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Mission conjointe d'Eda et El [Poisson 1045]

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Sam 25 Jan - 12:44
Foudre
La Hache d'El
Foudre
Messages : 226
Localisation : Forbaie
De là où il était, il voyait les officiants d'Eda se parler. Le rire de Grâce lui parvint et elle tourna la tête dans sa direction en l'agitant doucement. Sa seule réponse fut de monter ses épaules et ses bras avec la paume tournée vers le ciel dans un geste qui indiquait qu'il n'y était pour rien et/ou qu'il ne pouvait s'en empêcher. Il savait que la demoiselle ne serait pas dupe. Un homme n'approchait pas un autre être humain aussi doux que cette soigneuse en ayant la peur au ventre. Ce genre de comportement aurait été compréhensible pour un inconnu devant approcher le Père d'El. En vrai, il ne comprit pas que la demoiselle riait parce qu'il avait récidivé en lui envoyant de l'aide sans lui demander son avis. Foudre était intelligent mais certaines nuances lui échappaient. Lui voyait un homme blafard s'approcher d'une femme. Cette dernière commençant à rire en voyant son collègue, cela devait certainement avoir un lien. Point final.

Ce qu'ils se dirent ne fut pas audible de là où ils étaient tous. La suite par contre était visible. La demoiselle faisait en sorte de montrer son dos en retirant son vêtement. Elle l'avait rabattu jusqu'à la taille ce qui faisait qu'elle était entièrement torse nue. On ne pouvait voir sa poitrine mais en cet instant, elle était à l'air libre. Tout comme il l'avait fait plutôt dans la journée quand Grâce avait relevé sa jupe, il se tourna histoire de ne pas mater.  Était-ce vraiment l'endroit pour enlever ses habits ? En même temps, il n'y avait pas vraiment d'endroits prévus ici. Ils étaient en pleine forêt. De plus, la Béarnoise était à bout de force et se déplacer pour trouver un endroit plus à l’abri des regards aurait été trop fatiguant pour elle. Foudre s'était tourné assez vite mais avait quand même vu de la couleur dans son dos. Le choc qu'elle avait dû recevoir avait été important. Cela devait être handicapant et très douloureux. Comment avait-elle fait pour ne pas chercher à ce que quelqu'un s'en occupe plus tôt ?

*Elle peut bien parler de moi... Elle est exactement pareille si ce n'est pire !*

L'hématome était important, il ne se retourna pas pour vérifier. Il était trop respectueux et également trop timide pour se rendre coupable de ne pas respecter l'intimité d'une demoiselle. Se rendait-elle compte que ce comportement attirait sans doute l'intérêt des hommes présent pour elle ? D'ailleurs, en parlant de cela, il y en a un qui chercha à faire quelque chose de moralement répréhensible... Foudre le connaissait par cœur et savait comment il réagissait en présence de jolies femmes. Le grand brun était timide mais pas stupide, il reconnaissait à Grâce une grande beauté ainsi qu'un charme sans pareil. Il pouvait donc comprendre l'attitude de certaines personnes mais pas en sa présence.

Rutilant revenait vers Foudre avec un grand sourire. Il ne regardait pas son ami mais bien la seule femme présente. Voulant passer à côté de lui, le Père tendit son bras pour l'empêcher de passer et demanda tout bas :

« Que comptes-tu faire mon ami ? »

Rutilant s'arrêta et regarda l'homme qui l'empêchait de passer. Il lui répondit tout aussi bas :

« Il me semble que j'ai oublié quelque chose là-bas et je vais de ce pas me diriger vers cet endroit (il pointa l'endroit où ils étaient tout à l'heure qui se trouvait non loin de là où les deux servants d'Eda étaient.) pour le retrouver. »

Foudre n'était pas né de la dernière pluie, il savait que Grâce plaisait et savait que Rutilant était friand de belles femmes. Mais là, il n'était pas question qu'il permette à son ami de se comporter comme un malotru.

« Écoute, nous savons tous les deux que tu n'as absolument rien perdu Rutilant. Si tu veux te rendre là-bas c'est uniquement pour pouvoir te rincer l'oeil. Désolé, je ne peux te permettre de perturber l'intimité de cet échange patient-soigneur. »

Feignant la surprise mais très mal, Rutilant répondit :

« Pardon ? Mais pour qui me prends-tu Foudre ? Je suis choqué ! Tu crois sincèrement que je voulais me rendre là-bas pour regarder Grâce ? Et pourquoi donc ? »

Il décala un peu sa tête pour apercevoir le dos de la soigneuse et une fois encore feignit la surprise :

« Oh bah ça alors, je n'avais même pas remarqué qu'elle avait enlevé le haut. Tu as vu cet hématome ? La pauvre, elle doit souffrir le martyr. Peut-être qu'elle a besoin d'aide ? Je ne suis pas bon en soins mais je pourrais lui apporter mon soutien en lui parlant, tu ne crois pas ? »

Foudre le regarda en affichant clairement qu'il n'était pas dupe. Rutilant tentait de conserver ce rôle qu'il avait débuté quelques secondes auparavant et n'en pouvait plus. Il voyait que ça ne fonctionnait pas. Il dit :

« Oh allez Foudre quoi. Ne me dis pas que tu n'as pas non plus envie de trouver une excuse pour aller voir ? Sérieux ce prêtre doit être aux anges ! Pourquoi j'ai atterrit dans ce clergé moi ? Par El ! J'aurais dû choisir le soin aux personnes. Toutes ces poitrines qui auraient mérité mes soins. Désolé mes chéries, je ne pourrais pas vous soulager... J'ai choisi la mauvaise voie. »

