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"A l'Oraison... " - Une patrouille parmi d'autres...

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Mar 17 Mar - 10:54
Eda
Celle qui aide
Eda
Messages : 213
27 Oraison
Rues du Bourg-de-Castelcerf

Ils avançaient en bon ordre dans l'une des rues les plus larges de la ville, descendant de la citadelle. Ils étaient une dizaine, vêtus de cotes de mailles, coiffés de leur casque, leur épée pendant à leur hanche. Ils allaient à pied et leurs chausses résonnaient sur les pavés de ces allées désertes. Les magasins qu'ils croisaient semblaient fermés et la plupart d'entre eux l'étaient effectivement. Des cheminées ne s'élevait aucune fumée alors que les gens restaient chez eux, économisant leurs bûches pour les froides nuits de ce sombre Oraison. Triste horizon qui se dessinait devant eux, et nombre de ces braves gens préféraient ne pas prendre le risque de sortir de la sécurité de leur foyer.

Il faisait encore jour, bien que le soleil ne chauffa point l'air. Au dehors ne paraissaient circuler que des patrouilles veillant au calme et à la sécurité.

Ils avançaient en plus petit nombre, autour d'une silhouette menue aux longs cheveux blonds qui se balançaient dans son dos au rythme de ses pas. Eux aussi avaient leur arme au côté quand elle ne portait qu'une large sacoche de toile. Les portes s'ouvraient quand elle frappait à leur huis ; elle y rentrait alors quelques minutes ou davantage, certaines fois elle restait sur le pas et échangeait avec les habitants, prenant des nouvelles, s'enquérant de leur santé et de leurs besoins en la matière.
Elle leur avait fait prendre toutes sortes de chemins, rues et ruelles depuis le lever du jour, ne ménageant ni ses pieds ni les leurs dans ce tortueux périple.

Cela faisait près d'une semaine que la peur tenait les gens au ventre et les gardait cloîtré chez eux.

Ils avançaient dans l'ombre, guettant les patrouilles et les civils qui s'aventuraient dehors. Ils étaient un certain nombre mais agissaient toujours en petits groupes, guère organisés mais déterminés. Ils vadrouillaient ici et là, cherchant l'instant d'une opportunité, couteaux glissés à la ceinture ou dans une botte. Brigands ou hommes désespérés, il était compliqué de trancher.

Certains sortaient, faisaient une course ou deux et retournaient auprès de leurs proches, heureux de revenir en un seul morceau. D'autres avaient moins de chance et se faisaient dépouiller et maltraiter, abandonnés sur la chaussée comme une merde de chien.

Elle avançait seule. Sous son bras, un sac largement garni. Elle ne devait pas être bien tranquille à se promener ainsi, malgré le soleil encore haut dans le ciel, car son pas était rapide et ses sens en alerte. Elle croisa un homme qui rentrait chez lui, aurait presque pu entendre le verrou être tiré après lui tant la rue était silencieuse et déserte.



A chacun de faire son post d'introduction. Ensuite, vous vous doutez bien que tout ce petit monde ne restera pas dans son coin bien longtemps.
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Mer 18 Mar - 12:23
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
Messages : 52

Elle ne pouvait pas rester sans rien faire. La Mère Supérieure le savait pertinemment et lui avait donné des tâches à exécuter au sein du temple, mais ce n'était pas suffisant. Le bâtiment avait été fermé, les officiants cloîtrés entre les murs, ne recevant plus personne venant de l'extérieur.
Les trois jeunes femmes étaient revenues dans un état catastrophique, physiquement blessées et surtout moralement dévastées. La Béarne avait passé des heures à leur côté, nettoyant et pansant leurs blessures, les laissant pleurer contre son épaule. Tempérance et d'autres sœurs plus âgées trouvaient les mots pour délier les langues des malheureuses afin qu'elles puissent exorciser, peu à peu, leurs terreurs. Mais ce serait un long et terrible combat de tous les jours pour elles. Malgré ce drame innommable, malgré l'abject geste perpétré contre elles, contre l'ordre qu'elles représentaient, la jeune femme ne pouvait accepter que tous soient punis pour la faute de quelques-uns. Le Guet avait été touché au cœur à peine une journée plus tard et aucun d'eux n'aurait pu être sauvé même si les portes de l'hospice avaient été ouvertes. Bien entendu, en dehors de l'enceinte, cela pouvait être dangereux. Elle en était parfaitement consciente mais elle n'avait pas envie de savoir que des innocents, que ceux qui restaient enfermés chez eux pouvaient souffrir en silence parce que personne ne prenait la peine de les écouter. Il y avait des malades, des personnes âgées, des enfants, des femmes enceintes ou non, des hommes... Personne n'était à l'abri de rien, d'une blessure, d'un accident, d'une urgence ou même d'un maux bénin mais affligeant quand même. Les priver de soins était une décision difficile pour la Mère Supérieure du temple de Castelcerf. Grâce savait qu'elle avait longuement hésité mais la vue de ces filles était si insoutenable à son cœur bienveillant qu'elle ne choisit de privilégier les siens, ceux qui étaient sous sa responsabilité. Et que plus personne n'ait à craindre pour sa vie ou son intégrité. Grâce comprenait ce choix mais si elle appartenait au même ordre, elle n'était pas sous les ordres directs de Tempérance... Donc si elle sortait malgré tout, elle ne désobéissait qu'à moitié aux ordres de confinement non ?


Mais la demoiselle n'était pas non plus stupide ou suicidaire. Elle n'allait pas sortir seule et sans escorte dans une ville livrée à elle-même. Les patrouilles étaient quotidiennes. Des gardes circulaient pour assurer la sécurité des habitants, éviter les dégradations et tenter d'arrêter les fauteurs de troubles. Pourtant ce ne fut pas à la garde traditionnelle que la soigneuse adressa sa requête mais au temple d'El. Elle ignorait qui on lui enverrait et même si ils lui enverraient du monde. Elle avait noté sa demande, indiquant le jour et l'heure où elle comptait sortir, ainsi que l'endroit où ils devaient la retrouver : une petite porte sur le côté du temple qui ne servait aucunement pour les entrées classiques. Si personne n'était là à l'heure indiquée, elle ne sortirait pas.
Mais ce ne fut pas le cas et grande fut sa surprise de constater que les prêtres qui l'accompagneraient pour cette patrouille sanitaire comptaient trois têtes connues. Gratifiant Foudre d'un grand sourire, elle salua aussi Rutilant et Pod, contente de les retrouver malgré les circonstances. Au moins, elle était sûre de ne rien craindre en leur compagnie.


Elle avait planifié son chemin depuis deux jours, sachant pertinemment à quelle porte elle devait frapper, qui elle devait aller voir en priorité. Si l'occasion lui était donné, elle réitérerait ces excursions régulièrement mais elle s'attendait à se faire taper sur les doigts en rentrant à la fin de son "service". Elle ignorait quelles sanctions elle pouvait bien encourir mais n'en avait cure à l'instant présent.


Elle mena donc les hommes à travers les rues de la ville, s'éloignant progressivement des environs du temple. Foudre avait été clair : ce serait lui qui frapperait aux portes et elle ne rentrerait jamais seule dans une habitation. Ils craignaient tous une arme dissimulée, une lame qui pourrait se planter dans la petite personne dont ils avaient la charge. Grâce n'était pas inquiète par cet aspect-là de son travail. Même si elle n'avait pu prévenir personne en dehors du temple d'El de sa sortie, elle ne pouvait pas imaginer que les personnes qui se tenaient enfermées chez elles aient des raisons de s'en prendre à la prêtresse qui venait s'enquérir de leur santé. Elle ne les connaissait pas tous personnellement mais avait fait des recherches suffisantes pour savoir qui méritait sa visite en ce jour : elle avait priorisé les cas. Si elle réussissait à s'échapper d'autres fois, elle pourrait se montrer moins sélective et là, elle ne pourrait pas nécessairement prévoir qui se tiendrait derrière le montant de bois.


En réalité, les précautions du Ripponais furent utiles en une occasion. Mais l'homme qui les accueillit avec un couteau était plus soumis à la terreur qu'à une réelle volonté de nuire à autrui. Après qu'il eut la frousse de sa vie, se pissant littéralement dessus alors qu'il fut saisi brutalement par le prêtre d'El, il s'excusa en larmes, avouant passer des nuits blanches à monter la garde chez lui, après qu'on ait tenté de forcer sa porte. Les prêtres d'El ne s'excusèrent de rien, le visage toujours aussi fermé qu'au début de la journée : ils n'étaient pas là pour fair de sentiment. Il fallut toute la délicatesse de Grâce pour que le bonhomme se détente un peu et qu'elle puisse se rendre auprès de la femme de celui-ci, enceinte jusqu'aux oreilles, alitée et fiévreuse. Là encore, avec cette femme pourtant inoffensive, elle ne fut pas seule, bien que le soldat d'El se détourna promptement lors de l'examen qu'elle mena.


Puis reprit la ronde, étrange patrouille au centre duquel se trouvait un petit brin de femme souriante et déterminée. Elle ne les laissait pas lambiner longtemps, enchainant les visites à un rythme assez conséquent. Ce fut néanmoins elle qui donna le signal d'une pause pour manger. Le milieu de la journée était passé depuis un moment déjà mais son ventre comme son dos et ses jambes réclamaient une halte.
" Messieurs, choisissez un coin où s'arrêter. Il est temps de remplir nos ventres et vider ma besace. Elle commence à peser... "
Dans son sac, au milieu des remèdes et plantes, elle trimballait depuis le début de la journée, une demi-livre de pain, un énorme saucisson et une outre de bière tiède.
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Mer 18 Mar - 22:44
Clément de l'If
Preux Chevalier
Clément de l'If
Messages : 81
Localisation : Bourg-de-Castelcerf
La situation n’allait pas en s’améliorant. Même avec tout l’optimisme du monde, je n’arrivais pas à me retirer cette idée de la tête, ces quelques mots qui se tournaient et se retournaient dans mon esprit comme un enfant s’agite dans son lit en attendant que les cauchemars ne le cueillent dès qu’il faiblira. Les maux du Bourg étaient remontés progressivement jusqu’au Château et la Garde n’avait évidemment pas été épargnée. Rapidement, nous avions dû intervenir pour tenter de ramener un peu de paix parmi les habitants qui subissaient la lente insinuation de la peur au milieu d’eux. Peur de la faim qui se muait petit à petit en peur de l’autre. Et El sait que dans cette situation, l’homme est capable des pires atrocités.

Le Guet avait tenté de ramener le calme dans les rues agitées du Bourg, mais rien n’y avait fait : ces hommes d’armes étaient devenus l’ennemi aux yeux des dissidents, ils avaient enfin trouvé un responsable sur qui déchaîner leur colère et leurs peurs. Depuis l’assassinat répété d’hommes du Guet, nous n’avions d’autre choix que d’intervenir. L’attaque des prêtresses d’Eda avait été pour moi le coup de trop, et j’avais alors craint pour la si dévouée Grâce, songeant qu’elle avait pu être malmenée, elle ou ses sœurs. J’avais réussi à glaner quelques informations rassurantes sur l’identité des trois victimes mais j’avais toujours le cœur serré à l’idée que de telles horreurs puissent être menées dans ces circonstances où chacun devait se faire le protecteur de son voisin.

La Garde était alors intervenue en renfort, pour apporter du soutien aux patrouilles du Guet. Les mots, alors, n’avaient pu exprimer la détresse que j’y avais vu en descendant au Bourg la première fois. J’y avais croisé le regard d’un petit garçon en guenilles, un brun aux cheveux ébouriffés, assis sur une caisse en bois défoncée, en train de rogner un os de jambon. Il devait avoir cinq ans, pas plus. Et dans ses yeux je voyais toute la désillusion et la colère du peuple entier. Cette vision m’avait transpercé le coeur et j’avais pris sur moi pour ne pas m’approcher de lui, conscient que notre mission ne consistait malheureusement pas à sauver tous les petits pauvres du Bourg. Non, la Garde était là pour assurer l’ordre et la sécurité des populations.

La patrouille du jour que je menais à travers les larges allées désertes jusqu’au Bourg était composée de huit autres hommes aussi dévoués que bons soldats. Je ne les avais pas choisis par hasard. Celui qui marchait à mes côtés, Franc Sombrecoeur, avait remonté la longue pente du mutisme et de la douleur qui le séparait de notre monde et j’avais insisté pour qu’il reprenne du service. J’espérais qu’en se sentant de nouveau inclus activement dans la Garde, ses maux finissent de disparaître. Il parlait toujours peu mais son regard avait retrouvé de sa vigueur. Prodigue et Veilleur, deux jeunes Gardes ayant rejoint nos rangs l’année précédente avaient tenu à participer aux patrouilles et je les surveillais de près. Ils comptaient parmi les bons éléments et je gardais un œil sur eux afin qu’il ne leur arrive rien. Je me sentais responsable d’eux, les plaçant ainsi sous ma protection. Le reste de la patrouille était formé de soldats consciencieux avec qui j’avais déjà eu l’occasion d’oeuvrer pour la protection des nobles de Castelcerf.

« Agile, Pli, Elian, allez vérifier la ruelle descendante. »


Les trois soldats s’exécutèrent sans un mot. Aucun bruit ne s’élevait dans la rue excepté le son de nos bottes claquant le pavé. Je songeai que jamais nous n’entendions ce son hormis avant la bataille. Même les oiseaux avaient levé les voiles, ou bien ils se taisaient de peur de se faire rôtir pour le dîner. Soudain, des voix graves rompirent le silence du Bourg. Les deux derniers de la patrouille, le Criard et Eloge Vifacier, s’entretenaient bruyamment quant à l’heure du repas. Ces deux-là étaient bon soldats mais n’avaient aucune discipline et les accepter pour cette patrouille n’avait pas été un choix facile à prendre. Mais il fallait des bras et je les avais recrutés. Je soupirai avant de leur passer une brasse correcte afin qu’ils la ferment. Je n’aimais pas vraiment cette partie de mon rôle d’officier. C’était toutefois nécessaire. Les trois Gardes revinrent et nous reprirent la route pour nous enfoncer davantage dans le Bourg.

Ce matin était étrangement calme dans les zones que nous traversâmes. Des cris perçaient parfois le silence mais ils semblaient bien loin. Un incident survint peu de temps avant que le soleil ne soit à son point le plus haut. Deux jeunes hommes se livraient bataille au milieu d’un attroupement près d’une auberge vidée de ses clients. L’aubergiste se tenait sur le pas de la porte, les bras croisés et des cernes bleus sous les yeux. Lorsqu’un troisième homme s’en mêla, son sang ne fit qu’un tour et il sortit un couteau de sous son tablier blanc taché de rouge. Nous arrivâmes juste à temps pour intervenir et séparer les quatre révoltés. La raison du conflit ? Le vol encore et toujours. Le fils du boulanger aurait volé de la viande au fils du boucher. Le fils de l’aubergiste a pris parti pour le boulanger. Ces trois-là étaient comme des frères avant que le Roi ne nous mette dans cette merde ! On vit comme les cochons, à bouffer les restes quand il y en a ! Moins que des bêtes ! Voilà ce que criaient les passants révoltés devant notre intervention. Visiblement, les trois dissidents s’étaient mis d’accord pour lutter ensemble contre nous. Nous divisâmes la foule, lame au clair, repoussant de nos mains les poings qui n’allaient pas tarder à saisir les pierres pour nous les balancer au visage. Heureusement, nulle violence n’alla plus loin que les mots. Une fois l’attroupement divisé, le souffle court, la tension retomba. Je regardai mes hommes. Pourquoi les avais-je emmené avec moi ? Ils risquaient leurs vies ici.

