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Jeu 23 Jan - 15:04
Thuaaldi Shran
Médecin de Bord sur Caminata
Thuaaldi Shran
Messages : 58
Localisation : Caminata / Cerf









Thuaaldi Shran




Grain était sombre et l’air était glaçant. Il semblait que cette année, l’hiver avait choisi de ne pas quitter les Duchés.
L’éruption à l’origine de tout ce dérèglement avait profondément affecté Thuaaldi. Déjà, car elle n’avait compris que trop tard la vision que l’eau lui avait fourni, se sentant impuissante et stupide de ne pas avoir su lire les signes correctement. Elle avait alors traversé une phase de culpabilité où elle ruminait toute la journée. Elle finit par mettre ce sentiment de côté lorsqu’elle compris qu’il affectait ses propres enfants. Entre le tremblement de terre, le bruit assourdissant et douloureux de l’explosion et toutes ces énergies naturelles et humaines complètement déstabilisées... les petits jumeaux étaient eux aussi déboussolés. Ils ne faisaient plus leurs nuits, se réveillant en pleurs difficiles à calmer, ils ne voulaient plus que leur mère les laissent aux soins d’autres même leur père. Olaf profitait que les petits réclament leur mère à corps et à cris pour sortir donner un coup de main pour consolider les entrepôts qui avaient souffert, il alla même aider quelques voisins ayant subi plus de dégâts que leur petite maison. Il n’était pourtant pas du genre a aller au devant des autres, et Thuaaldi le soupçonnait de trouver là un échappatoire aux crises des enfants.

La médecin avait donc passé tout Verdissante et une partie de Croissante à répondre aux besoins et attentes de ses enfants. Ils avaient besoin de réconfort et de stabilité alors que la ville et la météo devenaient de plus en plus fous.

Mais après une telle période d’abnégation maternelle, Thaaldi n’avait besoin que d’une chose... sortir! Sortir sans petites mains accrochés à ses jupes, sortir sans la présence certe protectrice mais au combien pesante parfois de son épou.

L’arrivée des réfugié lui avait donné l’excuse parfaite mais Olaf s’était montré des plus tétu, refusant qu’elle s’y rende sans sa protection, et trouvant toujours milles excuses pour ne pouvoir l’y accompagner.
Mais aujourd’hui, il était hors de question qu’il lui tienne tête. Elle lui avait collé les jumeaux dans les bras, et lui avait dit que c’était à son tour d’apporter son aide aux autres, que le temps des gros muscles était passé, qu’aujourd’hui était venu le temps de la compassion et de l’empathie, et que ça, c’était son domaine à elle!

Il avait protesté, arguant qu’elle ne devait pas y aller seul et que les petits avaient encore besoin d’elle. Elle lui avait répondu d’un regard noir, qu’elle n’irait pas seule, et que les petits avaient aussi besoin de leur père.
Elle avait tourné les talons, enfilé un manteau de laine chaude, pris son sac et avait quitté la maison, le coeur serré d’entendre les voix larmoyantes de ses enfants crier “Maman!”.

Mais que ce soit pour sa santé mentale, ou le bien être de ses enfants qui devaient réapprendre à vivre sans s’accrocher à elle, elle partit sans se retourner vers la boutique de Noor.

Lune aurait bientôt fini sa journée, et s’il fallait un chaperon au médecin, la jeune femme ferait parfaitement l’affaire. De plus cela faisait un moment qu’elle n’avait pas eu le temps de discuter avec la forgienne et elle souhaitait vérifier si elle allait mieux.

Elle entra dans la boutique, le coeur plus léger qu’en quittant son logis et salua les quelques personnes présente d’un large sourire.

"Bonjour! "

Elle s’avança vers son amie tout en ouvrant son manteau sur une tenue traditionnelle des îles aux épices: une tunique longue resserrée à la taille par une large ceinture de tissus, sur une jupe culotte si large qu’on pouvait à peine la distinguer d’une simple jupe. Son vêtement bien qu’excentrique pour les Duchés, restait cette fois ci sobre contrairement aux habitudes de la médecin.

"Lune, il faut que tu m’accompagnes, sinon Olaf en fera une maladie! "

Elle s’appuya contre le comptoir tout en observant aimablement son amie.

"Je compte aller apporter mon aide aux réfugiés sous les halles, j’aurais bien besoin de ton aide... oh et emporte un petit truc à manger, tu ne t’es toujours pas remplumée ma fille!"

Comme à son habitude, Thuaaldi parlait de telle sorte qu’un “Non” n’était pas une réponse que le médecin envisageait de recevoir, mais son sourire et son regard empreint de douceur étaient une invitation plus qu’un ordre.








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Sam 25 Jan - 13:01
Lune de Forge
Forgienne en pleine reconstruction
Lune de Forge
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Localisation : Castelcerf
L'ambiance au Bourg était aussi morose que la météo. A la suite du tremblement de terre, il y avait eu un étrange mélange d'égoïsme et de solidarité entre les habitants. Certains donnaient, d'autres prenaient. Les reconstructions ici étaient mineures, là plus importantes. Les Halles, théâtre tragique de la catastrophe naturelle, avaient peu à peu retrouvé un visage, tant pour gommer ce passage de la mémoire des hommes que pour annoncer le renouveau de la vie. Ce dernier point aurait été bien plus concluant s'il n'y avait eu ce revirement de température, ce ciel morne et voilé, ces pluies froides annonciatrices des tempêtes hivernales que l'on pensait révolues. Lune n'y comprenait rien mais Lune entendait les doutes, les interrogations qui se partageaient dans les rues qu'elle fréquentait régulièrement. Elle avait entendu parler des pamphlets portant la marque du prince Pie : ils disaient que rien n'arrivait au hasard, que la faute de ce malheur s'abattant sur les petites gens était à reporter à la défaillance des Loinvoyant. Et ici et là, où les dégâts matériels, où la météo changeante perturbaient le retour à la normale, on se mettait à imaginer un fond de vérité par rapport à ces allégations.... La superstition n'était jamais loin, et trouver un coupable extérieur à son malheur était tellement plus simple que de se démener pour le résoudre. Il en fut rapidement de même lorsque les réfugiés arrivèrent en ville... Ces bouches à nourrir, ces corps malades à soigner, ces familles à entretenir, ces bras inutiles qui attendaient que le pain leur tombe tout cuit dans le bec alors que les braves et honnêtes gens trimaient nuit et jour dans un quotidien rendu compliqué et incertain. Oui, voilà tout ce que la forgienne entendait, tout ce qu'elle percevait lorsqu'elle quittait la boutique pour faire quelques courses, rejoindre Adroit ou simplement rentrer au manoir le soir venu. Si elle n'avait pas tout ce qu'elle avait actuellement, elle savait qu'elle serait partie du Bourg. Cette ambiance lourde et pesante, à vivre et supporter véritablement seule, elle n'aurait pas pu. Cela lui rappelait trop de choses... Or, elle n'était plus seule.


Au début de la lune de Grain, les affaires à la boutique n'avaient pas encore véritablement repris. Les produits exotiques, les belles tenues, qui se souciait de cela quand l'hiver reprenait ses quartiers sans que le printemps n'ait pu fleurir ? Quand on se demandait ce qu'on pourrait manger dans une, deux ou trois lunes vu que les terres demeuraient stériles ? Quand l'envie de faire la fête, de bien se vêtir étaient des luxes même pour ceux qui en avaient les moyens car demain était incertain ?
Au début, les journées passaient rapidement. Beaucoup de produits étaient tombés durant le séisme, le magasin avait eu besoin d'un grand nettoyage et de quelques réparations. Malgré l'absence de Noor, la jeune femme s'évertuait à continuer ses leçons. Liane profitait du calme qui suivit la remise au propre de la boutique pour continuer son apprentissage. Les journées sans clientèle étaient longues et ennuyeuses. Lune avait besoin d'action, de mouvement... Dès qu'elle le pouvait et que lui-même était disponible, la trentenaire retrouvait son chasseur ; ils allaient prendre des nouvelles de la petite fille blessée que la prêtresse d'Eda avait réussi à soigner ; ils apportaient leur aide à leur mesure, lors du nettoyage et de la reconstruction de la place du marché et des halles ; ils prenaient aussi l'air en dehors de la ville, parlant ou se taisant, profitant simplement l'un de l'autre. Loin de l'agitation sous-tendue qui habitait la capitale.


Cette nuit-là, la vendeuse aux cheveux couleur de paille avait fait un cauchemar. Elle ne s'en souvenait pas précisément mais elle s'était réveillée en nages et le cœur douloureux. Ses mâchoires s'étaient crispées et une migraine lui barra les tempes une partie de la journée à cause de cela.
Elle ne parvenait pas à écrire, elle écoutait d'une oreille distraite les explications de sa consœur sur comment coudre une parmenture suivant le tissu utilisé. Elle passa trop de temps à son goût sur les calculs qu'Hermine lui confia, voyant les nombres danser devant ses yeux sans parvenir à en capter le sens. C'était clairement une journée "sans". L'inaction lui pesait. Elle n'était pas femme à se tourner les pouces, elle avait besoin de bouger, d'agir, de fatiguer son corps à des tâches physiques.


Lorsque Thuaaldi, la médecin de bord de Caminata, entra dans la boutique, ce fut l'événement de la journée au regard blasé de la cervienne qui n'avait qu'une hâte, partir d'ici.
" Bonjour " avait-elle pourtant lancé sur le mode automatique de la vendeuse en robe bleue de Terres de Mystère qu'elle était désormais. Remarquant de qui il s'agissait, son sourire se fit alors plus naturel et eut même tendance à s'élargir quand elle entendit la proposition que lui faisait la mère de famille. Elle lui demandait de l'accompagner pour soulager les craintes de son outrilien d'époux. Elle lui indiqua ensuite l'endroit où elle souhaitait se rendre, n'attendant pas une quelconque réponse de la part de sa vis à vis : les Halles et les réfugiés qui y dormaient et vivaient... Si on pouvait appeler ça vivre. Le regard clair de Lune se fit fuyant un instant en entendant leur destination. Elle s'évertuait consciensement à éviter ce lieu depuis que les Baugiens étaient arrivés.


" Parce que tu penses que je serais grosse un jour ? "préféra-t-elle répondre, avec un rien d'amusement, s'intéressant uniquement à la dernière partie de ce que lui dit la chamane du sud.
Elle lui fit signe de l'attendre un instant et partit prendre sa cape de laine grise dans l'arrière boutique. Se rendre aux Halles ne l'enthousiasmait pas vraiment. Si elle avait fui le lieu, c'était bien parce qu'elle sentait que cela serait difficile pour elle. La Guerre rouge était encore bien proche dans son esprit... Tout perdre et survivre. Voilà ce qu'ils vivaient, voilà ce qu'elle avait elle même traversé. Elle aurait pu, elle aurait dû être solidaire de leur malheur mais égoïstement, elle avait peur de retrouver l'écho de cette souffrance en se confrontant à eux. Les blessés du temple, le sang et compagnie, elle gérait ; les regards vides, tristes, les mines épuisées et désespérées, elle ignorait comment elle s'en sortirait.
Pourtant elle revint auprès de Thuaaldi, couverte pour sortir, et ne dit pas non à sa requête. La douceur sereine et bienveillante de la jeune femme à la mèche verte l'aiderait à passer cette épreuve, elle en était sûre.


" Les enfants vont mieux ? "
Elles ne se fréquentaient pas réellement mais la forgienne savait que les jumeaux avaient vécu un traumatisme avec le séisme. C'était même assez compréhensible. Les adultes avaient déjà eu du mal pour certains à comprendre ce qu'il s'était passé ce jour-là, alors pour de jeunes enfants comme Embrun et Ondine, on ne pouvait imaginer quelles peurs cela avait réveillé en eux...

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Mer 29 Jan - 15:59
Thuaaldi Shran
Médecin de Bord sur Caminata
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Thuaaldi Shran




Thuaaldi avait bien vu le regard fuyant de Lune lorsqu’elle lui avait annoncé le lieu où elle l’entraînait.
Ce n’était certes pas une destination des plus frivoles, surtout en ce moment, mais elle commençait à assez bien connaître la vendeuse pour savoir qu’autre chose, de plus profond, était à l’origine de ce petit malaise.