Pour toutes réponses, Foudre poussa son ami dans la direction opposée. L'échange s'était déroulé à voix basse et personne n'avait pu entendre ce que Rutilant venait de dire. Ce gaillard ne changerait jamais. Il suffisait d'une jolie femme pour qu'il perde la tête, étrange qu'il ne l'ait pas perdue plus vite en présence de la Béarnoise. Rutilant fut déçu de l'attitude de son ami et accepta de marcher dans la direction opposée mais en faisant mine de pleurer de désespoir. Alors qu'il allait suivre le roux, le soigneur que Foudre avait menacé vint le trouver en disant qu'il avait fait ce qui avait été demandé mais qu'il n'y avait pas moyen d'avancer pour le moment faute de matériel. En effet, les soins avaient besoin de chaleur et d'instruments pour contenir de l'eau et divers plantes pour divers usages. Le Père regarda ce prêtre et dit :

« Bien... Faisons en sorte d'avoir suffisamment de bois pour faire des feux. Le camp principal doit préparer ce que l'on a demandé j'imagine. En attendant, il n'y a pas grand chose que l'on puisse faire. Assurez-vous qu'elle ne travaille pas et qu'elle ne fasse rien de fatiguant. Dans le cas contraire, vous savez ce qui vous attend. »

Il regarda dans la direction de Grâce et vit que cette dernière s'était rhabillée et qu'elle semblait se déplacer. Vu la direction qu'elle prenait, elle retournait à la rivière. C'était de là, en sens inverse, qu'elle était apparue quand Foudre et Rutilant s'étaient battus. Voulant retrouver ses camarades, il vit son ami de longue date commencer à suivre Grâce et il l'appela :

« Rutilant, viens. Nous devons savoir comment nous allons faire pour la suite. De plus, je ne sais pas ce que tu as demandé au camp principal, je souhaiterais savoir comment tu vas organiser la suite. »

Le Béarnois eut un sourire caché. Encore une fois, il s'était fait griller. Tant pis ! Il rebroussa chemin et vint rejoindre ses camarades. Il était temps de voir comment et qui allait suivre la piste. Le matériel arriverait prochainement. Autant gagner du temps.
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Dim 26 Jan - 13:06
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
Messages : 58

Bien évidement, elle n'avait rien perçu des échanges entre Foudre et Rutilant. Elle n'était pourtant pas naïve quant aux réactions qu'elle avait pu suscité en se dévêtant ainsi à la vue de ce groupe d'hommes. Pourtant elle n'avait pas hésité un instant, pas plus qu'elle ne se posa de questions en se rendant derechef à la rivière pour achever sa toilette.
A chaque pas, elle reprenait un peu plus d'assurance mais lorsqu'il fut question de se pencher pour s'asseoir de nouveau, Grâce eut la tête qui tourna. La dernière fois qu'elle avait autant forcé, c'était en Outriles dans le campement de soins. Elle n'avait pas ménagé ses efforts, sautant des repas, dormant guère plus de deux ou trois heures d'affilée, afin d'être la plus active possible et d'aider le maximum de blessés. Elle n'avait pas nécessairement artisé beaucoup et jamais seule sur ses propres réserves mais la fatigue s'était accumulée quand même. Foudre avait dit qu'elle avait la responsabilité de vies humaines et que sa fatigue pouvait l'amener à faire des erreurs fatales... Le poids de cette responsabilité-là, elle l'avait tous les jours sur ses épaules, parce que la jeune femme était persuadée qu'elle n'avait pas le choix de le porter. Certains mettaient la barre haute pour elle, mais elle en était également coupable en n'acceptant pas d'être faillible elle-même.

Elle ôta ses chaussures et glissa ses jambes dans l'eau glacée de la rivière. Sa robe formait une corolle dans son dos, relevée au maximum sur l'avant afin d'éviter de la mouiller. Elle aurait eu meilleur compte à se baigner entièrement mais elle savait l'effet néfaste d'une température aussi basse sur la contracture de son dos. Pourtant le froid serait bénéfique pour atténuer le bleu. Voilà un dilemme qui se posait là. Grâce choisit de s'occuper d'abord de frotter ses jambes pour en retirer le sang séché. Cela lui permit de se laver davantage les mains également. Il lui faudrait une petite lame pour s'occuper de nettoyer convenablement ses ongles par la suite.
Tandis qu'elle frottait, elle ne pensait à rien. Simplement le geste qu'elle effectuait. Simplement le mordant de l'eau sur sa peau. Son regard était ailleurs, absent. Malgré sa migraine, elle sentait l'attraction de l'Art, son appel à le rejoindre, à se couler en lui comme dans l'eau de cette rivière. Elle devait résister, elle était trop fatiguée pour lutter si elle se laissait emporter dans son flot. Aussi, la jeune femme se ressaisit, mouillant soudain son visage d'une giclée froide pour revenir à l'instant. Elle se trempa plus que ce qu'elle souhaitait mais au moins, elle était réveillée. Son choix fut fait ; l'eau la tiendrait en alerte et apaiserait son hématome. La contracture musculaire serait traitée plus tard quand elle serait auprès d'un bon feu.

Défaisant une nouvelle fois son corsage, elle fit passer sa robe par dessus sa tête, se mordant involontairement la joue quand elle leva les bras. Elle la déposa à plat un peu plus loin du bord et entra nue dans l'eau. Le temps en cette partie des Duchés était un peu plus clément qu'en Béarn mais le cours n'en restait pas moins très frais. Serrant les dents, elle se plaça de manière à avoir le courant dans le dos, à demi assise-accroupie car l'endroit où elle s'était installée n'était guère profond. Elle ne pourrait pas rester des heures ainsi, même avec sa résistance de Béarnoise au froid. Elle ramena ses cheveux sur l'avant et les tressa rapidement sans pouvoir les attacher. Elle se massa les tempes et se mit à chantonner pour s'occuper l'esprit.
Avant la fin de cette comptine, elle grelottait et claquait des dents. La prêtresse se redressa et se frictionna en regagnant la rive.


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Au campement principal, la demande de Rutilant avait été passée et on s'activait à rassembler au plus vite ce dont le groupe avait besoin.
Les Pères des deux ordres étaient clairement soulagés que la source ait été découverte. En revanche, ils s'étonnaient eux aussi de cette étrange affaire et les encouragèrent à poursuivre leurs recherches.
Le matériel demandé partit moins d'une heure après le message d'art.


