Le Deal du moment : -36%
Nike Air Max Tailwind IV pour Femme en promotion
Voir le deal
109 €

Tonne la terre et sonne le glas ? [8 Verdissante 1045]

 :: S'écrivent les Chroniques :: Bourg de Castelcerf :: Place du Marché et Rues Commerçantes Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Sam 20 Avr - 15:55
Eda
Celle qui aide
Eda
Messages : 213
Au cœur du Bourg, le marché arrivait à son terme. Le zénith était dépassé ainsi que l’annonçaient les cloches du temple. Les vendeurs avaient réussi à profiter de leur matinée ; voilà qu'ils rangeaient leurs marchandises, tout en servant leurs ultimes clients, prêts à replier leurs échoppes. Le gros du froid de l'hiver cervien s'éloignait et les affaires reprenaient doucement mais sûrement. Avec l'arrivée des beaux jours et le retour du soleil, les gens aimaient à se promener et à acheter à l'extérieur, là où ils privilégiaient les magasins au cœur de l'hiver.
Là, Petit, le maraîcher, remettait les cagettes de ses légumes, bien vidées, dans sa charriole, pendant que son épouse s'occupait d'une mère de famille en retard sur ses emplettes. De ce côté, il y avaient Hortense et sa sœur Camomille, filles d'une sorcière des haies qui présentaient leurs produits. Par là, toujours fidèle au poste quelques soient les températures et les conditions météorologiques, Brut avec ses morceaux de viande et de salaisons. Puis, le marchand de lait, celui avec ses poules et ses œufs, un autre pour les céréales, le pêcheur et ses produits frais de la nuit, le boulanger qui sortait un étal, et tant d'autres qui se partageaient la Place du marché, les allées de la Halle ou s'installaient dans les rues avoisinantes. La vie reprenait au Bourg. Une matinée comme celle-ci donnait l'impression que les mauvais jours étaient loin. La mort de la reine et les débordements qui s'en étaient suivis en début d'année, n'étaient plus que des souvenirs pour les esprits de ces petites gens qui n'aspiraient qu'à la paix des jours tranquilles. Ils étaient loin de se préoccuper des affaires des grands de ce monde. Ils avaient eu peur que les Pies s'en prennent à eux pendant quelques temps mais voyant que cela n'arrivait pas, le cours de leur existence reprit normalement.
Ainsi, vendeurs, clients et badauds avaient profité d'une matinée ensoleillée dans les rues de la capitale. Une journée comme une autre pour un début de Verdissante.

Un chien se mit à hurler, puis un autre. Encore un autre auprès de son maître, à côté de l'étale de Brut. Un vent de panique s'empara du cœur de certains. Les chiens aboyaient... C'était un coup du Vif ! C'étaient les Pies ! On les attaquait !
Et finalement, un grondement venant du cœur de la terre. Un bruit assourdissant couvrant tout. Alors la terre trembla, balayant les repères, secouant les corps, ébranlant les façades des maisons. Sur la place, chacun se retint à ce qu'il put pour ne pas tomber mais plusieurs tombèrent quand même. Ils voyaient les produits rouler sur le sol, les tuiles chuter au sol, les fenêtres se fissurer, les murs se lézarder... La terre tremblait et c'était la première fois que cela arrivait. Eda leur vienne en aide ! Qu'El soit miséricordieux !

Cela sembla durer une éternité. Pourtant moins d'une minute plus tard, c'était terminé. Tout le monde était sous le choc, assis là à même le sol, les jambes branlantes, le cœur affolé, la tête en vrac. Puis après le bruit, après l'effroi, vinrent des longues minutes de complet silence.
Petit serrait sa femme contre son cœur. Sa charrette s'était renversée, tout son contenu dispersé à plusieurs mètres de là. Les deux sœurs sorcières regardaient hébétées les gens autour d'elles, n'osant croire qu'elles avaient survécu à cette manifestation divine. Le boucher s'était cogné la tempe en tombant sur le bois de son étal et saignait sur ses morceaux de viande. Le boulanger s'était fait renversé par sa table et il attendait hagard, les yeux perdus dans le bleu du ciel, sentant encore son corps parcouru des mille tremblements de la terre.
Et aussi soudainement que le reste, ça se mit à pleurer d'un côté, à hurler de l'autre. Ici, on appelait à l'aide ; par là, on laissait s'exprimer sa peur en implorant les dieux.
Revenir en haut Aller en bas
Jeu 2 Mai - 17:52
Eda
Celle qui aide
Eda
Messages : 213
Certains sont là pour flâner, d'autres ont une course particulière à faire ou d'autres encore viennent retrouver quelqu'un. Les raisons sont diverses et finalement leur importance relative à chacun. Aujourd'hui ressemble à un autre jour. Jusqu'au hurlement du premier chien, jusqu'au frémissement de la terre, au tremblement des murs, au crissement désagréable du verre. Chaque parcelle de votre corps ressent l’événement, chaque fibre vibrant à l'unisson primaire de cette manifestation de la terre. C'est effrayant, puissant et terriblement bref tout en ayant l'impression qu'une éternité se passe avant que le monde se calme. Tout s'arrête. Le séisme, aussi soudainement qu'il était arrivé, les bruits, aussi subtils soient-ils, pour le temps d'un battement de cœur. Ce battement qui signifie « Tu es vivant. ».
Tous les êtres vivants sur la place du marché, dans les halles et n'importe où au Bourg, en Cerf ou dans les Duchés ont vécu le même événement, au même instant et ressenti la même peur instinctive, primitive devant une force de la nature incontrôlable et imprévisible.
Vous reprenez conscience de ce qu'il y a autour de vous quand ce battement de cœur passe.

Tonne la terre et sonne le glas ? [8 Verdissante 1045] Plan-de-la-place-du-march-1-561a1a1
Dans les Halles :Ambre, Arcane et Izolde.
Sur la place : Adroit, Capuche, Lune et Thuaaldi


Les Halles sont un espace couvert et fermé avec de grandes baies vitrées pour laisser passer la lumière en toutes saisons, tout en protégeant les commerçants qui s'y trouvent des aléas climatiques.  Leurs échoppes sont rudimentaires mais en matériaux plus solides que ceux qui exposent sur la place.
Vous y trouvez habituellement un maraîcher à demeure, un charcutier, un fleuriste/herboriste, un drapier et des espaces de restauration qui sont bien fréquentés à cette heure du jour.
Le tremblement de terre a eu un impact particulier sur cette structure essentiellement vitrée. Non loin des apprenties artiseuses, Ambre et Arcane, une vitre haute s'est fissurée et se brise finalement, tombant en un grand fracas tintant sur les tables et les chaises de la petite brasserie qui se trouve en dessous. Les clients qui se trouvent là n'ont pas tous les temps d'esquiver les éclats. Un homme d'une trentaine d'années se retrouve ainsi avec un morceau de verre de la taille d'un poing enfoncé dans le haut du crâne. Il meurt sur le coup. Son voisin et ami hurle en recevant un autre débris dans le dos tandis qu'il tentait de se cacher sous la table. Les bris qui ne se plantent ainsi pas directement dans la chair des humains en dessous se fracassent en autant de milliers de petites épines acérées et certains des clients en voulant fuir, glissent dessus et se retrouvent en sang sitôt qu'ils ont touché le sol.
Ailleurs dans les halles, les dégâts sont moins spectaculaires mais bien présents.
Les fûts de bière se sont éclatés par terre quand ils furent renversés, libérant liquides et vapeurs d'alcool autour d'eux. Les étales de l'herboriste sont à terre, celles du maraîcher et du charcutier n'ont pas résisté non plus. Tous les produits ont ainsi étalé ici et là, ont roulé jusqu'à rencontrer un obstacle, se brisant, éclatant, suintant, dégoulinant. Les marmites bouillantes de soupes de la mère Fournil ont rependu leur contenu brûlant sur les clients les plus proches et surtout sur la pauvre cuisinière qui était en train de touiller sa soupe aux poissons quand le tremblement de terre a commencé. Presque tout est au sol, personnes comme biens. Izolde, la musicienne, se retrouve ainsi coincée dans un recoin des halles par les étales effondrées de l'herboriste, en compagnie de celui-ci. Elle n'a heureusement aucune blessure, contrairement à son voisin qui s'est cogné la tête en titubant mais il leur faudra escalader les meubles pour réussir à sortir de là.
L'un des accès à l'intérieur du bâtiment est complètement bloqué par l'effondrement de palissades du restaurant qui se trouvait à côté. L'autre porte a bougé sur ses gongs, quand ses battants y ont claqué avec force et elle semble impossible à ouvrir. Les fissures continuent de zébrer la verrière fragilisée.

Au dehors, il est difficile d'entendre les cris venant de l'intérieur des Halles. Après ce bref battement de cœur, les humains qui se trouvent à proximité des cages des volailles ont les oreilles striées par les piaulements, les glougloutements, les criaillements et autres plaintes suraiguës de ces volatiles qui ne demandent qu'à s'échapper. Les cages sont d'ailleurs quasiment toutes tombées au sol. Les animaux s'y démènent comme de beaux diables, cherchant à quitter leur boite par tous les moyens. Leur propriétaire s'est retrouvé littéralement submergé par sa marchandise et pleuvent sur lui les coups de becs désespérés des poules, dindes, oies ou canards apeurés. Ainsi Adroit qui se tenait près de la fontaine et Capuche du côté du boulanger sont aux premières loges pour ce concerto improvisé. Thuualdi qui se trouve non loin également en subit les conséquences. Au sud de la place, les bestiaux qui étaient jusque là sagement installés dans leur box s'énervent à leur tour, beuglant, brayant ou grognant puissamment avant de se bousculer les uns les autres pour tenter de s'enfuir. Les barrières ne tiennent guère longtemps devant les assauts désespérés de ces bêtes qui ne peuvent les sauter. Ainsi s'échappent, hagards, cinq vaches, quatre veaux et une génisse, huit cochons et six ânes. Certains se ruent sur la place, renversant ce qui n'est pas déjà au sol, paniquant encore davantage ; d'autres rejoignent la rue adjacente mais se retrouvent rapidement bloqués par deux charrettes renversées par le tremblement de terre.
Avant que n'arrivent les fuyards à quatre pattes, Lune est la plus éloignée du tintamarre. Les différents stands du marché ont tous été mis à mal. Les commerçants ont parfois tenté de retenir leurs marchandises, se cognant ici et là ou s'étalant finalement par terre, déséquilibrés. Les pots de confiture ont éclatés au sol, les barriques de lait fracassées, les fruits et légumes éparpillés. Les odeurs se mélangent, le sol devient rapidement glissant dans ce secteur. Plus loin, les sacs de graines ont été éventrées par les coups de corne ou les sabots. Certaines étales sont fendues, d'autres se sont simplement renversées, emprisonnant ici un client, là le marchand.
Aucune blessure grave n'est pourtant à déplorer. Le boucher, près de qui se trouve Thuaaldi, est ainsi simplement bien sonné, arborant néanmoins une belle estafilade sur la tempe. Le boulanger près de Capuche, est quitte pour une belle bosse au crâne et un mal de dos carabiné pour les prochains jours.
Adroit calcule rapidement que le sol à ses pieds est mouillé ; la margelle de la fontaine sur laquelle il était assis encore un instant auparavant est fendue et laisse échapper un filet d'eau dont le débit semble s'accélérer.


Résumé :
Dans les Halles, la verrière est abîmée. Il y a plusieurs blessés sévères (verres brisés ou ébouillantés). Beaucoup de choses au sol, marchandises comme mobilier. Et les deux accès sont condamnées : l'une par des débris, l'autre mécaniquement.
Dehors : les animaux crient et paniquent. Ils tentent de s'échapper par tous les moyens, par tous les accès qu'ils peuvent trouver, n'hésitant pas à renverser ce qui est devant eux pour passer.
La fontaine est endommagée et un mince filet d'eau en coule. Toutes les étales sont à terre, les marchandises se dispersent et il faut enjamber tout ça pour pouvoir circuler (tout en évitant les animaux qui se ruent n'importe où). Les blessés sont légers – pour le moment.
Les sols sont glissants à plusieurs endroits : confitures, laits, fruits éclatés, céréales, eau. Les animaux piétinant tout ça ne vont pas arranger les choses... Et avoir quatre pattes ne garantit pas la stabilité de ses déplacements, surtout quand la panique est seule maîtresse à bord.
Revenir en haut Aller en bas
Ven 3 Mai - 12:03
Ambre Dardent
Apprentie Artiseuse
Ambre Dardent
Messages : 144
Localisation : Castelcerf ou Bourg-en-Castelcerf.
8 Verdissante 1045, midi.
Les Halles.

Ambre et Arcane étaient juste venues faire un tour en ville pour souffler, se reposer de l'entraînement aux armes du matin et attaquer l'entraînement à l'Art de l'après-midi dans les meilleures dispositions possibles. La cervienne était ravie de pouvoir vivre un moment privilégiée avec sa consœur qu'elle connaissait si peu, espérant se rapprocher d'elle avec cette sortie. Elles devaient faire un tour sur les étals du marché, faire quelques emplettes au besoin et se restaurer sur une des tablées des Halles du bourg avant de retourner au château. Elles avaient réussi à se trouver un bout de table libre, tous les autres bancs étant déjà occupés lorsqu'elles étaient arrivés. Alors que les deux Artiseuses allaient être servies, la terre se mit à trembler.

Ambre avait regardé Arcane puis, instinctivement, avait tourné la tête vers une baie vitrée plus loin sur sa droite lorsqu'un craquement strident et sinistre s'en dégagea. Sans réfléchir, malgré le fait que la vitrine était assez éloignée, Ambre se recroquevilla sur son bout de banc et leva sa cape au-dessus d'elle. La vitrine éclata et des morceaux volèrent tout autour des tablées. Quelques débris roulèrent jusqu'aux pieds des Artiseuses, sans parvenir à les blesser. La rouquine sentit son banc bouger à la fois à cause du tremblement de terre mais aussi car des clients qui étaient posés sur ce même banc tombèrent en arrière ou se levèrent précipitamment, paniqués. Ambre s'agrippa à la grande table sur laquelle elle comptait déjeuner peu de temps auparavant, ne parvenant plus à penser, pas même à prier.

Finalement, tout s'arrêta. Pendant de longues secondes, un silence de mort plana dans les halles, un silence seulement brisés par les bruits de victuailles dégoulinant sur les pavés, d'objets glissant et tombant de leurs supports instables et des râles des blessés. Ambre remarqua alors qu'elle avait fermé les yeux, comme de peur de voir son heure venue. Tremblante, elle les rouvrit et lâcha enfin le bois de la table qui n'avait pas bougée en raison de son poids ; elle se releva, peinant à croire que le tremblement de terre était fini vu comme ses jambes ne parvenaient à rester immobiles. La rouquine s'appuya sur la table et regarda sa consœur juste en face d'elle.

- A-Arcane... est-ce que ça va ?

Le silence éclata définitivement, brisé par des clameurs de peur et de douleur, des appels à l'aide et des prénoms criés de toute part pour retrouver un être cher perdu sous les décombres. Le souffle court, Ambre tendait sa main tremblante vers Arcane, effrayée à l'idée qu'elle eut été blessée.
Revenir en haut Aller en bas
Sam 4 Mai - 22:12
Arcane
Apprentie Artiseuse venue d'ailleurs
Arcane
Messages : 58
Localisation : Dans les Six-Duchés
La chalcédienne se faisait, doucement, à la vie dans les Duchés. Leurs coutumes lui étaient toujours étranges, mais elle ne les jugeait plus barbares, reconnaissant que chacun ici jouissait de bien plus de liberté, notamment de liberté de mœurs, que ceux de son propre pays. A Chalcède, seuls les nobles pouvaient être scandaleux. Les mâles nobles. Précision importante. Ici, même les gens du peuple et notamment les femmes pouvaient avoir quelques lubies et originalités sans pour autant être considérés comme des traînées ou des malfrats.