Nous quittâmes la placette pour rejoindre des ruelles moins agitées. Après avoir partagé un bref repas, nous reprîmes notre patrouille, bien plus sur nos gardes que lors de notre entrée dans le Bourg. Les regards inquisiteurs derrière les volets fermés, le moindre bruit de pas ou d’acier nous faisaient ressentir un profond malaise et chacun d’entre-nous avait hâte de rentrer au Château, si nous y parvenions ce soir-là.
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Jeu 19 Mar - 15:49
Foudre
La Hache d'El
Foudre
Messages : 213
Localisation : Forbaie
La capitale était en ébullition, les gens devenaient fous. Les amitiés qui existaient alors n'étaient plus que vagues souvenirs. On se déchirait pour n'importe quoi, du morceau de pain à la moindre étoffe. Le Guet semblait impuissant à endiguer la violence du peuple qui en avait plus que marre de toutes les restrictions ordonnées par leur Roi. C'est pour cette raison que la Garde avait été réquisitionnée. L'armée venant prêter main forte aux gardes de la ville, voilà qui était un message fort de la part du pouvoir. Aucun trouble ne serait toléré. Foudre avait également appris qu'une de ses connaissances avait été appelée pour assurer la sécurité aux alentours de la cité. En effet, Intègre Lydus, Sergent du Renne Blanc qui était une des cinq troupes de mercenaires professionnels, écrivit une missive à son ami pour lui proposer après tout cela d'aller manger un morceau. Il lui apprit également que vu le bazar ambiant, le Cerf Blanc serait certainement reformé pour l'occasion. C'était simplement l’appellation de cette troupe quand elle était au complet formant ainsi une armée privée de cent hommes.

Quelques jours plus tard, Roseau vint trouver Foudre pour lui demander s'il avait entendu parler des derniers événements qui s'étaient passés en ville. Vu toutes les informations qui arrivaient, dure de savoir de quoi son ami parlait. Quand il lui demanda de quelle nouvelle il parlait, le Père guerrier fut frappé de stupeur. Des sœurs d'Eda avaient été agressées et violées. Il ressentit une colère soudaine et explosive. Il ferma son poing et le dirigea vers la porte en bois à proximité. Apparemment, cette pièce était occupée car quand il frappa, il entendit des cris de peurs et de surprises. Ensuite, il vit une tête passer par l’entrebâillement de la porte qui venait voir ce qu'il se passait. Voyant que c'était le Ripponais et qu'il était en colère, la porte se referma prestement.

« Qui a fait ça ? »

Le ton était lourd et menaçant. Il connaissait plusieurs femmes faisant partie de cet ordre dont Grâce. Était-ce elle qui avait été attaquée ? Roseau recula quelque peu devant son ami avant de répondre :

« Les coupables ont été attrapé par le Guet ce matin. Tu n'as plus à te faire de soucis, ils ont reçu la correction qu'ils méritaient. »

Ça n'était qu'un demi soulagement pour le brun. Qui avait été touché par cet odieux crime ? Il demanda à Roseau s'il savait qui avait été agressé. Ce dernier répondit négativement mais rassura son ami en disant qu'il irait se renseigner et que quand il aurait l'information, il viendrait le trouver.

*Par tous les dieux, faites que ça ne soit pas Grâce...*

Il ne l'avait pas vu depuis qu'il était en mission à la Capitale et les fréquents aller-retour qu'il faisait pour assurer la sécurité aux Halles. Il avait juste appris qu'elle était dans un campement à l'entrée de la ville pour faire un premier tris de réfugiés.

Néanmoins il fut tracassé jusqu'à ce qu'il apprenne que la soigneuse n'en faisait pas partie. Ce fut un soulagement pour lui qui disparut bien vite à l'entente du nom de Discrète. Il connaissait cette fille, ils avaient été novice ensemble au Temple d'Eda. Dans son souvenir, c'était une jolie brune qui ne parlait pas beaucoup. Avec le temps, il perdit le contact mais durant ses nombreuses missions à Bourg-de-Castelcerf, il tomba à plusieurs reprises sur elle. Et son souvenir était raccord avec ce qu'il avait eu devant les yeux. Elle avait grandi certes mais n'avait pas perdu de son charme. Ils n'avaient pas pu vraiment discuter parce que le travail primait avant tout mais à chaque fois, ils se promettaient de s'accorder un peu de temps pour parler du bon vieux temps.

Les journées se passèrent sans rien d'autre d'extraordinaire si ce n'était la rage que le guerrier passa sur le terrain d'entraînement de manière régulière. Le lendemain, il fut appelé par le secrétaire du Père Dévot. Une mission lui avait été assignée, il devait composer une équipe restreinte pour escorter une prêtresse du Temple d'Eda qui devait se rendre en ville le lendemain. Foudre nota qu'il n'y avait aucune moquerie ni aucune restriction. Il pouvait choisir les hommes qu'il voulait pour autant que la mission était correctement remplie. Dans ces heures sombres, la rivalité entre le Père Ducal de Cerf et le Ripponais passait en second plan. Seul l'unité de l'Ordre primait. Ils n'avaient pas le temps pour les guerres intestines. C'est pour cette raison que l'homme ne fit pas de trait d'esprit ni ne se mit en colère. Il accepta la mission et composa son équipe.




* * *




Le lendemain, ils se rendirent au point de rendez-vous. Une porte dérobée qui n'était connue que des occupants du lieu. Le chef de mission ne fut qu'à moitié surpris quand il vit que c'était Grâce qui sortit par la porte. La voir ainsi indemne alors qu'il était au courant qu'elle n'avait pas été l'une des victimes le rassura malgré tout. Il lui sourit bien que timidement. Sa troupe était composée de Rutilant, Pod et trois autres du Bras d'El dont deux Sœurs. Ces dernières avaient insisté auprès du chef d'unité pour faire partie de l'aventure. Connaissant leur bravoure et leurs compétences, il n'avait pas été dur à convaincre.

Les présentations faites, le groupe se dirigea vers la ville. Foudre avait bien pris le temps pour donner ses directives à la soigneuse. Il ne rigolerait pas avec sa sécurité et tant pis si elle trouvait que les mesures étaient excessives. Il était primordial que ça soit un membre de son unité qui frappe aux portes afin d'éviter un geste malheureux et désespéré des occupants. Il était également hors de question que la jolie blonde se retrouve seule dans une maison. Il y aurait toujours Rutilant ou lui-même pendant que les autres monteraient la garde aux alentours. Trouvait-elle qu'il ne faisait des tonnes ? Peut-être mais la colère de l'homme n'était pas redescendue et pire, elle s'était communiquée à ses compagnons. Les visages étaient fermés et la plus stricte concentration se lisait sur leurs visages.

Alors que Foudre frappa à l'une des portes des gens qu'ils devaient voir, un homme tenta de donner un coup de couteau à peine la porte ouverte. Foudre recula vivement pour éviter le coup puis chopa l'homme à la gorge et entra avec lui dans la maison en criant sa rage. Il fit décoller l'homme pour le plaquer violemment sur la table de leur cuisine. Cela fit un boucan de tous les diables mais Foudre ne se calma pas pour autant, il ressera l'étreinte tout en criant :

« Qu'est-ce que tu as tenté de faire là ? Elle vient t'aider et c'est comme ça que tu veux la remercier ? »

L'homme était terrorisé et se pissa dessus. Foudre ne le remarqua pas et ce fut Rutilant qui lui dit de le lâcher et qu'il avait compris la leçon. Sans cela, il était clair que le brun l'aurait tué tellement il était furieux. L'homme qui fut victime de la colère du prêtre s'excusa à plusieurs reprises en pleurs mais ses mots n'avaient aucun effet sur aucun des membres de l'escorte. Ils avaient été clairs, aucun geste de violence à l'encontre de cette patrouille ne passerait sans conséquence. Étant venu pour une femme enceinte, la soigneuse du groupe réussit à calmer l'homme et à se faire conduire jusqu'à la demoiselle qui avait eu peur pour son homme. Foudre ne lâchait pas Grâce d'une semelle mais ne put regarder la femme quand la blonde l'inspecta. Il était peut-être en colère mais il était hors de question qu'il voit une femme nue.

Après cet incident, ils n'en connurent pas d'autre durant la matinée. Entre les « clients », Foudre parlait avec tout un chacun et même avec celle qui était désormais son amie. Prendre des nouvelles, savoir ce qu'elle était devenue, c'était important pour lui de le savoir. Alors que le temps passait, ils ne virent pas qu'ils étaient déjà à la mi-journée. La Béarne proposa de s'arrêter pour manger un morceau et demanda que les servants d'El trouvent un endroit approprié. Quelques minutes plus tard, l'une des Sœurs du Bras d'El proposa  de s'arrêter près d'un banc qui était installé dans une rue. C'était assez dégagé pour ne pas se faire prendre par surprise si jamais la troupe devait se faire attaquer et ça avait l'avantage de fermer deux angles d'attaques parce que le banc était à proximité d'un mur d'une maison et d'un autre qui cloisonnait un espace normalement ouvert mais qui était fermé depuis le début des émeutes. De plus, il n'y avait aucune fenêtre au-dessus du banc, ils ne pouvaient donc pas se faire avoir par les habitants.

« Parfait, on s'arrête là ! »

Les hommes laissèrent les places assisses aux dames et posèrent leur barda où se trouvaient les victuailles. C'était loin d'être un festin mais c'était suffisant pour reprendre des forces.[/color]
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Sam 21 Mar - 10:44
Eda
Celle qui aide
Eda
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Ils les avaient entendu avant de les avoir vu. Dans le silence pesant des rues du Bourg, chaque son prenait une autre acoustique. Eux veillaient à ne faire aucun bruit, leur pas se posant comme les pattes de velours d'un chat sur le sol. La surprise serait leur meilleure arme, leur seule chance également. Individuellement, ils n'en avaient aucune. Individuellement, ils étaient fils de boucher, marin, apprenti forgeron... Ils avaient dans leur bande quelques baugiens également, tous unis par la même idée : le roi les avait abandonnés. Ce qu'il ne voulait leur donner, il faudrait qu'ils le prennent eux-mêmes. Ils avaient l'énergie et la hargne de la jeunesse, la bêtise aussi sûrement. Aucun d'eux ne dépassaient les trente ans et une bonne moitié n'atteignaient pas encore le quart de siècle. Grâce à l'apprenti forgeron, les armes dont ils disposaient n'étaient pas ridicules : tous avaient un poignard à la ceinture, plusieurs une épée courte, quelques uns une hache ou une hachette et Bec avait son arc et ses flèches. Ils étaient quinze ainsi, déterminés à montrer leur colère et leur mépris à sa Majesté ; fous aussi car leur entraînement ne vaudrait jamais celui-ci de ceux qu'ils s'apprêtaient à attaquer. Pourtant quand Lourd repéra en premier l'escadron et en informant ses camarades, aucun n'hésita. Leur plan était prêt, rodé depuis des jours dans l'attente de ce moment. Ils avaient l’avantage et ne le laisseraient pas passer, même s'ils ne devaient pas tous survivre.
Voilà deux ans, ces hommes en armure dont les pieds foulaient leurs rues étaient des héros. Aujourd'hui, ils étaient l'ennemi.


Un vacarme de tous les diables retentirait dans une ruelle sur la gauche de la patrouille de Clément de l'If.
La garde s'arrêterait nécessairement, surpris et alerte. Peut-être que l'un ou deux d'entre eux iraient voir de quoi il s'agissait. A leur grande surprise, un chien galeux et errant sortirait de là, la gueule sale d'avoir fouiné dans des poubelles et caisses qui se renversèrent alors autour de lui.
Et pendant qu'ils regarderaient le bâtard plein de puces, la troupe leur tomberait dessus par les autres côtés. Ils escomptaient en tuer un ou deux avant que les autres ne réagissent et que la bataille ne commence.
Voilà leur plan. Il n'avait pas de raison de ne pas se dérouler à la perfection.


Sauf que dans ce silence lourd et intense, le moindre bruit s'entend...
A quelques rues à peine de là où les vauriens attaquent la patrouille royale, des prêtres d'El achèvent leur déjeuner et perçoivent clairement le fracas des combats. La petite blonde parmi eux bondit sur ses jambes. Il fallait qu'ils y aillent.
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Dim 22 Mar - 15:46
Clément de l'If
Preux Chevalier
Clément de l'If
Messages : 81
Localisation : Bourg-de-Castelcerf
Pas après pas, les cottes de maille et le grincement du cuir me paraissaient aussi bruyants que le grondement du tonnerre dans ce silence tendu. Je voyais mes hommes avancer les épaules voûtées, les doigts prêts à se refermer sur le pommeau de leurs armes. Ils n’attendaient qu’un son menaçant pour fondre sur leurs ennemis. La tension était palpable, elle nous mettait tous dans une atmosphère électrique et même Criard et Eloge n’osaient plus dire un mot, eux qui ne se gênaient jamais pour intervenir au moment le plus inopportun.

Ce bruit finit par retentir et c’est presque avec un soulagement que je l’accueillis. Au moins nous savions désormais d’où viendrait l’ennemi. Sur notre gauche, deux ruelles. Impossible de savoir de laquelle provenait ce vacarme assourdissant, qui résonnait encore le long des murs de pierre quelques secondes auparavant encore silencieux. Je sursautai et élevai presque aussitôt une garde défensive en dégainant mon épée et en la plaçant à hauteur. Combien seraient-ils ? Qui étaient-ils ? Armés ou non ? Difficile à dire. Le silence qui suivit fut éprouvant pour mes hommes. Je savais les cœurs battants, les yeux plissés cherchant à percevoir l’ennemi, le souffle court. On a beau être courageux, avoir fendu des crânes et occis autant de vies, la peur de mourir vous prend toujours aux tripes lorsqu’elle s’abat sur vous.

Les ordres furent brefs et silencieux. J’ordonnai à Franc de mener Agile et Eloge avec lui dans la première ruelle tandis que nous prendrions la seconde. France hocha la tête, comprenant qu’il menait l’escouade et surtout qu’il avait ma confiance. Je n’avais pu hésiter qu’une demi-seconde avant de l’envoyer si brutalement dans la réalité. Cet homme avait toute mon estime pour ce qu’il avait vécu quelques mois plus tôt et je voulais, de tout mon cœur, qu’il ne lui arrive rien. C’était ainsi, probablement l’un de mes plus grands défauts, mais aussi une force : j’étais empathique. Tandis que ces trois-là disparaissaient dans la première ruelle, je fis signe aux autres, lame au clair, de me suivre en formation défensive.

Alors que nous dépassions la première ruelle, je jetai un œil à mes trois hommes qui s’y étaient engouffrés. Ils faisaient face à un chien galeux, au pelage parsemé, l’œil terne et la gueule couverte de boue ou d’excréments. Franc se tourna vers moi pour m’indiquer que la ruelle était vide et que le bruit provenait probablement de ce chien inoffensif pour nous. J’allais approuver et leur dire de nous rejoindre lorsque l’un d’eux quitta les ombres pour se jeter sur Eloge. Le jeune homme s’effondra sous le coup du poignard qui se planta dans sa jugulaire. Le gargarisme du sang noyant la trachée me parvint en même temps que je croisais le regard furieux du jeune homme qui avait abattu l’un de mes soldats. Une haine si profonde brillait dans ces yeux bruns que j’en fus désorienté. Pourquoi ?

