa voix forte, émue par la colère, attira les habitants qui lorgnaient à leurs fenêtres. Ceux qui s’étaient fait discrets ne se cachaient plus vraiment, désireux de connaître le dénouement de cette entrevue.

Je gardai pour moi ce que m’évoquait les paroles de la jeune femme. J’enfouis au fond de mon cœur leur solitude et leur désespoir, et je me retins de faire tout geste de réconfort. Le moment était mal choisi pour montrer mon empathie. Je voulais plus que tout leur apporter mon aide mais que pouvais-je faire ? Je n’allais pas m’insurger contre la décision du Roi, c’était impossible. La femme au ventre arrondi plongea ses yeux dans les miens et m’apporta une petite réponse à mon désir d’aider les plus démunis. Celle qui s’était effondrée avait perdu son mari. L’âme déchirée en deux par la frustration, je leur répondis d’un ton calme en ne quittant pas des yeux la demoiselle enceinte :

« Nous réparons le chariot et nous transporterons les blessés au temple. Laissez le temps aux soigneurs de faire leur travail et vous en saurez plus d’ici quelques heures. Vous n’aurez qu’à vous rendre là-bas. Ils vous laisseront probablement entrer si vous y demandez des nouvelles de votre époux… sans vos couteaux, si vous voulez y être bien reçues. »


Je me tournai vers mes hommes. Ils étaient en train de replacer la roue sur son essieu. Dans quelques minutes, tout serait terminé et la patrouille serait de nouveau complète, du moins pour les vivants. Les laissant poursuivre leur ouvrage, je fis de nouveau face aux quatre jeunes femmes éplorées, cherchant dans leurs yeux une dernière étincelle d’espoir.

« J’ai entendu votre colère et vos peurs. S’il était possible de tout arranger, nous le ferions...je le ferais. Mais à notre niveau, nous ne pouvons qu’essayer de rendre les rues plus sûres et nous risquons nos vies pour cela. Vous devez nous faire confiance pour que nous puissions vous protéger et je sais que… ce n’est pas gagné. Nous ne sommes pas ennemis. Tant que la situation n’évoluera pas, nous pleurerons nos morts des deux côtés, alors que nous sommes tous dans le même camp. »

Ma voix s’était faite plus douce et plus grave à mesure que je parlais, cherchant encore à apaiser leurs peines.

« Voulez-vous bien rentrer chez vous, mesdames ? Si vous ne pouvez vous rendre au temple, je laisserai des hommes sur place pour vous porter des nouvelles de votre époux. »

[HRP : navrée du temps de réponse !]
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Sam 23 Mai - 23:45
Eda
Celle qui aide
Eda
Messages : 213
Il y avait des blessés et ils seraient conduits au temple de la déesse. Les rescapés, il n'en parla pas. Pourtant, tous savaient le destin qui serait le leur. L'édit du roi avait été clair là dessus : toute personne commettant un délit serait sévèrement puni. Qu'y avait-il de plus terrible que d'attenter à la vie de soldats du roi ? Fort heureusement, Agnelle n'entendit pas vraiment les explications du chevalier à la cicatrice. Que son mari soit mort, blessé ou qu'il soit bientôt condamné à mort, c'était un peu du pareil au même désormais. Quel espoir avait-elle d'une vie normale sans époux en ces temps sombres ? Que les hommes étaient stupides dans leur orgueil ! Ils voulaient aider, prouver qu'ils étaient capables et ils commettaient pour cela des actes insensés qui leur coûteraient la vie d'une façon ou d'une autre... Aucune de ces femmes ne parviendrait à comprendre leurs motivations ; elles seraient néanmoins toujours là pour pleurer leurs bêtises et élever leurs gosses à la sueur de leur front.

Marguerite et Dévouée se soutenaient toujours l'une l'autre. Elles firent signe à la dernière de faire faire demi-tour à leur amie commune.
" On se débrouillera." répondit un peu amèrement la première quand Clément demanda si elles préféraient que ses hommes leur fassent passer des informations sur les blessés. Il manquait plus que les voisins voient les forces de la sécurité venir chez elles !
La mère de famille serra la main de sa camarade et lui chuchota quelque chose. Marguerite grimaça et rejoignit les deux autres femmes qui repartaient, encore tremblante d'énervement, de stress et de fatigue.