Toutefois, elle avait aussi appris grâce à elle et aux multiples reproches de Olaf sur sa curiosité débordante qu’elle ne devait pas forcer la forgienne à se confier, c’est pourquoi elle répondit avec légèreté à la question de son amie... non sans prendre le temps de la détailler de la tête aux pieds sans la moindre honte.

Grosse... toi... je crois que c’est peine perdu!

Elle leva les yeux au ciel et continua tout en haussant la voix pour que Lune continue de l’entendre alors qu’elle partait vers l’arrière de la boutique.

Mais je ne désespère pas de te voir prendre trois ou quatres kilos qui ne te feraient pas de mal.

Lorsque la jolie, mais trop frêle, blonde revint habillée plus chaudement, les deux femmes quittèrent à pas tranquils la boutique tout en discutant.

Oui, ils font moins de cauchemars maintenant. Embrun a toujours du mal à me laisser partir mais il faut qu’il réapprenne. Et il est temps que Olaf reprenne son rôle de papa poule et me laisse faire des choses d’adultes.

Thuaaldi était de nature indépendante et active. Rester enfermée dans une maison n’était pas dans sa nature et bien que devenir mère avait davantage éveillé son sens du sacrifice... il avait ses limites.

Et toi ça va ? Tu as un amoureux à ce que j’ai appris ?

Elle adressa un sourire espiègle a Lune alors que leurs pas les rapprochaient de la place et des halles bondées de misère.








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Mer 29 Jan - 21:50
Lune de Forge
Forgienne en pleine reconstruction
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" Si ça s'arrange, c'est le principal. " La forgienne était soulagée de l'apprendre. Son visage l'exprima mieux que ses mots.
Elle n'était pas mère mais pouvait parfaitement concevoir dans quelle mesure cet événement avait bouleversé l'équilibre de la famille. Voir ses petits aller mal et se sentir impuissants à les aider convenablement devait être un déchirement pour le cœur de tout parent. Couplé à ce sentiment, la fatigue et l'énervement se cumulaient et rendaient assurément la situation difficile à supporter. Heureusement, la phase la plus critique était maintenant derrière eux et la normalité de leur quotidien familial pouvait reprendre pour le plus grand bien d'eux tous.


Évoquant le fait qu'elle pouvait recommencer à avoir des activités d'adulte, Lune secoua la tête en souriant.
" Olaf sait gérer les enfants ; c'est pas donné à tous les pères d'assumer ainsi leur rôle. Profites-en en effet ! "
Elle en avait vu des hommes maladroits avec les petits enfants. Ou même avec des plus grands. Maladroits dans leurs gestes, leurs paroles, leurs intentions. L'enfant n'était pas un adulte en miniature et c'était donc difficile à comprendre. D'autres encore s'en désintéressaient totalement jusqu'à ce que leur progéniture atteigne un âge qui leur convienne pour leur apprendre ce qu'ils souhaitaient leur transmettre. Elle estimait alors Thuaaldi chanceuse d'avoir trouvé un mari qui avait su trouver et assumer sa place de père. Elle ne s'était jamais posée la question de savoir comment Distrait serait avec un bébé ; elle désirait tellement un enfant qu'elle aurait accepté qu'il doute, hésite, ne sache pas s'y prendre. Elle lui aurait appris au fur et à mesure qu'elle même apprenait, pensait-elle alors sans s'en rendre compte. Aujourd'hui, il était trop tôt pour se poser cette question avec Adroit. Elle ne lui mettrait pas cette pression sur les épaules. D'autant que la trentenaire était persuadée que c'était impossible qu'elle tomba enceinte, au vu de l'infertilité qui avait été la sienne du temps de son mariage.


" Quoi ? " répondit-elle avec un mouvement de surprise. Lune sentit le rouge lui monter aux joues. Avait-elle bien entendu la question de la médecin ? Mais comment savait-elle ? Solitaire et toujours discrète sur elle-même, la blonde n'avait parlé de sa relation avec personne. Bien entendu, elle ne rentrait pas tous les soirs au manoir, elle s'absentait à la pause méridionale ou quittait le magasin plus tôt mais elle n'avait jamais dit à quiconque quelle en était la raison. C'était son histoire. Elle ne voulait la partager avec personne d'autre que le jeune homme qu'elle apprenait à connaître et effectivement à aimer chaque jour davantage. C'était trop nouveau pour elle, trop déstabilisant et elle se demandait certaines fois, trop de fois si elle ne rêvait pas, si c'était bien elle qui ressentait ce qu'elle ressentait, elle la pauvre fille perdue, à demi folle de colère, de vengeance et de chagrin qui avait préféré cloisonner son cœur pour ne plus souffrir d'une seule perte. C'était bien elle qui peu à peu, étape par étape, s'ouvrait à un autre et le laissait entrer dans son existence sans crainte. Elle chérissait ce secret de son cœur et voulait en conserver toute sa préciosité. Ils avaient le temps et le prenaient l'un pour l'autre ; c'était ce qui importait pour le moment.


" Oui, je vais bien. " répondit-elle finalement en reprenant une contenance et en souriant avec naturel. Non, elle ne lui dirait pas pour Adroit. Pas maintenant. Pas ainsi. Pas ici.


La place du marché. La voici juste au détour de cette rue. Elles entendaient le brouhaha constant qui en montait. Pourtant le marché ne s'y tenait plus depuis de longues semaines déjà, quand les Halles avaient été submergées par l'afflux de réfugiés et que les autorités n'avaient pas trouvé mieux que de les parquer tous au même endroit, quand bien même la place venait à manquer.
Des braseros brûlaient en permanence au milieu des tentes montées là où l'espace se trouvait. L'intimité était impossible en un tel lieu, la promiscuité offrant au contraire son lot de tensions constantes. Obligés de partager son espace, même entre Baugiens ayant vécu le même drame, l'entente devenait difficile. Les volets des maisons bordant la place étaient clos en permanence, les habitants se soustrayant à la vue de la misère qui frappaient à leur porte. Certains étaient même partis, avait entendu dire la cervienne. Et les boutiques qui se trouvaient dans les rez-de-chaussée étaient fermées également. Qui viendrait au milieu de cette foule malodorante, dénutrie et malade faire des achats comme si de rien n'était ? Le marché avait trouvé à s'installer ailleurs même s'il n'y avait plus grand chose à y vendre déjà... Ce temps froid et humide qui revenait délaissant le printemps, accentuait l'humeur exécrable des habitants du Bourg.


Lune posa son regard sur ces gens et son cœur se serra. Cette souffrance, cette douleur. Ils n'avaient plus rien. Ils n'étaient presque plus rien, que des visages au milieu d'une foule anonyme, des âmes perdus, certains sans famille, tous sans maison... Elle fut obligée de s'arrêter. Sans s'en rendre compte, elle avait retenu sa respiration et souffla pour tenter de libérer l'angoisse qui montait de son ventre. Ce n'était peut être pas une très bonne idée de venir ici...

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Mer 5 Fév - 16:11
Thuaaldi Shran
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Thuaaldi Shran




Lorsque Lune évoqua à quel point elle avait de la chance d’avoir un époux qui s’occupe si bien de ses enfants, Thuaaldi éclata de rire.

Je ne lui ai pas laissé le choix pardi !

Elle repris un ton sérieux, qu’un large sourire se chargeait d’égayer, tout en regardant la réaction de la forgienne.

Non mais j’ai énormément de chance, Olaf est une perle cachée dans une brute. Il les aime tellement, je ne pouvais rêver meilleur mari... même si parfois il me fait hurler!

Thuaaldi n’avait aucun mal à se confier sur son couple mais il suffisait d’évoquer sa vie privée pour voir Lune se renfermer dans sa coquille. Toutefois, le rose qui réchauffait les joues de la vendeuse en révélait bien plus que sa réponse évasive, et eut le mérite d’arracher un nouveau rire à la chamane, qui la regardait du coin de l’oeil.

J’en déduis donc la réponse à ma seconde question.

Thuaaldi dû se mordre l’intérieur des joues pour ne pas bombarder la jeune femme de questions. Sa curiosité était insatiable mais Olaf l’avait prévenue: elle devait faire preuve de patience avec Lune, tout comme elle l’avait fait avec lui.
Comme son colosse d’époux le lui avait dit, elle n’avait pas un passé d’esclave, mais il n’avait sans doute rien de plus enviable. Selon ses propres mots “ceux qui ont traversé l’enfer savent se reconnaître et n’ont pas besoin d’une pie curieuse”... La médecin n’avait eu d’autre choix que de se plier à l’avis de son époux, même si cela lui demandait des efforts considérables.

Elles débouchèrent vite sur la fameuse place du marché. A mesure qu’elles en approchaient, leurs pas ralentirent sans qu’elles en aient conscience. Le sourire taquin de Thuaaldi disparut peu à peu aux souvenirs qui hantaient cet endroit.
Depuis, les halles avaient été reconstruite et la place elle même n’avait plus la même allure. D’un marché grouillant de vie, ils étaient passés à un camp grouillant de misère.
Alors que ses yeux découvraient ce spectacle déchirant, son coeur se serrait au souvenir des vies qu’elle n’avait pu sauver... ou qu’elle avait précipités vers l’au delà...
Depuis que la terre avait tremblé, cette question la torturait... Aurait elle pu éviter le pire? Avait elle précipité leurs trépas en les faisant venir jusqu’à cette fenêtre ? Aurait elle mieux fait de rester à sa place et soigner les blessés de la place plutôt que je jouer les héroïnes ?

Je n’arrive plus à aimer cet endroit depuis la catastrophe... j’ai échoué à les sauver...

Une inspiration hachée trahit son émoi, et elle se força à reprendre courage et à mettre du plomb dans sa voix.

Mais il y a encore de la vie ici, et il faut faire ce qu’on peut... Vient.

Elle saisit la main de Lune pour l'entraîner vers les réfugiés.

Sortir était une façon d’esquiver pour un temps sa vie de mère, mais venir en ce lieu était une façon de racheter ses fautes.








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Lun 10 Fév - 20:30
Lune de Forge
Forgienne en pleine reconstruction
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La jeune femme à ses côtés confia ses impressions en arrivant à la place. Depuis le séisme, quelque chose s'était brisé en cet endroit et dans le cœur de Thuaaldi. La forgienne avait appris ensuite le drame qui s'était joué au cœur des Halles, Adroit et elle étant partis avec la petite fille blessée avant que l'issue fatale ne se produise. Pour elle, une autre image habitait les lieux, un autre souvenir y était attaché mais en découvrant cet affreux spectacle de misère, Lune n'y retrouva rien. Tout avait tant changé depuis qu'elle avait aidé à remettre la place en état. Le pavage même était devenu invisible sous la multitude des hommes qui s'évertuaient de survivre ici. Car qu'est ce d'autre que de la survie ? Elle était incapable de répondre quoi que ce soit à la mère de famille ; elle se trouvait incapable de réfléchir posément. La main de la brune saisit la sienne et l'entraîna à sa suite au devant de ce qu'elle aurait plus volontiers fui. Elle avait accepté de venir ici en compagnie de Thuaaldi ; elle n'avait pas véritablement idée de ce qu'elle y trouverait, ni de l'effet que cela produirait sur elle. Sans cette main ferme qui pressait la sienne, elle aurait fait demi tour aussi sec. Qu'elle se sentit lâche, misérable et inhumaine de songer à abandonner ces inconnus à leur malheur n'arrangeait rien au malaise qu'elle ressentait à l'instant.


Tant qu'il y avait de la vie, il y avait de l'espoir, soulignait à demi la shaman. Car tout du moins, elles pouvaient faire quelque chose. Mais quoi donc ? Que pouvaient-elles faire ? Que pouvait-elle faire elle ? Autant la médecin était joviale, aimable et avait des connaissances en soins qui pourraient être utiles à ces malheureux. Autant elle, la forgienne, n'était pas à l'aise avec ce qui lui rappelait trop sa propre expérience de désolation.