Les quelques secondes qui s’écoulèrent ensuite furent le tableau vivant de la brutalité. Les soldats les plus aguerris n’attendirent pas mon ordre pour sortir leurs armes de leurs fourreaux et défendre chèrement leurs vies. La surprise n'eut le droit de durer qu'un court instant car la mort pouvait nous cueillir très rapidement, comme en témoignait le cadavre noyé dans le sang d'Eloge.

« Aux armes ! »

Ce fut trop tard pour les plus jeunes d’entre-nous. J’entendis Criard hurler qu’on lui vienne en aide et j’entendis Pli grogner sous les coups d’un autre ennemi dissimulé. Franc et Agile luttaient côte à côte contre trois jeunes hommes, d’une vingtaine d’années, je les pensais capable d’en venir à bout sans mon aide.

Je me dirigeai rapidement vers Pli et Criard bien en peine avec leurs assaillants. Je gagnai Pli avant Criard, si bien que lorsque ma lame s’enfonça dans la cuisse du brun qui se tenait au-dessus de mon soldat, je tournai les yeux vers Criard qui poussait un grand cri. Il ne se relèverait pas de sitôt étant donnée le sang rougissant son épaule. Merde ! Merde ! Bon sang, mais qui étaient ces hommes ?

Je balayai la scène d’un regard rapide alors que l’homme qui j’avais abattu hurlait sa douleur. Leurs armes n’étaient pas de trop mauvaise facture et ils étaient bien plus nombreux que nous. J’en comptai treize, peut-être quinze, n’ayant pas le temps de bien voir.

« A moi, Gardes du Roi ! »

Cet ordre de ralliement avait pour but de tous nous réunir. Dispersés, nous étions faibles. Ensemble, nous avions la force d’une armée face à ces dissidents mal entraînés.

Franc et Agile avaient mis à terre deux de leurs assaillants sans trop de difficulté et se libéraient du troisième pour me rejoindre. J’aidai Pli à se relever puis nous approchâmes de Prodigue, Veilleur et Elian. En formation défensive sur une forme approximative de cercle, chacun veillait sur les arrières de l’autre et nous pourrions réorganiser notre attaque. La ruelle ne nous permettrait pas de nous défaire de nos ennemis aussi facilement.

« Franc ! Il faut d’abord éliminer ceux de l’avant. »

D’un hochement de tête, mon camarade me fit comprendre qu’il avait saisi l’idée. Nous devions tout faire pour acculer les dissidents au fond de la ruelle et ainsi les bloquer.

« Ils n’hésitent pas à tuer, alors défendez vos vies ! »


Cela ne me ressemblait guère : lutter avant de palabrer. Oh par Eda ! Cette fois-ci je craignais bien pour nos vies car nous n’étions plus que six face à une quinzaine d’enragés prêts à tout pour nous occire. La mort des habitants du Bourg risquait d’entraîner bien des soulèvements contre nous. Mais cette situation si sombre ne dépendait pas de mes hommes et ils ne méritaient pas de mourir pour de simples discordances politiques. Nous devions maintenir l’ordre certes, et je me refusais de voir ces jeunes soldats périr par ma volonté. Je devais tout faire pour les sortir de là.
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Dim 22 Mar - 18:07
Eda
Celle qui aide
Eda
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"A l'Oraison... " - Une patrouille parmi d'autres... Patrouille-plan-1-5729d81
En rouge les soldats de la garde
En orange, les vauriens
En bleu, les soldats d'El
En noir, les morts (noir complet) et blessés (noir partiel)
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Lun 23 Mar - 1:06
Foudre
La Hache d'El
Foudre
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Tandis que l'on s'organisait pour la halte, les Frères laissèrent les Sœurs s'installer sur le banc. Pour l'instant, il n'y avait que Grâce d'assise, les deux d'El étaient encore debout à côté de Pod. L'une d'elle se tourna vers l'écuyer et dit :

« Dis donc Pod, c'est de la galanterie de ta part de laisser la place pour que l'on s'installe sur le banc ? »

Rutilant et Foudre se regardèrent l'espace d'une seconde, ça y est, le spectacle allait commencer !

« Et bien oui, il me semble juste que vous puissiez vous reposer.. »

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase que celle qui lui avait parlé s'approcha l'air menaçant. Elle faisait une demi tête en moins que lui et avait des cheveux mi-longs de couleur châtain clair. Son visage n'était pas avenant et elle faisait clairement garçon manqué. Elle portait un fouet à sa ceinture ainsi qu'une dague.

« T'insinue que l'on a pas la force de tenir debout ? »

« Euh non... Je.. »

« Vas-y Pod, va au bout de tes pensées mon mignon... » lui dit la deuxième Sœur. Cette dernière avait les cheveux noirs et était légèrement plus petite que la première. De plus, elle avait un visage plus joli que celui de la brune. A sa ceinture, pendait deux armes très étranges qui n'étaient pas courantes au sein des Six Duchés et pour cause, elles étaient étrangères. Elles ressemblaient à deux grandes fourchettes à trois dents dont celle du milieu qui était plus grande que les deux autres. De ce que disait sa propriétaire, on appelait ça des saïs. Elle en avait encore un qui était dans son dos au cas où l'une de ses deux armes casse.

« Tu crois qu'il pense être supérieur parce que c'est un homme ? » demanda la première à la deuxième ?

« Je ne sais pas, attend... »

La deuxième sœur, qui avait les cheveux noirs et répondait au doux nom de Malicieuse, s'approcha de Pod et lui prit le paquet qu'il avait entre les jambes à pleine main en demandant :

« Est-ce que c'est un homme d'abord ? »

Pod ne savait plus où se mettre ni comment réagir. Il gigotait sur place comme un chaton qui tentait de s'enfuir mais ne voyait aucune issue.

« Pas fameux tout ça... » dit-elle avant de retirer sa main et de s'éloigner.

Devant le jugement expert de sa partenaire, la brune au visage patibulaire lui dit :

« Vu que tu n'es qu'une moitié d'homme, on va dire que tu n'en es pas un du tout alors tu vas poser ton cul sur ce banc mon mignon et tu n'en bouge pas jusqu'à ce que je te dise d'en bouger, tu as compris ? »

Son visage collait celui de Pod qui ne savait plus où se mettre. Cette patrouille commençait vraiment mal pour lui. N'ayant pas le courage de répondre parce qu'elle lui faisait vraiment peur, il décida d'obtempérer.

Il n'y eut pas d'autre incident durant la pause jusqu'au moment où ils entendirent un bruit de combat non loin d'eux. Vu que personne n'osait s'aventurer dans les rues de peur de tomber sur une patrouille ou sur des brigands, il n'y avait pas beaucoup de bruits et quand il y en avait, ça s'entendait d'assez loin. Ni une, ni deux, Grâce voulu se lancer dans la direction d'où ça venait. Foudre s'interposa et dit :

« Pas d'imprudence. Je ne veux pas de blessés ou de mort dans cette unité. On va y aller mais prudemment. »

Ils finirent leur paquetage et se redirent donc vers la source des bruits. Ça se battait clairement et l'on pouvait entendre les hurlements des victimes. Arrivé à un coin de mur, Bonté, la Soeur d'El ayant asticoté Pod regarda discrètement ce qu'il se passait et relata à voix basse. Ainsi, ils apprirent que c'était une patrouille du Roi qui s'était fait attaquer par des gens armés. Elle précisa que ça n'était pas le Guet vu leur tenue mais la Garde. Il fallait qu'ils soient vraiment téméraire pour s'en prendre aux hommes faisant partie de l'armée. Quand la situation était connue de tous, Foudre glissa un dernier ordre :

« On frappe pour blesser et les empêcher de pouvoir continuer de se battre, pas pour tuer ! »

Il avait beau être en colère pour ce qui était arrivé aux Sœurs d'Eda, il été conscient que les coupables étaient déjà derrière les barreaux et mourraient sans doute des blessures que leur avait infligé le Guet. Les gens qu'il avait en face de lui n'étaient que de pauvres bougres qui avaient faim. Ils s'en prenaient à des hommes armés et non des Sœurs sans défense. Ça changeait la donne malgré tout le ressentiment qu'il pouvait avoir. Profitant du fait que les assaillants étaient focalisés sur les soldats de Clément, ils profitèrent des murs des maisons pour pouvoir s'approcher sans se faire repérer et attaquer au dernier moment. La surprise serait de leur côté ! La patrouille du Bras d'El avait ses ordres, ils avaient tous leurs armes au clair, c'était l'heure de l'action !

L'effet de surprise fonctionna plutôt bien vu que les brigands ne s'attendaient pas à voir surgir une deuxième patrouille. Ils furent un peu étonné de voir que ça n'était ni le Guet ni la Garde mais des prêtres guerriers. Comme le Père Foudre l'avait dit, ils frappèrent pour assommer ou blesser mais pas tuer. Ainsi donc, la Garde vit arriver deux hommes chargeant avec une épée à la main (Pod et Rutilant), un avec deux haches (Foudre), une sœur avec un fouet dans une main, qu'elle utilisait pour qu'il s'enroule autour de sa victime, et dans son autre main, il y avait une dague qui lui permettait de frapper la personne immobilisée ou déstabilisée (Bonté) et la dernière avec deux saï (Malicieuse).
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Lun 23 Mar - 17:43
Eda
Celle qui aide
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Le plan avait fonctionné. Le premier sang avait coulé avec une telle facilité que cela avait donné des ailes à toute la bande. Un soldat était déjà mort, un autre blessé et les six encore debout en cercle autour de leur camarade mais surtout encerclés au cœur de la ruelle.
Ils n'avaient pas l'expérience mais ils avaient une hargne à toute épreuve. Du moins, le croyaient-ils. Ils avaient l'avantage du nombre ; il n'était même pas utile de savoir compter – comme cela était le cas de plusieurs d'entre eux- pour voir qu'ils étaient plus nombreux et que la situation se présentait plutôt pas mal.
Le grand blond avec la cicatrice semblait être le chef. Il avait donné l'ordre à ses hommes de défendre leur vie ; ils étaient donc prêts à tuer. Cela tombait bien car ceux d'en face en avaient fait leur idée fixe. Les soldats du roi, c'était des ennemis à abattre. Peu importe combien d'entre eux seraient blessés ou tués, les gars en armures devaient souffrir à leur tour. Tuer ou mourir en essayant. Voilà ce à quoi ils étaient prêts.

Au départ, la garde avait semblé vouloir coincer ceux qui se tenaient au fond de la ruelle mais lorsqu'ils furent pris en tenaille, sans beaucoup de marge de manœuvre, la situation balbutia un instant. Ils se regardaient les uns les autres, attendant le moment pour se tomber dessus. Bec qui était au fond de l'impasse avec son arc donna le départ de cette seconde vague. Juché sur une caisse pour dépasser ses camarades,il décocha une flèche en direction du premier soldat dans sa ligne de mire.
Personne ne remarqua vraiment si celle-ci toucha sa cible -ce qu'elle fit- ni où. C'était l'instant de se lancer dans la bataille.

Au même moment, un bruit, celui du chien couinant, déconcentra les hommes qui se tenaient du côté de la grande rue. L'animal remarqua en premier les six individus qui se présentaient auprès des humains qu'il connaissait. Il n'aboya pas, car voilà longtemps qu'il n'en était plus capable mais son couinement fut entendu par l'apprenti forgeron et deux autres vauriens qui se tournèrent à demi, interrompant leur geste. Ils constatèrent mal à l'aise qu'ils avaient de la compagnie imprévue. L'un d'eux beugla un truc incompréhensible pour prévenir ses compagnons, d'autant plus incompréhensible qu'il se prit un coup dans l'oignon au même instant, l'assommant à moitié. Il tituba, voyant un des siens tenter une attaque en réponse.
Le groupe se retrouva obligé de se partager entre les soldats d'El d'un coup, la garde de l'autre... Ce fut leur tour d'être pris en tenaille... Et cela n'était pas du tout prévu dans leur plan... Pourtant, ils furent plus énervés que paniqués, l'adrénaline du combat prenant encore toute la place dans leur cerveau. Ils manquaient toujours de pratiques, se jetant avec hargne et désordre vers les lames des professionnels, brandissant leurs armes et les agitant sans méthode. La surprise n'était plus leur allié, le nombre n'était plus leur allié ; ils n'avaient plus que leurs tripes et leur colère pour s'exprimer pleinement.

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Mar 24 Mar - 15:04
Clément de l'If
Preux Chevalier
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Localisation : Bourg-de-Castelcerf
Au coeur de la ruelle, la tension était palpable. Chacun prenait ses positions, le souffle court, prêt à bondir au moindre geste. Ce temps durant lequel chacun se jauge, ces quelques secondes où l’humanité perce encore dans le regard de l’adversaire avant que le goût du fer dans la bouche ne vienne attiser davantage la nécessité de tuer pour survivre.

Le jeune garçon qui me faisait face était à peine un homme. Sa carrure était celle d’un travailleur, les épaules charpentées et les bras musclés en témoignaient. Mais son visage n’avait pas les traits de l’homme qui a vécu les sévices du temps. Ses yeux verts scintillaient d’un drôle d’éclat et je devinais un léger tremblement derrière ce sourire carnassier. Peur ? Excitation ? Difficile à dire. Je fronçais les sourcils, déterminé à ne tuer que si nos vies en dépendaient. De si jeunes hommes… La colère et la faim les poussaient à agir malgré leur conscience et je ne pouvais m’empêcher de ne pas leur en vouloir. Je les comprenais, au fond. La déception était si forte qu’ils avaient besoin de faire mal comme eux avaient souffert. Seulement, ils n’avaient pas le recul qu’apportent les âges, cette sagesse qui leur dirait de prendre soin des leurs plutôt que de chercher un coupable qui n’existait pas en nos personnes. J’allais prendre la parole pour essayer de les raisonner dans un dernier espoir lorsque j’entendis dans mon dos le sifflement si familier qui me ravit les quelques mots qui me venaient à l’esprit. L’un des dissidents, un archer, avait décoché la flèche qui sonnait la charge.

Aussitôt, chacun se mit en place et je me tournai prestement en direction du jeune homme aux yeux verts. Pas le temps de savoir si la flèche avait atteint sa cible. Derrière lui, une agitation nouvelle. Renforts ? Ennemis ? Cela eut pour effet de déchaîner les coups. Je profitai de la légère surprise de mon adversaire pour lui envoyer un coup au torse et le mettre à terre. Ce qui n’arriva pas car, au moment où la pointe de mon épée allait le toucher à la poitrine, le dissident abattit sa hachette d’un geste vif pour repousser mon attaque. Raté ! Je jurai à mi-voix :

« Par El ! »


Je me remis en garde, j’étais de nouveau prêt à recevoir le premier assaut de sa part. Le jeune homme bondit sur moi, sa hachette maintenue fermement au-dessus de sa tête pour l’abattre sur moi. Quelle idée ! Me campant sur mes jambes je me tins prêt à le recevoir comme il se devait. Alors qu’il allait abattre sa lame sur ma tête, je pliai légèrement les genoux et pivotai sur moi même tout en plantant la lame d’acier dans sa poitrine. Je regardai tristement le corps retomber au sol et en dégageai mon épée dont le fil était ensanglanté. Ce pauvre garçon avait mal choisi son adversaire.

« J’aurais préféré qu’ils en soit autrement. » murmurai-je pour moi-même.