Ce jour de printemps pourtant, elle ne se sentait pas bien. Un sommeil agité, peut-être. Comme elle ne dormait pas beaucoup, elle avait du mal à dire. Aussi s’était-elle laisser tenter quand Ambre avait proposer de descendre aux Halles pour la fin de matinée après sa leçon d’escrime. Elle lui laissa une demie-heure pour faire ses ablutions et la rejoignit à l’entrée. Comme à son habitude, elle portait des vêtements exotiques et plutôt masculins. Les couches de soie près de la peau l’isolaient du froid (frais mais pour quelqu’un ayant toujours vécu sous des latitudes bien plus septentrionales…) et un une veste longue de velours bleu nuit aux broderies d’or aux accents azur mettait en valeur sa silhouette élancée. Les pantalons beige et les bottes cavalières noires complétaient discrètement sa tenue.

Elles descendirent toutes les deux et se faufilèrent entre les étals des artisans, jusqu’aux Halles, où elles devaient prendre leur collation avant le cours bien plus épuisant que de longues heures d’escrime donné par Puissante. Les Halles étaient un lieu qu’elle appréciait. Arcane avait toujours aimé le monde, les petites gens autant, si ce n’est plus, que la noblesse. Elle aimait l’agitation, la vie qui se dégageait des marchés. Son plaisir se voyait peu sur son visage devenu impassible par habitude, mais son regard perçant détaillait tout. Le nombre de personne, qui était plus éméché ou plus sanguin qu’un autre… Comme si elle risquait de devoir gérer un combat de taverne.

Elle ramenait les chopes vers leurs tables quand les chiens se mirent à hurler. Réagissant au quart de tour elle posa les chopes sur la table, sur le qui-vive. Mais que faire contre la colère de Sâ ? La terre se mit à gronder, trembler. Elle se jeta sous la table, autant à l’abri que le pied massif de la table de taverne le lui permettait. Elle chercha à garder son sang-froid, mais se retrouva à adresser une prière à ce Dieu auquel elle ne croyait pas vraiment. Puis soudainement, tout cessa. La Halle était sans dessus-dessous. Une vitre se brisa alors que la jeune femme se redressait pour s’assurer que sa consœur n’était pas blessée, un éclat tomba sur elle et lui érafla le cou, près de la nuque, passant à travers l’épais tissu du col de sa veste.

Peu à peu, la panique prenait le dessus. Elle hocha la tête à la question d’Ambre et, leste, vidée de toute émotion sous le coup du stress, sauta sur un banc qui avait eu la bonne idée de rester en place :

« DU CALME ! »
tonna-t-elle de sa voix de commandement. Elle avait malgré elle laissé filtrer une pointe d’Art dans sa voix, mais ne s’en soucia pas. Ambre en serait quitte pour avoir un peu mal à la tête et voir son stress descendre d’un cran. « Les hommes forts et valides, à la porte obstruée. Les autres, aidez au mieux les blessés, redressez tables et étals, cachez-vous dessous au cas où la verrière ne cède. Au travail ! »

Elle se dirigea elle-même vers la porte encombrée, attendant plusieurs autres paires de bras. Il allait vraiment falloir se dépêcher, songea-t-elle en levant les yeux vers le verre qui ne lui inspirait pas confiance.
Revenir en haut Aller en bas
Dim 5 Mai - 10:19
Lune de Forge
Forgienne en pleine reconstruction
Lune de Forge
Messages : 446
Localisation : Castelcerf
Le dernier client de la matinée avait été particulièrement pénible et il avait fallu tout le professionnalisme de Liane et d'Hermine pour le satisfaire. La forgienne les avait regardé faire, s'effaçant pour n'être que les petites mains œuvrant dans l'ombre à la satisfaction de l'acheteur. Elle n'avait pas leur patience, ni leur diplomatie avec cette clientèle exigeante. Lune se surprenait encore à les comparer avec tous ceux qu'elle avait servi pendant ses années d'errance. Dire que certains étaient alors considérés comme chiants ! Mais il était alors possible de les dégager à coup de pieds au cul si la patience du patron de l'auberge était mise à mal. Le client était roi mais seulement si cela n'emmerdait pas les autres et le propriétaire des lieux. Au magasin, c'était différent parce que la qualité appelait l'exigence, le client fortuné la perfection du service. Elle s'y acclimatait bien volontiers mais n'avait pas l'aisance des deux autres, notamment pour les cas difficiles.
Lorsqu'il fut parti, les poches délestées d'un poids conséquent, la cervienne ne demanda pas son reste. Elle s'occuperait de l'empaquetage à son retour, assura-t-elle à sa responsable et sortit d'un pas pressé de la boutique. Elle était attendue et se trouvait embêtée d'arriver en retard. Elle entendit les cloches du temple sonner le milieu de la journée qu'elle était encore dans les rues avoisinant la place du marché. Elle avait rendez vous avec Adroit, celui-ci revenant de plusieurs jours à l'autre bout du royaume. Ils s'étaient revus plusieurs fois depuis l'enterrement de la reine, prenant le temps de faire connaissance et la première impression de Lune lors de leur rencontre à l'automne s'était confirmée. Non seulement, le jeune homme aurait pu être ami avec Distrait mais il lui était surtout plaisant, à elle, de passer du temps en sa compagnie.
Donc, elle marchait vite, se frayant un chemin au milieu des passants qui revenaient du marché. Elle portait évidemment encore sa robe de travail, en soie azur sombre avec un  décolleté simple. Porter les couleurs de la boutique n'était pas un problème, d'autant que la coupe choisie par Noor lui allait particulièrement bien et ne lui serrait ni la poitrine, ni n'entravait ses mouvements. Elle avait même fini par oublier les galons brodés d'argent et de bleu qu'elle trouvait trop riches à son goût.


Quand les chiens se mirent soudain à aboyer, un frisson lui parcourut la nuque. Il se passait quelque chose !
Elle était arrivée auprès du marchand de fruits et légumes qui faisait l'angle de la place. Elle se retint à la table voisine quand la terre se mit à trembler. Celle-ci, déséquilibrée par les secousses, ne tint pas longtemps debout et Lune bascula sur son séant, sentant s'écraser contre ses jambes quelques fruits avant d'avoir le réflexe de se reculer pour éviter la cagette qui les contenait. Celle-ci tomba néanmoins sur son pied, y fichant une belle écharde qu'elle ne ressentit pas immédiatement. Tout semblait tourner autour d'elle tant les frissons de la terre trouvaient écho dans son corps assis ainsi au sol. Elle ferma les yeux et respira. Cela s'était arrêté déjà. Le pesant silence qui accompagna la stupeur prit fin également. Constatant les dégâts, entendant les pleurs de sidération, les appels à l'aide et le brouhaha animal qui lui secouait le cœur, son esprit se focalisa alors à s'inquiéter pour les autres et notamment pour celui qu'elle devait retrouver. Allait-il bien ? Elle se redressa prestement, découvrant une douleur à son pied droit. La forgienne serra les dents en tirant sur le morceau de bois pour le dégager de sa chair. Le sang se mit à couler mais elle ne s'y attarda pas, pas plus qu'aux tâches juteuses qui collaient ses jambes ou le bas de sa robe.


Se frayer un passage jusqu'à la fontaine n'était pas aisé. Malgré son empressement, elle dut se contenir d'aller vite sous peine de se casser un os en trébuchant. Grand bien lui prit cette prudence car elle lui permit d'éviter de justesse une collision brutale avec une vache paniquée qui lui coupa la route. La vendeuse eut la présence d'esprit de freiner quand son œil perçut la bête qui fonçait tête baissée dans sa direction. Mais le recul fut à peine suffisant ; de nouveau, elle se retrouva projetée à terre, jurant contre El, le cœur battant sous l'effet de la surprise. Ses mains posées à plat sur les pavés sentirent alors de nouvelles vibrations. Les sabots d'autres bêtes se rapprochaient d'elle. Il fallait qu'elle se relève vite et se mette à l'abri derrière n'importe quoi !

_________________
Paroles en teal
Revenir en haut Aller en bas
Mar 7 Mai - 15:44
Thuaaldi Shran
Médecin de Bord sur Caminata
Thuaaldi Shran
Messages : 55
Localisation : Caminata / Cerf
Thuaaldi aimait flâner sur le marché, c’était un endroit qui offrait une vision bigarrée des Six Duchés. Bien qu’ils s’y soient établis depuis un bon moment maintenant, Thuaaldi posait encore sur cette population, le regard d’une étrangère.
Les odeurs y étaient variées et riches, les couleurs gaies et les gens allaient et venaient en tous sens transmettant leur énergie aux lieux.

Les courses, qu’elle venait faire, étaient aussi l’occasion pour elle d’un peu de calme, d’une activité d’adulte et de conversations dépassant les simple “dada batabapa” de ses deux petits monstres.
Elle prenait donc son temps en marchant entre les étals, ici des confitures appétissantes, là des pots de miel dorés, ici des fleurs aux doux parfums et par là des fruits juteux.

Elle portait une tenue typique de ses îles, ce qui, malgré sa petite taille, ne la faisait pas passer inaperçu. Une longue jupe de soie rose et une chemise noire croisée avec de délicates broderie de la même couleur que la jupe, le tout resserré à la taille par une large ceinture de tissus. Ce n’était certes pas la tenue la plus pratique qui soit mais elle profitait de pouvoir porter ses tenues de son pays lorsqu’elle était à terre et ainsi se faire l’ambassadrice officieuse des ses îles adorées.
Tenue de thuaaldi:
 

En passant près de la fontaine, une légère ombre passa dans son regard, elle se souvint du jour où elle avait croisé cette jolie rousse, les eaux de cette fontaine avaient été troublée. Mais ce n’était pas un jour pour se laisser assombrir l’esprit par d’obscures visions. Elle souhaitait préparer un repas typique de son pays pour en faire goûter ses saveurs aux trois êtres qui comptaient le plus dans son coeur. Direction l’étal du pêcheur pour choisir un beau morceau de thon bien frais.

Thuaaldi venait à peine de ranger le morceau de poisson emballé dans son sac de toile et de remercier le pêcheur qu’un chien, puis un autre et encore un autre, donnèrent de la voix. Leurs aboiements étaient roques signe de l’identification d’une menace, puis un chien couina comme pris au piège et c’est à cet instant que la terre trembla.
Tout se passa très vite tout en paraissant interminable.
Le médecin se rattrapa à l’étal du pêcheur mais la caisse contenant les prises de la nuit se renversa à ses pieds, la forçant à lâcher prise et à reculer d’un pas pour ne pas être recouverte d’écailles. Bien qu’elle ait l’habitude de marcher sur le pont des navires, les tremblements de la terre, n’avaient rien à voir avec ceux d’un pont malmené par les flots, et elle s’étala comme chaque passant de la place du marché.

Lorsque tout s’arrêta, un silence pesant s’installa sur le marché, même les oiseaux et les chiens s’étaient tus. Le temps d’un battement de coeur, d’une inspiration profonde et un cri, des pleurs... une animations bien plus inquiétante pris possession des lieux.
La petite brune se releva, sa jolie jupe était tâchée et ses mains rendues poisseuse par les poissons qui s’étaient étalés autour d’elle. Elle regarda autour d’elle, découvrant un chaos incongru. Les étals renversés, les auvents cassés, au loin des volailles criaient d’effroi, tout proche, l’étal du boucher n’avait pas été épargné. Tout à coup, le pêcheur passa près d’elle en courant et en criant “Brut!”. Elle le suivit du regard pour découvrir qu’il rejoignait le boucher qui était allongé au sol, inconscient.
Thuaaldi le rejoignit immédiatement, s’agenouillant à ses côté pour observer l’état du boucher.
La petite rivalité qui opposait les deux marchands était connue de tous, les deux hommes passaient une bonne partie des jours de marchés à s’invectiver depuis leurs étals voisins. Mais aujourd’hui, l’inquiétude qui se lisait dans le regard du pêcheur prouvait au monde l’amitié qui liait en fait les deux hommes.

Le médecin s’essuya les mains sur la chemise du boucher avant de porter une main jusqu’au cou de taureau de l’homme. Elle put alors réconforter l’homme agenouillé près d’elle.

- Il est vivant, juste sonné, ne vous en faites pas.

- Oui mais regardez, il saigne.

L’homme lui montra la tempe de son ami qui portait une légère entaille.

- Je vais m’en occuper, il me faudrait un linge propre, vous auriez cela ?

Le pêcheur parti jusqu'à son étal pour aller chercher ce qu’il fallait, mais alors qu’il revenait vers Thuaaldi un chiffon propre à la main, un veau affolé lui fonça dessus, le balayant au passage.
Revenir en haut Aller en bas
Mer 8 Mai - 16:16
Izolde
Ménestrelle en quête de justice
Izolde
Messages : 190
Localisation : Castelcerf
La matinée avait été bonne. Izolde s’était installée avec son violon dans un coin proche de la place du marché, et le soleil, conjugué à une ambiance de légèreté retrouvée, avait fait le reste. Oh, le résultat de sa quête n’était certes pas miraculeux, mais elle aurait de quoi améliorer un ordinaire déjà quasiment assuré par les cours réguliers qu’elle donnait à Eclat Tombétoile, la tenancière de maison close.

Malgré tout, un vent frais avait soufflé dans ce croisement en courant d’air où elle avait dévidé ses chansonnettes et autres mélodies. Et la baugienne n’avait pas très envie de se retrouver avec une extinction de voix, ce serait ennuyeux pour son commerce. Aussi, lorsque les cloches sonnèrent le milieu de journée, remballa-t-elle son instrument pour se rendre sous les halles. Elle savait qu’un herboriste tenait son étal à demeure là-bas, et qu’il pourrait lui fournir conseils et plantes appropriées pour éviter un tel désagrément.

Elle était en train de lui expliquer ce dont elle avait besoin, quand les premiers hurlements de chiens se mirent à résonner, étouffés par les parois du bâtiment, mais bien perceptibles malgré tout. Elle s’arrêta au milieu de sa phrase, perplexe, et lut la même émotion dans le regard du marchand. Puis ce fut un hurlement qui ne venait d’aucune gorge, et qui la fit presser ses mains sur ses oreilles dans l’espoir de l’atténuer, en vain. Alors, le sol rua sous ses pieds, et elle se laissa tomber à genoux, incapable de penser à quoi que ce soit, tous ses sens pris par le vacarme et le tremblement.


Un instant d’éternité plus tard, cela avait cessé, mais le monde semblait retenir sa respiration, incapable d’en croire ses perceptions, et restait muet et figé. Izolde ne faisait pas exception, ses yeux posés sur l’étal dévasté sans pourtant qu’elle ne le voie vraiment. Peu à peu, le tumulte de la vie reprit, et l’atteignit dans le sanctuaire personnel de son esprit. Un tumulte qui se teintait de panique, après une telle manifestation de colère divine. Un peu tremblante, la musicienne releva doucement le tête, puis parvint à se remettre debout. Elle était entière, au moins, et pas blessée, malgré le choc de cet incompréhensible événement. Avec une lenteur persistance, elle reprit conscience de ce qui l’environnait, pour réaliser qu’elle se trouait coupée du monde extérieur, en la seule compagnie du marchand de tisanes.

Elle effectua le pas qui les séparait, pour l’aider à se relever à son tour. Il s’était recroquevillé sur lui-même, mais sembla revenir à la réalité lorsqu’elle lui parla, s’enquérant de son état. Balbutiant, l’homme porta une main à sa tempe, il avait l’air encore bien sonné, et elle resta à ses côtés alors qu’il se stabilisait en position debout. Puis il réalisa la ruine de son étal et ses stocks de plantes rangés en-dessous.
« Mes fleurs.. mes herbes… et les étagères, tout… comment est-ce que je vais faire, maintenant ? »
murmura-t-il en promenant un regard à demi-absent sur le désastre. Reprenant son ancien rôle de gentille prêtresse d’Eda, la brunette l’incita au mouvement tout en s’efforçant de ne pas le brusquer.
« Allons, c’est pas le moment de penser à ça. Sortir d’ici, plutôt. Il y a du monde, de l’autre côté, on pourra peut-être vous aider... »
Elle en doutait, car le reste des halles devait être dans le même état, ainsi que semblaient confirmer les odeurs mêlées d’alcool et de poisson qui se répandaient dans l’air, venant couvrir les senteurs plus subtiles des végétaux vendus ici.