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Au village, on n'avait aucune idée de tout ce qui se tramait dans la forêt ou au campement.
Saule, sur ordre de Grâce, avait la responsabilité des prêtres et prêtresses, s'assurait que chacun prenne le temps de repos nécessaire et tout tournait parfaitement.
Un seul nouveau mort était à déplorer et aucun nouveau cas ne s'était déclaré. Ça se présentait plutôt bien.
L'herboriste était inquiet de n'avoir aucune nouvelle de la jeune blonde qui était précipitamment partie sans rien lui dire. Il ne pouvait envoyer personne se renseigner car chaque personne ici présente était indispensable au bon déroulement des soins ou de l'organisation générale. Il se rongeait les sangs en imaginant le pire mais ne pouvait rien faire de plus que ce qu'elle attendit de lui.


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Une fois approximativement séchée, la demoiselle se rhabilla doucement.
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Sam 1 Fév - 14:31
Foudre
La Hache d'El
Foudre
Messages : 226
Localisation : Forbaie
Les Frères d'El n'étant pas indispensables à la discussion furent occupés à ramasser du bois pour faire des feux, délimiter une zone pour monter un petit campement et se reposer. Rutilant et Foudre avec deux autres membres de leur groupe discutèrent quelques instants. Il allait falloir trouver des pistes pour comprendre comment ces animaux s'étaient retrouvés entassés à cet endroit. C'était pour le moins étrange et le Frère possédant l'Art et qui communiquait avec le camp principal fit bien comprendre que le Père Estran voulait des réponses. Il avait fait part de sa satisfaction dans le fait de trouver la source. Il avait également demandé que l'information soit transmise aux soigneurs sur le front. De savoir que la cause était un amas d'animaux leur permettraient sans doute d'agir différemment et d'orienter leurs soins pour éviter plus de morts.

Ce groupe de guerriers se sépara bien assez vite parce qu'aucun d'entre-eux n'étaient des pisteurs professionnels. Ils se mirent d'accord sur le fait qu'ils devaient être peu nombreux pour ne pas se faire repérer mais suffisamment pour que les gens évitent de les attaquer si jamais ils tombaient dessus. Rutilant avança le chiffre de cinq personnes et Foudre fut d'accord avec. Les deux chefs se proposèrent d'emblée et le roux demanda aux deux autres frères d'attendre de voir qui débarquerait du camp principal avant d'arrêter son choix. Ainsi, il éviterait les déceptions en cas de changement dans le groupe. Peut-être que certains frères seraient plus utiles que ceux qui se trouvaient sur place. Ne voyant plus rien à ajouter, le groupe se sépara. Foudre décida de ce temps de rien pour se reposer. Il trouva un arbre ayant assez de mousse pour faire coussin et s'adosser à lui. L'endroit était bien trouvé vu qu'un de ses frères décida également d'y allumer un petit feu pour qu'ils n'aient pas froid.

Les deux autres frères décidèrent de rejoindre les deux du culte d'Eda pour papoter et tenter de s'immiscer dans leur conversation. Ils étaient en train de parler d'une femme de la noblesse qui venait souvent au temple pour parler ou aider et qui là, avait décidé d'intégrer pleinement l'ordre. Renonçant ainsi à son titre et ses privilèges. Cela éveillait évidemment la curiosité de tous les membres de ce culte ayant connaissance de cette histoire. Si certains y voyait une bonne chose, les plus sceptiques ne pouvaient s'empêcher de trouver cela louche. Le même genre de personnes qui avaient les mêmes appréhensions envers la noblesse. Pour ces gens là, c'était un coup pour se faire remarquer et montrer qu'ils étaient capables de bonnes actions. De la poudre aux yeux quoi.

Rutilant, lui, remarqua que Foudre et les autres ne faisaient pas attention à lui et décida d'aller voir où se trouvait Grâce. Il n'avait pas dans la tête de lui parler mais de l'admirer. Étant la seule femme du groupe, elle semblait avoir plus d'intérêt pour lui que les conversations qu'il pourrait avoir avec n'importe lequel des hommes présents. De toutes façons, c'était souvent la même rengaine. Ça parlait de la famille, de missions, de femmes... Il avait déjà eut plus que son compte de ce genre de situations et savait que ça lui arriverait encore plus qu'à son tour. Autant varier les plaisirs et se rendre à la rivière. Pour ne pas que l'on soupçonne son projet, il prit une direction différente pour pouvoir bifurquer quand il ne serait plus en vu des autres. Ainsi, on ne pourrait pas deviner ce qu'il voulait faire. Il se rendait simplement plus loin pour se vider la tête et profiter du calme pour marcher, être seul.

Une fois qu'il fut sûr de ne pas être repéré, il se rendit par un autre accès à la rivière ou plutôt, à proximité. Son but n'était pas de se planter devant la demoiselle jusqu'à ce qu'elle remarque qu'il était présent. Il n'avait pas envie de se faire crier dessus. Ne connaissant pas la soigneuse plus que ça, il ne pouvait savoir comment elle réagirait. Il marcha donc de plus en plus prudemment à mesure qu'il arrivait près de l'endroit où elle se trouvait. Et là, il vit ce qu'il cherchait pour pouvoir voir sans être vu. A un endroit, trois sapins se trouvaient plutôt proches les uns des autres ce qui faisait une espèce de haie avec les branches qui s'enchevêtraient jusqu'au sol. Là, il pouvait entrer dedans sans se faire remarquer et observer discrètement. Il ne pouvait voir aussi bien que s'il s'était planté devant elle parce que son champ de vision n'était pas total. Des parties étaient cachées par les branchages. Mais c'était suffisant. Malheureusement pour lui, il ne vit pas le moment où elle avait retiré son habit pour se retrouver nue avant de rentrer dans l'eau. Il ne vit pas non plus le moment où elle s'assit dans l'eau, ni celui où elle tressa ses cheveux. Tout ça, il ne le vit pas mais il vit quand même quelque chose... Le moment où elle sortit de l'eau qui devait être sacrément froide pour la saison. Il vit ce corps pâle et nu. Les extrémités de ses seins qui réagissaient à la température, le bleu qu'elle avait dans le dos et il fut subjugué. Il avait bien fait de venir. Cette femme était drôlement bien faites. Oui, cette ecchymose gâchait un peu le plaisir mais le reste était sublime.