Je me tournai alors vers le groupe qui était apparu vers l’entrée de la ruelle. Cinq personnes se battaient en notre faveur et il s’agissait de renforts bien inattendus : des prêtres guerriers, si j’en jugeais leurs habits. Ne laissant pas plus de temps à nos adversaires, je me ruai de nouveau dans la bataille. Le sang battait mes tempes et je retrouvais ces sensations de maîtriser chacun de mes gestes au millimètre. Le brouillard se dissipait et mon corps se dérouillait. Je vins en aide à Prodigue et Veilleur qui luttaient au coude à coude. Ces deux-là ne devaient pas perdre la vie. Assez de sang avait coulé dans nos rangs. Je m’en fis la promesse.

Franc Sombrecoeur nous tournait le dos mais je pouvais deviner son visage concentré et fermé de l’homme qui ajuste ses coups avec précision. Il luttait aux côtés d’Agile et Elian avec tout le savoir-faire de la Garde Royale. Pli défendait ardemment le pauvre Criard qui essayait de ne pas sombrer dans l’inconscience. La cohue provoquée par l’entrechoc du fer et les cris des guerriers bourdonnait à mes oreilles. Deux dissidents du fond de la ruelle se ruèrent dans ma direction en voyant que nous étions à trois contre un. J’étais prêt.
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Ven 27 Mar - 13:40
Foudre
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Le combat se déroulait sous les yeux de Grâce et d'un Frère d'El resté en retrait à la demande de Foudre pour assurer la sécurité de la soigneuse au cas où l'un des brigands réussirait à passer la vigilance des prêtres guerriers pour s'attaquer à eux. Cet homme qui servait en quelque sorte de garde du corps répondait au doux nom de Frère Réservé mais personne ne l'appelait ainsi dans le Bras d'El.. Rutilant lui avait trouvé un autre surnom qui avait plus à tous, c'était Bavard. Ironie de la situation, Réservé ne parlait jamais car il n'avait plus de langue.

Ceux engagés dans la bataille étaient tous extrêmement concentrés. Ils avaient tous vécu la Guerre Rouge et ne souhaitaient pas mourir bêtement dans les ruelles de la capitale. De plus, l'ennemi n'était pas entraîné comme l'avait été les guerriers Outriliens qu'ils avaient dû affronter. Néanmoins, la rage que dégageaient ces gens leur donnait le courage de s'opposer à des hommes ayant l'expérience du combat. La surprise avait plutôt bien fonctionné mais malheureusement pour eux, un chien les prévint au tout dernier moment. Un poil trop tôt pour que les hommes de Foudre puissent tomber sur l'ennemi sans qu'ils n'aient le temps de comprendre mais un poil trop tard pour ceux d'en face qui durent réfléchir à la vitesse de l'éclair pour changer leurs plans. Ils ne pouvaient plus encercler la Garde vu qu'ils se faisaient attaquer sur deux fronts. Et c'est là que leur manque cruel d'expérience se fit sentir.

Foudre avait ses deux haches en main et arriva au corps à corps avec son opposant direct. Ce dernier tenta de l'embrocher comme si ça n'était qu'un vulgaire poulet, le Père dévia la lame à l'aide de sa première hache et avec la deuxième, tapa du plat de la lame sur la tempe. Avec ce coup, il y avait de grandes chances pour qu'il tombe assommé net mais pas qu'il perde la vie.

Rutilant bloqua deux coups avec son épée pour jauger un peu son adversaire avant d'établir dans sa tête la meilleure stratégie pour en venir à bout. Il aurait pu en finir directement mais il fallait malgré tout qu'il s'amuse un peu. Voyant que l'homme en face utilisait son arme de façon peu efficace à taper comme il pouvait, il cessa de jouer et après avoir dévié la lame, il frappa le nez de l'homme avec le pommeau de son arme.

De son côté Bonté avait envoyé son fouet s'enrouler autour du cou de son adversaire et avait tiré un coup sec pour le rapprocher de lui et le faire tomber. L'homme tombant face contre terre, il ne lui restait plus qu'à frapper au niveau de ses épaules pour infliger une blessure douloureuse et qui saignait pas mal. C'était impressionnant mais peu de risque d'être mortel.

Malicieuse faisait des sauts de chat autour de sa victime. Elle esquivait plus par les mouvements de son corps qu'avec ses saï. Quand elle voyait une ouverture, elle visait à hauteur des bourrelets. Ainsi, l'homme avait plusieurs entailles peu profondes mais qui faisaient également beaucoup souffrir.

Celui qui avait le moins d'expérience de leur côté, c'était Pod. Il n'avait connu aucun conflit ni participé à aucune guerre. Les missions qu'il avait pu faire ne l'avait pas forcément mis en danger. Néanmoins, il eut pour instructeurs Foudre et Rutilant. Ces deux là n'avaient cherché en aucune manière à se montrer aimable avec l'écuyer. Il avait donc, en toute logique, ce qu'il fallait pour survivre à son premier vrai test. Si pour les plus aguerri, ils tentaient de baisser leur rythme cardiaque pour être le plus calme possible, le jeune homme n'en était pas encore là. Son cœur battait la chamade. Tandis qu'il parait les coups de l'homme qu'il combattait, il avait dans un coin de sa tête le fait que s'il avait été choisi pour cette mission, c'est que l'on le sentait prêt. Cela l'aidait beaucoup. N'arrivant pas à se défaire de son opposant aussi vite que ses aînés, il se décida finalement par lui faire arracher son arme avant de lui décocher un bon crochet du gauche. Voyant une ouverture, il visa également la tête du plat de son épée.

La première ligne avait été défaite. Comment allait réagir les suivants ?
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Dim 29 Mar - 13:39
Eda
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Ils peinaient, luttaient avec la force du désespoir mais ils n'arrivaient pas à grand chose. L'inverse aurait été surprenante.


Contre les prêtres soldats, ils ne purent rien faire. Professionnels et rapides, ils leur administrèrent une leçon propre mais clémente. Ils avaient retenus leur coup, leur but n'était pas de tuer leurs adversaires mais de les mettre hors d'état de nuire. Certains ne virent rien venir, d'autres eurent l'illusion d'un véritable combat alors qu'ils ne maîtrisaient pas davantage de ce qui leur arrivait. Ce fut bref et concis. Des nez saignèrent, des contusions gonglèrent. Le seul qui ne fut pas proprement sonné par son adversaire, avait fini par prendre la poudre d'escampette dès que la femme qui l'avait tailladé petit peu par petit peu eut le dos tourné. Un instant, il pensa récupérer un de ses camarades pour partir avec lui mais ses côtes étaient déjà doulousement sensibles. Il ne se voyait pas porter un inconscient. Cela le fit grave chier car il avait peur de ce qui arriverait à ses frères, à ceux qui ne pourraient pas prendre la fuite avant la fin de la bagarre. Hors celle-ci arriverait bien vite... Leur plan avait merdé simplement parce qu'une autre patrouille s'était trouvée dans les environs... Pourquoi n'y avaient-ils pas pensé ? Pourquoi ne l'avaient-ils pas anticipé ? La faute à pas de chance aurait conclu avec désinvolture le fils du boucher, mais il était étendu à terre, les yeux révulsés, aussi mort que le premier de ces chiens de gardes qu'ils avaient pu abattre. C'était le grand blond à la cicatrice qui l'avait achevé, mais cela Tic, celui qui prenait ses jambes à son cou, ne l'avait pas vu. Comme il n'avait pas eu le temps de voir ce qu'il se passait réellement dans son dos, dans la ruelle.


Parmi les hommes de Clément, il y avait les expérimentés et ceux qui l'étaient un peu moins. La configuration des lieux et la chance firent le reste.
Grâce à l'intervention des hommes en bleu, l'équilibre des forces fut modifié. Chacun avait un adversaire en face de lui.
Agile était un bon combattant. Malheureusement, il avait été victime du tir de l'archer. La flèche était encore figée dans son épaule gauche, la tête lui tournait et il arrivait plus à éviter les attaques furieuses de son adversaire qu'à lui répondre efficacement.
A ses côtés, Elian et Franc se débroullaient mieux même si ce dernier se retrouvait plutôt coincé contre le mur, ne lui permettant pas une marge de manœuvre très pratique. L'adversaire d'Elian, dans un mouvement d'esquive absolument pas maîtrisé, reçut la lame de celui-ci en plein dans l'épaule droite au lieu de l'éviter. Il lâcha son épée en hurlant, reculant en titubant, l'esprit déjà embrouillé par la douleur puis par le flux important de sang qu'il perdait. L'artère axillaire avait été tranchée. En quelques secondes, il tomba au sol, dans quelques minutes, sans soin, il serait mort.
Du côté de Pli, ce fut la même chose ou presque qui venait de se produire. Protégeant coûte que coûte son ami Criard, se tenant difficilement assis contre le mur de la ruelle, le jeune homme était déterminé et celui qui cherchait à l'atteindre n'eut aucune chance. Sa hargne n'était pas à la hauteur de celle du soldat. Esquivant un coup d'estoc en glissant sur la droite, il tailla verticalement le visage du civil qui, porté par son élan, se trouva sur le chemin de sa lame. Sa mâchoire fut fendue du bas vers le haut, déchirant jusqu'à la pommette et taillant l'œil. Il s'effondra à genoux sur le sol, le fracas de ses cris se répercutant sur les murs alors que ses mains palpaient son visage à jamais défiguré. Ses doigts baignaient dans son sang et son œil valide tourna rapidement vers le blanc sous le choc. Il vacilla un instant, se reprit et hurla et pleura à nouveau sa douleur comme sa peur. Ne pouvant voir ce qu'il lui arrivait, il constatait simplement qu'il perdait beaucoup de sang, trop de sang et qu'il ne pouvait l'empêcher.
Après avoir achevé son adversaire, Clément se rendit donc auprès de Veilleur et Prodige. Ces derniers étaient aux prises avec un jeune homme usant d'une hache. Parvenant à esquiver le tranchant de celle-ci, Veilleur porta un coup d'estoc dans la cuisse du révolté. Ce dernier eut un mouvement de recul instinctif mais lorsqu'il heurta le mur, il revint à la charge. La blessure reçue ne l'empêchait pas de se mouvoir, même si le filet de sang qui s'en échappait teignait petit à petit la jambe de son pantalon. Bientôt le rejoignirent les deux derniers adversaires encore indemnes de cette bataille improvisée. Ils se retrouvaient acculés tous les trois au fond de cette ruelle, entourés par un nombre d'ennemis trop importants pour eux mais le désespoir leur donnait l'énergie de s'acharner, là où le bon sens aurait dû leur dicter de lâcher leurs armes. L'archer avait tiré une dernière flèche avant de se précipiter, sortant un long couteau de boucher de sa ceinture pour se porter au contact du commandant de la garnison. Sa flèche, tirée trop rapidement pour qu'il en maîtrise la trajectoire, frôla la cuisse de Franc avant de rebondir sur le mur voisin et de tomber mollement sur les pavés rouges de sang.


Ils n'étaient plus que trois à être encore en état de se battre... L'un d'eux s'en rendit compte. Il recula devant Agile, levant les mains devant lui, lâchant son épée qui tinta à terre. Il se cogna contre Foudre qui arrivait derrière lui et sursauta.
" Bec ! Jov ! Arrêtez !! C'est... " hurla-t-il a ses camarades. Il ne les regardait plus, ses yeux hagards détaillant ceux qui étaient au sol autour de lui, blessés plus ou moins sérieusement. Tout lui paraissait grave à son regard. Ce n'était pas sensé se passer comme cela... Ce n'était pas sensé se finir comme cela...
C'était inutile de continuer, c'était fou de mourir maintenant pour rien... Le pauvre homme tomba à genoux, se prenant la tête dans les mains. Il pensa à sa petite femme et à ses deux garçons qui l'attendaient à la maison. C'était pour eux qu'il se battait... C'était pour eux qu'il avait failli mourir, venait-il de réaliser.

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Lun 30 Mar - 19:28
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
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Quand le bruit avait retenti dans le silence glacé des rues, elle n'avait pu s'empêcher de se lever, le cœur battant. Des hommes s'affrontaient à quelques croisements de là ; il y aurait des blessés, peut être davantage. Son sang de soigneuse ne pouvait tolérer que des gens souffrent. Foudre avait compris et la troupe s'était engagée dans les rues du Bourg, suivant les échos jusqu'à arriver aux abords de la scène.
Restant à l'écart, sous la protection muette de Bavard, Grâce serrait les mains contre son cœur comme si cela pouvait l'apaiser. Elle savait la noirceur qui habitait les hommes d'ici, cette peur, cette colère. Trop d'incertitudes, trop de rancœurs, cela causait nécessairement des problèmes. Les voilà qui se cherchaient des coupables là où ils pouvaient les atteindre. C'étaient des hommes de la garde royale qui s'étaient fait piéger dans cette ruelle. Elle ne les voyait pas vraiment, son garde du corps l'empêchant d'avancer. Elle constata l'efficacité des soldats d'El à mettre à l'arrêt les vauriens qui se tournèrent vers eux. Blessures superficielles visant à étourdir les assaillants, ainsi que le Ripponais l'avait ordonné. Pourtant, rapidement aux cris qui se répercutèrent contre les murs environnants, elle sut que les blessures étaient bien plus sévères au delà de son champ de vision. Elle ne craignait pas de voir les combats, bien que ce fut la première fois qu'elle assista à un affrontement. En général, elle se trouvait en arrière ligne et les blessés lui étaient emmenés lorsque c'était terminé et qu'il était possible de les évacuer.


Elle réussit néanmoins à se faufiler, esquivant les bras robustes de son gardien. C'était fini. Ou cela le serait bientôt. Un des hommes suppliait ses compagnons de se rendre. Les hurlements d'horreur d'un autre qu'elle ne vit qu'en arrivant auprès de Foudre couvraient presque la réponse que le dénommé Bec fit. Levant son couteau au dessus de sa tête, avec le regard fou d'un homme désespéré, il s'apprêtait à l'abattre sur le premier homme à sa portée.


Elle ne réfléchit pas. Il fallait que cela s'arrête maintenant. Elle voyait le sang couler, les blessures nombreuses et ne voulait pas en compter une de plus. Ou un mort de plus.
" Arrête ! " hurla-t-elle en envoyant sur l'archer une décharge d'Art qui l'ébranla. Il cligna des yeux surpris de cette intervention dans sa tête, ses jambes flageolèrent et il suspendit son geste, la main hésitante. Il s'arrêta, soumis à une volonté plus forte que la sienne. Pour un instant du moins.
L'homme à côté de lui, celui qui se surnommait Jov attrapa la main de son ami, puis son arme et la jeta au fond de la ruelle. Celui-ci allait réagir, se rebellait mais en face de lui, il avait un frère et ce dernier le supplia.
" Arrête... C' trop tard... Ça sert plus à rien... "
Ils se savaient perdus, ils se savaient morts dans quelques jours, peut-être moins. Ils avaient joué, ils avaient pris le risque d'exprimer leur colère, leur désespoir, leur désarroi. Ils avaient parié leur vie dès l'instant où ils firent couler le premier sang. Aucun ne pouvait éviter l'inéluctable conséquence.


Ne prêtant pas attention à l'agitation, la prêtresse se précipita auprès du défiguré. Il était mort de trouille car il pissait le sang. Elle ne pourrait se concentrer sur aucun autre blessé tant que celui-ci s'égosillerait. Les plaies à la tête et au visage étaient parmi les plus impressionnantes car le saignement y était terriblement intense. Elle doutait pourtant de la superficialité des blessures de cet homme, mais tenterait quand même de le soigner.
" Clément, donne-moi ta cape ! Je dois arrêter le saignement maintenant. "
Oui bien sur qu'elle avait reconnu l'Haurfondois mais l'heure n'était pas aux réjouissances des retrouvailles. Elle avait fort à faire et les gardes également. Il serait temps ensuite de se montrer soulagée de le savoir en bonne santé.