Pour autant, Izolde n’avait aucune envie de rester là à attendre de voir ce qui allait leur tomber sur le coin de la figure. Elle s’approcha donc jusqu’à toucher l’amoncellement de tables et d’étagères effondrées, pour la plupart réduites en morceaux, formant une barrière peu stable qu’il leur faudrait pourtant escalader. Elle tenta bien de retirer quelques pièces de bois dans l’espoir de rabaisser la hauteur de l’obstacle, mais la plupart étaient trop enchevêtrées pour qu’elle puisse obtenir quelque effet, et la structure si précaire risquait de s’effondrer sur elle à tout instant. Alors, elle préféra renoncer : non, il allait plutôt être temps de faire honneur à l’agilité de feu son paternel.

Elle commença par tirer sur un morceau d’étagère et, voyant qu’il bougeait raisonnablement peu, s’y accrocha pour se hisser sur la barricade, avec le moins d’à-coups possibles. L’herboriste la regardait sans sembler comprendre, mais il serait encore temps de s’occuper de lui ensuite. De la même manière, elle aperçut, en levant la tête, que le plafond de verre se lézardait sérieusement, mais elle n’avait pas les moyens de réfléchir à ce nouveau danger, alors, elle reprit son escalade prudente. Une voix de femme lui parvint, s’élevant au-dessus du brouhaha avec une autorité certaine, mais elle ne parvint pas à reconnaître les mots au milieu des crissements de bois que provoquait sa progression.
Revenir en haut Aller en bas
Sam 11 Mai - 16:55
Capuche
Assassin redouté
Capuche
Messages : 184
Localisation : Castlecerf / Great Iguana
Cela faisait à présent un certain moment qu'il était rentré. Pourtant, Capuche avait consacré l'ensemble de son énergie à sa propre enquête et avait plus que largement délaissé le travail annexe à Genêt. Au vu des préceptes qu'il défendait au nom de l'organisation mère et en tant que maître de la guilde des Duchés, c'était une situation qu'il ne pouvait laisser perdurer. Son temps et son énergie ne pouvaient être entièrement dédiés entre de longues journées de filatures peu fructueuses d'un côté, et nuits endiablées à la maison close de l'autre.

C'était pour cette raison qu'après mûre réflexion, il avait décidé qu'il était grand temps de réellement prendre en main le bureau des assassins de Castlecerf. C'était également dans cette logique qu'il se retrouvait aujourd'hui au marché afin d'aller acheter quelques bottes de carottes. Eh oui ! pour constituer un groupe d'individus compétents et surentraînés, il fallait également passer par une alimentation équilibrée !

Parce que le rhum et les filles, ça allait de temps en temps... Enfin non, pour Capuche, ça allait toujours ! Mais les légumes, c'était important aussi. Ça et puis accessoirement le papier et l'encre dont il fallait passer commande en ville et dont le bureau avait toujours plus ou moins besoin. Il y avait aussi commande à passer pour la litière et la nourriture du pigeonnier. Les ingrédients nécessaires à renouveler les stocks de remèdes et poisons... D'autres babioles. Enfin en tout cas, il avait déjà ses carottes !

La prochaine étape c'était l'herboriste. Ce dernier se trouvait aux halles et il était nécessaire de traverser toute la zone pour y parvenir.




Pourtant... Alors que la journée était bien partie pour être des plus ordinaire, un long hurlement de chien, bientôt suivi d'autre, vinrent soudainement rompre l'innocente effervescence du marché. En temps normal, Capuche -pas plus que n'importe qui- n'y aurait prêté attention. Mais l'agitation soudaine des autres animaux présents sur les lieux vint semer le doute dans l'esprit de tous. Il se passait quelque chose d'anormal... Quelque chose qui prenait aux tripes. Encore une attaque des Pies ? Une nouvelle invasion des pirates rouges ?

Non... C'était bien pire que cela.

Un long grondement se fit entendre, puis ce fut l'indicible... le chaos.

Le sol tremblait de toute part. Les étals s’effondraient, les animaux paniquaient... Quand tout s'arrêta, l'assassin était à terre, avec l'impression qu'un menhir lui était tombé sur le crâne. Quelque chose avait dû tomber ou heurter sa tête alors qu'il essayait, probablement comme tout le monde, de se protéger lui-même. Quoi qu'il en soit, il semblait entier... C'était également le cas de l'homme à côté de lui. Un boulanger qui semblait tout aussi sonné.

Il fallut encore quelques secondes à Capuche pour comprendre que l'étal du commerçant lui était probablement tombé dessus. Quand il réalisa ce que cela impliquait, il eut alors un vent de panique, en regardant de toute part. Et c'est une expression de douleur qui s'exprima quand il comprit que c'était trop tard. Seul un bout d'étoffe dépassait encore. Le reste gisait écrasé sous une poutre...

"Mes carottes ! Nooooon !"

Aussi douloureuse que fût cette perte pour le bureau des assassins, il ne fallait cependant pas baisser les bras. Un événement dramatique venait de se passer ici, mais quelque chose lui disait que le pire était encore à venir... Et pour cause, de nombreux animaux étaient désormais en liberté et complètement paniqués. Certains humains qui se trouvaient à proximité ne semblaient pas réagir de manière plus intelligente...

Bref, Capuche n'avait aucune envie de rester plus longtemps au milieu de tout ça et préférait rentrer bien vite pour s'assurer que ses proches allaient bien.

Après avoir aidé le boulanger à se relever, il prit la direction des halles. Peut être pourrait-il récupérer quelques plantes ingrédients qui auraient survécu au désastre avant de disparaître ni vu ni connu ...

Malheureusement, les cris provenant de l'intérieur du bâtiment firent comprendre à l'assassin que son plan ne se déroulerait pas si simplement.
Quand il constata que l'entrée principale était bloquée, il finit par comprendre la raison de cris. Visiblement, il y avait des gens piégés derrière.

Plus pour arranger ses propres affaires que par réel altruisme, il héla alors à l'attention de qui voulait bien l'entendre:

" De l'aide par ici ! Je crois qu'il y a des gens coincés et blessés à l'intérieur !"




_________________
Tonne la terre et sonne le glas ? [8 Verdissante 1045] Apr-s-nous-le-silence-5-575858a
"Si tu sais à quoi ces gens ressemblent, tu pourras te fondre parmi eux.
Si tu sais ce qu'ils veulent, tu pourras les acheter.
Si tu les comprends, tu pourras les prévoir."
Revenir en haut Aller en bas
Dim 12 Mai - 18:38
Eda
Celle qui aide
Eda
Messages : 213
Dans les halles


Le courant d'Art qu'Arcane envoya eut au moins le mérite d'être perçu par tous et d'apaiser un peu la panique qui s'était emparée des cœurs. Tous ceux qui étaient à portée avaient ainsi tourné le regard vers elle. Mais l'assurance de l'artiseuse au teint mulâtre ne convainquit d'abord que quatre personnes autour d'elle. Les autres étaient soit trop occupés avec leurs propres problèmes, soit ils se demandaient qui était cette femme étrangère -à moins qu'il ne s'agisse d'un homme, certains n'étaient même pas sûrs de cela- qui leur donnait des ordres.
Naturellement certains se préoccupaient de leur prochain, qu'il soit un ami ou un inconnu. Mais pour se porter au devant de la porte bloquée, il n'y eut donc pour commencer que le neveu du cuisinier ébouillanté qui voulait qu'un soigneur puisse guérir son oncle, un soldat de la garde urbaine dont c'était le jour de repos, et deux amis aux épaules larges qui voyaient juste là la bonne idée de la demoiselle. L'un d'entre eux redressa même rapidement une table avant de rejoindre la porte pour commencer à la désengorger.


Autour des apprenties, ça continuait donc à s'éparpiller, l'un se terrant sous une table, l'autre pleurant au côté d'un blessé se vidant de son sang, un autre encore toquant à une des vitres en appelant à l'aide, faisant vibrer celle-ci et la fragilisant bêtement sans s'en rendre compte.
Certains voulurent aller voir de l'autre côté des halles si la seconde entrée n'était pas libre afin d'évacuer et de sauver ainsi égoïstement leur peau en prenant le moins de risques possibles. Ainsi un couple remarqua une jeune femme brune escaladant avec difficulté un amoncellement de meubles. L'homme, la trentaine, vint se placer contre une des tables pour que celle-ci arrête de bouger et ainsi faciliter la descente d'Izolde.


Oui dans les situations désespérées, on peut être soit généreux, soit égoïstes. La nature humaine est ainsi faite qu'on ne peut pas compter sur tout le monde quand le danger est là. Sauver sa peau ou penser aux autres, voilà les deux choix qui s'offraient à chacun.
Du côté des artiseuses, c'était plutôt du chacun pour soi, si on exceptait ceux qui se demenaient pour dégager la porte. Izolde put compter sur la présence d'inconnus même s'ils agissaient sans prendre trop de risques non plus pour l'aider.

[HJ : Je fais le bilan sur la place après le post d`Adroit. Les filles dans les Halles, vous pouvez continuer]
Revenir en haut Aller en bas
Lun 13 Mai - 23:41
Ambre Dardent
Apprentie Artiseuse
Ambre Dardent
Messages : 144
Localisation : Castelcerf ou Bourg-en-Castelcerf.
Le puissant cri et la petite vague d'Art que poussa Arcane eut pour effet instantané de stopper les tremblements d'Ambre. Cette dernière se massa la tempe, légèrement secouée par la pointe de magie qui avait réussi à passer ses Murailles ébranlées par la situation. La rouquine regarda sa consœur essayer de prendre les choses en main et se diriger vers une des entrées afin de la déblayer. Éberluée, la cervienne resta d'abord admirative du sang-froid et du leadership dont Arcane faisait preuve, puis elle constata que son ordre n'était pas très suivi. C'était un effet attendu, entre les fuyards, les désespérés et les sceptiques, il n'allait pas y avoir foule pour suivre une parfaite inconnue dans une situation aussi désastreuse ; Ambre ne suivit d'ailleurs pas sa consœur, sachant qu'elle ne serait guère utile au vue de sa condition physique peu adaptée à ce genre de manœuvre. L'Artiseuse jeta alors un regard autour d'elle et vit le cuisiner ébouillanté soutenu par son neveu en train de chercher de l'aide des yeux. La rouquine s'avança vers lui, le pas le plus sûr possible.

- Je vais soigner cet homme, allez aider cette femme là-bas, elle a besoin de bras ! s'écria Ambre en désignant Arcane qui avait déjà commencer à soulever des débris. Le neveu du cuisinier semblait un peu rassuré et partit en direction de l'entrée. L'Artiseuse inspira et expira profondément : les soins n'étaient pas sa spécialité, mais elle n'était pas non plus totalement inefficace. Elle posa avec le plus d'autorité possible ses deux mains autour de la tête du cuisinier, autant pour le rassurer en faisant preuve d'assurance que pour se concentrer.

- Je suis Artiseuse monsieur, je vais vous soigner.

C'est dans un esprit en état de choc et ébloui par des signaux de douleurs qu'Ambre entra. L'Artiseuse serra les dents et s'attacha à éteindre un à un un maximum de pics de douleurs ; elle savait qu'elle n'aurait jamais le temps ni le talent de soigner la brûlure mais elle savait comment réduire la douleur, ce qui était le plus important car cela allait permettre au cuisiner de bouger et de réagir avec plus de calme. Après environ une dizaine de secondes, la rouquine relâcha le cuisinier, qui s'était un peu détendu.

- Réfugiez-vous sous une table et dites aux gens de faire comme vous !

Ambre se releva et aida le cuisiner à faire de même. Alors qu'elle cherchait de nouveaux blessés à prendre en charge, elle vit quelques personnes isolées taper aux vitres pour demander de l'aide, faisant vibrer les verrières déjà fissurées. La rouquine se précipita vers eux et prit le poignée de la première personne qu'elle put attraper.

- Non, ne faites pas ça, les verrières vont se briser ! Mettez-vous sous les tables !
Revenir en haut Aller en bas
Mar 14 Mai - 16:44
Adroit
Chasseur révolté
Adroit
Messages : 96
Le voyage retour depuis le duché de Labour avait été aussi peu agréable que l’aller. Adroit avait coupé à travers champ, empruntant le même passage mais dans le sens opposé, pour gagner du temps, bien guidé par son compagnon. Passablement énervé par l’entretien auquel il avait participé –pour rien-, le chasseur avait mis un peu moins de temps pour regagner Castelcerf et le village accroché à la falaise sur laquelle la forteresse était juchée. Les jours de marche avaient fini par calmer ses nerfs mais il n’était pas prêt de renouveller telle expérience : voyager des jours durant pour un obscur travail, même s’il s’agissait du Lignage et des Pies, il s’en garderait bien désormais. Il se demandait bien ce qui avait pu le motiver à chercher si loin de chez lui les coupables, là où il y avait certainement tant à faire au Bourg. D’autant plus que les agissements les plus importants de ceux qu’il chassait y avaient eu lieu et qu’il n’y avait pas nécessairement besoin de se rendre à l’autre bout du royaume pour les débusquer. La marche avait eu au moins cela de bénéfique car elle lui avait permis de réfléchir. Et pas seulement au sujet de Pies.

L’une de ses préoccupations avait pris rendez-vous avec lui à la fontaine de la place du marché. Adroit s’y était rendu plus tôt et, assis sur la pierre de la fontaine, il observait les gens autour de lui qui s’affairaient à appâter le chaland pour vendre autres babioles ou récoltes, marchander le prix de tel ustensile ou, pour quelques garnements, dérober un fruit ou deux au nez et à la barbe d’un commerçant qu’ils enquiquinaient. Le Vifier percevait même quelques bribes de pensées des bêtes encagées ou placées dans l’enclos tout proche. Certaines pestaient et juraient contre celui qui les avaient enfermées, d’autres patientaient paisiblement. Le jeune homme s’étonnait toujours de la facilité avec laquelle il jugeait un individu en se basant sur les sentiments que partageaient les bêtes qu’il possédait. Il savait les hommes capables de cruauté sans égales. Même une charogne déchiquetait sa proie par nécessité de se sustenter et non par plaisir. Griffes partageait le même sentiment que son compagnon de Lien et il n’était pas rare que le chasseur, encouragé par son compagnon de Lien, murmure à une bête encagée la manière de se sortir de sa prison, au grand damne de son propriétaire. Ce jour n’était pas différente des autres et Adroit observait donc toutes ces scènes avec plus ou moins de détachement, patientant que la jeune femme le rejoigne.

Les animaux s’agitèrent alors soudainement, à l’unisson, submergeant le Vifier avec leur crainte et leurs avertissements que quelque chose d’inhabituel se tramait. Il sentit ses poils se hérisser et il se leva d’un bond un bref instant avant que la terre ne tremble, prenant tout le monde par surprise. De la même façon que les étals et ce qu’ils contenaient se retrouvèrent au sol en même temps qu’un bon nombre de personne, Adroit perdit l’équilibre pour se retrouver à quatre pattes sur le pavé. Son cœur s’était emballé en même temps que la frayeur s’était emparée de toutes les bêtes et les personnes de la place et des environs. Il lui fallut un temps pour se rendre compte que le sol s’était arrêté de trembler et qu’il continuait d’être agité par la peur. Ses mains et ses chausses étaient trempées et, lorsqu’il jeta un œil à la pierre de la fontaine, il constata qu’elle était fendue et que l’eau s’en échappait. Il entreprit de se relever mais il se sentit alourdi d’un immense poids qui l’en empêchait. Les cris, les hurlements, ceux des bêtes, tonnaient dans sa tête et se mêlait à l’agitation des personnes qui pleuraient, tremblaient, hurlaient à l’aide. Le chasseur eut grande peine à reprendre ses esprits et il se redressa, chancelant. Calmez-vous, lâcha-t-il dans un souffle de Vif à l’attention des animaux les plus proches, mais son message se noya dans la masse de bruits, de cris et de hurlements de la place. Il s’appuya contre un étal renversé et tenta de dégager la vendeuse coincée sous les planches qui soutenaient sa lourde marchandise de fruits et de légumes. Elle semblait aussi reconnaissante d’avoir survécu au tremblement que colérique de perdre une bonne partie de son stock. Adroit ne s’intéressa pas davantage à elle lorsqu’elle entama une longue plainte à propos des difficultés qui l’attendaient. Elle semblait assez indemne pour s’inquiéter davantage de ses pertes matérielles que de ses blessures corporelles.