*Est-ce que Foudre a eut droit à tout ça ?*

Il lui revint en mémoire à ce moment là le fait qu'ils semblaient plus proches qu'au début. Ne pouvant imaginer que l'on ne se contente que de regarder en silence, il avait imaginé que quelque chose s'était passé entre eux pendant son absence.

*Tu m'étonnes mon cochon que tu ne veuilles pas que je vienne ici... Sacré spectacle...*

Pendant ce temps, Foudre s'était endormi comme une masse. La fatigue dû au travail mais pas seulement. Son corps réclamait encore du repos. Il sortait tout juste d'un empoisonnement. La chaleur qui émanait du feu non loin de lui l'avait aidé à sombrer plus vite encore. Il se serait cru dans un temple s'il n'y avait l'odeur...

En effet, le remède de Grâce pour ne pas sentir la puanteur des lieux s'estompait peu à peu. A la bonne odeur de menthe venait parfois s'ajouter quelques relents de viandes pourries, le feu qui crépitait à côté et le faible vent s'ajoutaient aux pensées du guerrier brun. Cela le remontait à une période noire de sa vie. Une période sombre pour bons nombres d'entre-eux qui avaient eut la chance de s'en sortir. Cela lui rappelait la Guerre Rouge ! Là-bas, il dû souvent faire des feux en pleine nature pour ne pas se faire avoir par le froid mordant. Là-bas, le vent charriait l'odeur des cadavres des guerriers tombés qui s'étaient fait dessus avant de ne plus voir la lumière et de sombrer dans les ténèbres. Sans que cela n'ait la moindre incidence pour le moment, la respiration de Foudre s’accéléra. Son esprit lui ressortit des images, des sons, des bruits de cette époque. Il revoyait ses frères tomber, ses ennemis crier, le bruit des armes qui s'entrechoquaient. Et par dessus tout ce tumulte, l'odeur des corps et leurs cris. Il se réveilla d'un coup sans plus savoir où il était. Il se leva et semblait agir comme un animal que l'on traquait. Il regardait tout autour de lui, sa respiration était sifflante et il criait à ses frères de ne pas s'approcher de lui tout en ayant sorti ses haches. Il vit les corps des animaux, les feux, le regard de ces hommes en face de lui. Et il courut dans la direction qui lui semblait la plus sûre. Il courut et lâcha ses armes dans sa course parce qu'elles étaient plus encombrantes qu'autre chose. Il voulait par dessus tout ne plus sentir cette odeur, ne plus entendre ces cris dans sa tête. Il vit la rivière, s'accroupit et plongea la tête dans l'eau en criant le plus fort possible toujours la tête immergée.

Il n'était pas à l'endroit où Grâce était mais il n'était pas très loin. On pouvait entendre les frères qui l'appelaient pour savoir où il avait bien pu se rendre. Que se passait-il donc dans sa tête en cet instant ? Personne ne le savait. Comment auraient-ils pu imaginer que sa fatigue physique ajoutée à celle mentale et le lieu où ils se trouvaient, tous ces facteurs combinés fassent que Foudre revivait un événement traumatisant de sa vie.

Le Père sortit la tête de l'eau et criait :

« Sortez de ma tête, sortez de ma tête ! Ils arrivent ! Ils arrivent ! »

Puis il replongea sa tête dans l'eau. Ce comportement se répéta deux ou trois fois avant qu'un de ses frères n'arrive près de lui. Ne sachant pas comment réagir, il restait à distance de sécurité. Il fallait que Rutilant soit là mais où était-il ? C'était le seul à être assez proche de Foudre pour pouvoir approcher sans trop de danger.
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Sam 1 Fév - 22:44
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
Messages : 58

Sa peau avait pris une jolie teinte rosée sous le coup du froid. La chair de poule habillait ses membres et son ventre. Elle se frictionna d'abord les bras avec vigueur, laissant l'air sécher les gouttes qui dégoulinaient contre ses formes et perlaient de ses cheveux tressés. Elle s'attaqua à sécher ses jambes, usant seulement de ses paumes pour se réchauffer, sans se douter qu'une paire d'yeux épiait le moindre de ses gestes, ne perdant pas une miette du spectacle qu'elle offrait. Elle frémissait sous la bise et son dos lui faisait toujours mal ; pourtant ce bain lui avait fait plus de bien qu'elle ne le pensait au départ. Son esprit avait fini par s'éclaircir à mesure que l'eau courait contre elle. Après avoir lutté pour rester à la surface de l'Art et ne pas sombrer dans son flux , la jeune femme était satisfaite d'avoir remporté ce combat contre cette attraction.


La demoiselle avait fini par remettre sa robe et allait commencer à la boutonner quand elle entendit du bruit un peu plus loin dans la rivière. Des cris d'angoisse retentirent et elle reconnut étrangement la voix de Foudre. Celle-ci lui donna l'impression d'une angoisse enserrant son cœur, embrumant son corps et ses pensées et Grâce réalisa que c'était là les ressentis du prêtre d'El vers qui elle avait naturellement tendu son Art pour voir comment il allait.
Elle se pressa dans sa direction, ses pieds nus foulant les berges de la rivière. Elle n'avait fini de refermer son corsage mais n'y prêta pas attention.
Si certains des prêtres s'en rendirent compte quand elle arriva, ils ne lui dirent pas. Ils avaient d'autres choses à penser. Par exemple, un grand et fort gaillard se plongeant la tête dans l'eau et hurlant juste ensuite. Un spectacle qui aurait pu prêter à la moquerie s'il ne s'était sagit du Père d'El et si une froide frayeur n'entourait pas la scène.