Un coup de pied vigoureux secoua le ventre de Dévouée. C'était à cet enfant, à ceux qu'elle avait déjà et à tous les autres petits qui subissaient plus durement que les adultes le monde dans lequel ils vivaient qu'elle pensait. Elle tendit son couteau, manche en avant vers le soldat aux cheveux clairs et s'avança vers lui.
" Vous faites ce qu'on vous d'mande. Vous croyez bien faire mais c'est pas ce qui est bien pour nous ici. Tant qu'à haut, il comprendra pas, on peut pas s'entendre... On a pleuré avec lui quand la reine est morte... Faut qu'il pleure pour nous maintenant. "

Elle lui remit son arme, levant les yeux vers les siens tandis qu'elle disait ça. Juste Loinvoyant était enfermé dans sa tour, loin de ses sujets, loin de la réalité. Voilà comment il était vu ici, voilà ce qu'on pensait de lui. Comment pourraient-ils comprendre, tous ces gens démunis, qu'un homme qui ne les voyait jamais dans leur quotidien prenait les "bonnes décisions" pour eux ? Ils étaient des inconnus les uns pour les autres, ils appartenaient à des mondes différents et les seuls qui voyaient un peu la misère, le désespoir, la peur, la détresse et tout ce qui habitaient les rues et les âmes du Bourg -et du reste du duché-, agissaient aveuglément pour répondre aux ordres de celui qui ne savait rien de la réalité.
" Faut que ça change... Vous voulez pas d'morts que vous dites ? Que le roi nous donne à manger et il n'y en aura pas pour sûr. Les Baugiens se meurent et on les suit... " soupira-t-elle. Machinalement, elle rajusta la manche qui glissait sur son épaule.
" Faut que ça change vite..." conclut-elle en reniflant une fois de plus. Elle tresaillit, fût-ce de froid ou d'autre chose, il n'était pas facile de le dire. Mais celle dont le prénom signifiait qu'elle faisait preuve de loyauté n'attendit pas que le capitaine ou qu'importe ce qu'il était, réagisse. Elle lui abandonna son arme de cuisine et sous le regard des yeux curieux des fenêtres repartit vers là d'où elle était venue. Ni elle, ni personne n'aurait la solution à l'épineux problème qui les tracassait tous. Une seule personne pouvait prendre la bonne décision mais en était-il capable ? La prendrait-il avant qu'il ne soit trop tard ?


Les deux soldats de Clément avaient achevé leur réparation et le chariot retrouva sa mobilité. Ils le menèrent vers la ruelle où les attendaient les autres. Les prisonniers avaient suivi la scène de loin et leur mine penaude trahissait de leurs remords naissants à avoir mis dans la merde leurs mères, femmes et sœurs qui devraient vivre et se débrouiller sans eux désormais...
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Dim 24 Mai - 0:55
Foudre
La Hache d'El
Foudre
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Localisation : Forbaie
Grâce était épuisé et Rutilant l'avait littéralement portée pour l'emmener un peu plus loin pour qu'elle s'installe mieux et qu'elle puisse avoir un mur derrière elle pour s'appuyer. De là, il y eut Pod qui amena la nourriture et la donna à la soigneuse. Les prisonniers ne bougeaient pas et les blessés non plus. Il ne manquait plus qu'une chose, ce foutu chariot.

« C'est pas possible, on va devoir faire tout nous même ? Déjà qu'on est intervenu pour l'empêcher de se faire buter, il va falloir également réparer ce chariot ? »

L'impatience de Foudre était légendaire au sein du Bras d'El mais inconnu des autres. Enfin, pour être honnête, les autres découvraient assez vite ce trait de caractère. Il jeta un regard vers la soigneuse, deux de ses hommes s'occupaient d'elle. Elle était là, faible, en train de grignoter du pain et du fromage. Elle avait encore été puiser loin dans ses propres forces. Avait-elle également pris dans celles de son ami Béarnois ou les sienne ? Sans doute que non, il imagine qu'il l'aurait senti.

« Bon là y en a marre, j'y... »

Et l'on entendit le bruit d'un chariot qui se déplaçait. Ils arrivaient enfin, ils allaient pouvoir déplacer tout ce petit monde et arrêter de se faire regarder comme des animaux de foires. Et ça n'aidait pas non plus le Prêtre à rester calme.

« Ah par El, c'est pas trop tôt ! C'est bien beau de vouloir rassurer les donzelles mais il y a tes hommes qui souffrent ici... Quel genre de commandant tu es pour les laisser ainsi ? Est-ce qu'au moins tu as déjà combattu autre part que sur ton terrain d'entraînement ? Parce que sérieusement, on pourrait se poser la question... »

Oui, Foudre n'en avait cure du respect dû à quelqu'un d'autre. Il était furieux d'avoir dû faire le boulot de Clément et il comptait bien lui faire comprendre. Déjà qu'il avait emmené de la bleusaille pour sa patrouille, voilà qu'il parlementait avec les quidams. Et la prochaine ça serait quoi ?