" Je ne crois pas... Ce n'était pas une bonne idée Thuaaldi... " freina-t-elle soudain l'entrain de l'épouse d'Olaf.
Elle était bien incapable d'en dire plus, d'expliquer ce qui la déroutait, la chamboulait ainsi. Partout où elle posait ses yeux, elle lisait les mêmes regards hébêtés, les mêmes corps décharnés par les privations, le même désespoir, la même crainte en l'avenir qui avait étreint son cœur durant tant d'années. Peut-être était-elle presque la mieux placée pour les écouter finalement ces gens ? Pour avoir connu elle aussi la destruction de son monde, la perte de ses repères, la séparation brutalement douloureuse d'avec sa terre et ses proches. Mais Lune ne savait pas faire. Elle n'était pas à l'aise pour cette tâche. Pour parler aux autres spontanément, pour se confier juste ce qu'il fallait pour amener l'autre à s'ouvrir à son tour. C'était parfois déjà difficile avec les gens qu'elle connaissait d'ouvrir les murailles de son existence passée, d'ouvrir simplement son cœur à accepter ce qu'elle avait vécu et ce qu'elle ressentait à présent. Ce processus avait commencé un peu avec Noor et s'accentuait plus facilement avec le chasseur mais il était bien le seul. Et même avec lui, souvent encore, elle éludait ce qu'elle ne souhaitait dire.


Un groupe d'enfants passa en courant à côté d'elles, les dépassant sans peine, pris dans un jeu qu'eux seuls comprenaient, un monde différent où ils oubliaient le drame qui était leur quotidien. La blonde les suivit du regard tandis qu'ils se perdaient au milieu de la foule, continuant néanmoins leur jeu comme si de rien n'était. Cette innocence pure et naïve les protégeait pour quelques heures au moins durant la journée. Puis viendraient l'heure du maigre repas, le seul de la journée, et ensuite celle de se coucher dans la nuit froide, pleine d'ombres, de monstres et de menaces indéfinissables. Les angoisses des adultes étaient plus palpables en ces moments de relâchement et les enfants les absorberaient malgré eux, grandissant chaque jour un peu plus vite, toujours trop tôt dans ce contexte qui les y forcaient. Demain, certains devraient travailler pour une pièce ; d'autres seraient récupérés par des maquerelles, des voleurs, des assassins, enlevés à leur famille, une bouche de moins à nourrir, presque un soulagement désormais de les voir disparaître.
" Le temple ne peut-il pas au moins sauver les enfants ? " murmura finalement Lune, accablée.

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Jeu 20 Fév - 14:41
Thuaaldi Shran
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Thuaaldi Shran




Thuaaldi sentit Lune ralentir à sa suite. Elle savait que ce lieu ranimerait de mauvais souvenirs pour les deux femmes, elles y avaient vu bien trop de sang et de tristesse mais elle ne savait pas à quel point la vue de ces réfugiés pouvait atteindre la vendeuse en lui remémorant un passé qu’elle partageait peu.

Elle s’immobilisa et se plaça face à Lune, prenant son autre main dans la sienne.

Je sais que c’est difficile mais...

Elles furent interrompues par des cris joyeux d’enfants courant les uns après les autres, à la poursuite d’un voleur imaginaire ou d’une luciole tout aussi fantasque sortie de leur imagination.

Le temple est déjà submergé Lune... mais ces enfants sont plus fort que tu ne le crois. Leur innocence les protège... en parti.

Les deux femmes regardèrent la course zigzagantes des petits s’éloigner pour un univers qu’eux seuls partageaient.
Thuaaldi reporta alors son regard marine vers celui de son amie.

Je sais bien que la tâche semble insurmontable et qu’à nous seules, nous n’arriverons pas à les sauver de cette situation... Mais en cherchant bien, nous pouvons leur apporter un peu d’aide ou de réconfort. J’ai apporté quelques remèdes et... Je sais que tu n’es pas des plus à l’aise pour discuter mais, je pense que tu pourrais avoir les mots pour les aider sans le savoir... Ou bien même... Prends ces enfants par exemple. Une fois leur jeu terminé, ils seront livré à eux même, sans but... peut être peux tu leur en offrir un.

La médecin sourit à la jeune femme, vérifiant qu’elle avait toujours son attention.

Tu sais un peu compter, tu peux lire quelques mots, tu sais reconnaître toutes les merveilles qu’il y a dans la boutique du capitaine, tu connais le travail, tu as vus beaucoup d’endroits si je ne me trompe pas. Apporte leur ton savoir ! Même s’il te paraît maigre, il est immense comparé au leur. Montre leur qu’il y a de l’espoir, qu’il reste tant à découvrir dans le monde, entretien leur flamme!

Au fur et à mesure de son discours, elle sentait l’énergie gonfler en elle. Alors que ses mots voulaient remonter le moral de son amie, ils s’adressaient aussi à elle. Il leur faudrait à toutes deux beaucoup de courage pour surmonter les peurs et la mélancolie de ce lieux, de ce spectacle, mais Thuaaldi était convaincue que, ensemble, elles pourraient y arriver.

Une femme sans doute plus jeune qu’elle n’en avait l’air sous la crasse, s’approcha d’elles.

Mesdames, je vous en pris, avez vous vu mon fils, mon petit Sauge, il est châtain les cheveux bouclés, pas plus grand que ça... s’il vous plaît.







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Sam 22 Fév - 12:43
Lune de Forge
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La forgienne ne partageait pas l'opinion de Thuaaldi sur le sort des enfants. L'innocence était une protection très maigre contre ce qu'ils vivaient désormais. Elle leur permettait simplement de profiter autrement de la lumière du jour, livrés à eux-même car il n'y avait d'autres choix. Ce ne serait pas éternel et l'enfance s'achèverait bien trop vite pour ces petites têtes blondes et brunes qui n'aspiraient alors plus qu'à la liberté de leur insouciance perdue. Lune savait que ce serait ainsi. La guerre avait déjà fait son lot d'orphelins et quand il fallait survivre dans un monde d'adultes, la place du jeu s'amenuisait peu à peu jusqu'à disparaître totalement. Mais elle ne pouvait pas le dire ainsi à cette mère de famille qui avait tant d'espoir dans le regard, qui avait très certainement des rêves pour ses propres enfants.


Le mutisme de la vendeuse n'arrêtait pas la médecin qui tentait de la convaincre coûte que coûte de l'intérêt de leur présence sur cette grande place. De la sienne surtout, d'un but qu'elle pouvait se trouver et qui aiderait alors les autres. Lune fixa les mains fines qui enserraient la sienne avec énergie alors que la petite femme à la mèche verte lui rappela qu'elle savait bien des choses et que cela pourrait être utile aux enfants qu'elle partage cela avec eux. En quoi ? Comment ? Ses lèvres demeuraient closes mais elle n'était pas convaincue. Elle ne savait pas faire, pas s'imposer, pas rassembler. Ces "connaissances" comme disait Thuaaldi qu'apporteraient-elles ici ? De l'espoir ? L'espoir de quoi ? Elle était une adulte et avait souffert des années avant d'avoir pu entrevoir la lumière d'une guérison de son âme. Quelle belle leçon à donner à des enfants !
Elle n'était rien ici, elle n'était personne. Pourquoi s'intéresserait-on à elle ? Pourquoi l'écouterait-on parler ? Par où commencer ? Comment on entreprenait une telle chose ? Elle n'avait tellement rien d'une oratrice. La preuve en était qu'elle était bien incapable de répondre quoi que ce soit à sa compagne. Elle pensait beaucoup, réfléchissait beaucoup trop sûrement mais elle n'arrivait pas à se voir avec les yeux d'autrui. Les autres voyaient en elle plus que ce qu'elle se sentait capable d'être. Personne ne la connaissait vraiment en fin de compte... Peut être pas elle-même. Celle qu'elle était avant ne reviendrait pas, sa confiance en la vie à jamais émoussée malgré les promesses que celle-ci lui offrait enfin. C'était un très long chemin qu'elle devait encore parcourir, jalonné de doutes, de craintes en ces rêves et ces espoirs qu'elle goûtait du bout des lèvres, serrait fort contre son cœur meurtri, effrayée qu'ils s'en aillent aussi vite qu'ils étaient venus.
Réfléchir aux mots de l'étrangère n'amenait que des questions, des hésitations. Loin de la booster, de lui donner de l'énergie et de la motivation, ce discours fit peser sur ses épaules une chape de plomb et dans son cœur trop de pression. Pourquoi ne la laissait-on pas tranquille ? Pourquoi chercher à tout prix à ce qu'elle fasse plus que ce qu'elle était capable de faire ou ce qu'elle voulait faire ?


L'arrivée d'une femme qui les interpella fut une bouée que la veuve saisit au vol. Elle ne pouvait plus regarder les yeux pétillants de Thuaaldi sans se sentir coupable de ne pas ressentir la même chose qu'elle. Ce lieu l'oppressait d'une manière qu'il était difficile d'expliquer à une personne qui n'avait pas idée de la vie qu'elle avait mené jusqu'à présent.


Un peu brutalement, elle dégagea sa main et se tourna pleinement vers la baugienne. Cette dernière avait les traits tirés par une angoisse qui serra le cœur de la blonde. Huit ans plus tôt, combien avaient eu le même regard, mélange d'espoir et de terreur à la recherche des leurs dans les rues encore fumantes de Forge ? Ne pas retrouver Distrait parmi les si nombreux corps...
Ici, c'était une foule dense qui engloutissait les gens, qui les séparait si facilement de leurs proches. La cervienne avait entendu parler de disparitions d'enfants et c'était cette crainte qui se peignait sur le visage de cette jeune mère, qui crispait ses mains sales et qui amenait les larmes au bord de ses yeux sombres.

" Navrée, nous venons d'arriver." commença-t-elle doucement en faisant un pas dans sa direction.
Là dans l'esprit de Lune, il n'était plus question de réfléchir, plus question d'analyser, de penser. C'était une femme agissant dans le concret, dans l'instant, dans l'action.
" On peut t'aider à le chercher si tu veux. Joue-t-il avec d'autres enfants ? "
Elle était capable de bien des choses, d'une empathie instinctive et elle usait souvent sans s'en rendre compte de cette voix maternante qui faisait râler Adroit. Mais à aucun moment, il ne fallait pas lui demander de faire, lui imposer de choisir. Il fallait la confronter à la réalité et alors les choses se déroulaient presque facilement. Elle s'effaçait alors et se préoccupait de l'autre. Tout simplement.


" Oui. Oui... " répondit la femme en serrant son tablier comme les lèvres. Étaient-elles les premières qui cherchaient à lui donner plus qu'une banale réponse ? Sûrement... Elle semblait presque ne pas s'y attendre.


"Depuis quand tu ne l'as pas vu ?"
" Euh... Ce matin. " L'hésitation agitait ses pupilles. Le stress et l'angoisse embrouillaient vraisemblablement ses souvenirs. Cela devait lui sembler si loin et pourtant quelques heures à peine s'étaient écoulées. " Il dormait encore quand je suis allée faire la queue pour avoir à manger. D'habitude, il va avec ses copains mais revient touj... "
Finir ce mot lui en coûta et elle porta ses mains à sa bouche.

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Lun 24 Fév - 17:17
Thuaaldi Shran
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Thuaaldi Shran




Elle cherchait le regard de son amie, mais celui ci restait obstinément rivé sur ses mains que le froid avait envahies.
Thuaaldi pouvait y mettre toute l’énergie et la bienveillance qu’elle voulait, Lune ne réagissait pas, pire encore, elle s’enfermait dans un mutisme hanté de fantômes qu’elle était seule à voir.

Cette jeune femme semblait presque aussi cassée que Noor même si elle n’en portait pas de stigmates physique. La forgienne avait ce même coté désespérément hermétique au joies simple que Olaf avait lorsqu’elle l’avait rencontré. Il lui avait fallu un temps fou pour percer la carapace de son mari, il ne fallait pas s’étonner que celle de la jolie blonde ne se brise au premier coup d’ongle.

C’est finalement l’une des réfugiées de la place qui au secours de ce silence qui ne tarderait pas à devenir gênant.

La pauvre âme cherchait désespérément son fils. La crainte qui faisait trembler sa voix, et les larmes qui bordaient ses yeux, trouvèrent un échos dans le coeur de mère de la médecin.

Mais à la surprise de la petite brune, c’est Lune qui fit le premier pas vers cette visiteuse inattendue. La vendeuse fit un pas vers l’inconnue afin de lui témoigner toute sa considération face aux peurs qui habitaient la maman perdue.