" Que quelqu'un fasse une compression sur la plaie de celui-ci." fit-elle en désignant Criard à deux pas d'elle. Puis du menton, alors qu'elle déchirait sans ménagement le tissu de la cape qu'elle avait presque arraché des mains du géant blond, elle balaya la question concernant l'homme qui s'était pris l'épée dans l'épaule. Il était toujours inconscient et sombrerait dans le trépas sans s'en rendre compte. " Il n'y a rien à faire pour lui. " annonça-t-elle sobrement en secouant la tête.


" Foudre, tu peux venir me le tenir s'te plaît. "
L'homme dont elle devait bander le visage se débattait beaucoup trop, englué dans sa souffrance pour qu'elle parvienne à l'approcher sans risquer de s'en prendre une. Le commandant royal devait organiser l'arrestation des civils et elle ne s'occupait pas de savoir si le prêtre d'El y prêtait main forte ou non. Elle savait pouvoir compter sur lui pour la tâche qu'elle lui assignait. Elle ne pouvait pas user de l'Art pour apaiser le malheureux car son esprit était trop tourmenté pour qu'elle y trouve la moindre emprise. Il n'y avait que la force brute qui pourrait l'aider pour le moment.
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Mer 1 Avr - 22:20
Clément de l'If
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Ces renforts inattendus avaient changé notre funeste sort pour une destinée davantage salvatrice. Malgré tout, rien n’était terminé et il fallait encore lutter face aux coups enragés des dissidents qui… s’estompèrent aussi vite que la fumée de l’âtre soufflée par un courant d’air ! Nous avions fini par acculer nos deux adversaires contre le mur du fond de la ruelle et face à notre détermination (et la tournure des événements), le troisième entonna le signal de la soumission et tomba à genoux en lâchant son arme devant Agile déjà bien mal en point. Les deux autres ouvrirent leurs paumes et laissèrent tomber leurs armes dans un tintement de métal sur le pavé ensanglanté. La bataille prit fin aussi rapidement qu’elle s’était lancée, toutefois aucun soulagement ne fit redescendre la pression qui battait mes tempes. Les muscles toujours contractés, les sourcils froncés, je remis l’épée au fourreau après m’être assuré qu’aucun danger ne nous menaçait plus et je donnai mes ordres :

«  Pli, Franc et Elian, occupez-vous de ces gars-là. Veilleur et Prodige, vous me trouvez ce qu’il faut pour ficeler celui-ci. Et récupérez leurs armes ! »


Franc passa à côté de moi, une étrange lueur dans le regard. J’espérais que ces événements n’avaient pas ravivé une trop grande douleur en lui. Moi qui voulais plus que tout le sortir du Château pour lui changer les idées et lui redonner une estime de lui… je venais de lui ordonner de tuer pour survivre ! Quelle belle journée ! Le regard sombre, je fis un demi-tour sur moi-même pour enfin prendre le temps d’observer nos sauveurs, car il fallait l’admettre, tout aurait été différent sans eux. Davantage de morts des deux côtés, j’imagine.

Ce que je vis ne furent pas des guerriers ou de vaillants hommes. Non, je vis une petite silhouette se faufiler de corps en corps en donnant des ordres, ses cheveux blonds voletant autour de son visage au teint si pur. Grâce. Que faisait-elle ici ? Mes yeux se posèrent sur elle alors que le temps se suspendait quelques instants, le souffle coupé. Elle traversa le petit champ de bataille que formait cette ruelle du Bourg et s’agenouilla auprès de l’homme qui avait été défiguré. La voix de Grâce me ramena à la réalité lorsqu’elle m’ordonna de lui donner ma cape, ce que je m’empressai de faire. Cet homme était un dissident, un ennemi de la royauté. Mais c’était un homme et je comprenais parfaitement ce que Grâce tentait de faire. Avec empathie, je songeai que j’avais été à la place de cette homme moi aussi, ressentant alors quelques picotements au niveau de ma cicatrice sur le visage.

La jeune femme m’annonça sans trop de ménagement que le blessé d'à côté mourrait sans que rien ne puisse être fait. Un de plus. Je soupirai avant de lui obéir pour me rendre auprès de Criard après qu’elle m’ait arraché ma cape des mains. J’avais récupéré le morceau restant de ma cape d’officier pour effectuer la compression sur la plaie de mon soldat. Je lui adressai un sourire encourageant, rassurant, mais aucun mot ne me venait. Je ne gérais plus vraiment la situation. Je ne pouvais m’empêcher de jeter des regards à Grâce de temps à autre. Elle se jetait corps et âme dans les soins à apporter et je la respectais énormément pour cette qualité. La fille d’Eda appela l’un des hommes qui étaient venus à notre secours. Foudre, c’était le nom qu’elle lui avait donné et, manifestement, si Grâce se souvenait de mon prénom (ce qui était une joie), elle se rappelait également celui de cet homme. Je refoulai ces pensées tout à fait inappropriées à la situation et pris quelques informations en compte.

Nos renforts étaient visiblement des prêtres guerriers, au vu de leurs accoutrements et de leurs équipements. Le dénommé Foudre avait rangé ses haches. Deux d’entre-eux maniaient l’épée. Deux femmes les accompagnaient, elles aussi armées d’étranges lames et d’un fouet. Je ne savais pas trop quoi penser de ce groupe assez surprenant et je préférai attendre pour me faire une opinion plus authentique. Ils nous avaient aidé, voilà ce qu’il y avait à retenir.

Je jetai un œil à mes hommes. Pli, Elian, Veilleur et Prodige avaient trouvé de quoi entraver les trois dissidents. Franc s’approchait de moi avec Agile, toujours blessé à l’épaule par une flèche. La cuisse du premier saignait et je l’interrogeai d’un regard inquiet, auquel il répondit par un haussement d’épaules. Une plaie superficielle, donc. Je laissai Franc poursuivre la compression à ma place auprès de Criard et j’observai la plaie du soldat. Cela ne me semblait trop complexe pour m’en charger moi-même. La flèche avait transpercé la chair de part en part. Agile tremblait. Je lui souris et lui proposai de s’asseoir. Je me tournai vers les prêtres guerriers, préférant laisser Grâce se concentrer sur son blessé.

« L’un de vous pourrait me donner un coup de main ? La flèche est prête à sortir mais je crois qu’un peu d’aide supplémentaire ne serait pas de refus ! »
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Ven 3 Avr - 17:23
Foudre
La Hache d'El
Foudre
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Le combat était déjà terminé. Ça n'était qu'une bande de citoyens en colère qui n'avaient pas vraiment d'expérience du combat. De pauvres bougres qui avaient tentés leur chance pour exprimer leur mécontentement, leur colère et leur faim. Pas de chance pour eux, ils auraient dû mieux prévoir leur coup et ne pas s'attaquer à des hommes sachant se défendre. Apparemment, ils avaient réussi à en avoir deux quand même. Comment donc cette patrouille s'était-elle laissée surprendre ?

Il restait deux ou trois opposants mais l'un d'entre eux se rendit compte que c'était peine perdue. Le combat était fini, il fallait se rendre. A quoi bon continuer ? Mis à part pour faire couler plus de sang et ça ne serait certainement pas celui des hommes entraînés mais le leur. Il avait bousculé Foudre qui réagit en le poussant à son tour et l'homme tomba à genoux. Il pleurait et se prenait la tête dans ses mains. Il suppliait ses amis d'arrêter et de se rendre. Pour s'assurer de sa docilité et de son obéissance, Foudre mit l'une de ses haches sous la gorge de celui qui était au sol tout en jetant un rapide coup d’œil sur la situation. Devant lui, il y en avait un dernier qui préférait continuer malgré les suppliques de son pote. Il allait charger et certainement mourir mais Grâce intervint. Il n'avait même pas fait attention qu'elle était non loin de lui. Elle lui ordonna de s'arrêter et l'homme stoppa net son geste avec un air étonné sur le visage. Que venait-il de se passer ? Pourquoi cet homme avait réagit au quart de tour à l'injonction de la soigneuse ? Quel était ce mystère ? Avait-il été étonné d'entendre autant d'autorité sortir de la bouche d'une femme si menue et petite ? Était-ce autre chose ? S'était-elle encore servit de sa magie ? Si tel était le cas, c'était vraiment impressionnant et redoutable. Si c'était vraiment l'Art qui permettait ça, quels étaient les limites de ce pouvoir ? Nul doute que si la magie permettait d'imposer sa volonté à un homme, les dieux avaient de drôles de projets pour privilégier certains en leur conférant un tel pouvoir.

L'instant d'après, elle redevint celle qu'il connaissait. Elle regardait autour d'elle ce qu'elle pouvait faire, elle analysait à la vitesse de l'éclair et prenait ses dispositions pour être la plus efficace possible. Sa priorité était de s'occuper de celui qui avait reçu un méchant coup dans la figure. Lui, il serait défiguré à vie et avait perdu l'usage d'un œil. Il avait joué, il avait perdu. Il regretterait certainement de ne pas avoir eut la force de raisonner les autres. Fonçant sur cet homme pour lui venir en aide, elle interpella un homme qui n'était pas de leur petit groupe mais de la Garde. Ainsi, elle en connaissait un dans le lot ? Qui était-il donc ? A voir ce gars donner ses ordres aux autres, c'était le chef de la patrouille. Un des hommes de la garde s'approcha de Foudre et de l'homme qu'il tenait en respect avec sa hache, il avait déjà rangé l'autre dans son dos. Il en profita pour dire aux autres membres du Bras d'El :

« Bavard, Bonté vous me surveillez les environs ! Je n'ai pas envie de me faire surprendre si jamais il y en a d'autres qui rappliquent. On ne sait jamais, ce combat a fait du raffuts dans le quartier. »

Tandis qu'elle s'occupait du braillard à la tronche décousue, elle demanda à ce que quelqu'un fasse une compression sur l'homme qui était non loin d'elle et qui appartenait à la garde. Ce fut Clément, le chef, qui s'en chargea. Elle avait vraiment analysé l'ensemble de la situation parce qu'elle rajouta que pour un homme c'était la fin, il mourrait en étant inconscient. Hors de question pour Foudre, ça avait beau être un « ennemi », il ne le ferait pas souffrir pour autant.

« Pod, tu l'achèves. Mieux vaut abréger ses souffrances même s'il ne doit pas vraiment les ressentir. Son corps a assez souffert comme ça. »

L'écuyer ne semblait pas vraiment à l'aise avec cette idée mais il n'était plus un bleu, il devait faire ses preuves si jamais il voulait devenir un Frère confirmé. Dans le futur, il devrait certainement recroiser ce genre de situation. Il ne se plaindrait pas parce qu'il savait que ça ne servirait à rien. Son mentor ne reviendrait pas sur sa décision et de plus, les autres se moquaient déjà assez de lui comme ça.

« Pod, direct dans le coeur. »

L'écuyer opina du chef et s'approcha, il regarda quelques secondes l'homme inconscient avant de l'exécuter. Ce fut rapide, net et précis. L'homme parti rejoindre ses ancêtres. L'écuyer essuya sa lame en se servant des habits de sa victime.

« Beau travail ! »

Foudre n'avait pas le temps pour plus, ce n'était pas le lieux non plus pour tenter de voir si Pod allait bien. C'était compliqué, il allait devoir digérer d'avoir ôté la vie à quelqu'un incapable de se défendre. Mais avec le temps, il comprendrait que c'était le mieux à faire. A ce moment, Grâce appela Foudre à l'aide parce que celui à la gueule décousue criait et se débattait de trop pour qu'elle puisse être performante. Elle n'utiliserait donc pas sa magie pour le calmer ? Pourquoi ? Il n'arriverait jamais à comprendre... La tâche serait sans doute ardue et il vit rapidement qu'il aurait besoin d'aide.

« Rutilant, tu viens m'aider. On va le maintenir pour qu'elle puisse s'occuper de lui convenablement. »

Les deux hommes forts de leur patrouille arrivèrent près de Grâce et le saisirent chacun par un bras et une jambe pour l'empêcher de bouger. Pendant ce temps, Clément avait délégué le soin de faire la compression à l'un de ses hommes. Tous les ennemis étaient ficelés et ne pourraient donc pas bouger. Voyant qu'un de ses hommes avait une flèche fichée dans le corps, il lui demanda de s'asseoir et appela de l'aide pour lui retirer.

« Très mauvaise idée... A moins que tu ne veuilles qu'il se vide de son sang et qu'il meurt devant toi mon mignon. »

Ce fut Sœur Malicieuse qui parla en cet instant. Grâce acquiesça de son côté pour confirmer l'information qui venait d'être donnée.

On pouvait entendre alors Rutilant qui s'exclama tout en maintenant le mec à la tronche décousue :

« Ah je comprends mieux maintenant pourquoi le mec à qui j'ai retiré une flèche est mort devant moi... Je pensais l'aider pourtant. Dommage, c'était un brave gars. »

Il y avait de vrais regrets dans les paroles du roux. Il avait voulu venir en aide à quelqu'un et il avait empiré la situation. Malicieuse regardait Clément d'un air indéchiffrable. Elle ne se moquait pas de lui et ne prenait pas non plus un air de : comment tu ne peux pas savoir ça toi qui es chef ? Elle était simplement en train de le jauger pour savoir s'il y avait moyen de s'amuser avec lui. Mais ça, comment pourrait-il le deviner, Clément ne la connaissait pas.

« Et sinon, de rien hein... Ce fut un plaisir de venir ici pour t'empêcher de perdre encore plus d'hommes mon mignon... »
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Sam 4 Avr - 19:45
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
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L'homme bien que maintenu par deux paires de bras vigoureux se débattait encore sacrément. La violence de l'attaque reçue et la peur qui l'habitait le rendait déraisonnable. Grâce se plaça au niveau de la tête. Elle avait déchiré des bandes dans la cape, maintenant le tissu sous son pied pour le tirer et le découper. Elle utilisa les premières pour éponger la blessure afin d'y voir plus clair.
Bien qu'elle soit entièrement concentrée sur sa tâche, ses oreilles captaient ce qu'il se passait autour. Elle releva la tête en entendant la requête de Clément, mais ne put répondre immédiatement car son récalcitrant patient avait décidé que le contact de sa main sur son front le dérangeait. Il remuait la tête en grognant pour la chasser.
" Arrête de bouger ! " aboya-t-elle en se penchant vers lui et en appuyant de tout son poids sur son front pour le maintenir. Ses mains étaient déjà rouges de sang et ses cheveux clairs arboraient déjà quelques traînées vermeille là où elle avait passé ses doigts pour les remettre en place dans son dos.


Elle replaça une compresse sur la joue du gaillard et l'y maintint fermement. Elle put reprendre le cours de la conversation autour d'elle, validant l'intervention de l'une des guerrières qui précisait au chef de l'escadron royal que c'était une mauvaise idée de procéder à l'extraction de la flèche.