De son côté, Malicieuse regardait le chariot et Pod ainsi que Rutilant qui commençaient à installer les blessés dedans. Puis elle attendit que son supérieur ait fini de parler pour rajouter :

« Quel goujat tu fais mon mignon. Je suis déçue... Tu es comme tous les autres en fait. Il te les faut toutes. »

Les blessés étaient dans le chariot, les prisonniers, le Bras d'El ne s'en était pas occupés, ça n'était pas leur souci. Foudre s'approcha de Grâce et lui demanda si elle se sentait mieux. Il lui proposa de l'installer sur le chariot à l'avant pour qu'elle puisse se reposer jusqu'à destination. Pour lui, ils pouvaient partir. La Sœur d'Eda dans le moyen de transport, c'était maintenant lui qu'il fallait protéger. Il rappela Bavard et Bonté et se mirent autour pour le protéger. La rue était à nouveau calme, les gens commençaient à refermer leurs fenêtres, ils pouvaient donc s'en aller.
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Dim 24 Mai - 20:07
Clément de l'If
Preux Chevalier
Clément de l'If
Messages : 81
Localisation : Bourg-de-Castelcerf
Les femmes firent demi-tour, les unes après les autres, se soutenant toujours du mieux possible. Ne resta que la femme au ventre arrondi par les mois de grossesse. Je fus surpris lorsqu’elle me tendit son couteau, la lame vers elle, et s’avança vers moi pour que je puisse le saisir. Elle rendait les armes. Je tendis la main vers le manche en bois de l’arme de fortune et refermai mes doigts dessus sans quitter des yeux la jeune mère. Ses paroles s’ancrèrent en moi avec douleur. « Vous croyez bien faire, mais c’est pas ce qui est bien pour nous ici ». Qui de la raison ou du devoir agissait pour le bien du plus grand nombre ? Elle remettait ainsi en question le serment prêté au Roi. Ces pauvres gens ne voulaient qu’une chose : manger. Combler la faim qui leur trouait le ventre.

Je la vis frissonner avant de me tourner le dos pour rejoindre ses sœurs de peine. Pendant quelques secondes, mes yeux ne quittèrent pas son dos, puis ils se posèrent sur le couteau de cuisine. Je soupirai et le rangeai à ma ceinture. L'air maussade, je ne pus m'empêcher de repenser à ses paroles si chargées de vérité. Le chariot était fin prêt, il était plus que temps de le rapporter au reste de la troupe.

« Allons-y. »


Nous le menâmes vers la ruelle où l’accueil fut bien moins chaleureux qu’escompté. Le dénommé Foudre céda à la colère et s’en prit à moi d’un ton que je ne savais tolérer, d’autant plus que la journée m’avait mis d’une humeur plus que maussade. A mesure qu’il m’adressait ses reproches comme un père à son enfant, je sentais que toute ma bienveillance me quittait. Quel genre d’homme s’adresse ainsi à un inconnu ? Qui plus est un officier du Roi ? Ces individus incapables de faire preuve d’un minimum de respect et d’éducation m’insupportait. Foudre se montrait à mes yeux bien moins respectable que ces femmes qui parlaient mal et n’avaient pas de quoi s’acheter une tenue propre. Je trépignais, attendant qu’il achève sa tirade pour lui répondre de mots tranchants, si ce n’était de mes poings. On pouvait voir mes yeux pétiller de colère. Je glissai un regard aux prisonniers, aux blessés et à Grâce. Ce Prêtre défiait mon autorité devant mes hommes. Je n’allais pas laisser passer une telle chose mais je n’entrerai pas dans son jeu. Je me contins malgré moi. Je lui répondis d’un ton faussement calme, la voix rendue plus grave par l’agacement :

« Le Bourg n’est pas un champ de bataille où il suffit d’abattre sa lame comme un forcené. A Aslejval, on tuait pour survivre, l’ennemi crève, tu vis. Ici, on protège. Il faut un peu plus de subtilité pour venir en aide au peuple que l’on défend. Je ne m’étonne pas qu’ils aient du mal à nous percevoir comme des alliés si tous ceux qui portent une arme ne sont pas capables de la remettre au fourreau de temps en temps. »


Les mots étaient durs à mes yeux mais la brute qui me faisait face avait l’air de bien comprendre ce langage familier. Quant à la femme, je ne lui répondis rien, préférant ignorer la bassesse de cette provocation. Les Prêtres d’El étaient bien différents des enfants d’Eda. Il semblait bien que nous ne puissions nous comprendre. Il faudrait simplement tâcher de nous entendre jusqu’à ce que nous ayons achevé notre mission commune. Les blessés se trouvaient dans le chariot. Mes hommes encadraient les prisonniers qui s’étaient levés, toujours solidement entravés, et se tenaient derrière le chariot. Les Prêtres se chargeaient visiblement de l’escorte des blessés. Les soldats du Roi s’occuperaient des prisonniers. Cherchant à masquer ma rancœur, je fis signe aux prêtres guerriers que nous étions prêts.

« Ne perdons pas plus de temps, en route. »
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