Était ce les mots de la médecin qui avaient porté ses fruits ou Lune saisissait elle simplement cette diversion pour échapper à la sollicitude que lui témoignait son amie ? Thuaaldi n’aurait su le dire, et son âme charitable et son coeur optimiste penchaient pour la première solution là où sa raison choisissait la seconde. Mais quel importance !

Les deux femmes écoutèrent avec intérêt les mots de la maman du petit Sauge jusqu'à ce que celle ci ne trébuche sur un mot et que ses larmes ne déferlent tel un tsunami d’émotion sur son visage blême.

Nous allons le chercher.

Elle porta avec douceur une main sur l’épaule de l’étrangère et la poussa légèrement pour la rapprocher d’un des feux qui tentait tant bien que mal d’apporter un peu de chaleur à ceux qui avaient perdu leurs foyers.

Asseyez vous là, vous êtes exténuée.

Thuaaldi fouilla dans son sac et en sortit un petit sac en tissus qui contenait des feuilles presque noires à l’aspect inhabituel.

Tenez, mâchez ça.. mais ne l’avalez pas, mâchez le simplement. Cela vous aidera à retrouver un peu d’énergie... nous allons chercher Sauge, nous revenons vite, attendez nous ici.

Et voici que les deux femmes devenaient enquêtrices. Pour résoudre ce mystère, Thuaaldi aurait bien eu quelques questions pour la pauvre mère, mais elle était bien trop bouleversée pour qu’elles en tirent des réponses précises. Elles s’éloignèrent de quelques pas tout en jetant des regards un peu partout autour d’elles.

Bien, par où commençons nous ? Peut être que nous devrions rattraper les petits chenapans de tout à l’heure, peut être qu’il sauront. Qu’en penses tu ?








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Mer 26 Fév - 16:53
Lune de Forge
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L'idée de porter assistance à cette mère de famille angoissée conciliait les deux femmes. Lune n'avait aucune idée de ce qui traversa l'esprit de sa compagne du jour quand elle la vit prendre les devants pour s'approcher de la baugienne. Elles avaient désormais un but simple et même si déambuler au milieu du camp n'enchantait toujours pas la forgienne, elle aurait le sentiment d'être utile sans forger quoi que ce soit. Ce qui avait été une échappatoire setait transformé en une petite quête qui ne lui demanderait pas d'investissement personnel trop important. Contrairement aux idées qu'avait évoqué Thuaaldi, la blonde se sentait parfaitement capable de partir à la recherche d'un enfant égaré.


" Oui, cela semble le plus simple. Ils pourront nous en dire plus sur leur copain. " répondit-elle à sa comparse. Bon question simplicité, c'était tout relatif car il fallait déjà réussir à remettre la main sur ce groupe de bambins parmi la foule et les tentes qui occupaient la place.
Dire que quelques semaines auparavant, cette dernière avait été réhabilité et pour quelques temps seulement avait retrouvé sa fonction première. Elle était loin la cohue des jours de marché, les interpellations des commerçants pour qu'on s'intéresse à leurs produits, les bavardages joyeux et innocents qui accompagnaient toujours ce genre de sortie, auxquels se mêlaient parfois quelques ragots entre mères de famille pimentant leur quotidien.
Aujourd'hui, chaque pas que faisaient les deux femmes les amenait plus profondément dans la misère d'un campement de fortune qui durait bien trop. Des couvertures jonchaient le sol, noires de poussière et de boue. Les foyers disposés aléatoirement voyaient s'accumuler autour d'eux les malheureux en quête de chaleur et de lasses disputes pour savoir à qui était-ce le tour de se réchauffer les mains ou les pieds. Mais ce qui faisait le plus mal au cœur fragile de la cervienne, c'étaient tous ces regards qu'on leur adressait à toutes les deux. Elles avec leurs habits propres, elles qui avaient déjeuné correctement ce jour et les jours d'avant, elles qui ne sentaient pas la crasse ni n'avaient pas les pieds constamment gelés. Elles étaient des privilégiées et l'envie se lisait dans les yeux tristes et sur les visages fatigués qui les entouraient.


" Ils sont partis par là bas, il me semble." glissa-t-elle à la médecin en tentant de voir correctement au dessus du monde.
Alors qu'elles avançaient dans la direction voulue, un sifflement appuyé se fit entendre sur leur gauche. Lune fit mine de ne pas l'entendre. Il fut suivi d'un autre un peu plus long peut-être émis par une autre bouche masculine.
" Vous v'nez vous occuper d'nous les filles ?" purent-elles entendre ensuite. La blonde jeta un regard à sa voisine en haussant les épaules. Elles ne pouvaient que se faire remarquer, aussi peut-être valait-il mieux que cela fut dans ce sens et non pour tenter de leur dérober quelques affaires propres ou de "valeur".
"Allez mignonnes !! s'approchait l'une des voix.


Lune attrapa le coude de Thuaaldi et la fit bifurquer dans la direction opposée. Elle savait pertinemment que si elle recevait une main aux fesses, l'autre aurait droit à son poing dans les dents donc il valait mieux s'écarter pour éviter l'esclande. Tant pis pour le détour que cela ferait au milieu de ce tortueux parcours.
" Le désespoir des uns doit faire le bonheur des autres... Encore que je vois mal comment ils peuvent payer les putains qui doivent venir par ici... " grimaça-t-elle entre ses dents.

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Jeu 5 Mar - 15:40
Thuaaldi Shran
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Thuaaldi Shran




Thuaaldi était contente de voir Lune s’investir dans leur nouvelle mission. Sa première proposition n’avait pas remporté un franc succès mais cette mère de famille terrorisée leur avait fourni un nouveau but qui semblait bien mieux convenir à la forgienne.

Le médecin de Caminata aurait dû ene cet instant davantage s’inquiéter du sort de l’enfant, mais son optimisme naturel, la rendait convaincue qu’il devait simplement être caché quelque part pendant que ses camarades de jeu étaient à sa recherche.

Rien de tel qu’une partie de cache-cache effrénée pour mettre le coeur des mamans à rude épreuve.
Les deux femmes s’enfoncèrent dans les entrailles grouillantes de la place. Ici tout suintait la misère, la crasse et l’apathie. Thuaaldi aimait à se voir comme une lanterne venue rallumer le feu de l’espoir, mais plus leurs pas les conduisaient au coeur de ce marasme humain, plus sa propre flamme vacillait.

Bientôt, leur passage fut ponctuer de sifflement masculin, dont la concupiscence était à peine voilée. Les deux amies échangèrent un regard, que deux femmes propres attisent ce genre de comportement en un tel lieu n’était finalement pas surprenant, cela faisait plusieurs semaines que les réfugiés étaient installé ici et certain devaient clairement commencer à sentir un manque d’intimité et d’affection pour ne rien dire de plus cru.

Alors qu’une voix s’approchait pour les alpaguer, Lune attrapa le coude de sa compagne afin de l’emmener dans la direction opposée. Sans doute sentait elle un danger que la médecin ne discernait pas encore. Ici tout était si brouillon, les énergies de cet espace bouleversé et ces vies humaines entremêlées dans un tel imbroglio que la shaman commençait à être comme submergée par ce qui l’entourait et à ne plus être aussi perceptive que d’ordinaire à tout ce qui l’entourait, il lui fallut d’ailleurs quelques secondes avant que les sens des propos de Lune n’atteigne sa conscience et qu’elle puisse répondre.

Oh je doute que beaucoup de filles de joies viennent encore ici... ils sont sales et n’ont sans doute plus rien à échanger contre leurs services...

C’est alors que ses propres mots firent naître une angoisse au creu de son estomac, angoisse qu’elle s’efforça de formuler.

Tout ce qui leur reste, ce sont les femmes du camp... ou celles en visite... Grand dieu... Olaf n’avait peut être pas tort.

Elle ne souhaitait pas effrayer son amie, mais elle savait d’expérience, que formuler et partager une crainte, aidait à éviter qu’elle ne vous ronge de l’intérieur et permettait bien souvent d’éclaircir ses idées afin de trouver des solutions.

Vite, trouvons ce petit et évitons les coins sombres et peu peuplé.

Encore fallait il que ces deux objectifs soient compatible.

Elles ne tardèrent pas à trouver un petit groupe d’enfant qui jouait aux billes avec des cailloux. Thuaaldi s’accroupit pour leur parler.

Bonjour les enfants, avez vous vu Sauger ?

Les gamins se regardèrent, ne sachant s’il était prudent de répondre ainsi à des inconnues. Les disparitions d’enfants et les rumeurs qui s’y attachaient les rendaient plus méfiant, ce qui était finalement une bonne chose. L’un d’eux finit par répondre non d’un mouvement de tête avant qu’un second appelle son père.

Un grand homme qui avait dû être beau et robuste avant que l’éruption ne le chasse de ses terres s’approcha l’air furibond.

Hey vous! Laissez nos gamins tranquils!








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Sam 7 Mar - 9:52
Lune de Forge
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Devant l'angoisse soudainement exprimée par sa compagne, Lune pressa doucement sa main contre le bras qu'elle tenait encore.
" Ne t'en fais pas. Il ne t'arriveras rien. " Elle ne le laisserait pas faire. Elle ne savait pas se battre au sens strict du terme mais se défendre comme une folle et taper où ça faisait mal restait dans ses cordes. Mais comme il était toujours plus sage de prévenir que de guérir, elle avait surtout appris à esquiver les ennuis. Sauf quand il avait s'agit des pirates rouges mais là c'était une autre histoire... Une vieille histoire...

Elles finirent par trouver un groupe d'enfants et la shaman s'enquit auprès d'eux du jeune disparu. Debout derrière elle, la forgienne remarqua leur rétisance à leur parler mais surtout celui qui disparut pour prévenir un adulte. L'homme qui se présenta juste après tenait son fils contre lui, d'une main ferme et protectrice. Son ton était sans équivoque et la blonde leva les mains dans sa direction, en signe d'apaisement.

" Nous les laissons. Tranquillise-toi. " répondit-elle posément.
Les gens étaient véritablement à cran dans le campement. Les faits qu'elles découvraient toutes deux en cette fin de journée donnaient raison à la tension ambiante qui habitaient non seulement le camp des réfugiés mais aussi petit à petit l'ensemble de la ville. La méfiance et l'agressivité étaient devenues coutumières de ces lieux. Les étrangers à ce microcosme étaient soit des victimes en devenir, soit des escrocs. Cela faisait assez peur en y réfléchissant mais Lune n'y réfléchis pas. Plus tard, peut-être, réaliserait-elle et aviserait-elle ô combien elle avait eu raison de ne pas vouloir venir ici.

" La mère d'un enfant nommé Saule est inquiète. Nous l'aidons à retrouver son fils. "
Qu'on les regarde avec concupiscence était une chose, qu'on se méfie d'elles lui semblait démesuré.
" Sais-tu quelque chose ? " Elle demanda sans grand espoir d'une réponse positive.

" Qu'est ça peut vous foutre ?" grommela-t-il en les dévisageant l'une après l'autre. Ce n'était pas des filles d'ici, ou plutôt si, de celles qui ont un toit au dessus de leur tête et de quoi se nourrir et se laver. Elles n'étaient pas comme eux, elles ne pouvaient pas comprendre alors pourquoi s'intéressaient-elles à eux ?
Il continua, crachant ses mots avec aigreur. " Yen a tous les jours des gens qui disparaissent et ça vous empêche pas d'dormir d'habitude ! "

C'était la loi du chacun pour soi. Il ne s'émouvait pas de l'absence de ce gamin-là car le sien était toujours à ses côtés. Ils étaient tous réunis mais finalement seuls à gérer leurs affaires.
Avant que l'une ou l'autre puisse répondre quelque chose -qui avait-il à répondre à pareille accusation ?-, trois gaillards en armures fines, l'épée au côté, arrivèrent à leur hauteur. C'étaient des hommes du Guet. Ils patrouillaient quotidiennement et leurs visages étaient connus par chacun des réfugiés. Le père de famille se rembrunit en les voyant débarqués. Mais il ne baissa pas le regard quand le chef de l'escadron le fixa avec insistance alors qu'il s'adressait à Thuaaldi et Lune.

" Tout va bien mesdames ? "
Ils venaient à leur rescousse, pensaient-ils sûrement. Ou du moins, ils prendraient leur défense face à ce rustaud aux mains sales.