" Casse la flèche. Laisse quelques centimètres à peine pour que je puise la saisir. Je m'en occupe dès que je peux. " compléta-t-elle à l'attention du chevalier. " Il faudra rapatrier tout le monde au temple dès qu'ils seront stabilisés. Il faut un chariot ou un truc du genre pour les déplacer. Et fais boire un coup à tes deux gars. "


Sous elle, l'homme s'était calmé suffisamment pour qu'elle puisse passer à la suite. Elle retira le tissu détrempé et examina la plaie. Il avait bien moins de chance que Clément : son œil était définitivement perdu. Il faudrait qu'elle l'enlève pour qu'il ne pourrisse pas dans son orbite.
Tout en fouillant dans son sac à la recherche de ce dont elle allait avoir besoin, elle prit le temps d'expliquer à Rutilant qui s'étonnait d'apprendre la dangerosité d'enlever une flèche.
" Certaines flèches peuvent être retirées rapidement et sans risque. Mais si la pointe a perforé une veine, la retirer ouvre la blessure et provoque une hémorragie. D'autant que la forme d'une flèche est idéale pour perforer une chair. Pas pour en être retirée en douceur... On peut faire plus de dégâts en croyant bien faire. "


La prêtresse avait sorti la gourde de bière de sa besace et se rinça les mains avec l'alcool. Elle fit de même avec les instruments qu'elle avait sélectionné. L'urgent était d'énucléer le pauvre homme et de recoudre les parties les plus profondes. Heureusement qu'elle avait pensé à prendre tout son attirail ! Elle avait supposé en avoir besoin pour suturer une quelconque blessure chez ceux qu'elle comptait visiter mais avait eu finalement du nez de se munir de tout cela.


" Messieurs, je préfère vous prévenir. Ça va vraiment être très moche mais ce n'est pas le moment de gerber. Détournez les yeux si vous tenez pas le coup mais ne le lâchez surtout pas. Je vais tenter de l'endormir avec l'Art mais j'ignore si ce sera efficace car il a l'esprit très perturbé. "
A cet instant, elle ne se focalisait plus que sur son patient et ses deux assistants. Elle leur faisait confiance pour gérer le malheureux dans l'esprit duquel elle se faufila tant bien que mal pour le faire somnoler. Mais l'opération qu'elle s'apprêtait à faire était à la limite du supportable même pour des hommes aguerris.


La jeune femme glissa la lame de son couteau le long du globe oculaire, faisant suinter un liquide opaque de la blessure qui l'avait perforé. La pointe se faufila sous la paupière qu'elle maintenait soulevée de son autre main. Elle sentit l'instant où elle put faire délicatement rouler l'œil hors de son orbite grâce à l'action de son couteau. Elle délaissa la paupière et ses doigts fins se saissirent du petit globe percé. L'homme tresaillait de plus en plus en dessous d'elle et elle suspendit son geste pour l'aider à sombrer à nouveau. Cela fut plus difficile que la première fois. Le nerf optique envoyait de très nombreuses informations douloureuses au cerveau tandis qu'elle dégageait l'œil. Elle le déposa, mort, sur le morceau de tissu qui recouvrait la joue. Le nerf à vif y était encore rattaché.


" Je vais couper. Il va hurler et s'évanouir. " prévint-elle, terriblement concentrée. Elle n'avait pas fait cela souvent mais elle n'avait pas l'opportunité d'en être stressée. Pas plus que de douter ou d'hésiter. Grâce fit un nœuf coulant avec un cordon autour du nerf, le plus bas qu'elle puisse au creux de l'orbite. Elle serra du plus fort qu'elle pouvait, attendit quelques instants. L'homme recommençait à se débattre, le cerveau noyé sous la douleur immense qui l'envahissait.


" La tête ! Il ne doit pas bouger. "
Elle ne vit pas qui se chargea de lui enserrer le crâne. Elle ne vit que l'action qu'elle était en mesure de finir dès que les tremblements furent maîtrisés. Alors elle coupa au dessus du lien, rapide et précise. Il hurla comme rarement on entend un homme hurler. Ceux parmi eux qui avaient fait la guerre pouvaient reconnaître ce cri : au delà de la douleur, c'était la plainte déchirante de celui qui sait perdre définitivement un morceau de lui-même. Le souffle court, il finit par s'évanouir. Elle reprit le sien de souffle et continua. Moins de deux minutes s'étaient écoulées pour exécuter cette partie de l'opération. Délicatement, elle sutura le morceau de nerf restant puis retira le fil qui l'enserrait. Elle lui ferma la paupière et la raccomoda en la refermant sur l'orbite vide. Elle rajouta du fil à son aiguille et après avoir désinfecté la plaie à l'aide d'une rasade d'alcool qu'elle épongea d'un linge propre, elle s'attaqua à recoudre la joue. La pommette était complètement déchirée, l'os largement fendu en dessous. La jeune femme replongea dans l'esprit de son patient et fit appel aux ressources de leurs deux corps pour accélérer le processus de soudure de cet os. Elle ne s'attarderait pas à reconstituer le muscle qui se trouvait là par la magie. Elle n'avait pas le temps pour cela, ni l'énergie. Son sourire, si un jour il souhaitait sourire à nouveau serait unilatéral. Etant donné la situation, elle ne pouvait pas faire de miracle. Deux autres hommes avaient besoin d'elle. Elle devait les stabiliser l'un après l'autre pour permettre leur déplacement. Ils ne pouvaient restés dans cette ruelle, au vent et au froid, potentielles cibles d'une nouvelle attaque.
Ses doigts agissaient presque seuls, mus par l'expérience. Elle pinçait d'un côté, piquait et tirait de l'autre. Puis elle emmaillota la tête de son patient, toujours inconscient dans le dernier morceau de cape qui lui restait.


" Ça va ? " demanda la petite blonde à ses assistants. Elle s'assit sur ses talons au terme de son opération, relevant enfin les yeux sur le monde qui l'entourait. Ses joues avaient rougi sous l'effort de concentration et de rapidité qu'elle s'était imposée. Elle n'avait pas idée du temps qui était passé mais elle avait la bouche sèche comme si des heures s'étaient écoulées.
Déjà il fallait penser au suivant.
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Jeu 16 Avr - 22:27
Clément de l'If
Preux Chevalier
Clément de l'If
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Je regardai les deux costauds parmi les prêtres guerriers, Foudre, manifestement celui qui donnait les ordres, et un roux répondant au nom de Rutilant, prêter main forte à Grâce. La fille d’Eda paraissait véritablement concentrée. Tout le reste, autour d’elle, devait être mis de côté afin qu’elle parvienne à soigner l’homme. Elle se jetait corps et âme dans cette bataille comme un véritable guerrier.
Ma requête pour un peu d’aide trouva vite réponse parmi les prêtres guerriers, ou plutôt les prêtresses guerrières. L’une d’elle, celle qui possédait deux saï, des armes que l’on ne pratiquait pas parmi les soldats, me répondit presque aussitôt. Ses paroles ne me plaisaient guère. Elle ne respectait visiblement pas la hiérarchie et se sentait au-dessus du respect que l’on accorde à un inconnu ne serait-ce que parce qu’on ne sait jamais à qui l’on s’adresse, noble ou roturier, héros de guerre ou misérable voyou. Toutefois, elle avait manifestement raison, d’après ce qu’ajouta le roux assez costaud qui apportait son aide à Grâce et Foudre. La fille d’Eda compléta les révélations de la guerrière et m’apporta des consignes brèves et claires.

 Moi qui avais voulu apporter un peu de mon aide, j’étais bien inutile lorsqu’il s’agissait de soins ou de réconfort auprès des blessés. Je gardai pour moi ce que m’inspirait ce « mon mignon », restant à ma place, et hochai la tête, montrant ainsi que je ne désirais pas empirer le cas de mon soldat. Mais qu’elle ne s’avise pas de recommencer à m’appeler comme cela devant mes hommes. Il n’était pas question qu’en plus de leurs vies, je perde du crédit à leurs yeux.

La jeune femme qui m’avait appelé « mon mignon » avait toujours les yeux rivés sur moi et semblait ne pas en avoir fini avec moi. Son regard était impénétrable et cela me dérangeait. Son attitude provocatrice me gênait. Qui était-elle pour oser se comporter ainsi avec tant de désinvolture ? Sa dernière pique me toucha en plein ego et je serrai la mâchoire pour ne pas répliquer. D’ordinaire, cela me serait passé au-dessus. Mais il y avait tout un tas de raisons qui fragilisaient ma sérénité : la perte de mes hommes (et elle avait clairement mis le doigt sur ce qui me dérangeait le plus), la présence de Grâce, et ce « mon mignon ». Conservant les épaules droites et me tenant de toute ma hauteur face à la guerrière, je desserrai mes dents pour lui répondre d’un ton plus calme que je ne l’aurais cru :

« C’est vrai. Vous êtes arrivés à point nommé et je vous en remercie. »

A la demande de Grâce, je saisis une fiole que l’un des dissidents morts avait à son ceinturon. Bien qu’elle soit bien entamée, je humai le contenant pour m’en assurer. De l’alcool. Rien de tel avant une bataille pour désinhiber les sens et surtout la peur ! J’en donnai un quart restant à Criard, et l’autre partie à Agile.

Je pressai l’épaule non atteinte d’Agile pour l’encourager et hochai la tête pour lui signifier que j’étais prêt. Il avait entendu ce que Grâce m’avait demandé de faire et me signala à son tour qu’il était prêt. Ses doigts se refermèrent sur eux-mêmes, les jointures blanchissant tant il serrait fort dans l’attente de la douleur insupportable qui accompagnerait le moindre effleurement de la flèche. De ma main gauche, je maintins du mieux possible la flèche afin qu’elle ne bouge pas, et de l’autre, je brisai la hampe en deux morceaux, ne conservant que la partie où se trouvait l’empennage dans ma paume. J’avais scrupuleusement respecté la demande de Grâce afin d’être certain de ne pas blesser davantage mon homme. Celui-ci avait retenu un grognement au moment où j’avais brisé la flèche et commençait désormais à détendre ses muscles. L’alcool opérait lentement mais efficacement.

Il était désormais temps de dénicher un chariot ou de quoi déplacer les blessés et les corps, tandis que Grâce annonçait à ses deux assistants qu’elle allait devoir agir. Mon regard se posa sur l’homme. Son œil. Un frisson remonta le long de mon échine. Je n’étais pas particulièrement sensible aux plaies, quelles qu’elles soient. Exceptées les plaies aux yeux. Je ressentis un picotement sous la paupière de mon œil à la cicatrice et finis par détourner les yeux. J’appelai Veilleur et Prodige afin qu’ils m’aident à trouver de quoi transporter nos blessés. Le hurlement de l’homme fit naître un deuxième frisson et je fronçai les sourcils pour ne pas fermer les yeux.

Nous passâmes tous les trois devant deux autres prêtres guerriers, Bonté et Bavard, qui assuraient la surveillance des lieux. Ce Foudre savait ce qu’il faisait lorsqu’il donnait ses ordres. Je n’aimais pas laisser des hommes blessés, et encore moins Grâce, dans cette ruelle aux pavés couverts de sang, mais je la savais plus en sécurité qu’avec nous trois. Nous n’irions pas loin, hors de question de se faire de nouveau piéger.

Dans la rue perpendiculaire à notre cul de sac, nous trouvâmes ce qu’il fallait. Un chariot à bras, que deux ou trois d’entre-nous pourraient aisément tirer afin de se rendre au temple. L’une des deux roues était cassée et c’est pour cette raison qu’il avait été abandonné. Ou bien était-ce à cause des événements qui agitaient le Bourg ?

« On répare rapidement et on le ramène. Nous sommes exposés et je n’aime pas ça. »


Prodige et Veilleur s’attelèrent à la tâche, récupérant les matériaux nécessaires çà et là et se servant de leurs armes comme outils lorsque c’était nécessaire. Mais pendant ce temps, nous ne savions pas ce qu’il se passait dans la ruelle et je n’aimais pas cela.
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Mar 21 Avr - 14:32
Foudre
La Hache d'El
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Rutilant et Foudre avaient beau avoir des muscles, ils avaient du mal à maintenir ce gaillard en place. Pourtant, il le fallait si Grâce voulait le sauver. La peur décuplait les forces de celui qui la ressentait. Cet homme n'était pas capable de prendre les choses avec calme et réflexion. Quelque part dans un coin de sa tête, il devait encore avoir les paroles de la soigneuse et comprit qu'elle lui venait en aide. Mais devant la tâche à accomplir et la douleur qu'il ressentait, ça n'était plus le cerveau qui avait le dessus mais l'instinct de conservation. Et lui, peu importe la logique, son rôle était de tout faire pour rester en vie et éviter la douleur. Même si, pour le coup, cet instinct allait à l'encontre de sa survie. Grâce arriva à éponger les blessures de l'homme avec les morceaux qu'elle faisait de la cape du chef de la Garde. Le blessé ne lui facilitait pas la tâche et déjà les mains de la jeune demoiselle étaient couvertes de sang ainsi que ses beaux cheveux où d'infimes traces commençaient à apparaître.

*C'est incroyable, elle est incroyable. Elle s'occupe de ce gars qui ne lui facilite pas la vie et elle arrive quand même à écouter ce qu'il se passe autour d'elle.*

Foudre était étonné des capacités de la demoiselle. Bien sûr, il l'a connaissait mais le travail qu'il l'avait vu fournir était différent alors. Les gens qu'elle avait soigné ne possédaient pas d'entailles mais plutôt des vomissements, des maux de tête, de la fièvre... De plus, elle avait été assisté par toute une pléthore de soignants du Temple d'Eda. Il n'était donc pas seul pour aucun patient. Il y avait d'office deux ou trois personnes autour des cas qu'elle avait regardé. Là, elle était seule pour trois ou quatre cas qui attendaient ses soins. Malgré la complexité de la tâche qui l'attendait, elle maintenant quand même ses oreilles attentives aux questions. Le Ripponais savait pertinemment, pour bien se connaître, que dans pareil cas et avec les connaissances de Grâce, il n'aurait pas fait attention au monde qui l'entourait et se serait simplement concentré sur l'homme qu'il soignait, point barre.

Les deux garçons ne parlaient plus et écoutaient les consignes que la soigneuse donnait à tout un chacun. Elle leur apprit que ça n'allait pas être joli et que l'homme allait hurler et s'évanouir mais qu'il fallait tenir bon et ne pas vomir, du moins pas dans la blessure. Vu que tenir l'homme leur demandait toute leur force, ils acquiescèrent en hochant la tête. Voyant ce qu'elle était en train de faire, ils détournèrent les yeux tous les deux. Si du côté de Foudre, ça allait, Rutilant, lui, sentait que son estomac se retournait mais il tint bon malgré tout et ravala ce qui lui arrivait dans la bouche. Ils entendirent la Béarnoise leur dire qu'il fallait tenir encore plus la tête et le brun s'en occupa. Il remarqua que Rutilant se battait de toute ses forces pour ne pas vomir. Et là, un cri d'agonie, de désespoir, de douleur intense. Les deux hommes n'avaient plus entendu cela depuis la Guerre Rouge et ça n'était pas leurs meilleurs souvenirs. Heureusement, le cri s'estompa tout aussi vite et l'homme tomba inconscient. Il fut plus facile de le maintenir et Rutilant en profita pour se reculer afin de reprendre son souffle. Le Ripponais pouvait se charger de la suite tout seul, il avait déjà vu des opérations pour couturer une plaie. Une fois que Grâce eut terminé, elle demanda s'ils allaient bien. Ils répondirent par l'affirmative et voyant qu'elle était fatiguée, Foudre ordonna à Pod qu'il apporte de l'eau à la blonde et dit à cette dernière qu'elle boive un coup, histoire de souffler quelques secondes avant de s'attaquer aux autres.