" Foudre ! " l'interpela-t-elle à haute voix et dans sa tête également. Elle continua par ce biais uniquement, s'approchant lentement de lui. " Calme-toi... Tout va bien... Tu ne risques rien. Respire fort et laisse-les partir. Fais-les sortir. Tu es assez fort pour les combattre. "
Elle restait en surface, sa présence comme une caresse apaisante dans l'esprit du guerrier. Elle ne souhaitait pas s'imposer à lui mais ne voyait pas comment faire pour l'approcher sans s'aider de sa magie. Il n'était que force brute en cet instant et personne n'osait l'approcher à part elle. Il semblait imprévisible, complètement déboussolé, à la limite d'une autre réalité, ou comme pris dans un mauvais rêve.
Grâce répéta avec douceur les mêmes mots, un pas après l'autre, dans la réalité comme vers son esprit. Elle ne rentrerait pas plus avant dans les souvenirs du prêtre sans que celui-ci ne l'y invite mais elle réussit petit à petit à le rejoindre au bord de l'eau. Ses mains tendues en sa direction ne le touchèrent pas, ne le frolèrent même pas vraiment, offrant sa présence à ses côtés comme dans sa tête. Grâce restait prudente, sur la défensive, sentant la tension nerveuse de son patient envahir chaque parcelle de son propre corps. Elle prenait garde à chacun des gestes qu'il faisait, restant toujours dans son champ de vision et lui dans le sien. Des gens en proie à ce genre de délire, elle en avait vu quelques-uns et c'était toujours un peu dangereux de s'en approcher, car leurs réactions n'étaient pas nécessairement soumises à une logique.
Elle n'avait pas idée de ce qu'il voyait, de ce contre quoi il luttait, à quels mauvais souvenirs ses sens l'avaient ramené. Elle aurait pu le savoir. Il suffisait pour ça de s'introduire un peu plus en lui, de franchir cette limite, d'un pas de plus dans sa direction.


" Tout va bien Foudre... Regarde-moi. Rien ne peut t'arriver. " murmura-t-elle d'une voix légèrement chantante pour qu'il puisse l'entendre.
Aurait-elle dû être plus prudente ? Plus présente ? Faire plus attention à la santé du Ripponais ? Qu'avait-elle laissé passer pour qu'il en arriva à cet instant de folie ? Bien entendu, elle se pensait responsable ; comment ne pas l'être car elle l'avait amené ici alors que la raison aurait voulu qu'il resta au campement, sinon alité, tout du moins au repos complet. Il ne se serait pas laissé faire mais au moins aurait-il été mieux que l'état qu'il offrait là... Grâce s'en voulait et ferait, une fois de plus, tout ce qui était en son pouvoir pour l'aider.
Elle s'efforçait de présenter un visage confiant et serein à l'homme en face d'elle. Elle essayait de capter son regard, de le faire s'accrocher à une chose tangible, réelle. Pourtant, elle tremblait et ce n'était pas dû au courant d'air qui chatouillait sa poitrine à demi découverte.
Si elle plongeait plus profondément dans la tête de Foudre pour l'aider à se sortir de ce tourbillon de souvenirs, d'émotions, qu'y découvrirait-elle ? En ressortirait-elle indemne au vu de sa propre fatigue ? S'il n'arrivait pas à se calmer avec ce qu'elle lui offrait là, elle serait obligée d'essayer autre chose.
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Lun 10 Fév - 18:39
Foudre
La Hache d'El
Foudre
Messages : 226
Localisation : Forbaie
Quel spectacle elle offrait. Rutilant en avait vu de jolies femmes dans sa vie. Des belles et des moins belles. Il n'était pas forcément difficile en amour. Il fallait seulement qu'elle ait un petit truc. Un beau corps, de jolis yeux, un sourire enchanteur, une voix mélodieuse qui pouvait faire penser que la personne était une coquine. Rutilant se focalisait parfois sur des détails mais il est vrai que la beauté du corps était en général son principal critère. Et là, l'adage lui donnait presque raison. Il en avait pour son argent sauf qu'il n'avait rien payé. C'était devant lui, c'était offert. Il en frémissait de plaisir. Il ne savait plus où mettre ses yeux parcourant chaque partie et son ensemble sans savoir où s'arrêter. Il avait l'impression d'être comme le soldat le jour de la solde. Son sourire lui remontait jusqu'aux oreilles et il se félicitait de son idée.

*Mon p'tit père, tu as vraiment eu une riche idée. Ces images vont te hanter pour des jours !*

Il n'entendit pas vraiment les cris de Foudre, il remarqua à la gestuelle de la sœur d'Eda que quelque chose clochait. Sa robe était mise mais pas tous les boutons. Ce quelque chose devait être interpellant et pressant pour qu'elle parte à cette vitesse. Sans doute devait-il également la suivre pour voir de quoi il en retournait. Il sortit de sa cachette et suivit comme il put. Pas de trop près pour se faire repérer et pas trop loin non plus pour ne pas la perdre. Et là, il entendit et compris. Il s'enfonça un peu plus pour que l'on ne remarque pas qu'il venait du même coin que Grâce. Ce petit détour lui fit perdre un peu de temps. Temps que la sœur avait mis à profit pour tenter une approche. La malheureuse, elle allait se faire frapper ! Quand il était dans cet état, il n'écoutait rien ni personne.