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Jeu 12 Mar - 12:10
Thuaaldi Shran
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L’homme n’était pas commode, il se méfiait manifestement des inconnues et portait peu de crédit à leur bienveillance. C’était une réaction que Thuaaldi ne pouvait s’empêcher de trouver étrange bien qu’elle en comprenne les mécanismes.
Lune joua de prudence pour tenter de tranquilliser l’homme qui ne répondit que par son mépris.

Fidèle à elle même, elle s’apprêtait à répondre avec franchise à cet individu, lorsqu’un homme du guet vint interrompre leur échange. La médecin se tourna alors vers ce dernier intervenant.

Oui tout va bien.

Elle tourna légèrement la tête vers le père du petit cafteur pour chercher sa confirmation.

N’est ce pas Monsieur.

L’homme ne répondit que d’un grognement où se mêlait colère, crainte et mépris, un mélange qui pouvait devenir explosif si les soldats se mettaient à jouer les gros bras.
La petite brune à la mèche verte saisi néanmoins cette occasion pour tenter de mener à bien leur mission.
En fait, non... ça ne va pas bien. Nous sommes à la recherche du petit Sauge, le fils d’une amie... et ce monsieur m’apprends que des gens disparaissent tous les jours ici... je n’en savais rien. Vous êtes au courant de quelque chose?

L’homme derrière elle serrait les mâchoires et les poings, mais trop attentive à essayer de lire la vérité sur le visage du garde, elle ne s’en aperçut pas.

Et bien... oui,on nous a signalé plusieurs disparitions.

Thuaaldi s’approcha d’un pas, les mains sur les hanches.

Et ? Je n’ai pas vu de patrouille faire le tour de la ville pour en informer les habitants, leur demander d’ouvrir l’oeil et de se montrer attentif...

Le chef d’escouade commençait à être agacé par les insinuations de la femme, qu’il tentait quelques secondes plus tôt de protéger. Son ton se fit donc un peu plus abrupte.

Madame, nous menons l’enquête en évitant de créer une panique. Pour le moment seul les...

L’homme derrière Thuaaldi intervint avec morgue.

Ouais, y’a que les gens comme nous qui disparaissent... alors pas besoin d’avoir peur... ça les arrange même!

Le garde regarda l’homme d’un oeil sombre mais ne chercha pas vraiment à nier. Lui et ses hommes avaient réellement chercher lors des premières disparitions, mais chaque piste menait à un cul de sac et à force de voir leurs efforts méprisés par les réfugiés, ils finissaient par se dire que ça ne servait probablement à rien.

Mais avant que la situation ne s’envenime entre les deux hommes, Thuaaldi leva une main péremptoire et repris la parole.

Messieurs, chacun fait de son mieux. Néanmoins aujourd’hui il s’agit du fils de mon amie qui a disparu, un enfant d’ici. Mon amie est effondrée et je lui ai promis que je le chercherai partout. Le petit est devenu ami avec ceux d’ici... si elle avait su pour les disparitions elle ne l’aurait sans doute pas laissé venir... Alors, Monsieur,m’aiderez vous à retrouver le petit Sauge? Il n’est sans doute pas bien loin.

Les yeux de l’homme du guet s’écarquillèrent légèrement. Il ne s’attendait manifestement pas à une telle histoire.

Mais, quasiment toute la ville est au courant, elle n’aurait pas dû.

Qu’importe ce qu’elle aurait dû ou non. Le mal est fait! Nous aiderez vous à retrouver ce pauvre petit ?

L’homme se redressa face à la petite femme qui ne manquait pas d’aplomb.

Oui Madame, le guet est au service de chacun.

Thuaaldi pris alors le temps de décrire le peu qu’elle savait de l’enfant. Le garde finirait probablement par vite découvrir qu’elle avait menti sur l’origine du petit garçon mais si cela les motivait à trouver une piste peut être le mensonge en vaudrait il la peine.
Elle espérait que Lune saurait faire comprendre au père de famille qu’il valait mieux qu’il ne vende pas la mèche devant les gardes et qu’il comprendrait les motivations de son amie.

Cet échange eut au moins le mérite de diminuer les craintes de la jeune femme. C’était plus fort qu’elle, elle voulait toujours prendre les choses en main, même quand cela ne la regardait pas. Mais les injustices et les causes perdues avaient le don de lui donner une énergie qui surpassait toutes les peurs... ou presque.







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Sam 14 Mar - 10:29
Lune de Forge
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Thuaaldi prit les choses en main, avec l'arrivée du Guet, d'une façon qui étonna fort la forgienne. Elle faillit se les mettre à dos, en demandant franchement au garde ce qu'ils fichaient à propos des disparitions signalées. Puis avec une étrange pirouette, elle réussit à obtenir d'eux une aide pour retrouver le gamin perdu... mentant sur le fait qu'il faisait partie des réfugiés. Parce que voilà que ça touchait davantage l'homme de savoir qu'un petit cervien innocent manquait à l'appel, plutôt qu'un énième baugien sans le sou.
Lune ne pouvait s'empêcher de serrer ses mains l'une dans l'autre, comme si elle avait froid mais c'était en réalité sa façon de contenir la tension qui l'habitait. La jeune mère jouait avec le feu, montrant clairement où se trouvaient les priorités des hommes de la ville devant un père de famille déjà passablement énervé du manque de considération qu'on leur portait. La trentenaire regardait du coin de l'œil cet homme sale qui ne souhaitait que protéger sa famille. Elle vit sa mâchoire se crisper quand il comprit à quel jeu jouait la petite étrangère. Elle ne comprenait que trop bien le sentiment d'abandon qu'ils pouvaient tous ressentir ici. Toutes les victimes de la guerre, avant eux, l'avaient partagé devant le néant qui était devenu leur quotidien et contre lequel seuls ils devaient trouver une solution.


" C'est injuste... " Elle s'était tournée de manière à ne s'adresser qu'au père en colère. Elle lui adressa tout bas ces mots et ceux qui suivirent. Lui seul devait les entendre. " Mais si cette mère-là peut serrer son petit ce soir, accepte le mensonge. "
L'acceptait-il vraiment ou décida-t-il qu'il fallait mieux qu'il laisse tomber pour une autre raison ? Il gromella un " Démerdez-vous... " avant d'embarquer son gamin et d'un sifflement, de rameuter le reste des enfants à sa suite. Il les fit s'installer plus loin, auprès d'un feu où un groupe d'adultes dont il faisait partie était installé à parler à voix basse, en buvant un alcool quelconque pour se réchauffer et se donner du courage.


Au sein de ce climat de défiance, il semblait presque impossible de mener l'enquête qui les préoccupait toutes deux. Car hormis elles et la mère de ce petit Saule, cela ne faisait pas de différence aux autres. Même ces gardes de la ville n'y accorderaient qu'un temps limité de leur service. Que l'enfant soit cervien ou baugien, dans leurs esprits, il était déjà perdu comme d'autres avant lui.
Mais au moins faisait-il semblant pour ne pas subir les foudres du petit brin de femme à la mèche verte qui se tenait devant lui.
" Rendez-vous aux points de distribution où se trouvent les Soeurs. Elles ont peut être vu quelque chose. Nous allons faire le tour de notre côté et interroger quelques personnes."


Cela pouvait être une piste intéressante, se dit la vendeuse. S'il y avait bien, au sein de ce campement, des personnes qui s'intéressaient à tout le monde et qui s'inquiétaient de chacun, c'étaient bien les prêtres et prêtresses. Ils ne pouvaient pas nécessairement circuler avec aisance au sein du camp mais avaient organisé plusieurs espaces où ils distribuaient la soupe quotidiennement et assuraient écoute et soins le restant de la journée.
" Reste à trouver où ils sont installés... " commenta-t-elle pourtant sans défaitisme.
Si dans ce coin du monde, ils avaient eu idée de ce qu'était une jungle, l'expression aurait sans nul doute pu être utilisé pour décrire l'enchêvetement complexe et instable des lieux. D'autant qu'aucune d'elles ne pouvait prétendre dominer un tant soit peu la situation environnante.


Tandis qu'elles partaient de nouveau en exploration dans ce terrain hostile, sous les regards intrigués ou envieux, ou pire absents, de ces êtres humains perdus, Lune ne put s'empêcher d'énoncer à haute voix les questions qui lui tournaient en tête.
" Tu penses vraiment qu'on le retrouvera ce gamin ? Si d'autres ont disparu sans laisser de traces... Où sont-ils passés ? Qui les a récupéré et pourquoi ? "
L'homme pouvait devenir un animal sauvage et imprévisible. Ces enfants avaient-ils été tués par pure bestialité ? Pour éliminer les plus faibles et permettre d'avoir un peu plus de nourriture ? Ou enlevés par des gens qui se serviraient d'eux ?
Aurait-on jamais la réponse à ce mystère ?
" Tout ça va mal finir... " grimaça-t-elle pour elle-même. Elle ignorait comment, quand et sensiblement pourquoi mais elle le sentait, comme peuvent le sentir ceux qui ont survécu à des épreuves innommables.

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Mar 17 Mar - 20:59
Thuaaldi Shran
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Thuaaldi Shran




Le guet, fidèle à lui même accepta de chercher l’enfant et leur donna par la même occasion un conseil que les deux femmes s’empressèrent de suivre.

Les pas des jeunes femmes les conduirent plus profondément dans cette marée humaine. Thuaaldi attendit de croiser un visage moins inamical que les autres pour demander son chemin, et c’est une vieille femme qui lui indiqua l’un des endroits où elles pourraient trouver les Soeurs d’Eda.
Alors qu’elle se dirigeaient dans la direction indiquée par la vieille femme, Lune s’enquit de leur chance de retrouver l’enfant et partagea ainsi ses inquiétudes. La médecin devait bien reconnaître qu’elle avait les mêmes craintes, mais elle ne voulait pas faire face au risque de retourner voir la maman de Sauge sans le petit.

Il faut qu’on le retrouve.... il le faut...

Thuaaldi soupira avant de répondre aux autres interrogations de Lune.

Il y a hélas des tonnes de raisons pour enlever des gens, la cruauté humaine n’a pas de limites. Ils sont peut être pris pour assouvir les besoins sexuels de certains, d’autres pour venger une rivalité, pour cacher les tristes conséquences d’une rixe... ou...l’esclavage...

La médecin s’immobilisa alors qu’elles pouvaient apercevoir les soeurs distribuer un repas frugal aux réfugiés qui faisaient la queue plus ou moins calmement. Elle se tourna vers Lune et lui parla avec franchise et une ombre dans le regard que son amie n’avait sans doute jamais vu chez elle.

Tu sais que... c’est plus ou moins ce qui est arrivé à Olaf...  Non, je refuse que ce gamin fasse parti du lot.

Elle porta son regard vers les femmes qui apportaient leur aide aux personnes démunies qui avaient envahie la place du marché.

Tu as raison... ça risque de mal finir... et elles sont en  première ligne... comme toujours, ce seront les plus charitable qui en paieront le prix en premier.

Sa mère lui avait beaucoup appris sur l’humanité et son approche des liens entre les choses la rendait très sensible à ce que son peuple appelait les énergies. Il s’agissait en fait davantage d’une sorte d’empathie très forte. Et plus leur chemin les faisaient s’enfoncer au milieu de cette masse sinistre, plus elle sentait les liens entre les hommes prêts à craquer.

Tu le sens aussi? Tu perçois les énergies d’ici?








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Jeu 19 Mar - 20:11
Lune de Forge
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" Il n'y a pas d'esclavage dans les Duchés. " répondit la forgienne en posant sa main sur l'épaule de Thuaaldi. Oui les raisons d'enlever ou de faire disparaître des gens, jeunes ou moins jeunes, pouvaient être nombreuses et tordues mais il était bien une chose dont la blonde était sûre, c'était que les Duchéens n'avaient aucune affinité avec l'esclavage. Ce ne pouvait être cela. Pourtant les craintes de l'étrangère étaient bien là, car celle-ci avait sa propre histoire, ou plutôt celle de son époux pour ne pas la rassurer. Et elle avait des enfants, des petits êtres sans défense qui allaient devoir apprendre à grandir dans un monde compliqué. Voilà pourquoi elle se devait d'aider cette mère à retrouver son fils, pourquoi elle devait lutter, ce jour, à sa manière, contre la cruauté qui touchait l'innocence. Lune le comprenait parfaitement bien et tant que la brune ne se déciderait pas à abandonner, si c'était là la seule issue possible, elle resterait à ses côtés pour chercher l'enfant.