Son attention fut alors attirée par quelques bovins qui avaient fait sauter la barrière de leur enclos et qui courraient frénétiquement dans toutes les directions comme si les tremblements avaient trouvé leur origine sous leurs sabots. L’un d’eux avait trouvé un chemin pour s’enfuir et tous se mirent en tête de le suivre. Ils piétinaient tout ce qui pouvaient se trouver sur le passage et risquaient de faire autant de mal que ce qui les avaient effrayés. Adroit s’avança dans la direction qu’ils empruntaient pour leur barrer la route lorsqu’il glissa à son tour au sol à cause de tomates renversées et écrasées sur les pavés. Lorsqu’il releva la tête en jurant, il aperçut Lune dans la même position que lui, à ceci près qu’elle avait un troupeau qui galopaient dans sa direction. Le brouhaha environnant n’avait pas perdu en intensité. Les hommes et les femmes avaient beau avoir repris doucement leurs esprits mais les bêtes, elles, restaient apeurés et entravaient son esprit. Les vagues d’apaisement que le jeune homme envoyait n’eurent aucun effet. Autant désœuvré pour la jeune femme que submergé par le Vif et son incapacité à se couper totalement des bêtes qui l’entouraient, Adroit sentit une peur monter à lui, une peur protectrice, instinctive, bien différente de celle qui l’avait tétanisé lorsque le sol avait tremblé. Il repoussa de tout son Vif les bêtes qui se ruaient vers la forgienne pour la protéger et projeter les animaux contre le mur des bâtisses avec plus de force qu’il n’en fallait pour les assommer.


Revenir en haut Aller en bas
Mer 15 Mai - 14:42
Eda
Celle qui aide
Eda
Messages : 213
Sur la place


Il était perdu. Il avait égaré sa mère. Il l'appelait désespérément mais elle ne lui répondait pas. A moins qu'il ne l'entendit pas dans ce capharnaüm général qui l'entourait. Où était-elle ? Où allait-il lui-même ? Il avançait mu par le désespoir et la peur, porté par un élan qui le dépassait. Il avançait sans se préoccuper de ce qui se trouvait sur son chemin, hurlant sa peine d'être séparé de son unique repaire fiable en ce monde. Il était jeune et ses pas n'étaient pas assurés sur le chemin semé d'embûches qui le menait les dieux savaient où. Il percuta alors un homme, prenant ses jambes de front.
A une dizaine de pas de lui, une scène similaire se produisit. Un être aussi jeune et perdu que lui percutant un homme directement dans les jambes. Contrairement au petit garçon qui s'accrocha aux chausses qui se présentaient devant lui, le veau fit tomber le poissonnier et paniqua à ce nouvel obstacle imprévu, birfurquant sur sa gauche en direction de la fontaine. Son sabot passa à quelques centimètres du crâne du malheureux marchand. Un autre lui cogna violemment l'épaule une seconde plus tard tandis que la bestiole sautait par dessus lui pour s'enfuir de nouveau.
Le petit garçon ne perdit pas une miette de cette scène spectaculaire qui aurait pu se terminer bien plus mal si c'était s'agit d'un bovin adulte. Il se cramponna à la jambe humaine qu'il avait cogné quelques instants auparavant comme si elle était une bouée de secours tout à fait acceptable. Il n'en avait rien à faire de ne pas connaître cet homme. Il finit par lever ses yeux d'un vert sombre sur lui. Constatant aussi qu'autour d'eux s'étaient rassemblées quelques personnes qui lorgnaient dans les halles voisines d'où lui parvenaient maintenant des appels à l'aide. Eux aussi avaient besoin qu'on prenne soin d'eux mais il n'était pas dupe, ce n'était pas de leurs mamans dont ils avaient besoin. Le petit bonhomme, du haut de ses quatre ans, regarda donc Capuche et lui tirant la manche pour le faire descendre à sa hauteur, lui dit d'une voix décidée : " Tu vas t'occuper de les aider hein ?!"
Son regard affirmait qu'il ne doutait pas de ses propres dires. Ce blondinet-là et les autres gens autour étaient des grandes personnes et les adultes étaient forts. Naïveté d'enfant car si certains étaient effectivement déjà en train de réfléchir à comment faire, d'autres se contentaient de regarder, spectateurs muets de la souffrance humaine. Prendre des risques pour d'autres que soi, c'était bien gentil mais ceux qui faisaient ça, ils n'avaient pas une femme et des enfants, et une affaire et... d'autres excuses faciles à trouver pour se dédouaner.


Revenons un instant sur le veau apeuré qui bifurqua une nouvelle fois, arrivé à la fontaine, s'y cognant même en tournant. Il alla ensuite écraser plusieurs caisses de poules et canards. Le bruit des carcasses broyés se mêla aux fracas du bois qui se brise sous le poids de la bête. Ici un couinement. Là l'ultime râle d'un volatile. Le propriétaire des bestioles tenta de se jeter sur le gros animal pour l'arrêter. Il essaya de lui attraper la tête, s'accrochant à son cou. Mais son geste eut plus vite fait de précipiter la fin d'autres spécimens de sa marchandise. Les os crissaient sous la danse macabre de l'homme et la bête.


Thuaaldi assista elle aussi à la bousculade du poissonnier, puis au massacre du poulailler si elle y prêta attention. Mais avant qu'elle put faire quoi que ce soit, une femme d'une quarantaine d'années, les cheveux bruns retenus en un chignon désormais défait, se porta au côté du marchand à terre et l'aida à se redresser sur son séant. Plus de peur que de mal pour lui. Même s'il ne pourrait probablement pas se servir de son bras gauche avant plusieurs jours. Mais ce qui l'inquiéta immédiatement, ce ne fut pas sa propre personne : le mouchoir n'était plus parfaitement propre.
" Vas rincer ça et le donner à la petite dame là..." demanda-t-il, tremblant comme une feuille et pâle comme un linge à celle qui était une cliente régulière. Elle s'exécuta rapidement, après que le veau se soit écarté de la fontaine. Elle y resta un peu plus longtemps que prévu avant de venir vers la médecin de Caminata.


" La fontaine... Elle..." glissa-t-elle en hoquetant.
Cette constatation lui avait fait plus d'effets que d'avoir du redresser l'ami du boucher renversé par un veau. Leur monde s'effondrait comme cette fontaine qui s'était ébrêchée. A son tour de trembler sans pouvoir se retenir, serrant ses bras contre sa poitrine. La terre avait exprimé son mécontentement pour les hommes qui la peuplaient. D'un regard sur les halles et les longues zébrures qui couraient sur ses vitres, elle ne put retenir un sanglot. Eda et El les punissaient. De quoi, cette petite dame l'ignorait mais tout n'était-il pas le signe de leur colère ?


Combien d'autres se mettaient à penser comme elle en constatant les dégâts et les blessés ? Les dieux leur faisaient passer un message en faisant trembler la terre. Dans la ville entière, sur cette place même, la peur de l'inconnu s'emparait des cœurs. Il y avaient eu les Pies, les Pirates Rouges avant eux mais c'étaient des ennemis humains, palpables. Aujourd'hui si le monde lui-même s'y mettait, qui pouvait les sauver ?
Ça travaillait l'esprit de quelques uns, tandis qu'ils se relevaient puis qu'ils rassemblaient, remettaient en place, tant bien que mal, ce qui avait chu durant le séisme. Certains pleuraient, d'autres restaient encore hagards. Beaucoup assistèrent incrédules au passage du veau au nord de la place. Ils ne furent pas plus nombreux à se rendre compte du désastre qui se préparait au sud de la fontaine.
Le marchand de grains était penché vers le sol quand la première vache passa à rien de sa tête. Il hoqueta de peur et s'effondra en avant, terrassé sans prévenir par une crise cardiaque, incapable de bouger mais toujours partiellement conscient. Les bêtes qui suivaient la meneuse brisèrent ses os de leurs sabots, passant sur lui comme s'il n'existait pas. Sa souffrance fut brève mais intense ; une génisse lui écrasa la cage thoracique et son dernier souffle fut un râle rauque et sanglant, maculant ses lèvres d'un carmin épais. On hurla à côté de lui, constatant le décès brutal et affreux. L'une des sœurs sorcières sortit enfin de sa torpeur et s'agenouilla auprès du malheureux. Trop tard pour lui. Elle eut juste le temps de redresser les yeux pour se rendre compte qu'à quelques pas, il s'était passé pire encore. Mais qu'était-il réellement advenu ?


Adroit avait utilisé son Vif, sans filtre ni retenue, poussé par son instinct viscéral.
La meneuse ne fut pas impactée directement, ayant plusieurs foulées d'avance mais elle tangua quand même sous le choc et comme si ses pattes s'étaient emmêlées ou que ses sabots avaient glissé sur le terrain souillé, elle chut sur le flanc gauche, bousculant la table d'un marchand qui venait de la remettre en place. Tout vola de nouveau et la pauvre bête meugla sa surprise et sa frustration en battant des quatre fers pour se redresser. Elle frappa une femme dans les côtes et mit un coup de tête au marchand qui s'était trop approché d'elle. Celui-ci, comme tout ceux qui se trouvaient dans ce coin-là, se rendirent compte quelques secondes plus tard que les bruits sur la place avaient changé...


Ils paniquaient. Cela il n'y avait pas besoin de la magie des animaux pour le savoir. Le maraîcher le ressentit lui aussi au fond de ses tripes mais c'étaient peut-être les vibrations secouant les pavés qui lui donnaient cette impression. Il n'était, aux grands dieux non, pas vifier mais aux regards de ces grandes bêtes, il avait peur. Il n'imaginait pas un instant la frayeur qui devait être celle de la blonde assise par terre, pile sur la trajectoire des bestiaux, car il ne la voyait pas. Lune eut le temps de sentir le souffle de la première vache du cortège avant que celle-ci bascule étrangement sur la gauche, comme poussée loin d'elle. Toute la cohorte fut entraînée, les uns poussant les autres, leurs pattes s'entremêlant, leurs cris recrudescant de terreur. Un cochon s'effondra rapidement, écrabouillé par un âne, puis un veau qui ne se  contrôlaient plus. Des étales étaient sur leur chemin, mais ils ne purent les éviter. Les éclats du bois brisé par la poussée magique qui les mouvait ainsi se fichèrent dans les chairs, éventrant carrément un veau, éborgnant sa mère. Et finalement, tous terminèrent leur cavalcade étrange contre le mur du bâtiment qui fermait la place au Sud. Ils n'étaient plus qu'un tas de chairs blanches, roses et grises où suintaient des plaies écarlates, des viscères éparpillées et une tout aussi désagréable odeur de merde. Ceux qui n'étaient pas morts ou blessés étaient sonnés par la décharge magique qu'ils avaient reçu autant que par la brutalité des chocs physiques subis.

Mais les bêtes et les meubles ne furent pas les seules victimes de la charge du chasseur. Le petit troupeau hétéroclite avait donc rencontré avec violence les étales du maraîcher et les tables d'un vendeur de chausses. Et derrière ces tables, il y avait le vendeur lui-même qui n'eut pas le temps de fuir. Son crâne et sa colonne vertébrale firent un bruit sourd quand il percuta le mur avant d'être recouvert par les larges corps brûlants des bovins et équins. Une mère de famille se cassa le poignet en tentant de retenir sa fille de dix ans. Elle sentit les petits doigts fins de son enfant quitter les siens et cette douleur-là dépassa très largement celle de son corps. La demoiselle se retrouva coincée entre un âne et deux autres animaux. Elle respirait encore mais dès que la conscience la reprendrait, elle se rendrait compte qu'elle ne sentait plus ses jambes.

Tout cela fut bref. Toutes ces actions ne durèrent pas plus qu'une grosse poignée de secondes mais pour ceux qui en étaient au cœur, c'était une nouvelle éternité. Un étrange calme était revenu dans ce coin du marché. Un silence oppressant et sanglant après le tumulte assourdissant des bêtes. Les hommes et les femmes constatèrent cette nouvelle manifestation de la nature avec une boule au ventre grossissante. Ils se retrouvaient cons à regarder le dénouement de cette scène surréaliste que bien peu avaient réellement vu. Cela avait été trop rapide. La mère de famille hurlait à l'aide pour son enfant et au bout de quelques secondes supplémentaires, certains semblèrent enfin l'entendre et bougèrent de leur position.
Le vifier à l'origine de tout ce bazar était lui aussi sonné mais uniquement par la puissance de son action. Il ne sera pas en mesure de se lever seul avant quelques minutes. Mais on ne le remarquera pas spécialement tant la scène et les dégâts l'accompagnant accaparaient les personnes alentours.

Tonne la terre et sonne le glas ? [8 Verdissante 1045] Plan-de-la-place-du-march-2-5627ea2
Revenir en haut Aller en bas
Mer 15 Mai - 21:36
Izolde
Ménestrelle en quête de justice
Izolde
Messages : 190
Localisation : Castelcerf
Progressant doucement, Izolde parvint au haut de la pile d’étagères et autres pièces de bois plus ou moins incomplètes. Depuis ce point de vue supérieur, elle put observer le reste des halles. Le moins qu’on pouvait dire, c’est que la situation n’était pas fameuse… Son regard passa rapidement d’un étal fracassé au suivant, des personnes qui se dissimulaient sous des tables à celles qui ne bougeaient plus du tout, des éclats de verre aux innombrables marchandises de toute nature qui jonchaient le sol. Et il y avait les portes, celles du moins qu’elle avait en ligne de mire, qui se retrouvaient bloquées par un amas de débris.

Tout ceci ne changeait rien à son objectif premier : se sortir du fatras de l’herboriste. Au moins, elle pourrait rejoindre les autres rescapés… D’ailleurs, l’un d’eux s’était positionné intelligemment, pour l’aider dans sa descente, et elle lui adressa un signe de tête, avec son plus bel air de demoiselle en détresse.
« Oh, merci ! Vous pouvez rester encore un peu ? Il faut que j’aide le marchand à monter, il est encore là derrière... »

Plutôt que de redescendre, elle se retourna donc vers le coin où elle avait été prisonnière, et fit signe à l’homme d’approcher.
« Il va falloir que vous me suiviez. Si j’ai pu le faire, vous aussi, vous allez y arriver. Et puis, je reste là pour vous aider, et d’autres personnes attendent juste de l’autre côté. Allez-y doucement, là, posez la main sur ce coin de table… »
En s’efforçant de faire passer le plus possible de confiance tranquille dans son ton, l’ancienne prêtresse d’Eda incita donc le blessé à commencer son escalade. Pour renforcer sa propre stabilité, elle s’installa à califourchon sur un haut d’étagère, et serra les cuisses comme sur le dos d’un cheval. Heureusement, sa monture de bois ne réagit pas en piquant un galop, et elle put se pencher légèrement pour tendre la main à l’herboriste. Elle ne pourrait peut-être pas le hisser ou le retenir réellement, mais au moins, elle pouvait le rassurer par ce contact humain.