Foudre hurlait en se tenant la tête, les voix n'arrêtaient pas de l'habiter. Il revivait les scènes de batailles, les cris, les bruits des armes qui s'entrechoquaient et celles qui rentraient dans les corps, il pouvait même presque sentir la puanteur du lieu et ce froid qui les prenait jusqu'aux os. Le fait de tremper sa tête dans l'eau froide n'était sans doute pas la meilleure idée pour combattre le mal. Mais il était loin de pouvoir faire preuve de réflexion ou de logique. Seul l'instinct primaire parlait, c'était presqu'un animal en cet instant. Un animal qui souffrait et tentait des choses pour arrêter de souffrir. Soudain, il réagit quand il entendit la voix de Grâce près de lui mais également dans sa tête. Il se figea. C'était une voix en plus qui se mélangeait aux autres. Néanmoins, elle semblait être plus calme. Il cessa pour le coup de se plonger la tête dans l'eau. Les gouttes perlaient de ses cheveux, de sa barbe, de sa moustache. Le haut de ses habits était trempé. Il ne bougeait plus mais sa respiration restait rapide et son regard était loin d'être celui d'une personne normale. Il donnait plutôt l'impression d'un fou qui attendait la bonne occasion pour agir.

Derrière cette scène, les frères d'El cherchèrent où pouvait se trouver Rutilant. Qui de mieux que l'un de ses meilleurs amis pouvait agir en ces circonstances. Si cela se trouvait, il avait déjà été confronté à ce genre de réaction chez cet homme. Eux non. En général, ils ne faisaient pas partie des hommes partant en mission avec Rutilant ou même Foudre. Quand ils virent le grand roux débarquer, ils furent soulagé. Il n'y avait pas besoin d'explications. Il avait déjà vécu cela et agita la main vers l'un de ses pairs qui voulait lui parler. Il avançait prudemment et resta à une certaine distance laissant pour l'instant Grâce travailler. Il se tenait prêt au cas où.

La demoiselle tendait ses mains vers lui mais sans chercher à le toucher. Foudre, de son côté, regardait cela d'un air méfiant. Il était accroupi au sol et s'écarta légèrement de la demoiselle qui était trop près de lui. Sa voix était toujours dans sa tête à chercher à le rassurer. Puis plus rien. La voix de la demoiselle dans sa tête avait disparue. Seul demeurait celle qu'entendait ses oreilles. Chacun de ses gestes était lent. Elle semblait faire très attention à ne pas le brusquer. Bonne réaction, c'était ce qu'il fallait faire. Là, il ne faisait plus qu'attention à Grâce. Il avait l'impression de n'y avoir qu'eux deux. Rutilant se trouvait dans l'angle mort de Foudre. Il n'interviendrait que si c'était vraiment nécessaire. Pour le coup, il ne fit même pas attention au fait que la poitrine de la demoiselle était à demi découverte.

« Ah Frère Rutilant, vous êtes là. On vous a cherché partout ! »

Par El ! Pourquoi cette bourse molle avait-il fait irruption d'un coup comme ça sans faire attention à ce qu'il se passait. De plus, il n'avait pas parlé tout bas. Il fut tout étonné de voir les autres lui faire des gestes pour qu'il se taise. Le temps que Rutilant remette sa concentration sur Foudre, il fallait intervenir. Foudre n'était pas dans son assiette. A cette irruption, quelque chose se passa dans sa tête et il fit mine de vouloir frapper Grâce tout en ayant un cri :

« Laissez-moi tranquille ! »

Là, Rutilant cria à Grâce :

« Eééééécaaaaaaaartez-vous !!!! »

Le temps de lui dire ça, il bondit sur son ami qui s'était retourné vers lui pour savoir d'où venait cette nouvelle agression. Les bras de Rutilant attrapèrent Foudre et son épaule vint percuter le grand brun en plein dans son estomac. Les deux hommes s'envolèrent l'espace d'une seconde et atterrirent dans l'eau. Foudre fut le premier à se relever et s'en pris à Rutilant qui réussi à glisser derrière pour l'attraper par les hanches et à le faire passer par dessus lui en arrière. Là, il réussit à nouveau à être sur Foudre avant que ce dernier ne se reprenne et put l'immobiliser. Tandis qu'il faisait ça, Rutilant parlait à son ami lui ordonnant de se calmer, qu'il n'y avait rien, que la guerre était loin, qu'ils étaient au pays. Rien ne viendrait les attaquer parce qu'ils n'avaient pas d'ennemis. Foudre tentait de se débattre comme il pouvait mais Rutilant avait bien assuré ses prises. Il savait d'expérience que ça pouvait prendre du temps mais que quand le Ripponais serait fatigué, il redeviendrait aussi doux qu'un agneau et qu'à ce moment là, on pourrait lui reparler comme avant.
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Mer 12 Fév - 15:27
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
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Cela semblait fonctionner. Il s'était un peu écarté d'elle, comme un animal effrayé jaugeant celui qui l'approchait. Mais il n'hurlait plus déjà, ne se trempait plus la tête dans l'eau et se concentrait sur elle seule comme elle ne se concentrait que sur lui. Or cela était beaucoup plus facile pour elle et quand un prêtre interpella Rutilant, comme si la scène qui se jouait là n'existait pas, Grâce ne cilla pas, ne détourna pas les yeux une seconde. Sa conscience de ce qui l'entourait était intact. Elle savait où se trouvait le grand roux de Béarn. Elle le sentait prêt à intervenir mais la laissait tenter sa chance.
Elle perçut la rupture du faible lien tissé entre elle et Foudre. Elle la perçut avant même le début du geste de ce dernier contre elle, avant les mots qu'il cracha dans sa direction, avant l'invective de son compagnon de s'écarter. Elle la reçut comme un coup violent dans sa tête et dans son cœur. La prêtresse en tomba à la renverse. Elle avait eu l'impression d'être brutalement rejetée, comme chassée par la volonté du prêtre d'El. Une seconde d'inattention, un bruit extérieur brisant irrémédiablement le mince lien tendu avec son patient. Il avait commencé à lui accorder un semblant de confiance dans ce brouillard qui l'accablait mais la noirceur et la peur étaient plus fortes et la lumière qu'elle offrait pour l'en sortir finalement trop faible.