De leur côté, Pod et Malicieuse veillaient à ce que les prisonniers ne bougent pas et regardaient du coin de l’œil si rien d'anormal se passait. Le cri de l'homme au moment où Grâce coupa le nerf optique fit blêmir l'écuyer. Il dû se tenir au mur près de lui pour ne pas perdre l'équilibre. Malicieuse, qui se trouvait non loin, vint poser une main sur l'épaule du jeune homme et lui dit que ça allait aller mais qu'il en connaîtrait d'autres.

« Endurci ton cœur mon mignon ! C'est moche la guerre... »

Clément étant parti avec deux soldats, les hommes d'El espéraient que tout se passe bien.
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Mer 22 Avr - 16:53
Eda
Celle qui aide
Eda
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Derrière les fenêtres, quelques visages apparaissaient. Certains s'écartaient rapidement, d'autres plus curieux observaient avec attention, essayaient de comprendre ce qu'il s'était passé. Ils avaient entendu le fracas des armes et maintenant qu'il s'était tu, il était possible d'oser un coup d'œil.
Ils ne pouvaient voir ce qu'il se passait concrètement dans la ruelle mais le hurlement du malheureux se répercuta sans mal sur les murs de cette ville silencieuse. Les épidermes frémirent, les gorges se serrèrent et les mères prirent leurs enfants contre leur sein autant pour les apaiser que pour se rassurer elles-mêmes.


" Quikc'est qu'on égo'ge ? Y'a pu d'porc au Bou'g... " gromella un vieillard depuis son lit.
Sa bru ne répondit pas. Le sang sur les pavés lui auraient suffi pour lui couper l'appétit pour la journée. Il y avait du sang sur les pavés Ce cri acheva de lui retourner l'estomac. Elle ne pouvait s'enlever de la tête que son mari avait du hurler de la même manière avant de mourir, là-bas loin de chez lui. La gamine se mit à pleurer, son frère et le chien suivirent de concert et la trentenaire eut envie de pleurer à son tour. Par Eda, quand les malheurs s'arrêteraient-ils ?!
Les mains serrées sur son corsage, elle ne put s'empêcher de regarder encore au dehors.
Les prisonniers étaient attachés et attendaient. Trois soldats quittaient la ruelle et parcouraient la rue, s'arrêtant finalement quelques mètres plus loin devant une charrette abandonnée. Le petit vint se loger dans ses jupes et elle dut arrêter son observation.


Dans la maison d'en face, sur les deux étages du bâtiment, on suivit aussi les soldats. Dans d'autres également. Pas une seule personne ne leur prêterait main forte pendant qu'ils tentaient de réparer la roue brisée. Ils se contenteraient de regarder.


Pourtant au bout de longues minutes durant lesquelles Clément, Prodige et Veilleur faisaient de leur mieux pour remettre en état la charrette avec les moyens du bord, quatre femmes firent leur apparition. Elles tenaient chacune un couteau à la main mais à la manière dont elles avançaient, collées les uns aux autres, c'était surtout pour se rassurer.
" Soldats ! " apostropha la plus hardie d'entre elles, une petite femme ronde aux joues rouges. A son bras, se pendait une demoiselle guère plus jeune, plus frêle, aux cheveux noirs et aux yeux bleus rougis. La troisième, une brune, était grande en comparaison des autres mais elle avançait légèrement voûtée, son poing serré contre sa poitrine, tenant fermement la main de sa compagne, une femme enceinte aux yeux gris dont la robe avait été trop rapidement boutonnée.


" Vous avez fait quoi ?" continua la mignonne petite mère aux formes généreuses. Elle tentait de se tenir droite, gonflant sa poitrine mais déglutit difficilement.
Aux fenêtres, les têtes revinrent. La bru du vieillard ouvrit légèrement sa vitre pour suivre la conversation. Son beau-père avait fini par se lever pour la rejoindre à son poste d'observation.
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Mer 22 Avr - 18:38
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
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Ses mains. C'était toujours ce qu'elle regardait en premier lorsqu'elle avait fini un travail lui demandant autant de concentration. Ils étaient son outil principal et ils ne pouvaient pas trembler. Sitôt que c'était terminé, alors que la fatigue pouvait s'emparer d'elle, ils étaient le meilleur témoin de son état physique et émotionnel. Ses ongles, ses doigts, le moindre repli de peau de ses paumes étaient recouverts de sang. Il lui faudrait les laver le plus convenablement possible avant de passer au patient suivant. Mais elle ne tremblait pas. Ce stress, elle connaissait. Elle avait vécu en sa compagnie des heures et des jours sur ce foutu glacier outrilien. Elle s'était armée de cette volonté indéfectible de sauver des vies, se battant à sa manière dans cette guerre. Au delà de ce sens du devoir qu'elle avait ancré en elle, l'adrénaline l'avait maintenu active, consciente, présente à chaque geste qu'elle effectuait alors.
Dans cette ruelle, c'était la même chose. Elle avait une tâche à accomplir et c'était tout ce qui comptait.


" Merci. " Elle ne but qu'une gorgée d'eau fraîche mais la savoura.
Alors qu'elle se relevait et s'étirait, son regard bleu se posa sur ce qu'il y avait autour, analysant ce qu'elle avait manqué durant les derniers instants de l'opération qu'elle effectuait. Tous les hommes valides avaient été entravés, Clément et deux de ses soldats étaient partis, probablement à la recherche d'un moyen de transporter les blessés.
Son prochain patient était appuyé contre le mur de l'impasse. Son regard était vaporeux. Il avait perdu beaucoup de sang avant qu'un camarade vienne comprimer la blessure pour en atténuer le saignement. S'il n'était pas encore mort, c'était qu'il avait eu de la chance dans son malheur : l'artère principale n'avait pas été entièrement sectionnée, sans quoi il se serait vidé de son sang encore plus rapidement. Mais elle n'avait pas encore pu observer la blessure donc n'avait aucune idée de ce qui l'attendait réellement.


Elle reprit une petite gorgée d'eau qu'elle garda en bouche. Petit à petit, elle versa une grosse partie du contenu de la gourde sur ses mains qu'elle frottait vigoureusement l'une contre l'autre. Elle n'avait pas ce qu'il fallait pour se les laver mieux et surtout pas davantage de temps. Elle les essuya sur sa robe, y laissant d'effrayantes traînées sanguinolantes au niveau de ses cuisses. Elle prit l'outre de bière et s'agenouilla pour en donner une nouvelle rasade à Criard. Elle dut lui tenir la tête pendant qu'il buvait et elle observa sa manière de déglutir. Elle lui sourit tendrement alors qu'il reposait les yeux sur elle.


" Salut ! " dit-elle avec douceur. Elle ne s'adressait qu'à lui, lui offrant toute l'attention qu'il méritait. Il était arrivé à un stade au delà de la souffrance physique. Il était épuisé. Et terrifié.
" Je m'appelle Grâce. Je vais m'occuper de toi maintenant. "
D'un geste doux, elle repoussa l'ami qui prenait soin de tenir la cape en compression. Elle posa sa main à sa place, usant avec précision de l'autre pour découper le tissu qui recouvrait le buste du jeune homme.


" Avec moi. " l'appela-t-elle doucement alors qu'elle voyait son regard se perdre sur le tissu poisseux de sang qu'elle retirait. Son pouls s'accélérait ; la panique l'envahissait. Il ne voulait pas mourir.
La Béarne se mit alors à chanter, entrant dans l'esprit du garçon pour aider cette chanson à être son point d'ancrage. C'était une berceuse enfantine qu'elle avait tant et tant de fois fredonné pour Bonté. La voix de la soigneuse était douce, harmonieuse et le rythme apaisant de la comptine garantissait de ne faire aucune fausse note. Elle la connaissait tellement par cœur qu'elle n'avait pas besoin d'y réfléchir pour que les paroles lui viennent.
Il ne devait pas regarder ; il ne devait se concentrer sur rien d'autre que cette mélodie positive. Le temps qu'elle fasse son examen et qu'elle soit en mesure de savoir ce qu'il lui fallait faire.


Elle souleva le morceau de tissu. Malgré la compression, le saignement ne s'était pas vraiment arrêté. L'épée avait pénétré sous la clavicule, ressortant de l'autre côté et déchirant davantage les tissus en se retirant.
Tout en chantonnant, s'assurant d'un coup d'œil qu'il avait les yeux mi-clos, la soigneuse écarta les chairs du bout des doigts, glissant ceux-ci dans la plaie pour compléter son examen avec ce que ses yeux ne pouvaient lui montrer. L'artère axillaire avait été coupée mais pas entièrement sectionnée, car l'épée avait dû ripé sur l'os. Cela tenait du miracle qu'il soit encore conscient et vivant. De nombreux vaisseaux constituant le réseau musculaire avaient pris mal également.
Elle savait ce qu'il lui restait à faire. Achevant son couplet, elle fit signe au soldat de reprendre son poste. Elle caressa de sa main propre la joue de Criard, l'assurant qu'elle revenait vite et se releva. Se tournant, elle soupira en fermant les yeux un instant.


Elle revint vers Foudre, s'essuyant machinalement la main sur sa robe, oubliant qu'elle n'avait pas de tablier.
" Je dois réparer les vaisseaux sanguins endommagés. Pour qu'il arrête de se vider de son sang et qu'on puisse le transporter au temple pour s'occuper du reste. Je ne peux pas me contenter de recoudre... Je manque de temps et d'outils pour ça. Je vais devoir artiser. "


Elle avait relevé la tête pour que son regard croise celui du prêtre d'El. Il savait ce que ça voulait dire, qu'elle ne prenait cette décision que parce que la situation l'exigeait.
Elle n'avait pas un clan d'Art avec elle pour lui prêter de l'énergie. Elle n'avait qu'elle-même et un patient bien trop faible pour qu'elle puisse puiser la moindre ressource en lui.


" Je dois donner un ordre à son corps. Je dois le forcer à accélérer sa cicatrisation. Mais il est extrêmement faible et je dois prendre sur mes réserves d'énergie pour que son corps ait la ressource nécessaire pour effectuer sa tâche. Je vais encore avoir besoin de toi. "


A qui d'autre pourrait-elle demander cela ? Elle ne se voulait pas alarmiste mais elle devait parer à toute éventualité. Et l'une d'entre elles n'était pas du tout réjouissante.


" Surveille-moi. Je ne veux pas puiser en quelqu'un d'autre de l'énergie ; c'est un risque qu'aucun de vous n'a à courir. Mais si tu me vois flancher, tu dois me faire rompre le contact avec le patient. A tout prix ! Si tout se passe bien, je serais juste incapable de me relever pendant un moment. Si ça se passe mal... Tu t'en apercevras et tu devras agir avant que je n'en meurs. "
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Mer 29 Avr - 12:13
Clément de l'If
Preux Chevalier
Clément de l'If
Messages : 81
Localisation : Bourg-de-Castelcerf
Tandis que Prodige et Veilleur s’affairaient autour du chariot à la roue brisée, je jetais des regards inquisiteurs autour de nous, à la recherche de celui ou celle qui ferait de nouveau basculer le sort en notre défaveur. Je tournais le dos à mes deux hommes, si bien que j’avais une vue sur les arrivées de droite et de gauche. Des mouvements aux fenêtres indiquaient bel et bien que nous étions surveillés. Le Bourg était devenu si hostile ces derniers temps. Une légère brise caressa ma nuque à nue et me fit frissonner. Seul le bruit des grincements de la roue du chariot résonnaient avec effroi dans la rue. Tout le quartier devait entendre notre raffut, mais je n’en dis rien à mes hommes. Inutile de rendre la tension encore plus palpable. Nous devions faire vite, point final.

« Vous vous en sortez ?

-On y est presque, mon capitaine. »


Je ne pus m’empêcher d’être rassuré par l’étincelle de joie que je percevais dans le ton de Prodige. Le très jeune soldat avait assisté aujourd’hui à beaucoup plus d’horreurs que dans toute sa courte vie d’homme. J’espérais plus que tout le ramener sain et sauf, physiquement du moins, au Château. Un mouvement attira mon attention. Quatre femmes apparurent à la sortie d’un bâtiment. Toutes armées de couteaux, serrées les unes contre les autres, elles avançaient vers nous avec l’intention de nous apostropher. Je chuchotai et prévins mes hommes.

« Nous avons de la visite. Vous continuez les réparations. Si jamais ça chauffe, Veilleur restera avec moi et toi, Prodige, tu retournes aussitôt dans la ruelle avec les prêtres. »


Les deux soldats acquiescèrent mais je sentis que le soulagement qui avait délassé nos épaules tendues était reparti aussi vite qu’il était apparu. Foutue journée ! Par Eda ! Pourquoi fallait-il que les choses tournent aussi mal ?

Les quatre femmes étaient maintenant à quelques pas de nous et l’une d’elle nous s’adressa à nous en criant. L’une d’elle était enceinte et les trois autres n’étaient pas si âgées. Je priai intérieurement qu’Eda nous protège tous et qu’elles passent leur chemin.
Je mis mes mains devant moi, paumes ouvertes, cherchant par ce geste à apaiser les quatre furies en ne montrant aucune hostilité.

« Nous réparons un chariot brisé. Avez-vous besoin d’assistance ? »

Je savais que mon apparente bienveillance ne tromperait personne. Le cœur battant à l’idée d’une nouvelle fois devoir faire couler le sang, je me mordais la langue en espérant de toute mon âme que ces femmes disparaissent d’ici. Bien sûr qu’elles n’étaient pas là pour nous demander ce que nous faisions ici et maintenant. Leurs yeux rouges et leurs couteaux en témoignaient. Elles venaient probablement venger leurs maris, leurs fiancés, leurs frères. Ceux que nous avions abattu dans la ruelle. Je n’étais pas dupe, et elles non plus. Si elles réclamaient vengeance, qu’elles l’affirment donc ! Pour ma part, je comptais gagner du temps car je savais bien qu’il était impossible de raisonner une femme au bout de ses peines. Oui, ces demoiselles étaient bien rendues au bord du précipice. Une femme portant la vie armée d’un couteau dans le Bourg de Castelcerf n’est pas là pour couper ses légumes. Elle cherche à apaiser sa souffrance. Tous ces visages aux fenêtres avaient vu ce qu’il s’était passé et aucun n’avait pris notre défense. La situation était la même, sauf que cette fois nous étions les coupables à leurs yeux. J’en ressentis du dégoût et beaucoup de peine.

« Les rues ne sont pas tranquilles, je comprends que vous vous sentiez en danger… ces couteaux sont une protection à laquelle vous ne devriez pas avoir recours. Nous assurons la sécurité des rues adjacentes, mais vous devriez regagner vos habitations dès que possible. »


Ma voix se voulait douce, apaisante. Je voulais désamorcer cette situation et éviter d’autres cadavres sur les pavés.
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Jeu 30 Avr - 0:46
Foudre
La Hache d'El
Foudre
Messages : 213
Localisation : Forbaie
Pas le temps de souffler, elle avait réussi l'opération en retirant l’œil du gars à la tronche découpée. Elle prit un peu d'eau et se dirigea vers son prochain patient. Foudre ne profita pour boire un petit coup à son tour et jeta un œil en direction des prisonniers, ils ne donnaient pas l'impression de vouloir fuir ni de faire quoique ce soit de stupide mais il fallait rester vigilant. C'était pour cette raison que Malicieuse et Pod s'occupaient de cette tâche tout en regardant autour d'eux que rien d'anormal ne se passait. Alors que des têtes apparaissaient de part et d'autres des fenêtres des maisons avoisinantes, l'écuyer appela Foudre et fit signe de la tête pour qu'il remarque ce qu'il se passait.