A force de patience et de petits mots d’encouragement, Izolde parvint à faire venir le blessé léger jusqu’à elle. Là, elle mit à contribution l’homme qui s’était arrêté pour maintenir la table, et celle qui devait être sa compagne :
« Vous pouvez l’aider à descendre ? Lentement, sans faire de mouvements brusques, il a dû se cogner quand tout s’est effondré… je vous rejoins ensuite. Allez-y, il n’y a plus qu’à redescendre, ça va être plus facile maintenant, »
exhorta-t-elle encore le vendeur de plantes, restant pour sa part en haut de la barricade pour l’assister comme elle pouvait depuis là-haut. Quand il aurait rejoint le sol, elle se déciderait à le suivre, puis l'enverrait se mettre à l'abri sous quelque chose de solide, avant de, probablement, suivre le groupe inspectant les portes que rien de visible n'obstruait. Si une issue était possible par là, il serait dommage de la négliger...
Revenir en haut Aller en bas
Jeu 16 Mai - 11:49
Lune de Forge
Forgienne en pleine reconstruction
Lune de Forge
Messages : 446
Localisation : Castelcerf
Le temps filait si rapidement... Le grondement des sabots d'abord, la vision du troupeau se précipitant sur elle et la pensée de se mettre à l'abri qui l'accompagna immédiatement et pourtant... Voilà déjà le moment où elle sentait le souffle chaud sortant du museau d'une vache sur son visage.
Pourquoi n'avait-elle pas trouvé le temps de faire autre chose que se reculer, poussant sur ses jambes, glissant sur ses fesses ? Pourquoi ne s'était-elle pas relevée au lieu de fixer bêtement ce regard noir de bovin qui se rapprochait d'elle ? La jeune femme aurait pu lui compter les cils maintenant qu'elle savait mieux compter mais elle s'était retrouvée incapable de rien faire de constructif. Elle avait reculé un peu en arrière mais se retrouvait bloquée par sa peur, soudainement déraisonnable. Elle était là assise par terre, sa robe tachée, son pied ensanglanté, et elle allait être écrasée par des animaux en furie après que la terre ait tremblé. Pitoyable fin pour une forgienne ! fut tout ce que son cerveau réussit à lui dire alors qu'elle frissonnait sous le souffle qui lui chatouillait la joue. Elle ne voulait pas mourir comme cela mais une fille de Forge ne baisse pas le regard. Survivre aux Pirates Rouges et finir sous les sabots d'animaux affolés, si Eda en avait décidé ainsi... Se résignait-elle si facilement ? Elle n'eut pas le loisir de s’appesantir à y réfléchir vraiment.

Lune avait donc gardé les yeux ouverts. Elle croisa le regard de la première vache et sentit l'instant où tout changea. En elle, un écho puissant lui donna la chair de poule, résonnant dans ses tripes et son cœur. Sa respiration reprit alors qu'elle n'avait pas eu conscience de la retenir.
Un battement.
La tête de la bête, si large, dévia soudain sur le côté, frôlant la sienne, ébouriffant ses cheveux sous son haleine d'herbivore. Les grands yeux noirs de l'animal, ornés de ces si beaux cils interminables, hurlaient en un langage si étrangement universel l'éternel peur des êtres : celle de la mort. La blonde put y lire une terreur indescriptible et elle sentit les larmes la gagner. Comme si elle partageait ce qui poussait la bête, elle se laissa tomber sur le côté, son coude s'écrasant dans un monceau de confiture. Elle vit sans comprendre le troupeau changer de direction, s'écarter d'elle.

Un flot incontrôlé d'émotions tourbillonnèrent dans son cerveau et son cœur.
Deux battements.
Elle était sauve. Comment ? Pourquoi ? Était-ce vraiment fini ? Pourquoi le temps semblait-il suspendu un instant plus tôt et que tout s'accélérait désormais ? Elle se sentait là et absente en même temps. Son corps tremblait, ses yeux étaient embués de larmes mais un sourire s'étirait sur ses lèvres. Elle ne voulait pas mourir. Plus maintenant. Que cela fut pathétique ou héroïque, non elle ne souhaitait plus disparaître de ce monde. Ce temps où son esprit broyait du noir était révolu, même s'il lui restait du chemin à parcourir pour s'habituer au nouveau monde auquel elle appartenait. Oui, il lui arrivait encore de cauchemarder, de passer des nuits sans sommeil à se remémorer le passé, les choses bien comme les pires. Mais elle avançait, car elle l'avait décidé. Mourir ne faisait pas parti de ses plans. Pas aujourd'hui ! Pas comme ça !

Trois. Quatre. Cinq... Elle était bien vivante !
Ses yeux pâles se détournèrent des robes blanches et beiges qui lui passaient tout près. Derrière elles, de l'autre côté de ce qui était, à peine cinq minutes plus tôt, un chemin entre les étales du marché, elle l'aperçut. Dans une position similaire à la sienne, pâle comme la mort et la fixant sans peut-être même la voir vraiment. Elle tenta de se mettre debout mais elle retomba lourdement ; ses jambes n'avaient pas encore envie de la porter. Aussi avança-t-elle à quatre pattes en direction du jeune homme. Derrière elle, les animaux fracassaient une table, s'écrasaient les uns les autres, emportaient un enfant, tuaient même un homme, arrêtant finalement leur cavalcade contre un mur de pierres. Lune n'y accorda pas la moindre attention. La vendeuse le regardait lui, le chasseur. Son chasseur.
Il semblait sonné pour une raison qu'elle ne comprenait pas. Mais il n'avait pas l'air blessé. Le soulagement qu'elle ressentit fut immédiat à ce constat. Elle s'était attachée à Adroit plus vite qu'elle ne l'aurait pensé, d'une façon bien différente du lien qu'elle avait créé avec Noor. L'un comme l'autre avaient réussi à lui faire baisser les barrières qui protégeaient son cœur.

Était-ce d'avoir frôlé la mort ? De s'être vue disparaître aussi stupidement ? Était-ce le frisson de la vie ? La joie de pouvoir encore respirer, profiter, espérer, rêver, aimer... ? Assurément, le flot d'émotions qu'elle avait ressenti chamboulait la trentenaire mais ce qu'elle fit alors, elle ne l'aurait pas fait avec n'importe qui... Ça ne lui ressemblait pas... Du moins, ça ne ressemblait pas à celle qu'elle était devenue après la mort de Distrait. Cette spontanéité qu'elle avait relégué loin pour ne plus souffrir...
Arrivée à sa hauteur, elle posa une main sur sa joue et pressa ses lèvres sur les siennes. Elle sentit les poils de sa barbe lui chatouiller la peau, la chaleur de sa bouche. C'était tellement agréable. Elle lui sourit en s'en détachant.
" Désolée... Je..."
Que dire ? Elle n'avait pas réfléchi et ne saurait donc pas dire pourquoi elle l'avait embrassé. Mais c'était fait et Lune ne regrettait pas. Son dernier baiser remontait à une éternité et l'envie ne s'était pas faite ressentir depuis. Jusqu'à cet instant.
" Ça va ? "


_________________
Paroles en teal
Revenir en haut Aller en bas
Ven 17 Mai - 17:42
Thuaaldi Shran
Médecin de Bord sur Caminata
Thuaaldi Shran
Messages : 55
Localisation : Caminata / Cerf
La situation n’allait pas en s’améliorant, d’abord les hurlements, puis le tremblement du sol, puis les cris de peurs ou de douleurs, et voilà que des animaux affolés venaient mettre la pagaille dans ce remue-ménage.
Elle n’eut pas le temps de se redresser pour aider le poissonnier que le veau passa près d’elle pour rejoindre la fontaine, puis toujours pris dans sa panique, il piétina volailles et caisses. Alors que son regard retournait au pauvre marchand qui l’aidait, elle vit qu’une jeune femme s’était portée à son aide. L’homme l’envoya nettoyer le chiffon pour qu’elle l’apporte au médecin.

Thuaaldi sentit comme un vague d’émotion la traversée. Elle ne comprenait pas d’où provenait ce sentiment de pur instinct qui déferla sur la place, cette émotion n’était pas sienne. Elle la laissa la traverser sans chercher à la retenir ou à s’y accrocher et elle passa aussi furtive qu’elle avait été forte.

Elle observa les alentours pour voir si elle pouvait découvrir l’origine de ce sentiment presque animal mais aucun indice ne l’aida à mieux comprendre ce qui venait de se passer. Tout ce qui l’entourait n’était que chaos, on aurait pu se croire à la fin d’une bataille: lorsque tout est sans dessus-dessous et qu’on compte les blessés. Pour le moment, il ne semblait y avoir que des blessés assez léger, mais la situation était loin d’être sous contrôle et elle ne pouvait voir l’intégralité du marché... ou de la ville!

Cette pensée la frappa de plein fouet. Le tremblement de terre avait ébranlé la place du marché, mais qu’en était il du reste de la cité ? La maison ? Sa famille ? Allaient ils bien ?
Les battements de son coeur s'accélérèrent. Embrun, Ondine, Olaf... il fallait qu’elle les rejoigne au plus tôt, mais ses yeux se posèrent sur le gentil boucher, qui donnait toujours un petit morceau de plus pour les enfants. Dès qu’elle se serait assurée de son état, elle partirait rejoindre les siens.

Lorsque la jeune fille revint lui apporter le mouchoir, elle semblait plus troublée que lorsqu’elle était partie.
Elle eut juste le temps de lui tendre le chiffon en bredouillant quelque chose au sujet de la fontaine avant de fondre en larme.

Il semblait tout à coup au médecin que toute la place réclamait son attention ! Elle se re concentra et pris les choses une par une, c’était la méthode la plus efficace qu’elle connaissait pour résoudre les problèmes.

Thuaaldi plaça le linge humide sur la plaie du boucher, tapota légèrement pour retirer les saletés qui s’y était posée. La blessure était assez superficielle, l’homme s’en remettrait sans mal. L’eau fraîche eut d’ailleurs pour effet de le faire revenir à lui. Ses yeux papillonnaient alors que Thuaaldi agitait sa main devant lui.

- Combien voyez vous de doigts ?

L’homme tarda un peu à parler mais finit par donner la bonne réponse.


- Quel est votre nom ?

- Je suis Brut le boucher, vous le savez bien!

- Bien. Maintenant il va falloir vous relevez et quitter le marché, c’est devenu dangereux. Et emmenez votre ami et cette jeune fille avec vous.

Le boucher regarda autour de lui, jusqu'à ce qu’il voit le poissonnier qui se tenait le bras.

- Mon ami... ami ? Non je...

Le médecin de Caminata le fit taire d’un geste.

- Peu importe, quittez le marché, mettez vous à l’abri et allez voir un médecin dès que vous pourrez.

Elle se tourna ensuite vers la jeune fille désemparée. Ses frêles épaules étaient agitées de sanglots et son visage reflétait la peur que vivaient les marchands et badauds du marché.

- Merci pour votre aide, il faut vous reprendre maintenant et vous mettre à l’abri. Brut va vous emmener n’ayez crainte.

Ses mots n’eurent pas beaucoup d’effets, la jeune fille ne faisait qu’évoquer en boucle la fontaine.
En d’autres lieux, dans une autre situation, Thuaaldi l’aurait prise dans ses bras pour lui apporter un réconfort maternel, mais aujourd’hui, ici, elle n’avait pas le temps. Il fallait qu’elle retrouve les siens.

- La fontaine..... on va tous mourir.

Thuaaldi soupira avant de répondre un peu plus sèchement qu’elle ne l’aurait souhaité.

- Une fontaine n’a jamais tué personne, maintenant reprenez vous. Je vais m’en occuper, tout ira bien, je vous le promet.

Se rendant compte de l’exaspération qui pointait dans sa voix, le médecin adoucit ses derniers propos, en relevant la pauvre âme égarée avec douceur avant de la confier aux bras puissants du boucher.

Elle se retourna vers la fameuse fontaine et ne tarda pas à découvrir le rebord fissuré. Il faudrait faire quelques travaux de rénovations mais rien ne mettait leurs jours en danger immédiat. Elle se pencha par dessus le rebord, il fallait qu’elle sache.

Elle ferma les yeux et se concentra, pénétrant dans la paix de son âme et puisant dans son énergie vitale pour apaiser son coeur et transmettre son énergie à l’eau dont elle effleura la surface.
Lorsqu’elle ouvrit les yeux, l’onde provoquée par ses mains faisait onduler la surface.
Peu à peu les ondulations devinrent des ombres, et les ombres des silhouettes. Une silhouette massive assise sur le sol, jouant avec des chevaux de bois et deux petites ombres. Thuaaldi put respirer, ils allaient bien, que ce soit le présent immédiat ou l’avenir, ils étaient en vie et c’était tout ce qui comptait. L’image se brouilla et les formes si diluèrent à la surface de l’eau mais les ondes ne disparurent pas complètement.
L’eau avait elle un autre message à lui montrer?
Thuaaldi continua d’observer mais ne vit que le reflet du ciel, elle suivit alors des yeux le faible courant qui s’était instauré dans la fontaine, chose incongrue. Son regard se posa de l’autre côté et ses pas la conduisirent jusqu'à l’endroit où la fontaine était le plus gravement endommagée. Le rebord était fissuré sur toute la hauteur et l’eau s’y frayait un chemin de plus en plus large, il fallait réparer au plus vite.

La médecin de Caminata chercha des yeux une aide providentielle mais n’en trouva guère aux alentours. Le marchand de volaille pleurait sa marchandise piétinée, les passant avait fuit la zone de peur d’être frappés par le veau affolé. Vers le sud, le spectacle était encore plus déroutant, les étals étaient en petits morceaux, les gens étaient sous le choc et un troupeau gisait mort ou beuglant de détresse contre les façades qui bordaient le marché. Qu’est ce qui pouvait bien avoir provoqué ce désastre ?
Un peu plus loin, une femme hurlait le prénom de sa fille.

Thuaaldi observait tout cela, et elle dut faire appel à ses connaissances de méditation les plus profondes pour ne pas hurler. Une fois de plus, cette sensation que toute la place avait besoin de son aide la submergea.
Au moins, lorsque Noor devait faire traverser une tempête à Caminata, il avait face à lui un équipage aguerrit qui savait ce qu’il avait à faire. Et bien qu’il ait eut à remettre certains matelot dans le droit chemin, il pouvait toujours compter sur son second et sur les plus dégourdis pour résoudre les problèmes.
Mais que n’aurait elle donné pour l’avoir ici, comme capitaine de ce navire en perdition! Que ferait Noor ?

La petite brune remonta ses manches, releva ses cheveux qu’elle noua avec un pan de tissus récupéré sur sa ceinture et commença à agir comme elle pensait que Noor l’aurait fait si un tel désastre avait dévasté le pont de sa Vivenef.

- Vous, vous, trouvez de quoi colmater la brèche de la fontaine, du bois, de l’argile, peu importe, il faut stopper l’eau!

Elle traversait la place à la recherche de toute personne valide dont le regard semblait assez clair pour la comprendre.

- Vous, vous, il faut aider cette femme à dégager sa fille.[/color][/b]
Revenir en haut Aller en bas
Dim 19 Mai - 16:01
Capuche
Assassin redouté
Capuche
Messages : 184
Localisation : Castlecerf / Great Iguana
La situation ne semblait pas brillante pour les gens coincés à l'intérieur des halles. Même si l'enfermement n'était jamais une expérience agréable, il devait y avoir quelque chose qui expliquait les nombreux cris qui se faisaient entendre à l'intérieur de la bâtisse.

Est-ce que quelque chose avait pris feu à l'intérieur ? En tout cas il ne sentait pas d'odeur suspecte ni ne voyait de fumée s'élever pour le moment.

L'incendie serait véritablement la pire chose qui pourrait se produire dans les prochaines minutes. Comment pourrait-il récupérer ses ingrédients avec ça ? L'accès à l'intérieur se verrait grandement compromis... Et plein de gens cherchant vainement à éviter que d'autres gens ne cuisent sur place. Un horrible spectacle qui ne l'intéressait pas vraiment. Pour tout avouer, Capuche avait même dans l'idée d'abandonner définitivement son projet un brin puéril pour vite rentrer au bureau. Cela dans le but de s'assurer que ce dernier et ses occupants aient tenu le choc. Il y avait les autres habitants de Castlecerf qu'il appréciait aussi... Les filles de la maison close, et puis Lune également... Et Canaille... Était-elle en mer au moment de la secousse ?

Ces questions trouveraient une réponse en temps voulu. Mais pour l'heure ce fut une petite voix et quelques coups tirés sur sa manche qui sortirent l'assassin de ses préoccupations. Parmi les personnes ayant répondu à son appel, se trouvait un petit bonhomme, de quelques années à peine, et absolument tout seul.

Il ne pleurait pas, malgré qu'aucun adulte ne soit à ses côtés. Il n'était pas désorienté. Il avait tout simplement trouvé refuge auprès de lui, comme si cela lui avait semblé le plus naturel du monde. Ce dernier était accroché à lui. Le regard déterminé et tourné vers le sien. Il tenait fermement contre lui un petit cheval en bois, ultime trésor sauvé des décombres.