La jeune femme ne s'offusqua pas qu'il ait voulu la frapper. Ce ne serait pas la première fois qu'un homme ou qu'une femme en proie à une crise psychotique chercha à s'en prendre à elle. Et ce ne serait pas la dernière. Elle vit Rutilant foncer sur son ami pour l'écarter d'elle, prendre des coups à sa place avant de maîtriser le Ripponais en usant de sa force. Ce dernier se débattait sous lui, n'écoutant aucunement les mots que son compagnon lui adressait. Il parlait de la guerre qui était finie, des ennemis qui n'existaient plus que dans ses souvenirs. Il savait ce que son ami traversait, ce qu'il avait en tête en cet instant. Cela voulait dire que ce n'était pas la première fois que cette résurgence se produisait, que bien enfoui en lui se trouvait le traumatisme de ces nuits sans sommeil, de ces morts par centaines, de ces odeurs et de ces cris qui peuplaient les champs de bataille, de l'aura de la mort qui accompagnait chaque combattant, ne faisant pas de distinction entre ami ou ennemi. Tout cela, la soigneuse ne le connaissait pas. Elle ne l'avait jamais expérimenté mais combien de regards hagards de toutes ces peurs silencieuses, de ce cauchemar vivant avait-elle vu ? Trop...
Sous la force de Foudre, sous son impulsive puissance, il y avait une faille bien cachée qui n'avait attendu qu'un instant de faiblesse pour se manifester.


Elle s'était relevée, contemplant un instant la scène, les bras croisés sur sa poitrine comme pour se réchauffer et se redonner de l'énergie. Puis elle se tourna vers les prêtres présents autour et les interpella : " Le spectacle est terminé. Continuez vos corvées ou que sais-je ! " Son regard ne laissait pas place à une quelconque réponse négative et elle attendit que chacun se mette en mouvement pour s'approcher des deux hommes au sol. Elle se plaça auprès de la tête de Foudre, posant ses yeux clairs dans ceux de son homologue en face d'elle. S'il était le mieux placé pour aider le père d'El, elle le laisserait faire mais elle était encore en mesure de l'assister.


Dans un souffle, elle parla à Rutilant. Sa voix d'Art était la même que dans la réalité, douce et précise. Elle ne souhaitait pas perturber davantage l'intervention du rouquin en s'adressant à lui à haute voix. Il l'entendrait mais ne pourrait rien répondre.
" C'est moi. Grâce. N'ais crainte. Continue de lui parler. Comme si je n'étais pas là. Je vais donner un écho plus profond à tes mots. Il faut qu'il se calme rapidement et qu'il se sèche auprès d'un bon feu. "
Elle se tenait déjà tout près de Foudre, à genoux dans l'eau elle aussi. Elle ne toucha pas le grand guerrier et ne chercha pas à être vue de lui. Elle n'aurait probablement pas réussi tant il était concentré sur celui qui entravait ses gestes. Mais elle quitta Rutilant du regard pour reporter son attention sur les traits du visage de celui dont elle était responsable. Un coin de son esprit lui dit qu'il y avait un peu plus qu'une simple question de responsabilité ou de conscience professionnelle mais elle chassa cette idée au loin. Elle prit une longue respiration et alors que l'air quitta ses poumons, elle se glissa dans la tête de Foudre, invisible comme un souffle. De la même manière que le vent léger qui balayait les nuages de son souffle discret, elle œuvra pour chasser un à un les mauvais souvenirs de l'esprit du soldat d'El, faisant écho à chaque mot prononcé par son ami, écoutant et se synchronisant avec ce qu'il évoquait. Ils ne disparaîtraient pas. Ce n'était pas l'objectif ici. Il fallait apprendre à vivre avec ses souvenirs, bons comme mauvais, en les acceptant pour ce qu'ils étaient : des choses sur lesquelles il n'y avait plus de prise.
Petit à petit, les muscles du visage de Foudre se détendirent, sa respiration se calma et ses gestes de protestation s'amenuisèrent. Grâce tenait ses mains serrées sur ses genoux. Elle se retira en elle-même avant que cela soit véritablement fini. Ses murailles se refermèrent autour d'elle et elle tremblait comme une feuille en se relevant. Son intervention par l'Art avait permis d'accélérer le processus de retour à la normale mais elle n'avait pas réussi à se prémunir du ressenti du Père d'El et il lui fallait évacuer à son tour. Elle n'avait pas eu besoin de voir quoi que ce soit, d'entrer réellement dans les souvenirs du soldat pour avoir enregistré ses désagréables impressions.


Sans un mot, sans se retourner, la soigneuse s'éloigna, pieds nus et robe toujours défaite. Elle avait besoin de marcher. Seule. Loin du moindre tumulte, de la moindre question. Elle avait déjà connu ça. Était-ce une fois ? Ou plusieurs ? En quelles circonstances ? Pour sauver ou aider qui ? C'était flou, insaisissable pour son esprit mais son corps tremblant s'en souvenait pour elle.
Elle suivit le cours de la rivière, la remontant ou la descendant, elle n'en avait pas la moindre idée. Ce n'était pas important. Elle se contentait de respirer, de marcher et de respirer. Respirer encore. Toujours. Inspirer. Expirer. Prendre conscience de ce qui était et le laisser s'échapper, glisser sur elle lorsque son souffle repassait au dehors. Se libérer de cet état, de cette sensation, de ses frissons qui n'étaient pas dû au froid de son corps. Inspirer. Expirer.
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Jeu 27 Fév - 0:12
Foudre
La Hache d'El
Foudre
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Le combat était âpre parce que Foudre faisait tout son possible pour que Rutilant perde pied mais le roux avait bien assuré ses prises. Il avait suffisamment combattu son ami pour savoir que s'il ne commençait pas sérieusement, il aurait toutes les peines du monde à le contenir. Au niveau de la force, ils étaient plus ou moins semblables mais Rutilant avait un net avantage. En effet, c'était le champion du Bras d'El pour le tournoi à mains nues. Ce titre ne l'aidait en rien dans sa tâche actuelle surtout que l'un de ses plus féroces adversaires lors de ces tournois était justement Foudre. Le maintenir tout en tentant de le faire plier pour lui faire boire un peu la tasse histoire de lui faire perdre ses repères n'était pas simple. Il sentait ses muscles tétaniser mais il ne pouvait pas lâcher. Il devait tenir. Le fait de lui parler pour tenter de le ramener à la raison n'était pas simple parce qu'il devait constamment chercher son souffle. Cela lui demandait énormément d'effort et l'eau autour d'eux éclaboussait partout.