« J'ai vu, merci Pod. Reste concentré et ne panique pas. Aucun mouvement brusque, les gens sont curieux vu qu'il n'y a plus beaucoup de bruits maintenant. »

L'écuyer acquiesça et fit donc plus attention aux prisonniers, aux gens dans leurs maisons mais également à la rue. De son côté, Malicieuse n'avait pas attendu d'entendre son supérieur parler pour garder un œil sur les quidams. La Prêtresse d'Eda revint vers le Ripponais pour lui dire qu'elle allait devoir utiliser sa magie. Cette annonce ne lui plut pas des masses mais il faisait confiance au jugement de son amie pour savoir qu'elle n'avait pas le choix. De plus, elle n'avait pas tord, ça n'était pas vraiment le genre d'endroit pour tenter une opération sensible. Soit, elle utiliserait donc sa magie. Elle lui expliqua ce qu'elle allait faire et le mit en garde. Il devrait la surveiller elle pour qu'elle ne flanche pas. Pire, qu'elle ne meure pas. A cette annonce, les yeux du Ripponais s'écarquillèrent de frayeur. Il n'imaginait pas une seconde qu'elle puisse mourir devant ses yeux, cette idée le terrifiait. Très vite il dit :

« Écoute Grâce, non ! Utilise mon énergie s'il le faut ou celle de Rutilant. L'un ou l'autre mais nous sommes assez résistant pour tenir le choc. Je... C'est dangereux j'en conviens et tu dois sauver cet homme mais ne présume pas de tes forces, nous en avons déjà discuté ! »

Il ne savait pas si la blonde allait l'écouter ou au contraire s'entêter à le faire seule. Néanmoins, d'un geste de la tête, il fit comprendre à Rutilant de venir également. Si jamais elle avait besoin de force, l'autre devrait faire attention à ce qu'elle ne perde pas la vie. Elle commença donc à artiser, du moins c'est ce qu'il s'imaginait. Il ne savait ce qu'il se passait en vérité et ne pouvait voir les progrès sur le corps du malade. Foudre était tout concentré sur Grâce. Tous ces mois sans la voir lui avait semblé une éternité. Il avait appris qu'elle n'était pas loin quand il avait commencé à surveiller les Halles mais il n'avait jamais eut l'opportunité d'aller lui dire bonjour et pourtant, l'envie était là. Maintenant qu'il l'avait retrouvée, il n'avait pas envie de la perdre.

A un moment, il remarqua qu'elle avait des frissons. Il n'osa intervenir ne sachant pas si c'était dû aux efforts ou à la température ambiante, il ne faisait pas bien chaud et le climat complètement chamboulé par le volcan n'aidaient pas. Puis son visage devint plus pâle. Certes, elle était de Béarns et ces gens manquaient de couleur mais là, c'était pire que d'habitude. Ne sachant pas s'il prenait ou pas la bonne décision, il décida d'agir. Dans son for intérieur, il savait que c'était pour la bonne cause et tant pis pour l'homme de Clément.

« Grâce, reviens ! »

Tout en l'appelant, il l'a secoua timidement d'abord puis de plus en plus fort. Il était hors de question qu'elle meurt devant ses yeux. Du côté des hommes de la Garde, un petit cortège de femmes s'approchait de ceux qui réparaient le chariot. Frère Bavard et Sœur Bonté surveillaient les alentours et cette dernière vit le manège qui se passait près des soldats. Elle décida de surveiller sans intervenir mais se tenait prête au cas où.
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Jeu 30 Avr - 14:23
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
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Ses genoux gagnèrent une fois de plus le sol froid de la ruelle. Elle s'installa devant Criard, sans se départir de son sourire. C'était la seule chose qu'il pouvait accepter, la seule chose qu'il devait voir. Elle n'était pas pleinement confiante, elle ne l'était jamais lorsqu'elle devait se livrer à ce genre de bataille. Mais le patient ne devait pas le savoir. Pour assurer sa santé mentale, la soignante ne montrait pas ses doutes. Pour aider à sa survie, il devait croire qu'elle le sauverait.
Elle lui prit une main, tendrement, lentement, levant ses yeux clairs pour attraper son regard.


Quand ses doigts se crispèrent contre sa paume, elle sut qu'il était avec elle. Elle lui expliqua alors avec la même douceur.
" Tu vas te reposer et me laisser travailler. Écoute la chanson dans ta tête et ne te préoccupe de rien d'autre. "


Elle recommença la comptine mais uniquement par le biais de l'Art cette fois-ci. Elle la lui chantait en surface, captant petit à petit davantage son attention, entrant peu à peu dans son esprit. Puis elle ferma les yeux. Cela ne servait à rien qu'ils restent ouverts. Elle déglutit quand elle y fut, se prenant une pleine vague de panique et de peur. Elle ressentit ensuite son abattement la percuter de plein fouet. Cela ne serait pas simple comme elle l'avait craint. Physiquement, elle ne montra rien. Son esprit ne s'en ébranla pas davantage. Elle avait déjà vécu ça, elle avait déjà lutté contre ce genre de démons. Elle les laissa venir, elle les accepta pour passer au delà d'eux et se concentrer ce qu'elle avait à faire. Le plus difficile serait à venir.


La fille d'Eda visualisait précisément les vaisseaux endommagés, notamment le plus gros, celui qui devait se reconstruire le plus rapidement possible, le mieux possible tout du moins afin de stabiliser le patient. Une connaissance de l'anatomie était obligatoire pour un tel soin. Elle avait tout en tête et puisa dans son propre corps les réserves qui fallaient à celui de Criard pour faire le travail qu'on lui demandait. Accélérer un processus naturel complexe même à une aussi petite échelle que celle de l'artère qu'elle visait requérait une énergie folle. Une fois l'action lancée, elle surveillait méticuleusement chaque avancée de la guérison, comme observant de l'intérieur, au plus près les cellules qui se reformaient, obtruant petit à petit le vide, comblant l'écart si infime à l'œil nu qu'avait créé la lame de cette épée.

Son esprit était soumis à la pression de la détresse du jeune soldat, à sa douleur mais un coin d'elle-même chantonnait toujours pour lui alors que le reste était concentré à réparer ce qui devait l'être. Cette activité n'était pas nouvelle pour elle. La Béarne l'avait déjà pratiquée, récemment pour le roi ou cette enfant dont les jambes semblaient ne plus vouloir fonctionner... Mais à chaque fois, elle avait bénéficié de l'assistance d'autres personnes ou de l'énergie propre à son patient. Là elle ne pouvait, et ne voulait, compter que sur elle-même... C'était une lutte bien plus lourde de conséquences, ainsi qu'elle l'avait très succinctement expliqué à Foudre. Il n'avait pas besoin des détails, simplement d'agir. Il s'était proposé de lui servir d'homme-lige, lui ou Rutilant mais elle n'avait même pas pris la peine de dire non. Ils n'avaient aucune idée de ce que cela pouvait signifier... Elle ne savait même pas si cela aurait fonctionné avec eux. Et elle n'avait pas le temps de le vérifier.


La prêtresse donnait de sa personne pour son patient. Des frissons la saississaient, d'abord imperceptibles puis de plus en plus réguliers et forts. Elle avait du mal à rester droite, sa position assise sur les genoux lui assurant simplement de ne pas s'effondrer. Petit à petit, son visage perdait de ses couleurs alors que ses forces s'amenuisaient. Elle n'avait aucune notion du temps qui s'écoulait, ni de l'énergie qu'elle dépensait. Dans l'Art, son corps était cotonneux, présent et absent en même temps. Il était à un endroit, son esprit guère plus loin mais la connexion entre les deux était un mince fil tendu. Soudain ce fil fut secoué. Légèrement, il tinta à la frontière de sa conscience. Rêvait-elle ? Son corps lui envoyait un signal, un signal de plus en plus fort. Alors elle comprit.


Elle rouvrit les yeux. Mollement, elle leva sa main libre pour saisir le bras du prêtre. Elle ne voyait pas bien son visage mais sentait sa présence et son inquiétude. Grâce cligna plusieurs fois des paupières, gagnée par une lassitude enveloppante. Elle se donna alors un coup de pied mental pour combattre cette torpeur.
" Je suis là ! "
Son cœur battait la chamade, ses membres tremblaient et le froid des pavés remontait le long de ses jambes et de sa colonne vertébrale. Elle s'aggripa à l'avant bras de Foudre, repère fiable et sécurisant.


" Il faut bander son épaule... Et que je mange.... " Sa voix était faible encore mais son regard plus lumineux déjà.
Elle ne savait pas si l'homme s'en sortirait. Mais au moins il était assez "réparé" pour tenir jusqu'au temple.
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Jeu 30 Avr - 22:31
Eda
Celle qui aide
Eda
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Elle était la plus hardie du groupe. Sa respiration se faisait plus rapide à mesure que son cœur s'emballait. Elles n'avaient rien prévu de particulier en sortant ainsi dans la rue mais ne pouvaient pas rester inactives, à simplement attendre rongées par l'angoisse.


" Non c'est pas sûr ici... Mais c'est d'votre faute ! " apostropha-t-elle ce grand homme blond qui se montrait calme et conciliant.
Ses amies redressèrent leur tête, leur buste, regagnant en rancœur ce que la peur et la peine avaient ébranlé. C'était leur cité, leurs rues, l'endroit où leurs enfants devaient grandir et se sentir en sécurité.


Ce fut la jeune femme enceinte qui parla à son tour. Son corsage était mal serré et sa manche trop large glissait sur son épaule. Son ventre arrondi annonçait une naissance dans un ou deux mois environ mais elle n'en était sûrement pas à sa première grossesse car elle se déplaçait avec une certaine aisance.
" Vous avez fait quoi là-bas ? " reprit-elle. Sa voix tremblait légèrement mais elle avait une certaine force. La détermination commençait à recontaminer ces mères. Elle les avait fait sortir de leurs foyers sécurisants pour s'aventurer dans ces rues qu'elles n'osaient plus fréquenter...
" Dites ! Avouez ! " rétorqua la plus grande.


Elles avaient fini par s'arrêter. Conservant une certaine distance avec le soldat à la cicatrice. Plus longue de la portée de son épée. Elles ne voulaient pas se battre contre lui. Contre personne mais comme bien des gens désespérés, s'il n'y avait pas le choix, elles mordraient. Le chien battu, esseulé finit un jour par se rebeller. Pour lui, était venu le temps de se méfier de tous. Même si la main tendue n'était pas là pour le battre...
Leurs mains tenaient toujours fermement les armes ménagères mais à aucun moment, elles ne les pointèrent vers Clément.
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Mer 6 Mai - 21:19
Clément de l'If
Preux Chevalier
Clément de l'If
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Localisation : Bourg-de-Castelcerf

La plus véhémente ne se démonta pas devant l’officier de la Garde Royale que j’étais. Je n’étais même pas sûr qu’elle sache ce que signifiait être un gradé : pour moi, j’étais responsable de la vie d’autrui et j’en portais la responsabilité, pour ces yeux exorbités de colère, j’étais simplement le responsable de tous ces malheurs. Une sorte de parangon de culpabilité. « Si seulement elles savaient ! Si seulement ! » me dis-je à part moi. Oh ! Elles ne sauraient jamais que ma seule volonté était de les protéger. Restait à savoir de qui ou quoi il fallait les protéger. Les dangers étaient devenus aussi variés que le nombre d’habitants en ces rues.

La jeune femme au visage rond s’exprimait avec force et cela redonna du courage à ses camarades. Une autre prit la parole, accusatrice elle aussi. C’était la femme enceinte et mes poils se hérissèrent sur mes bras lorsqu’elle prit la parole. Elle avait tant de colère en elle. Je ne pus réprimer moi aussi une certaine colère à l’idée que des enfants comme le sien naîtraient dans un climat aussi angoissant que le nôtre. Comment cette mère pouvait-elle être certaine de nourrir son nouveau-né si elle-même n’avait pas ce qu’il fallait pour subsister ? Mon empathie prenait le dessus et je comprenais ces femmes et leur colère. Seulement, personne ne devait plus être blessé aujourd’hui. D’aucun des deux camps.

J’attendis que les femmes s’arrêtent. Elles conservèrent une distance respectable et c’était aussi bien. Leur intention n’était plus si belliqueuse. Je décidai de rester le plus serein possible. Ces femmes avaient des questions, j’allais leur répondre. Je posai mes yeux sur elles, plongeant mon regard dans le leur, les unes après les autres. Ma voix était posée, mes épaules détendues, mes mains toujours devant moi en geste d’apaisement. Le seul détail qui aurait pu trahir la tension que je ressentais étaient les battements de mon cœur qui ne refusaient de ralentir.

« Je ne vais pas vous le cacher. Je déplore ce qu’il s’est passé dans cette ruelle. Je n’essaie pas de renverser les rôles, croyez-moi. Nous avons subi une attaque et nous avons dû défendre nos vies. Il y a eu des pertes des deux côtés. Mais nous nous assurons de soigner les blessés, qu’ils soient de mes hommes ou non. »

Leur adressant un triste sourire j’ajoutai en y mettant toute ma conviction :

« Vous devez me croire, trop de sang a coulé et je n’en veux pas plus. Rentrez chez vous, les rues ne sont pas sûres. »


J’avais vu, dès que j’avais annoncé l’attaque et les vies perdues, les visages pâlir. La plus grande d’entre les femmes avait même le teint blafard. Un voile de panique était passé sur ses yeux autrefois si coléreux. La mâchoire crispée, elle me demanda :

« Une attaque ? Qui… ? »

Celle qui la tenait par la main raffermit sa prise, comme pour lui montrer son soutien ou la réconforter. Je fermai les yeux quelques secondes. Par El, qu’avons-nous fait ? J’eus le plus grand mal à me dire que nous n’étions pas responsables de l’attaque et que j’avais agi pour la vie de mes hommes. Tuer n’était pas notre objectif. Ce n’était qu’une option qui permettait parfois de rester debout et de continuer à avancer. Lorsque je rouvris les yeux, bien que cela n’ait duré qu’une ou deux secondes, je sentis qu’elles m’attendaient. De ma réponse, dépendrait l’étalage de leur tristesse et je ne pouvais leur mentir. Peu importait les conséquences, elles avaient le droit de savoir puisqu’elles ne voulaient pas rentrer chez elles. Cependant, je n’allais pas leur donner tous les détails de l’attaque et encore moins l’identité des dissidents. Je resterai vague pour les protéger d’une mauvaise nouvelle. Avant de prendre la parole, je priai Eda qu’aucune ne soit veuve ou n’aie perdu un frère, un cousin.

« Je ne saurais vous dire exactement qui ils sont. Il y avait un forgeron certainement et… le fils d’un boucher il me semble. »

Je me retins de faire un pas en avant et je m’assurai de ne pas trop en dire. Je tus les noms que j’avais entendu : Bec et Jov. Je ne voulais pas les brusquer. Comme un animal blessé, apeuré, il valait mieux attendre qu’il donne le signal d’avancer vers lui plutôt que de le faire fuir.

« Je comprends qu’il puisse s’agir de l’un de vos proches, mesdames, mais comme je vous l’ai dit, les blessés sont entre les mains de la meilleure guérisseuse que je connaisse. Vous ne devez pas vous en mêler. Ils ont attaqué une patrouille sans aucune raison et vous ne voudriez pas regretter d’empirer la situation, n’est-ce pas ? Je vous le demande une dernière fois, rentrez chez vous. »


Mon ton s’était quelque peu raffermi. Je craignais vraiment que, si elles apprenaient le décès d’un proche, il n’y ait d’autres blessés. Moins elles connaîtraient de détails, et mieux cela serait pour tout le monde.
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