Il n'en montrait rien, mais Capuche ne savait absolument pas comment réagir. Il regardait juste, semblant attendre que quelque chose se produise pour éloigner ce petit bonhomme de son périmètre. Il n'avait absolument aucune idée de comment gérer ça.

" Tu vas t'occuper de les aider hein ?!"

Le blondinet prit cette demande comme un véritable coup de massue. Surtout après les sombres pensées qui lui avaient traversé l'esprit quelques minutes plus tôt. Que devait-il faire ?

Il lui serait facile de repousser ce mioche. Il n'était pas un sauveur et il ne cherchait pas à en être un. Il pouvait partir et laisser les autres se démerder. Ce gamin pouvait bien chialer... Crever tout seul sans que personne ne s'en préoccupe ou bien tomber sur une âme charitable. Quelqu'un d'autre que lui en tout cas...

Les drames, les catastrophes... Ce sont des choses qui arrivent et on s'en tape.

Tous ici pouvaient bien crever. Il ne les connaissait pas, ce n'était pas son problème.

Alors pourquoi prenait-il la main de ce garçon et l'éloignait-il de la bâtisse peu sûre ? Pourquoi semblait-il chercher quelqu'un en particulier parmi les personnes présentes alors qu'il ne connaissait aucune d'entre elles ?

L'assassin n'eut besoin que de quelques secondes pour trouver quelque chose correspondant à ce qu'il cherchait. Une femme et une enfant, probablement sa fille. Cette dernière était occupée à épousseter sa progéniture quand le blondinet l'aborda.

"S'il vous plaît. Je crois que ses parents le cherchent... Pouvez-vous le garder le temps que je revienne l'aider ?"

La femme sembla surprise par la demande, mais accepta sans poser de difficulté. Peut être se demandait-elle si le blondinet ne cherchait-il tout simplement pas à se débarrasser d'un môme qui lui était tombé entre les pattes ? Mais qu'importe, si c'était le cas, ce dernier faisait malgré tout le bon choix en prenant le temps de le confier à une mère. Ainsi elle demanda simplement à l'inconnu qui l'abordait.

"Bien sûr, mais... Et vous ?"


Comme la femme lui tendait la main, Capuche laissa l'enfant la rejoindre, tout en répondant avec flegme.

"Il m'a demandé de faire quelque chose avant ça..."

Comme il allait se retourner, le petit garçon interpella alors Capuche.

"Monsieur !"


Il tendit alors au blondinet son petit cheval en bois qu'il conservait jusque là comme un doudou. L'assassin resta quelques secondes interdit face à ce geste, puis il finit à son tour par tendre la main et accepter le jouet. Il finit même par esquisser un sourire en coin.

"C'est un contrat..."

Sur ses mots, il rangea le cadeau dans sa ceinture, avant de rabattre sa capuche et remonter son foulard contre son visage. Inutile que plus de gens ne puissent dire à quoi il ressemble, surtout après ce qu'il allait s'apprêter à faire.

Il fit alors demi-tour et se dirigea d'un pas décidé en direction des halles, passant outre les quelques bons samaritains qui cherchaient à débloquer les entrées. Au lieu de cela, il augura les murs en pierre de la structure. Ces derniers ne présentaient pas trop de fissures et semblaient avoir bien résisté au choc. Il était peu probable que la bâtisse s'effondre sur ses occupants dans les prochaines heures...

Rassuré sur ce point, il commença alors à grimper, sous le regard médusé des quelques personnes présentes. Malgré les exclamations et les doutes émis par certains sur sa santé mentale, il ne fallut que quelques instants à Capuche pour atteindre le sommet du bâtiment et comprendre ce qui provoquait un tel émoi à l'intérieur.

Le toit était en grande partie constitué de vitres. Une véritable prouesse architecturale, mais visiblement non conçue pour résister à un tel tremblement de terre. La charpente tout comme la verrière étaient dans un sale état. Ainsi, le verre se fissurait doucement et des morceaux tombaient un à un au sol. Un piège mortel et sadique pour quiconque se trouvait en dessous...

En parlant des rescapés, ces derniers semblaient s'en sortir comme ils le pouvaient, cherchant désespérément une issue à leur cage et tentant d'éviter la mort qui menaçait de littéralement pleuvoir sur eux. Comment faire en sorte que tous l'entendent ?

Alors qu'il observait la situation depuis une ouverture, l'assassin remarqua alors une femme (Izolde) qui n'était pas très éloignée de sa propre position et se tenait en hauteur.

Il sortit alors sa bourse et laissa tomber quelques piécettes pour attirer son attention.

" Hey ! Il faudrait dire à tout le monde de se regrouper dans un coin ! Je vais faire tomber le verre de ce côté !"

Quitte à ne pas pouvoir passer outre la menace de la pluie de verre, le plan de Capuche était plutôt simple. Faire tomber définitivement une partie des vitres dans une zone vidée de ses occupants, pour permettre ensuite aux rescapés d'y trouver refuge pendant que lui faisait tomber le reste des débris de verres. Ainsi, les gens en bas auraient tout le temps de trouver ou de faire eux-mêmes une issue de secours, sans avoir à se préoccuper du danger que représentait le plafond pour le moment.

_________________
Tonne la terre et sonne le glas ? [8 Verdissante 1045] Apr-s-nous-le-silence-5-575858a
"Si tu sais à quoi ces gens ressemblent, tu pourras te fondre parmi eux.
Si tu sais ce qu'ils veulent, tu pourras les acheter.
Si tu les comprends, tu pourras les prévoir."
Revenir en haut Aller en bas
Mar 21 Mai - 22:17
Adroit
Chasseur révolté
Adroit
Messages : 96
Aussitôt après avoir repousser les bêtes, il les vit être envoyées avec violence contre le mur d’une bâtisse avoisinante, emportant tout sur leur passage. Le soulagement d’avoir pu sauver la jeune femme se mêlait à l’horreur de la scène qu’il avait provoquée. Du bois craqua dont le bruit se confondait avec le bris d’os des bovins et d’un pauvre homme victime collatérale de l’élan de peur du chasseur. Le souffle de vie des bêtes disparut aussi soudainement que celui, plus léger, du vendeur qui prit de plein fouet les imposantes masses qui garnissaient le troupeau. Adroit avait senti, trop tard, que la voie vers laquelle il les avait projetées n’était pas sauve. Et qu’il avait fait tuer une personne malgré lui. Hébété, étourdi par l’effort qu’il venait de fournir, il restait agenouillé au sol, les mains baignant dans le jus rouge des tomates écrasées. Lorsqu’il les releva pour les regarder, des rigoles glissaient sur sa peau. Le liquide était plus translucide et moins épais que le sang. Pourtant, il en avait sur les mains, du sang. Celui du vendeur. Mais pas seulement.

Aussi vite que le tremblement avait ébranlé toutes leurs existences en un éclair, bruyant, chaotique, cet instant se trouva être exactement l’opposé, affreusement long, silencieux, calme. Comme si la poussée de Vif l’avait coupé de tous les êtres vivants autour de lui. Son regard semblait perdu dans le vague. En réalité, il voyait une femme se précipiter, les larmes coulant le long de ses joues, et hurler. Avait-elle perdu son mari ? Ses yeux ne la quittaient plus, attendant ce moment déchirant lorsqu’elle trouverait son époux, inerte, écrasé par les bêtes. Adroit était aussi tendu que le visage de la femme l’était. Elle paniquait. Elle ne le trouvait pas. Ce ne fut que lorsqu’elle arriva à sa hauteur qu’elle attira son attention. Lune s’était déplacée jusqu’à lui. Au contact de sa main, froide, sur sa peau, il tressaillit, comme si elle le ramenait à la réalité. Et aussi soudainement, elle posa ses lèvres, chaudes, sur les siennes, l’emmenant un instant loin de la place du marché. Le contact cessa aussi brusquement qu’une bulle de savon qui éclate et elle le gratifia d’un sourire, aussi chaleureux que son baiser. Il regarda ses lèvres s’éloigner avec regret et plongea son regard sombre dans celui azur de la Forgienne. Elle bredouilla avant de s’enquérir de son état.

Une part de lui souhaitait profiter du goût de ses lèvres dont il n’avait eu qu’un aperçut trop furtif. Ou encore la rassurer, que tout allait bien. Mais le chaos se rappela à lui lorsque la femme s’écria en pleurs de l’avoir retrouvée, sa fille, vivante, entre les corps inertes des animaux. Le Vifier détourna le regard du visage de la jeune femme pour la voir, serrer dans ses bras le petit corps de l’enfant, les larmes de joie succédant à celles de la peur. Un poids se retira des épaules du chasseur qui esquissa un sourire. Eda l’avait épargnée. La petite fille se recroquevilla, elle aussi en pleurs, contre sa mère et lorsque cette dernière essaya de la relever, ses sanglots repartirent de plus belle en constatant qu’elle n’avait plus l’usage de ses jambes. Les cris de la mère se joignirent au sien et le léger poids qui s’était enfui des épaules d’Adroit le frappa avec plus de force encore lorsqu’il comprit à son tour. Il courba l’échine, et des larmes perlèrent de ses yeux. Eda l’avait bien épargnée. Mais à quel prix.

Adroit tourna la tête vers sa forgienne, sa main caressant sa joue. Il l’avait sauvée, elle aussi. Mais à quel prix. La vie d’un homme. Les jambes d’une enfant à l’aurore de sa vie. Pour elle. Il était trop dur de croiser son regard, l’incompréhension qui pouvait y habiter. Il la serra contre lui comme si elle était le bien le plus précieux qu’il possédait. Mais son regard ne lâchait pas la mère et sa fille. Le soulagement, le bref instant de plénitude, tout cela s’était évaporé en un instant. Seul demeurait un lourd sentiment de culpabilité.
Revenir en haut Aller en bas
Jeu 23 Mai - 18:04
Eda
Celle qui aide
Eda
Messages : 213
Dans les halles
L'herboriste avait réussi à grimper sur les meubles en équilibre et bien qu'il ne fut pas rassuré du tout, il parvint à dépasser Izolde afin de redescendre. Le couple qui se trouvait en bas l'aida avec patience et attendit ensuite que la brune les rejoigne quand une pièce rebondit au dessus d'eux. L'homme se pencha pour la ramasser tandis que sa compagne levait la tête pour voir d'où elle venait. Elle remarqua comme la musicienne l'homme qui avait grimpé sur le toit depuis l'extérieur et ses yeux s'écarquillèrent.
Sous le coude de l'assassin, le verre crissait d'un bruit fort désagréable. La vitre était déjà fragilisée et fendue, sans quoi il n'aurait pas pu glissé ses piécettes à l'intérieur des halles et même s'il ne mettait pas trop de poids sur celle-ci, elle n'appréciait pas la sollicitation qu'il lui faisait subir. N'importe quel pigeon se posant là aurait eu le même effet sur elle... L'idée de Capuche était bonne mais sa réalisation hasardeuse, car le facteur temps pourrait jouer contre lui.

De l'autre côté, Arcane et les quelques gars qui l'avaient suivi s'étaient mis au travail et déblayaient lentement mais sûrement l'accès à la porte de sortie. Les meubles étaient enchevêtrés mais surtout certains s'étaient bien abîmés durant la secousse et ils ne tenaient plus bien en place lorsqu'ils étaient manipulés. Leur extraction s'en trouvait donc légèrement compliqué.
La rouquine avait réussi à soulager suffisamment le cuisinier pour que celui-ci se glisse sous la table qui avait été redressée précédemment. Les douleurs ressenties étaient amoindries pour le moment mais il lui faudrait quand même rapidement des soins, sous peine d'y laisser la vie.

" Hein ? " répondit d'abord un de ceux qui frappaient aux fenêtres hautes pour appeler de l'aide. Il n'eut pas le temps d'en dire plus que son poing passa au travers de la vitre et qu'une nouvelle lézarde grimpa jusqu'au plafond. A l'autre bout du toit, Capuche put la sentir faire trembler toute la structure. De nouveau, une plaque entière se brisa et une nouvelle pluie d'éclats de verre s'abattit sur les personnes en dessous. Fort heureusement, un grand nombre avait eu la présence d'esprits d'écouter la petite Artiseuse aux cheveux de feu. Après tout, ils l'avaient vu apaiser les souffrances de l'homme brûlé. Certains se prirent néanmoins des minuscules morceaux dans les jambes.
Ambre put se coller contre le mur pour éviter d'être blessée. L'homme au poing entaillé regardait le sang coulé sur sa paume et se laissa glisser le long du mur, abattu. C'était lui qui avait fait ça... alors qu'il pensait bien faire... Pas de mort cette fois-ci mais il s'en était vraiment fallu de peu. Se déplacer dans cet espace des halles devenait vraiment difficile, car le verre brisé recouvrait une bonne partie du sol.
Spoiler:
 


Sur la place
Brut, bien qu'un peu hagard sur la situation, se porta au chevet de son collègue pêcheur qui hurla comme un beau diable quand il lui frôla l'épaule. La cliente qui était obnubilée par la prophétie de fin du monde qu'elle avait entendu, elle ne se souvenait plus trop où, suivait sans se poser de question.
Un peu plus loin, la mère de famille à qui l'assassin avait confié le gamin perdu cherchait du regard une mère inquiète qui pourrait chercher son enfant. Son regard passa sur le veau fatigué par ses cavalcades avec le marchand de volaille. Il avait enfin arrêté de bouger, les sabots ensanglantés, les narines dilatées par l'excitation et la chaleur, les yeux toujours révulsés par l'énervement et la peur. Il avait entendu – comment ne pas entendre ses compatriotes...?- les morts de l'autre côté de la place et sa plainte se fit profonde, complainte d'un animal brisé, épuisé. La chair de poule fut obligée de saisir les humains qui se trouvaient à sa proximité immédiate. Son cri déchirant aurait pu être celui d'un enfant à qui on a enlevé sa mère, ses repères, son univers. Le petit garçon au cheval de bois ne put d'ailleurs retenir les larmes contre lesquels il avait lutté jusque là.

Ce cri faisait si douloureusement écho au désespoir de cette mère qui avait vu sa fille lui être si sauvagement enlevé. Les sœurs sorcières des haies qui se trouvaient exactement entre les deux événements eurent le cœur brisé et la plus jeune d'entre elles, celle qui avait eu le mince espoir que le marchand voisin de leur étale survive avant que les bestiaux lui passent dessus, s'assit par terre, la tête entre les bras et se mit à chantonner une berceuse pour enfants, rengaine apaisante pour calmer l'angoisse qui lui saisissait l'être et l'âme. Que cela la coupe du monde, il fallait que cela la coupe du monde, des horreurs, des cris, du sang, des morts, des blessés... de tout ce qu'une âme ordinaire ne peut imaginer vivre un jour dans sa vie. Elle n'avait pas assisté à la cérémonie pour la reine mais n'était-ce pas pire ce qui leur arrivait aujourd'hui ? La voix forte de l'exotique médecin ne lui fit pas lever la tête, pas plus que les pleurs de soulagement de celle qui retrouvait son enfant. Elle ne voulait plus rien entendre... Le vieux fou qui était venu quelques semaines plus tôt les haranguait sur le marché avait raison : la fin du monde arrivait ; la nature devenait folle...

La mère et l'enfant étaient assises au milieu des carcasses qu'on avait repoussé pour dégager la petite. L'une comme l'autre pleuraient, se touchaient, s'embrassaient, plus heureuses de se retrouver, de se sentir vivantes l'une contre l'autre que d'abord désespérées du terrible constat qui allait bouleverser leur vie. La fille ne ressentait pas de douleurs mais elle regardait ses jambes maculées de sang, un sang qui n'était pas le sien et elle ne comprenait pas.
Autour d'elles, certains s'étaient arrêtés, pour les regarder, pour attendre ils ne savaient quoi,... une fin plus heureuse sûrement. Était-ce encore possible ?
" Faut trouver la fille d'Eda, la petite blonde qu'est artiseuse ! " conseilla une grand mère de sa petite voix chevrotante. Elle avait une bosse qui grossissait sur le genou et boitait terriblement. Elle posa une main sur l'épaule de la femme, serrant les dents une seconde avant de reprendre. "Celle qu'a soigné l'roi ! Elle, elle peut r'donner ses jambes à ta fille !"
La femme du maraîcher Petit claqua dans ses mains. Elle voyait de qui l'autre parlait. "Oui ! Grâce c'est son nom ! C'est vrai ! Elle fait des miracles ! " Sur cette impulsion, certains se bougèrent alors. Comment être insensible au terrible destin qui frappait cette enfant ?