" Je ne sais pas ce que je sens... Mais ça ne me plaît pas du tout... "
La médecin avait interprété sa remarque précédente comme visant les prêtresses d'Eda. Pourtant sa réflexion était bien plus générale. Durant la guerre, clairement cela avait été difficile pour de très nombreuses personnes mais à aucun moment, il n'y avait eu cette étrange ambiance. Peut-être parce que les gens ne s'étaient pas retrouvés à devoir partager une telle proximité, n'avaient pas empiété autant dans le quotidien des autres ? C'était pourtant parti avec des bons sentiments, de la coopération, de l'entraide et du dévouement spontané... Puis, à mesure que les semaines passaient, que l'urgence s'installait, que le temporaire devenait quotidien, les choses avaient changé, les gens avaient changé. C'était cela que la blonde sentait. Elle n'aurait pas parlé d'ondes ou d'énergies pour le définir car ces mots n'avaient aucun s'en pour elle mais cela traînait dans l'air, sur les visages fatigués, tristes, affamés, énervés et désespérés... Le désespoir était un bien mauvais conseiller et ce sentiment d'abandon que les réfugiés ressentaient un peu plus à chaque nouvelle journée noircissait les espoirs comme les cœurs. Demain ne serait pas plus beau qu'aujourd'hui. Comment pouvaient-ils y croire ? Le temple d'Eda venait avec de la soupe de plus en plus fade à mesure que les ressources qui étaient les siennes, s'amenuisaient. Les belles et nobles dames qui avaient pitié d'eux ne venaient plus que les mains vides à leur tour, n'ayant plus même de couvertures ou de vêtements chauds à leur fournir. Elles finiraient par ne plus venir du tout, ces dernières qui résistaient à l'inéluctable.
Lune ne savait pas tout cela, elle ne savait pas ce que vivraient ces hommes et ces femmes car elle n'avait jamais eu le courage de s'approcher d'eux. C'était égoïste de sa part elle en convenait mais elle n'y était pas à sa place, quand bien même Thuaaldi était persuadée qu'elle avait des choses à partager avec ces inconnus. Parler d'elle n'était pas dans ses habitudes et son expérience n'était clairement pas un modèle à suivre. De ce qu'elle constatait ce jour, elle sut qu'elle avait eu raison de fuir, d'esquiver cet endroit. Elle n'était pas assez forte pour supporter cette misère inscrite sur les corps et les figures, cette tristesse ancrée dans les postures, cette noirceur grandissant dans les cœurs et les esprits, prix d'une souffrance qui n'avait rien de muette. Jamais la jeune femme ne mettrait des mots aussi précis sur ces maux qui lui serraient le ventre et nouaient sa gorge en posant son regard sur ce qui l'entourait. Elle avait mal pour eux, comme elle avait eu mal pour Forge et elle-même jadis. Elle ne pouvait plus revivre ça.


" Noor m'avait expliqué que tu étais spéciale... Que tu ressentais parfois les choses différemment, plus intensément. C'est ça ? "
Elles arriveraient bientôt auprès des sœurs qui distribuaient la soupe aux malheureux mais la cervienne s'était arrêtée et les regardait faire. Elles n'allaient pas les interrompre. Prévenantes, elles semblaient avoir un mot pour chacun. Souriantes, elles accordaient autant de temps que nécessaire à ceux qui avaient besoin de s'épancher sur quelque chose. Voici des personnes pleines de lumières dans la morosité ambiante. Elles détonnaient presque au milieu de cette foule mendiante.

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Lun 30 Mar - 8:55
Thuaaldi Shran
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Thuaaldi Shran




Lune se rassurait en précisant qu’il n’y avait pas d’esclavage dans les six duchés. Thuaaldi lui répondit d’un air désabusé.

Ce n’est pas parce qu'il n’est pas autorisé que certains humains ne peuvent s’y adonner en cachette. .

Même si la médecin se battait pour rester optimiste et voir le meilleur en chacun, mais elle avait aussi vu tant de choses et Olaf lui avait ouvert les yeux sur les cruautés dont les hommes pouvaient être capable.

Les soeurs s’occupaient avec bienveillance des réfugiés, apportant autant de nourriture pour les ventre que pour les coeurs. Un sourire, un mot, s’intéressant sincèrement à chacun d’eux. Faisant fie de la crasse et posant une main sur un bras ou une épaule lorsqu’elles sentaient que la personne face à elles avaient besoin d’un peu plus d’attention ou de réconfort.

Thuaaldi sourit à l’évocation de Noor.

Spéciale... Oui on peut voir ça comme ça. Ma mère est chamane sur mon île, j’aurais du prendre la relève; Elle m’a formée à sentir les énergies qui régissent le monde. Chaque être vivant dégage une énergie propre, la méditation permet de les sentir et peut même permettre de les modeler, les équilibrer. Enfin il faut être très avancé pour pouvoir agir sur elles, je n’ai pas son talent.... Non j’arrive juste à les percevoir et parfois à agir dessus par mes actes, en aidant une personne à comprendre ce qui déstabilise ses énergies, en apportant de la paix dans un conflit... Ici....

Une vieille femme aux mains tremblante fit tomber le bol que la soeur venait de lui donner, éclaboussant sa robe en lambeaux.
La soeur fit rapidement le tour de la table pour aider la vieille femme à ramasser son bol. La pauvre réfugiée ne cessait de bredouiller des excuses dont la fille d’Eda l’assurait qu’elles étaient inutiles.
Elle retourna derrière la table pour remplir à nouveau le bol de la pauvre grand-mère mais derrière elle, des protestations montaient déjà, l’un se plaignant du temps perdu, l’autre du gâchis de nourriture et un autre encore exprima sa peur qu’il n’y en ai plus pour lui et sa fille.

Ici, toutes les énergies sont complètement emmêlées, sous une tension énorme qui ne demande qu'à casser..

La médecin soupira voyant un début de bousculade au milieu de la file, si ce mouvement venait a s’accentuer, la vieille femme risquait bien de voir son repas à nouveau sur le sol ou pire, d’y finir elle même.

On devrait y aller, Notre arrivée permettra peut être de faire diversion ou au pire de concentrer leur colère sur nous plutôt que sur cette pauvre dame.








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Jeu 2 Avr - 19:41
Lune de Forge
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Les paroles de Thuaaldi n'aidaient pas la forgienne à y voir plus clair dans ce qu'était la particularité de la shamane. C'était un don, un héritage familial, explique-t-elle. Sa mère lui avait fait bénéficié d'une formation dans un domaine si ésotérique -le mot même d'ésotérisme dépassait l'entendement de la blonde- qu'elle n'était sûrement pas en mesure de l'expliquer avec facilité à ceux qui l'entouraient. Un peu comme Adroit ne serait jamais totalement en mesure de lui faire comprendre sa magie.
Aussi Lune hocha simplement la tête. Qu'étaient ces énergies ? Comment les percevait-elle ? Comment se manifestaient-elles ? C'était terriblement flou et la jeune femme n'était pas sûre d'être capable de comprendre ces subtilités. Donc elle s'abstint d'en dire ou d'en demander davantage.
Au moins étaient-elles d'accord : la place du marché dégageait, au delà des odeurs corporelles diverses, un sentiment terriblement désagréable.


Devant elles, un nouveau problème grossissait. Les gens voyaient le mal partout, le malheur tout du moins. Fatalement égoïstes, tout leur retombait dessus. Les fautes, les erreurs, les maladresses des autres augmentaient ce qui n'allait pas dans leur vie, ou la gachaient sensiblement. Aucun d'eux, en ce lieu, n'avait demandé à vivre ainsi, cette proximité, cette promiscuité, cette insalubriété, cette insécurité. Aucun d'eux n'avait connu cela avant. Et tout était parfaitement injuste. N'importe qui d'un tant soit peu sensé en était parfaitement conscient.
Cette vieille femme maladroite n'avait pas demandé à avoir les mains fatiguées, le corps amaigri par un éprouvant voyage et des semaines à dormir à même le sol... Pas plus qu'eux. Pourtant on la railla car elle faisait perdre du temps aux ventres affamés qui attendaient après elle. Un début de bousculade enflait et la mère de famille proposa qu'elles s'avancent pour changer les idées à ce petit monde énervé. Espérant que ça ne se retourne pas contre elles, Lune lui emboita le pas, remontant la file de malheureux qui attendaient leur pitance quotidienne. Ils les regardèrent faire, un air d'abord ahuri puis passablement furieux sur le visage. Qui étaient-elles pour leur passer ainsi devant ? Puis certains remarquèrent qu'elles étaient bien habillées, et propres et calmèrent leur voisin. Ces deux-là ne leur voleraient pas leur repas. Pourtant à l'instar du père de ce petit bonhomme un peu plus tôt, les regards qu'ils leur adressaient étaient parfois méfiants. Aucun d'eux ne les avait jamais vu dans le coin.


" Bonjour mes sœurs ! Avez-vous besoin d'aide pour quoi que ce soit ? " s'enquit la trentenaire en arrivant auprès de la table. Elle ne se voyait pas leur demander tout de go ce qu'elles pouvaient leur apprendre et repartir comme si de rien n'était ensuite.


" Oh?! " dit la première, surprise de voir auprès d'elles d'eux habitantes du Bourg. Voici longtemps qu'elles n'avaient plus de compagnie autre que leurs consœurs.
" Rincez les bols dans ce tonneau et essuyez-les. " lança avec moins d'hésitation celle qui se trouvait quelques pas plus loin. Du menton, elle désigna un large baquet d'eau et une pile d'assiettes sales. Ce genre de tâches ne déroutant pas Lune, elle avait déjà remonté ses manches et s'approcha du tonneau pour s'exécuter.
Elle regarda Thuaaldi et haussa les épaules. Elle qui voulait qu'elles soient utiles, voilà une activité idéale. La cervienne lui passa les bols qu'elle venait de rincer.

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Mer 8 Avr - 15:41
Thuaaldi Shran
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Thuaaldi Shran




Dans la file, il y avait toute sortes de personnes, des vieilles femmes, de jeunes garçons, des mères tristes, des hommes qui avaient dû être robustes en leur temps, même quelques grassouillets dont l’ancienne fière bedaine pendouillait maintenant d’avoir diminiué trop vite.

Ils les dévisageaient à mesure qu’elles remontaient la file, certains au regard haineux, d’autres rassurés sur le fait qu’elles n’étaient pas là pour manger, quelques rares avaient une lueur d’espoir dans les yeux, peut être qu’elles apportaient quelque chose, mais les regards méfiants et désabusés étaient bien plus nombreux, l’un d’eux alla même jusqu’à cracher sur le sol derrière leur passage.

Lune aborda les soeurs proposant de l’aide plutôt que d’aller droit au but. Cette approche surpris Thuaaldi qui aurait préféré une approche plus directe afin de ne faire perdre de temps à personne mais sa compagne semblant plus à l’aise avec les soeurs qu’elle ne l’était, elle suivi Lune lorsqu’elle remonta ses manches pour faire la vaisselle.

De ce qu’elle savait, ces femmes servaient une déesse : Eda, qui était en quelque sorte la mère de tout. Bienveillantes et dévouées aux autres, elles apportaient leur aide sans rien demander en retour.
La médecin ne croyait pas dans les dieux de ces contrées, pour elle la nature était elle même une divinité en soi et chaque éléments qui la composait avait son propre esprit qu’il fallait honorer et respecter si on souhaitait conserver l’harmonie et l’équilibre qui permettait d’avoir une vie sereine et joyeuse. L’idée de se dévouer à un dieu immatériel lui paraissait étrange mais qu’importait le dieu qu’elles servaient, les soeurs avaient le coeur sur la main et c’était tout ce qui comptait.

Lune lui tendit un bol, la sortant de son observation des soeurs. Elle s’en saisit et attrapa le torchon qui était posé sur une table proche d’elle.
Ce n’est pas vraiment ce que j’avais en tête... Pourquoi ne leur as tu pas juste posé la question?