Trois autres, cependant, continuaient de dégager les animaux qui s'étaient entassés contre le mur. Ils n'osaient pas parler, ils n'osaient pas se demander ce qu'il s'était réellement passé. Ils avaient besoin de faire quelque chose, d'agir, de participer jusqu'au bout.
L'odeur qui se dégageait de là était de pire en pire : les viscères se disloquaient quand ils bougeaient les bêtes, répandant sang et entrailles sur les pavés gris. Lorsqu'ils arrivèrent au corps du marchand, ils ne purent que détourner le regard et vomir tout le contenu de leur estomac. Voilà qui était trop. Voilà bien plus qu'ils n'étaient finalement capables de supporter. L'un d'eux tourna carrément de l’œil, tombant sur le corps chaud d'un âne qui agonisait.

Pendant quelques minutes, un certain calme revint sur la place. Le veau s'était tu, la volaille assommée, les bêtes agonisantes trop épuisées pour lutter.
Thuualdi s'occupait des blessés. Les mères consolaient leurs enfants. Petit et d'autres étaient partis en courant chercher la fameuse prêtresse d'Eda.
Un calme de mort, déchirant, profond, étrange. Une chansonnette, une comptine d'enfant dite d'une jolie voix enraillée par les sanglots s'élevait seulement dans ce silence troublant. La sorcière chantait les jours ensoleillés qui revenaient toujours après la pluie...
Revenir en haut Aller en bas
Ven 24 Mai - 14:39
Lune de Forge
Forgienne en pleine reconstruction
Lune de Forge
Messages : 446
Localisation : Castelcerf
Elle ne savait pas, n'avait pas la moindre idée de ce qu'il s'était réellement passé. Mais son corps entier savait que ce n'était pas le fruit d'un hasard. Ce qu'elle avait ressenti, ce qu'elle avait vu n'était pas arrivé comme par enchantement. Et ce qu'elle ressentait maintenant, cette détresse dans le regard du chasseur, dans son étreinte ne pouvait être uniquement un contrecoup des horreurs qui s'étaient joués dans son dos. Pas simplement ça, pas d'avoir été juste le spectateur mais ça Lune était incapable de l'expliquer. De se l'expliquer. Elle sentait que c'était plus fort, que ses bras qui l'enserraient contre lui ne tremblaient pas sans une bonne raison. Il lui dirait peut être ou peut être pas mais la jeune femme ne lui forcerait pas la parole. Pas elle. Pas avec tout ce qu'elle avait encore comme sombres secrets dans son cœur.


Elle entendait ce qu'il se passait dans son dos. Elle percevait la crispation du vifier sur son épaule. Lune recula un peu et reposa sa main sur sa joue.
" Adroit... Regarde-moi..." Son cœur se serra en le voyant reposer ses yeux sur elle. Elle connaissait ce regard, bien qu'elle fuyait alors les miroirs et son propre reflet comme la peste... Elle avait eu le même. Celui de la culpabilité qui étreint le cœur et le serre encore et encore.
" Quoi que... qu'il..." Elle ferma les paupières quelques secondes. Comment dire ça ? Elle ne savait pas pourquoi il réagissait ainsi, mais elle était sûre d'une chose et elle le lui dit.
" Tu n'es pas tout seul. D'accord ? Tu n'es pas seul. " lui murmura-t-elle.
Elle était là et elle serait là qu'il en ait besoin ou non. Qu'il veuille de son aide ou juste de sa présence. Qu'il parle, lui raconte ce qui le mettait dans un tel état ou qu'il se taise pour se confier plus tard ou même jamais. La jeune femme ne le laisserait pas seul.


Derrière elle, elle entendit la vieille dame parler d'une prêtresse artiseuse. Elle aussi la connaissait cette demoiselle au doux prénom. Elle l'avait soignée l'hiver dernier.
Lune tourna finalement la tête, constatant enfin tout ce qui s'était passé. Concentrée sur le jeune homme, elle avait occulté un instant le reste. Le cœur serré, elle vit. Elle attrapa alors la main d'Adroit, sentit ses doigts poisseux de jus de tomate se mêler aux siens collant de confiture et la serra.
Trois gaillards déblayaient les bêtes, libérant progressivement le pauvre homme bloqué derrière elles. Ils eurent des hauts le cœur en le découvrant et il y avait de quoi... Pourtant la forgienne se leva. Il fallait qu'elle participe, il fallait qu'elle fasse sa part. Cet homme était mort, tenant debout seul comme un pantin desarticulé. Il ne méritait pas qu'on le laisse ainsi figé contre le mur.


Elle se saisit de ciseaux qu'elle avait dans son tablier de travail et fit une entaille dans la longueur de son jupon. Hermine la réprimanderait encore pour ça mais elle n'y pensa pas une seconde quand elle tira vigoureusement sur le tissu pour le déchirer. Il fallait un linceul à cet homme. Pour lui, sa famille, ses amis. Pour masquer l'horreur et lui redonner de la dignité.
La blonde s'était donc levée, faisant quitter ses doigts de la chaleur de sa main. Elle se tourna vers son ami et lui sourit avec tendresse. La suivrait-il ? Elle n'osait le lui proposer mais espérait qu'il le ferait. Elle avait l'intuition que c'était important.


Les ciseaux tombèrent à terre en un cliquetis discret tandis qu'elle se dirigeait d'un pas décidé vers le cadavre. La chanson de la sorcière s'élevait autour d'eux. Lune croisa Thuaaldi mais ne la vit pas. Ses yeux pâles regardaient le corps du malheureux.
De près, c'était pire.
Il avait encore les yeux ouverts, des yeux marrons remarqua-t-elle, et un rictus de surprise sur le visage. Au moins, pensa-t-elle, n'avait-il pas eu le temps de souffrir. Son crâne était enfoncé dans le mur, mélasse de sang, de cervelle et d'os éclatés. Son buste n'était pas dans un meilleur état. Une corne lui avait ouvert le ventre libérant des boyaux sanglants. Quelques côtes ressortaient de sa cage thoracique broyée et l'angle de son bras était plus qu'improbable. La cervienne couvrit le ventre du large morceau de tissu de sa robe. La bande bleue se colora rapidement et alors qu'elle appuyait dessus pour la maintenir, une odeur de merde lui piqua horriblement l'arrière du palais. Elle déglutit et continua néanmoins son geste, enlacant le pauvre homme pour libérer progressivement son dos du mur et le ceinturer, lui et ses organes, afin de le dégager de là. Ses doigts glissaient sur les chairs déchiquetées, frôlaient les éclats de ses côtes, de sa colonne vertébrale, tirant comme elle pouvait le tissu. Elle était obligée de se coller à lui pour faire ce qu'elle avait en tête.
Du sang. Des entrailles. Cette chaleur qui s'échappe si simplement dès que la mort est venue. Cette odeur qui s'incruste dans chaque pore de sa peau et de ses cheveux... Ce n'était pas Distrait. Ce n'était pas Forge, ce n'était pas l'Andouiller. Mais encore une fois, la mort...
Les dents serrés, les larmes aux yeux, le sang d'un autre maculant ses vêtements, sa peau. Car il fallait le faire.


La forgienne sentit sa présence, sa chaleur, sa main qui aidait la sienne. Il était venu et elle releva des yeux à la fois tristes et fiers vers lui. Elle ne comprenait pas tout, n'avait pas la moindre idée de pourquoi, ni comment il pouvait être responsable de ce qui s'était passé. Mais instinctivement, elle savait qu'il lui fallait être présente pour lui. C'était sa place.


" Il faut nouer ça dans son dos, en serrant très fort. On pourra l'allonger ensuite. Entier. "
Elle se libéra une main et rapidement, passa son pouce sur les paupières du malheureux pour clore ses yeux, laissant la traînée sombre de son doigt jusque sur ses pommettes. Elle eut un frisson. Distrait avait eu les yeux ouverts aussi...

_________________
Paroles en teal
Revenir en haut Aller en bas
Ven 24 Mai - 18:38
Ambre Dardent
Apprentie Artiseuse
Ambre Dardent
Messages : 144
Localisation : Castelcerf ou Bourg-en-Castelcerf.
La réaction de surprise et d'incompréhension de l'homme qu'Ambre avait attrapé fut couverte par le bruit glaçant de la vitre qui se lézarda sur toute la longueur puis de celle qui se brisa. L'Artiseuse eut le même réflexe que tout à l'heure et se couvrit de sa cape, se laissant presque tomber contre la structure en pierre qui servait de base aux Halles. Des bouts de verres tombèrent sur le bas de sa mante et déchirèrent quelques centimètres de tissus sans atteindre la jeune femme.

Lorsque le verre s'arrêta de pleuvoir du plafond, Ambre releva prudemment la tête et vit l'homme qu'elle avait tenté de retenir assis à côté d'elle, fixant d'un air complètement abattu et perdu sa main sanguinolente. L'Artiseuse s'agenouilla à côté de lui et regarda la plaie, vérifiant que du verre n'y était pas resté incrusté : un morceau de bonne taille et d'autre plus petits étaient encore plantés. La jeune femme regarda sa cape et en déchira un long bout, aidée par les entailles tracées par le verre. L'objectif, c'était de recouvrir la main dès que les morceaux étaient enlevés afin d'éponger le saignement : Ambre savait qu'elle allait devoir passer plus de temps à soigner cet homme si elle voulait espérer le maintenir en vie, une perspective qu'il la stressait particulièrement. Le plus rapidement possible, elle retira les bouts de verres, accompagnée par les geignements du blessé. Sur le dernier bout de verre, la cervienne s'entailla l'annulaire droit et se mit à saigner ; le visage grimaçant, la rouquine passa outre la douleur et enroula le tissu autour de la blessure.

- Utilisez votre autre main pour tenir le tissu, restez calme !

L'homme semblait déboussolé et leva sa deuxième main de façon un peu hagarde. Ambre guida son poignet et le positionna de sorte que le tissu ne bouge plus ; il s'imbibait de sang à vu d’œil. Elle posa ensuite sa main gauche sur le front du blessé, appuyant son doigt blessé sur le tissu de sa cape déchirée pour qu'elle absorbe son sang. En entrant dans son esprit, L'Artiseuse fut confrontée aux même flashs de douleur aveuglants et brutaux. Respirant profondément afin de se concentrer et de s'apaiser elle-même, Ambre réitéra le travail qu'elle avait fait sur le cuisinier ébouillanté, à savoir apaiser la douleur ; seulement, il allait falloir pousser le processus plus loin si la magicienne voulait que le blessé reste en vie et cela ne la rassurait pas du tout. Tout en réduisant la douleur, la cervienne réfléchit à l'étape suivante : réduire le saignement. Pour cela, il fallait apaiser le cœur galopant de panique de l'homme blessé ; Ambre s'y attela avec beaucoup de prudence, peu confiante, ce qui allongeait considérablement le temps qu'elle passait auprès du mutilé.
Revenir en haut Aller en bas
Ven 24 Mai - 19:28
Arcane
Apprentie Artiseuse venue d'ailleurs
Arcane
Messages : 58
Localisation : Dans les Six-Duchés
La situation dans les Halles n’aurait pu être pire, pensa-t-elle quand elle vit la fissure se faire. Arcane tira les hommes à côté d’elle loin des débris et envoya aux enfers les précautions de Puissante. Ils avaient besoin de bras. Elle envoya son Art sur ceux qui étaient partis dans l’autre direction et maintenant fermement sa magie sous clef pour ne pas imposer un ordre qu’elle ne pourrait pas retirer, elle cria de nouveau :

« VOUS !!! Si vous voulez sortir, venez aider ici. Il faut concentrer nos efforts. »


En espérant que cela suffise. Elle trouva Ambre du regard et la vit essayer d’aider un homme qui s’il n’avait pas sa plaie rapidement sous contrôle, verrait ses jours être en danger. Elle pesta tout bas et la contacta par l’Art.

« Ambre, essaye de garrotter son bras au niveau du poignet. Mieux vaut perdre la main que la vie. »
Petite pause. « Reste près d’un abri, au cas où, d’accord ? » ajouta-t-elle en douceur, avec une pointe d’inquiétude.

De son côté, elle nota des fragilités dans les débris et dégaina son sabre pour briser certains des gros morceaux et les rendre plus aisés à déplacer. C’était un travail épuisant et elle n’avait pas pour cela la bonne arme, une hache eut été plus indiquée. Mais pas de forge ni de marchant d’armes dans les environs. A l’extérieur, elle ne remarqua pas l’homme blond qui tentait de brider une vitre malgré la fragilité patente de l’édifice.

Heureusement, cette fois elle obtint vraiment des bras et se mit à former des équipes, donnant des consignes simples et concises à droite à gauche. Elle continuait d’abattre sa dose de travail pour rendre les débris plus faciles à manipuler ce faisant. Il fallait pouvoir évacuer, et donc, au moins entrouvrir un peu cette porte, assez pour que de l’extérieur elle soit enfoncée au nécessaire.
Revenir en haut Aller en bas
Lun 27 Mai - 12:08
Thuaaldi Shran
Médecin de Bord sur Caminata
Thuaaldi Shran
Messages : 55
Localisation : Caminata / Cerf
Thuaaldi reprenait courage, avoir pris les choses en main, se rendre utile l'aidait à tenir. Olaf pouvait bien se plaindre de son côté autoritaire et directif mais c'était ces traits de caractère qui lui permettait de tenir le cap quelque soit la situation et c'était bien cela qui l'avait conduit dans la douceur de ses bras.

Elle avait rejoint la mère et sa fille qui ne pouvait plus bouger les jambes, quelques palpations rapide l'amenèrent a un premier diagnostic.

- Je crains que ce soit la colonne vertébrale, elle risque de ne plus marcher, ma médecine ne peut rien pour cela.

Elle avait parlé avec franchise et douceur, il ne servait à rien de bercer cette famille d'illusions et même si son diagnostic aurait mérité quelques approfondissement, elle ne pensait pas se tromper. C'est alors que des personnes autour d'elle parlèrent d'une prêtresse qui faisait soit disant des miracles. Ils parlaient d'une artiseuse. La médecin connaissait mal cet Art qui émaillait les Six Duchés, et l'espoir évoqué d'un « miracle » la rendait sceptique. Néanmoins, elle ne partagea pas ses doutes avec ceux qui l'entouraient, si cela pouvait aider la femme et sa fille à s'accrocher à quelque chose et si jamais cet Art pouvait ainsi guérir ce que sa médecine était incapable de soigner alors pourquoi pas ! Il faudrait qu'elle en découvre davantage à ce sujet, peut être que la petite rouquine qu'elle avait rencontré près de ce même puit pourrait lui en apprendre plus, ou cette fameuse prêtresse.

Thuaaldi se releva, elle ne serait d'aucune utilité ici en attendant l'artiseuse. Elle fit quelques pas dans le carnage, au loin le veau hurlait son désespoir diminuant les forces à peine retrouvées de la jeune femme. Elle ne tarda pas à découvrir une jeune femme blonde et un grand homme brun qui enroulait le corps d'une victime dans un linceul de fortume, cachant aux yeux des autres le spectacle nauséabond de ses entrailles et offrant au pauvre homme un peu de dignité dans son dernier voyage.

- Bien, merci pour lui 

Le calme était revenu autour d'eux, et au loin, une voix mélodieuse chantait une comptine promettant le retour du bonheur.
La situation était surréaliste, la terre avait tremblé, les animaux avaient eu un comportement erratique, chaque humain essayait à sa façon de gérer la situation, et dans ce silence qui suit toujours le chaos, une chanson enfantine résonnait.

Les larmes montèrent aux yeux du médecin, l'aide qu'elle pouvait apporter ici lui semblait bien dérisoire et elle souhaitait ardemment serrer ses enfants dans ses bras, sentir leur odeur de poupons, les serrer si fort qu'elle aurait l'impression que leurs corps fusionnent.
Pourtant... pourtant son devoir était ici.

L'eau lui avait dit que ses enfants allaient bien, et l'eau ne lui avait jamais mentit. Partir maintenant aurait alors été lâche et égoïste.
Elle se dirigea vers l'étal des sorcières des haies, elle espérait y trouver de quoi préparer un cataplasme qui permettrait d'assainir les plaie ouverte et soulager un peu les blessés. Les paroles de la chansonnette étaient de plus en plus audibles à mesure qu'elle approchait des deux sœurs blotties l'une contre l'autre.
Thuaaldi s'accroupit devant elle, posant une main sur l'épaule de la plus âgée.

- Excusez moi, puis je vous emprunter quelques herbes pour faire un cataplasme? 

La sorcière accepta d'un hochement de tête puis serra de nouveau son étreinte sur sa sœur qui se balançait presque imperceptiblement d'avant en arrière, enfouie dans sa coquille.

La médecin ramassa quelques herbes qui étaient éparpillées, elle trouva un bol qui ferait l'affaire pour la préparation. Il lui manquait un mortier. Elle se releva le bol à la main cherchant un outil quelconque pouvant servir à écraser les herbes, elle le trouva finalement a quelques pas de l'étal du céréalier. Elle retourna alors à la fontaine pour y prendre de l'eau. En regardant la surface, elle repensa au jour où elle avait rencontrer la jeune Ambre, le vieillard qui prêchait la fin du monde ce jour là avait il raison ? Etait ce cet événement qu'elle avait vu dans l'eau ? L'image était si confuse, l'eau s 'était brouillée comme jamais elle ne l'avait vu faire, elle croyait y avoir vu comme un énorme nuage envahissant les Duchés. Etait-ce l'annonciation de la fin du monde ?
Revenir en haut Aller en bas
Jeu 30 Mai - 13:49
Izolde
Ménestrelle en quête de justice
Izolde
Messages : 190
Localisation : Castelcerf
Au grand soulagement d’Izolde, l’herboriste-fleuriste put franchir le barrage constitué par ses propres étals, et rejoindre les deux personnes qui s’étaient arrêtées pour proposer leur aide. Bien. A son tour, maintenant. En se forçant au calme malgré les battements de son cœur qui ne cherchaient qu’à s’emballer, elle passa d’un morceau de meuble à celui du dessous, tâtant à chaque fois la stabilité de l’appui suivant. Le tintement incongru d’un morceau de métal, associé au passage de plusieurs objets venant du haut, vint troubler sa concentration. Levant les yeux, elle ne put manquer l’homme qui était grimpé de l’extérieur. Douce Eda ! Comme s’ils avaient besoin de ça en ce moment… Elle l’entendit parler, sans comprendre la totalité de ses dires. Se regrouper, tomber le verre ? Assurément, ils avaient affaire à un fou qui cherchait à faire écrouler le toit sur leur tête, du moins fut-ce ce que l’esprit déjà éprouvé de la brunette déduisit de la situation.

Une lueur de panique passa dans ses yeux sombres, d’autant plus lorsqu’elle remarqua la nouvelle fissure que le poids du personnage masqué ne pouvait que faire amplifier. Chaque seconde comptait, et à l’évidence, c’était elle qui allait avoir besoin du plus de temps pour s’écarter, puisqu’il lui restait à regagner le sol. Cela ne l’empêcha pas de lancer d’abord aux trois personnes qui l’attendaient au pied de la barricade :
« Ecartez-vous, écartez-vous. Il va tout faire tomber, il faut rester loin de lui, tous, faites passer le message. »
Même si elle n'avait pas compris l'intention de Capuche, et qu'elle le prenait pour un esprit dérangé, il verrait ainsi son souhait respecté. La brunette ne se priverait pas de houspiller tous ceux qui traîneraient, mais il lui fallait d’abord terminer sa descente en vitesse : les précautions qu’elle avait prises précédemment furent donc expédiées en vitesse. Alors qu’un seul pas la séparait encore du sol, son appui glissa, faisant bouger quelques-uns des morceaux de bois qui l’environnaient. Elle sauta pour éviter le plus gros madrier, mais un de ses pieds crocha dans un morceau d’étagère, et le geste instinctif de ses bras, lancés en avant pour se rattraper, lui amena de belles échardes dans les poignets et les mains.

Elle finit par rouler à terre, et se relever non sans grimacer, puisqu’il lui avait fallu prendre appui sur ses paumes. Une nouvelle expression, crispée et dégoûtée, lui échappa en constatant les dégâts : ses doigts étaient essentiels à son gagne-pain, et ils allaient se montrer maladroits pendant quelque temps. Pour autant, Eda soit louée, il ne lui semblait rien y avoir d’irréversible, elle avait évité le pire. Enfin, si elle dégageait d’ici rapidement, avec le toit qui menaçait d’effondrement... Attirant d’un léger coup de coude, l’attention d’un retardataire, elle l’exhorta à se mettre en mouvement :
« Venez, il faut s’abriter, au moins aller de l’autre côté, tout ça risque de se casser la figure dans pas longtemps ! Attention où vous mettez les pieds. »
Elle jeta un coup d’œil vaguement inquiet à l’inconscient qui s’était mis à l’escalade en ces temps troublés, vérifiant qu’il ne bougeait pas trop de son perchoir, et considérant avec méfiance l’état des verrières restantes.


De l’autre côté des halles, qu’elle venait de rejoindre, il y avait l’équipe des déblayeurs, une jeune rouquine qui s’attelait à des soins, et tout un tas de monde caché sous les tables. Elle y retrouva « son » herboriste, un peu hagard, en train de considérer ces abris improvisés déjà tous occupés, même s’il y aurait de la place en se serrant.
« Allez allez, il faut partager, rangez-vous bien dans ce coin, et vous pourrez tenir au moins à trois là-dessous, »
commença-t-elle avec la personne dissimulée le plus près d’elle. Elle passa ainsi d’une table à une autre, incitant tout le monde à se serrer pour qu’aucun de ces plus ou moins invalides ne reste sans protection.

Après avoir vérifié une nouvelle fois ce qu’il advenait du toit de verre, elle se décida à rejoindre la soigneuse.
« Je peux faire quelque chose pour vous aider ? J’ai quelques notions, même si je risque de ne pas me montrer très adroite... »
Certes, le soin des plaies ouvertes n’était pas, mais alors, vraiment pas, sa tasse de thé. Mais nécessité faisait loi, et elle était grande en cet instant, la nécessité. Izolde passerait donc outre son dégoût, si elle pouvait être d’une quelconque utilité à la jeune femme.


HJ : J’espère ne pas m’être trop plantée sur la chronologie ou autre, c’est un peu confus pour moi, donc j’ai essayé d’en donner un peu à tout le monde Wink N’hésitez pas à me signaler n’importe quelle sorte de souci, même le plus petit (comme d’hab)
Revenir en haut Aller en bas
Dim 2 Juin - 15:34
Capuche
Assassin redouté
Capuche
Messages : 184
Localisation : Castlecerf / Great Iguana
À son grand soulagement, Capuche remarqua qu'il avait été remarqué et probablement compris. En tout cas, la fille qu'il avait interpellée semblait obliger les gens à se regrouper vers un seul et même côté.

Il était temps, car la vitre sur laquelle il avait été obligé de s'appuyer commençait à se fissurer dangereusement sous son poids. S'il ne voulait pas passer à travers, il avait donc tout intérêt à se retirer. Très doucement...

Préférant rester le plus réfléchi possible, plutôt que de paniquer et céder à l'urgence, il s'efforça de rester couché au maximum afin de répartir le poids de son corps sur la surface qui le soutenait. Petit à petit, il fit glisser sa main jusqu'à la zone de la fenêtre qui lui paraissait la plus stable, à savoir l'armature.

Une fois au niveau de cette dernière, il put prendre appui pour se redresser et reculer pour rejoindre à nouveau la partie "mur" du bâtiment, qu'il avait escaladé pour rejoindre le toit.

Au moins, cette partie de la construction ne risquait pas de s'effondrer. C'est donc en grande partie sur cette zone qu'il devrait se déplacer pour ne pas endommager davantage la structure.

Tandis que les gens piégés en bas semblaient se regrouper vers l'une des extrémités du bâtiment, l'assassin fit alors le tour du sommet du mur pour rejoindre le côté opposé. Une fois là-bas, il commença par la tâche la plus facile : faire tomber les vitres qui étaient à sa portée, sans qu'il n'ait besoin de s'appuyer sur la structure.

Pour cela, il se contenta de prendre sa dague et de donner un coup sec du manche sur les parties en verre. Une à une, les vitres éclataient alors et le verre se mettait à pleuvoir sur la zone vidée de ses occupants.

À chaque fois qu'il était visible, il faisait signe à ceux qui observaient son manège de se tenir éloignés de sa zone, afin de montrer qu'il ne cherchait à nuire à personne.

Effectuer cette tâche fut assez simple, ainsi Capuche put faire assez rapidement les trois quarts du tour de la zone qu'il souhaitait dégager. C'est la suite de la manœuvre qui allait s’avérer plus ardue. Comment faire tomber les vitres centrales ?

Pour cela, il allait falloir prendre le risque de marcher sur la charpente en bois. Mais cette dernière, sollicitée par le tremblement de terre, serait-elle en mesure de soutenir son poids ? Il n'y avait qu'une seule manière de le vérifier...

Heureusement, pour maximiser ses chances, il était relativement aisé pour lui de repérer les poutres principales qui soutenaient la structure. S'il ne faisait pas de faux pas, il pourrait ainsi se faire un petit chemin lui permettant de faire tomber le reste des vitres, et dégager une zone suffisamment vierge.

Prenant son courage à deux mains, il posa prudemment un pied sur la charpente, puis un deuxième. À chaque pas, il se répétait intérieurement *jusque là, ça va... Jusque là, ça va.*
Puis, très calmement, il pliait les genoux, maintenait son équilibre, donnait un coup de dague, faisait tomber une vitre, puis repartait.

À dire vrai, il savait que le risque du faux pas n'était pas son principal problème... Sa pire crainte concernait l'ensemble de la charpente. Si cette dernière avait été trop fragilisée, il persistait un risque que cette dernière s'effondre dans sa totalité et tue absolument toutes les personnes piégées dans les halles en dessous.

Dans son malheur, il se consolait en se disant que si un tel drame arrivait, il mourrait avec tout le monde. Donc en soi, il n'aurait pas à assumer les conséquences de sa stupidité. Et s'il en réchappait, c'était qu'il avait trouvé moyen de ne pas tomber... Dans ce cas il était visage couvert et il pouvait encore disparaître en laissant ces gens à leur triste sort.

En rentrant, un simple "oups" et un bon bain suffirait à laver les traces de cette journée de merde qu'il était en train de vivre...

Ah, mais bon sang ! Il restait une option encore pire : "La structure s'effondre, lui survit, mais il reste coincé"... Son visage serait découvert, il serait tenu pour responsable, ce serait la fin de sa carrière !!!! Il ne lui resterait plus alors qu'à être condamné à mort ou à pourrir dans une geôle !!

Bon sang... Définitivement, il ne se sentait pas à l'aise avec ce rôle de héros du jour qu'il avait accepté d'endosser... pour un misérable jouet en bois de surcroît !

Malheureusement était désormais un peu tard pour changer d'avis. Alors, autant aller jusqu'au bout de son idée... Stupide ? Certainement. La dernière qu'il aurait ? probablement.

Encore une nouvelle vitre...

Passer à la suivante...

_________________
Tonne la terre et sonne le glas ? [8 Verdissante 1045] Apr-s-nous-le-silence-5-575858a
"Si tu sais à quoi ces gens ressemblent, tu pourras te fondre parmi eux.
Si tu sais ce qu'ils veulent, tu pourras les acheter.
Si tu les comprends, tu pourras les prévoir."
Revenir en haut Aller en bas
Mar 4 Juin - 17:50
Eda
Celle qui aide
Eda
Messages : 213
Dans les halles
(j'ai effectué des lancers de dés pour Ambre, Arcane et Capuche)

L'Art est une magie complexe. Soigner grâce à l'Art s'apprend et demande des heures et des heures de pratique, un apprentissage du corps humain, de ses rouages et de son fonctionnement global pour pouvoir commander à l'esprit de se soigner correctement. Ambre était loin d'avoir cette compétence et lorsqu'elle demanda au cœur du pauvre homme blessé de ralentir pour aider à calmer l'hémorragie, elle aurait tout aussi bien pu provoquer une crise cardiaque chez le malheureux. Eda devait veiller sur eux ce jour-là, car cela eut pour simple effet de lui faire perdre connaissance. L'Apprentie s'en rendit compte quand le morceau de tissu que l'homme tenait voleta dans un coin de son champ de vision, tandis qu'Izolde lui parlait. Cette dernière assista à la scène également. Les yeux du malheureux furent soudain absents et sa tête bascula, livide vers l'avant. Le reste de son corps suivit le même mouvement.
Fort heureusement, il respirait encore. Mais il allait falloir réfléchir à la meilleure façon de s'occuper de lui et rapidement...

Le sabre d'Arcane aurait pu faire plus de dégâts s'il s'était sagit d'une hache, mais il aurait aussi pu lui faire des dégâts tout courts. Les éclats de bois qui volaient quand elle dégageait la lame des meubles sur lesquels elle tapait retombaient sans blesser personne.
Les gars qui l'accompagnaient dans son entreprise n'arrivaient pas toujours à s'organiser. Certains entreposaient les meubles déblayés d'un côté mais cela en gênait d'autres. Les directives que l'ancienne chef des armées avait donné étaient pourtant assez claires mais les hommes qui devaient les mettre en application n'étaient pas des soldats, ou en tout cas, guère habitués à travailler en équipe avec d'autres personnes. Du temps fut bêtement perdu et le menu bois que l'Artiseuse débitait s'entassait plus vite qu'il n'était dégagé.

Sur son toit perché, assurément, Capuche passait pour un fou aux regards de ceux qui l'avaient vu. Il y avait cependant une certaine logique à sa démarche et grâce à Izolde, la partie Est des Halles (à droite sur le plan) fut dégagée de ses visiteurs. De toute façon, la porte était sortie de ses gongs et il était pas possible de la forcer pour l'ouvrir. Autant se rabattre de l'autre côte et tenter sa chance avec l'autre porte, ou sous une table en attendant que d'autres fassent le travail. Mieux valait être prudent que mort !
C'était exactement ce que faisait l'assassin : un travail tout en prudence. Il œuvrait aussi vite qu'il était possible pour ne pas rester trop longtemps au même endroit. Un coup de dague sur des vitres fragilisées et le tour était joué. Cela aurait pu continuer ainsi simplement. Mais si Eda était miséricordieuse, El s'amusait aussi dans cette partie et ce fut son tour de mettre son grain de sel dans les rouages simples du plan du blondinet. Sous ses pieds, il y eut d'abord un grincement. Le bois sur lequel il se trouvait, cette poutre sur laquelle il avançait depuis un moment n'aimait pas le traitement qu'on lui faisait subir. Elle grinça donc, affichant son mécontentement. Cela aurait pu être tout. Juste un avertissement.
Malheureusement, la fragilité du bois était intimement liée à celles des vitres qui y étaient associées. L'une après l'autre, toute la rangée éclata. Le bruit fut plus insupportable que les fois précédentes ; il se répercuta plus vigoureusement à l'extérieur car de plus nombreuses vitres cédèrent alors. Des éclats volèrent même hors des Halles et pas seulement en pluie à l'intérieur de celles-ci. Capuche ne put éviter à certains morceaux de se figer dans sa peau.
Les vibrations secouèrent toutes les vitres du restant du bâtiment et le bâtiment en lui-même sembla ébranler sur ses fondations. Certaines fenêtres se fissurèrent un peu plus côté Ouest mais tinrent encore le coup. Pour combien de temps encore ? Probablement plus beaucoup... Les regards se levèrent vers les cieux, les corps tendus dans l'attente de cette inéluctable conclusion...
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé
Revenir en haut Aller en bas
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant

Sauter vers :
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Chroniques des Six-Duchés :: S'écrivent les Chroniques :: Bourg de Castelcerf :: Place du Marché et Rues Commerçantes-