Thuaaldi
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Jeu 9 Avr - 15:35
Lune de Forge
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" Donnant, donnant ! " répondit d'abord la forgienne. Thuaaldi ne comprenait pas pourquoi elle n'avait pas simplement demandé le renseignement dont elles avaient besoin.
" Nous voulons aider une personne ici... Elles en aident des dizaines. Elles pourraient s'arrêter pour nous répondre mais c'est plus juste que cela soit à nous d'attendre qu'elles aient terminé. "
Leur quête était dérisoire, et peut être vouée à l'échec si Lune écoutait la pessimiste en elle, comparée à la mission que ces femmes se donnaient jour après jour en cette place. Elles n'apportaient pas que de la nourriture à ces pauvres âmes en peine ; pour beaucoup, elles étaient les petits rayons d'un chaud soleil de printemps, offrant leurs sourires, leurs mots gentils et leurs présences réconfortantes dans ce quotidien sombre.
Il était un temps pour chaque chose. Elles pouvaient offrir un peu du leur avant d'obtenir la réponse qu'elles souhaitaient. C'était la moindre des choses, pensait la forgienne. Elle était incapable de faire ce que ces jeunes femmes faisaient : venir tous les jours ici, sourire malgré la misère, malgré les souffrances, gravées dans les corps, les cœurs et les regards. Elle ne s'en sentait pas la force mais par ces gestes simples -plonger, frotter, rincer-, elle participait aujourd'hui à leur œuvre. A sa mesure. C'était peut-être la bonne action, la seule, qu'elle serait en mesure de faire pour ces gens. Si elles retrouvaient l'enfant, ce serait davantage la victoire de Thuaaldi que la sienne. Car même si elle s'y était impliquée, elle avait davantage l'impression d'avoir suivi la mère des jumeaux.


Les prêtresses eurent bientôt épuisé le contenu des marmites qu'elles avaient emportées depuis le temple. Elles distribuaient avec une efficacité qui témoignait de l'habitude prise au cours des dernières semaines. Les gens qui faisaient la queue pour se faire servir défilaient rapidement, désireux de se sustenter d'un plat chaud bienvenu par ces températures glacées.
Elles commencèrent à ranger dans l'une des marmites vides les bols encore sales qu'elles récoltaient ou qu'on leur ramenait. L'une d'elles fit signe aux deux bénévoles qu'elles pouvaient cesser leur tâche.


Ses mains étaient ridées d'avoir passé du temps dans l'eau froide du baquet. Elle les réchauffa en les frottant d'abord l'une contre l'autre avant de les glisser sous sa cape, les maintenant sous ses aisselles quelques instants pour que la chaleur de son corps aide à redonner une sensibilité à ses doigts engourdis par le froid.
" Excusez-nous mes sœurs. Nous sommes à la recherche d'un petit garçon qui s'est égaré. Sa mère s'inquiète beaucoup et nous sommes parties toutes les deux à sa recherche pour l'aider. Auriez-vous vu un petit errant tout seul ? Ou...? "
Ou quoi que ce soit qui paraisse sortir de l'ordinaire ?


" Comment il est ce petit ? " commença la plus âgée des sœurs. Elle leur fit cependant signe d'attendre avant de répondre et se tourna vers sa collègue. " Patience, viens voir !

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Mer 15 Avr - 16:10
Thuaaldi Shran
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Malgré les explications très sensées de Lune, la mère qui était en elle bouillait d’impatience de repartir à la recherche du petit garçon. Chaque seconde perdue pouvait l’éloigner de la place, donner un avantage à ses ravisseurs ou diminuer ses chances de survie s’il s’était blessé et gisait quelque part inconscient.

Voyant son amie déterminée à laver des bols et à attendre avec un excès de politesse que les soeurs soient plus disponible, Thuaaldi passa ses nerfs sur un essuyage des plus énergiques des bols que lui tendait la forgienne.

Lorsque leurs marmites furent enfin vide et la file d’attente presque disparue, l’une des soeurs leur fit signe d’arrêter leur besogne. La médecin s’activa donc à sécher le dernier qui lui restait alors que Lune tentait, autant qu’il était possible, de réchauffer ses mains rougies par l’eau froide.
La vendeuse en profita pour interroger la soeur d’Eda sur l’enfant disparu. Celle ci en appela une autre avant de les laisser donner la description du petit.

Lune leur décrit alors l’enfant comme l’avait fait sa mère une demi heure plus tôt.

“Ah oui, le petit Sauge... je vois lequel c’est. Il vient toujours avec sa maman à la distribution du repas, il est si mignon ce petit. Mais en y repensant, c’est vrai que je ne l’ai pas vu aujourd’hui.”

Cette Patience, semblait apporter un grand intérêt aux personnes qui occupaient la Halle. Thuaaldi fut surprise de découvrir qu’elle connaissait certain de ces résidents temporaires par leurs prénoms. Cette pensée réchauffa le coeur de la jeune femme qui sourit aux soeurs avec plus de chaleur.
Ces simples mots lui confirmaient que leur dévotion pour ces miséreux n’avait rien de feint et bien que Thuaaldi avait déjà une bonne opinion d’elles, celle ci n’en fut que renforcée.

Avez vous vu certains de ses camarades de jeu ? Ou sauriez vous où ils ont l’habitude de jouer?

Patience la regarda avec bienveillance.

“Oui, ses amis sont venu manger avec leurs parents un peu plus tôt. Je n’ai rien vu d’inhabituel chez eux... Mais j’imagine que sa maman doit être morte d’inquiétude et elle n’a sans doute rien mangé ! Nous reste t’il un peu de soupe?”

La jeune soeur s’était alors tourné vers celle plus âgée qui l’avait appelé un peu plus tôt. Mais il n’y avait plus rien dans les marmites et les autres soeurs continuaient de tout rassembler pour repartir.

“Tout est vide ma soeur. Et pour le petit Sauge, je n’ai rien vu non plus... Ah qu’Eda le protège! Ce n’est pas la première fois qu’un petit disparait ici... Nul n’a encore trouvé qui provoque ces disparitions, c’est inquiétant et j’ai peur que votre recherche soit vaine.”

Le visage de Thuaaldi se renfrogna. Pas contre les soeurs, qui confirmaient hélas ce qu’elles avaient découvert lors de ce petit face à face avec le guet et le père du petit garçon, mais contre cette résignation qui semblait avoir gagné tout Castelcerf et qu’elle même ne pouvait encore accepter.

Non, il faut que nous le retrouvions. J’ai promis à sa mère.

La plus âgée des soeurs secoua la tête de dénégation.

“Votre volonté est louable ma fille, mais d’autres bien plus impliqués que vous s’y sont déjà attelé en vain. Certains parents y ont perdu le sommeil... et la santé à force de chercher leur petit.”

La médecin se sentait désemparée. Baisser les bras lui paraissait tellement lâche... Mais qui était elle pour réussir là où d’autres avaient échoué. Elle n’était ni plus intelligente, ni moins déterminée que le guet ou les parents des autres disparus. Mais tout cela, son coeur de mère ne pouvait l’entendre.

Elle resta là debout, la frustration crispant ses muscles en face des soeurs qui malgré leur bienveillance, ne pouvait leur apporter de l’aide.









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Ven 17 Avr - 14:05
Lune de Forge
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La mère de famille ne sut que répondre à la forgienne mais celle-ci sentit la frustration gagner sa compagne à l'énergie qu'elle mettait à essuyer la vaisselle. Lune comprenait qu'elle ne souhaitait pas perdre du temps mais la jeune femme aux cheveux blonds comme la paille ne pouvait s'empêcher de partager déjà le sentiment d'impuissance qui avait gagné la population ici entassée. La plupart des gens se résignaient vite à ce qui leur arrivait quand ils ne pouvaient avoir aucun impact sur les événements qui les frappaient. C'était malheureux mais c'était ainsi. Elle comprenait que c'était du chacun pour soi, que les disparitions n'intéressaient plus que les proches de ceux qui manquaient. Lune n'était pas insensible, loin de là et l'espérance était une dentée rare et précieuse en ces temps troubles. Elle se souvenait de la petite fille qu'ils avaient porté au temple, mus par le simple espoir qu'une guérisseuse aux talents particuliers parvienne à la sauver. Cela avait été le cas et cette bouffée d'optimisme leur avait été bénéfique, surtout à Adroit. Il restait meurtri par l'idée qu'il avait pris une vie pour en sauver une autre mais au moins, cette enfant innocente aurait une vie à peu près normale. Elle pensait à lui, à eux, à cette mésaventure qui les avait rapprochés tandis qu'elle récurait les bols, posant aussi régulièrement le regard vers Thuaaldi qui bouillait d'impatience. En la voyant ainsi tendue, elle se demanda si elle serait en mesure d'abandonner cette quête. Elle en connaissait la réponse. C'était une mère. L'idée de perdre son enfant lui était aussi intolérable que si on parlait de lui arracher le cœur. Ce fut pour elle qu'elle eut de l'empathie en cet instant... plus que pour ce petit garçon inconnu qu'elles ne connaissaient que par un prénom et une vague description.


La prêtresse prit ensuite le temps de leur répondre. Les nouvelles qu'elle donna n'étaient guère optimistes et sa collègue complèta sur le même ton.
Résignation.
Durant la guerre, cela avait été pareil en un sens... Les villages côtiers, les uns après les autres, se faisaient attaquer et malgré tous les efforts de l'armée duchéenne, malgré les promesses du roi, les petites gens qui souffraient se résignaient à être victimes un jour... et ils choisissaient de se tuer plutôt que de tomber entre les mains des pirates rouges. La mort plutôt que la...
Les mains enfouies dans les plis de sa cape, elle les écoutait parler. Elle entendait la médecin à la mèche verte dire qu'elle ne pouvait pas abandonner. Qu'elle avait fait une promesse. Les yeux bleus gris de la cervienne se portèrent sur la foule autour d'elles. Une aiguille dans une motte de foin, avait-elle entendu un jour. L'expression lui revint alors à l'esprit.


" Vous savez où les enfants ont l'habitude de jouer ? " finit-elle par demander. La mère des jumeaux ne pouvait pas laisser tomber... Pas maintenant, pas sans avoir tout tenter. Elle lui devait bien cela, bien que la blonde ne soit pas en mesure d'expliquer pourquoi c'était important qu'elle l'aide.
Si elle s'était écoutée, elle n'aurait pas mis les pieds ici. Si elle s'écoutait seulement elle en cet instant, elle irait rejoindre l'homme qui la réconfortait de sa simple présence et se blottirait dans ses bras avant de lui confier les souvenirs que ce lieu avait fait remonter à la surface. Mais Lune n'était pas seule ici et comme bien souvent, elle laissa parler son instinct protecteur pour apporter son soutien à la femme qui l'accompagnait.


" Sur le côté des Halles, il y avait une sorte d'estrade en bois. Personne ne s'est installé là et les planches sont démontées progressivement pour nourrir les feux. Les enfants y jouent souvent. " expliqua la prêtresse. Elle avait compris que c'était une mission difficile à abandonner pour l'une des deux femmes qui se tenaient devant elle. Elle ne pouvait faire davantage que de répondre à leurs questions. Bien des vivants avaient besoin d'elles, bien des êtres bien présents souffraient.... Courir après des courants d'air ne les aiderait pas. Le choix avait été fait ainsi, par dépit. Ce dépit était devenu une habitude et les disparitions une nouvelle norme dans ce monde où tout allait de travers...


" Allons voir là-bas Thuaaldi. Je sais exactement où c'est. "
Elle entoura les épaules de la jeune mère de son bras pour lui redonner courage. Ou plutôt pour l'assurer de son soutien. Elle faisait semblant d'y croire et peut-être auraient-elles de la chance.


Si la cervienne visualisait bien de quoi parlait la servante d'Eda, s'y rendre était plus compliqué. La ligne droite était impossible et une fois de plus, elles déambulèrent au milieu d'une misère à fendre le cœur. Lune avait remis ses mains sous sa cape ; l'impression d'être congelée était plus soumise à son ressenti émotionnel qu'à la température. Elle l'appelait de ses vœux mais marchait obstinément vers leur ultime destination au lieu de rebrousser chemin pour le rejoindre.

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Mer 27 Mai - 11:10
Thuaaldi Shran
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Thuaaldi Shran




Les deux femmes étaient reparties dans ce labyrinthe miteux, où crève-la-faim et bandits en devenir se mêlaient sans qu’on puisse les différencier.

Lune avait prit la suite en main, guidant le duo entre les petits groupes d’hommes et de femmes, les abris de fortune et les feux qui réchauffaient à peine le froid printemps.

La zone de jeux des enfants ne donna rien mais la médecin ne voulut pas s’avouer vaincue et continua à s’aventurer dans tous les recoins du camp de réfugiés.

Bientôt la lumière du jour commença à décliner et changea le paysage pour lui donner des allures plus inquiétantes encore. Les flammes de feux de camps projetaient des ombres mystérieuses sur les pavés et murs alentours et les corps se resserraient les uns aux autres comme pour se rassurer et se tenir chaud.

La frustration de Thuaaldi allait en grandissant. Elle savait qu’elle aurait déjà dû rentrer auprès de ses enfants pour préparer le repas du soir mais c’était sans compter sur son opiniâtreté bien connue des marins de Caminata.

Elle poussa jusqu’à vouloir investiguer dans les étroites ruelles qui donnaient derrière le marché. Si l’enfant avait été enlevé, ces accès discret à la place auraient été un bon moyen de fuir discrètement.

Butée comme un jeune bélier, la mère de famille s’enfonça dans la ruelle peu engageante, sans tenir compte de la jeune femme qu’elle avait pourtant entraîné, bien malgré elle, dans cette vaine poursuite.

L’endroit était sordide, le sol portait des traces de passages divers et variés; morceaux de tissus, déchets, morceaux de bois et de pierres.
Etait ce les restes des dégâts de du tremblement de terre ou des armes de fortunes pour un guet-apens ?

L’îlienne ne prit pas garde à qui la suivait ou non, ne vérifiant ni la présence de Lune, ni l’approche de trois hommes qui étaient animés d’une autre faim que celle de l’estomac.

Thuaaldi ralentit à mesure qu’une odeur âcre, mélange de foutre et de sang, vint agresser ses narines, mais lorsqu’elle se retourna, c’était trop tard, elle découvrit les yeux écarquillé qu’un piège venait de se refermer.

Un peu plus loin sur le marché, un homme posait des questions. Il cherchait deux femmes, une petite brune et une blonde toute fine. Les réfugiés l’observaient avec circonspection, certains fuyaient son approche, d’autres se tenaient bien droit prêt à en découdre s’il venait chercher du grabuge. Sa carrure n’acceptait pas de refus et sa voix forte mais toujours calme lui permis de refaire peu à peu le chemin de son épouse et de son amie.









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Dim 31 Mai - 11:55
Lune de Forge
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Thuaaldi s'obstinait et Lune la suivait. Elle ne pouvait pas la laisser seule ici. Pas au milieu de ces gens, ces inconnus, emplis de misère, de crainte et d'Eda savait quoi d'autres. Pas au milieu de ces rues et ruelles emplies d'immondices où l'absence de bruit était pesant après le capharnaüm ambiant du campement. Elles tournaient en rond, revenaient sur leurs pas, la forgienne docile suivant la mère de famille dans sa vaine quête.
C'était si triste de se dire que cet enfant avait disparu, que d'autres l'avaient précédé et que très probablement d'autres suivraient. Où allaient-ils ? Qui les prenait ? Les tuait-on pour avoir des bouches en moins à nourrir ? Elle se souvenait si distinctement de la peur qui envahissait les cœurs à la perspective du sort que réservaient les Pirates Rouges... Combien avaient préféré se tuer plutôt que de tomber entre leurs pattes ? Quand il n'y avait plus nulle part où fuir... En étaient-ils réduits à ce genre de raisonnement ici ? Déjà ? L'espoir de s'en sortir était-il toujours présent quelque part sous cette crasse, cette promiscuité, cette malnutrition ? La médecin de Caminata ne vit probablement pas tous les regards qu'on leur adressait sur leur passage. La trentenaire ne les loupa pas et voilà de quoi lui fendre davantage le cœur que la perte d'un seul être qui lui était inconnu. On les enviait, on les jugeait, on les détestait. On voulait leurs habits chauds, la nourriture qui passait leurs bouches et remplissait plus régulièrement leurs estomacs ; on désirait leurs fesses, leurs seins pour combler la solitude, tromper l'ennui.

Elle ne pouvait pas la laisser seule. Docilement, sans émettre la moindre protestation, elle lui emboitait le pas. Était-ce de la détermination ? Un naïf espoir qui habitait le cœur de la mère de famille ? La blonde ne savait pas ce qu'elle devait en penser. Elles avaient eu une vie bien différente toutes les deux. La cervienne avait-elle appris plus tôt et plus durement que la vie ne faisait pas de cadeau pour les gens comme eux ? Était-ce pour cela qu'elle s'était résignée plus vite au sort de cet enfant ? Ou était-ce simplement parce que l'instinct maternelle de Thuaaldi l'empêchait de croire au pire, lui inculquant de se battre jusqu'au bout comme s'il s'agissait du sort de ses propres enfants ?

Mais la nuit tombait. Plus vite qu'elle ne devrait avec ce voile sur le ciel, s'était-elle rendue compte au fil des semaines.
" Thuaaldi, il est temps de rentrer ! " s'efforçait-elle de lui dire à plusieurs reprises.
L'étrangère était têtue et avançait toujours, s'engageant à la recherche du plus petit des indices. Qu'espérait-elle trouver ? Elle ne savait même pas la tête de celui qu'elle recherchait. Lune ne lui connaissait pas cette opiniâtreté ; elle n'avait jamais connu d'elle que la médecin et mère de famille tranquille qu'elle était au Bourg. Bien entendu, elle avait du caractère mais elle ne lui avait jamais paru aussi bornée et elle ne savait pas comment réagir.

Une ultime ruelle, la énième. La lumière était si faible qu'il était impossible d'y voir véritablement quelque chose. C'était insensé à ce compte. Elle la laissa y pénêtrer, l'attendant les bras croisés, sans qu'elle ne le remarqua. Mais se rendant compte qu'elle ne la discernait pas vraiment à mesure que la pénombre de ce lieu étroit la recouvrait, Lune soupira et s'y engagea à son tour bien décidée à lui dire d'arrêter ses conneries. Elle avait des enfants et un mari qui l'attendaient ; elle ne pouvait pas se permettre de passer des heures dehors sans penser à eux.

Elle ne remarqua pas qu'on lui emboita le pas sitôt qu'elle pénétra à son tour dans la ruelle. Ses pas rapides la firent rejoindre Thuaaldi et alors qu'elle s'apprêtait à lui parler, sa bouche resta ouverte et silencieuse. Un homme se trouvait dans le dos de la petite brune. D'un regard derrière elle, elle en vit deux autres. Leurs regards lubriques ne laissaient guère de doute sur leurs intentions à leurs égards.
La forgienne attrapa le poignet de son amie et la fit pivoter dans son dos, près du mur, faisant barrage de son propre corps face aux trois hommes qui s'étaient rapprochés. Il ne servait à rien de parlementer ou de tenter une quelconque intimidation verbale.

" Dès que tu peux, cours. " murmura-t-elle à l'attention de la mère des jumeaux. Elle ne le supporterait pas si Thuaaldi était victime de ce genre d'agression. Non qu'elle consentise sans protestation à ce que ces brutes posent même une main sur elle mais elle avait déjà souffert et s'en sortirait une fois de plus. La brune n'avait pas à connaître ça.

Deux pour trois. Ils auraient de quoi s'amuser. Elles devaient avoir la peau bien chaude et douce sous leurs robes propres. Ils les avaient suivi pendant un moment, attendent l'occasion de leur faire une surprise. Elles devaient en avoir envie à se perdre ainsi dans une ruelle déserte.
La blonde se mit devant sa camarade, faisant rempart comme elle le pouvait pour qu'ils n'approchent pas trop de la plus petite des deux.
" On a une volontaire les gars. " dit l'un d'entre eux, visiblement très excité par la lueur de défi dans les yeux de Lune. Il s'approchait d'elle, les copains de chaque côté, défaisant les boutons de ses chausses pour libérer son sexe en érection. Il tenta d'attraper la jeune femme, sûr de sa supériorité sur elle. Mais elle fut plus rapide et elle l'accueillit d'un coup de genou vigoureux dans les valseuses. Bien entendu les deux autres la saissirent avant même que les genoux de leur compagnon n'aient atteint le sol.

Lune aurait eu envie de crier à Thuaaldi de s'en aller maintenant, d'en profiter qu'ils s'occupaient uniquement d'elle pour mettre les voiles, aller chercher un quelconque secours ou juste se mettre à l'abri. Mais elle n'en fit rien car elle se débattait avec les deux paires de main très en colère qui l'avaient attrapée.

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Lun 15 Juin - 17:19
Thuaaldi Shran
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Thuaaldi Shran
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Thuaaldi Shran




Lune s’était immobilisée devant elle, découvrant elle aussi la piège qui se refermait sur elles alors qu’un homme avançait dans le dos de Thuaaldi. Mais les réflexes de la forgienne furent plus rapide que ceux du médecin qui se trouve bien vite projetée vers le mur avec comme rempart le frêle corps de la vendeuse.

L’îlienne était déstabilisée, bien que habituée aux comportements parfois douteux des marins dans les ports où Caminata mouillait parfois, elle n’était pas préparée à un tel affrontement. Elle recula jusqu’à ne plus pouvoir, la bouche ouverte sur un cri qui ne parvenait pas à franchir ses lèvres.

Son amie lui conseilla de fuir dès qu’elle en aurait l’opportunité, mais de voir Lune ainsi malmenée par ces hommes dont l’un offrait le spectacle répugnant de son engin érigé tel un blasphème fait aux femmes, clouait la mère de famille sur place.

Ce n’était pas tant l'exhibition de cet homme qui la choquait que leur comportement d’une bestialité qui aurait fait honte même aux pires prédateurs de ses îles bien aimées.
Peut-être ces hommes auraient ils cent excuses pour justifier leur comportement... mais tout ce que voyait Thuaaldi, c’était qu’une fois de plus les hommes prouvaient leur infériorité morale sur les animaux.

C’est peut être à cet instant qu’elle aurait dû courir et son coeur, bloqué sur un battement terrorisé, aurait bien voulu donner cette impulsion à ses jambes. Mais elle ne pouvait abandonner Lune à ces immondes marauds et une petite étincelle de courage la poussa à agir.

Elle finit par pousser un cri de désespoir tout en levant ses poings pour tambourinet l’épaule d’un des agresseurs de Lune. Elle tenta d’y ajouter les pieds qui ne firent que tirer quelques grimaces à l’homme avant qu’il ne la projette d’un rude coup d’épaule contre le mur.

Hélas pour la jolie blonde, la médecin n’avait rien d’une combattante, sa meilleure arme étant sa langue et son sourire pour venir à bout de ses difficultée.

Le brune était tombée sur le sol lorsque son dos avait percuté le mur, et lorsqu’elle voulut se redresser, l’homme auquel elle s’était prise, lui asséna un coup de pied qui la renvoya directement contre les pavés sales. Le choc lui projeta la tête en avant et elle se fendit la lèvre lorsque son visage entra en collision avec le genou du type.

Un peu plus loin sur la place, une vieille femme indiqua à l’homme à la large carrure la ruelle où deux hommes s’étaient engouffrés à la suite de deux femmes. Alors que l’homme, les sourcils froncé, la laissait pour suivre cette direction, la vieille femme secoua la tête dans un geste futile de désapprobation pour tout ce qui allait se passer dans ce coupe gorge.

Lorsque Olaf pénétra dans la rue, il s’élança sans attendre contre ses trois adversaires qu’il s’attendait à trouver depuis le récit de la vieille femme.

Il attrapa le plus proche, l’écartant de Lune d’un bourrade violente et le projetant sur le même mur contre lequel son épouse était recroquevillée, la bouche couverte de sang. A la vue des lèvres écarlates de sa femme et des jupes retroussées de Lune que le défroqué s'apprêtait à prendre malgré les ruades de la forgienne, la rage pris possession du marin qui laissa un grondement presque animal s’échapper de sa gorge.
Il laissa éclater sa rage sans se soucier des dégâts causés aux trois victimes de ses coups.








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