Tout à coup, Rutilant entendit une voix dans sa tête, la voix de la sœur d'Eda. Cela le déstabilisa quelque peu et il faillit bien perdre Foudre. Vu qu'ils ruisselaient d'eau tous les deux, il était compliqué d'assurer des prises parce que la peau glissait. Rutilant devait faire usage de toute sa science des prises et clés qu'il connaissait pour immobiliser quelqu'un. L'intervention dans sa tête de la demoiselle faillit faire voler tout cela en éclat mais heureusement, il se reprit tout aussi vite. Quelle magie terrifiante, ainsi rentrer dans la tête des gens pour leur parler. Beaucoup devaient trouver que cette manière d'agir était intrusive à souhait. Marrant de penser que l'Art était accepté parce que pratiquée par une élite alors que le Vif non. La voix de Grâce était douce et faible. Elle ne cherchait pas à crier dans sa tête, elle souhaitait simplement lui parler pour que le brun n'entende rien. Elle allait l'aider... Comment ? Sans doute avec sa magie bizarre. Cette femme était une magicienne. D'ordinaire, Rutilant se tenait bien loin de ces gens là parce qu'il ne comprenait par leurs dons et ne cherchait en rien à le comprendre.

Sans pouvoir faire quoique ce soit pour lui faire comprendre qu'il avait compris, il laissa faire la demoiselle. Quoi ? Aucune idée. Elle était en face d'eux les genoux dans l'eau et le fixait. Du moins, c'est ce que l'on pouvait voir de l'extérieur. Comptait elle le faire plier simplement en le fixant du regard ? Se prenait-elle pour un chat demandant de l'attention ? Imaginait-elle vraiment que ça allait fonctionner avec Foudre ? Si c'était le cas, il était certain qu'il essayerait à son tour. Le fixer sans ciller jusqu'à ce que le belliqueux ami remarque qu'il était observé et finisse par craquer. Chacun sa technique mais en l’occurrence si Rutilant l'utilisait, il se ferait simplement taper. Écoutant la dame, il continua de marteler toujours les mêmes mots. Il finirait bien par l'écouter !

Tout à coup, au bout d'un temps difficile à calculer, les gestes de Foudre furent moins brutaux. L'homme semblait mettre moins de hargne dans son combat. Etait-il fatigué ? Cela avait-il un lien avec ce que Grâce avait dit plus tôt ? Donnait-elle de l'écho à ses paroles ? Comment ? Il avait beau tendre l'oreille, il n'entendait rien. D'habitude, quand il y avait de l'écho, il y avait un bruit qui se répétait dans l'air. Là ? Rien. Le faisait-elle dans la tête du brun ? Cela devait être une belle cacophonie d'entendre la voix de Rutilant en écho avec tous les mots qui s'entrechoquaient et se répétaient. Lui aussi, il serait certainement fatigué à la longue.

Tandis que Foudre tendait à redevenir calme, la demoiselle se leva et s'en alla dans la forêt. Que c'était-il passé ? Pourquoi partait-elle ? Il ne pouvait se poser ces questions pour le moment parce qu'il était toujours en train de maintenir Foudre dans ses bras puissants. Peut-être faisait-il semblant d'être calme pour le surprendre par des coups vifs et puissants. Tant qu'il ne verrait pas l'homme s'effondrer de fatigue à la limite de se noyer, il ne relâcherait pas son étreinte. Et finalement, il sentit le corps de son ami abandonner le combat. Le roux sentit que s'il ne retenait pas Foudre, il allait tomber dans l'eau. Comme il était fatigué de sa lutte, il appela ses frères pour le sortir de l'eau. Il était primordiale de le coucher près d'un feu pour qu'il puisse sécher ses vêtements.

Une fois Foudre allongé près du feu, Rutilant tomba au sol à ses côtés. Il n'en pouvait plus, il avait mal partout. Ce bougre s'était bien défendu parce que le roux avait de minis entailles sur les bras et les jambes. De plus, il sentait les muscles de ses bras et de ses jambes lui faire mal. Il avait dû puiser loin pour en arriver à bout. Ou était la blonde ? Il était bien trop fatigué pour tenter de répondre à sa question. Elle reviendrait quand elle sentirait que c'était le moment de revenir. Peut-être avait-elle besoin de se reposer aussi. Même si Rutilant n'avait pas compris ce qu'elle avait bien pu faire, cela avait dû lui prendre pas mal de forces. Était-elle retournée à la rivière ? D'un coup, les images de la donzelle et de son corps nu envahirent les pensées du roux. Certes il avait souffert avec Foudre mais il avait de quoi ne plus y penser. Ce spectacle resterait gravé dans sa tête pour un bon moment.

De son côté Foudre s'était enfoncé dans un sommeil sans rêve. Il était très fatigué mais sa respiration était régulière. De quoi se souviendrait-il au réveil ? Il était déjà arrivé qu'il se souvienne de tout et parfois de rien. Malheureusement, c'était un peu la loterie dans ces cas là.



* * * * *



Le convoi envoyé par le camp principal arrivait à l'instant. Les hommes furent rassurés de voir enfin toutes les fournitures leur parvenir. Ils allaient pouvoir dresser un mini camp, creuser des trous pour enfuir les bêtes et se nourrir. Certains avaient également besoin de se changer parce que leur tenue était maculée de sang, de tripes et que l'odeur était insupportable.

Le bruit des bêtes, des chariots et du remue ménage qu'occasionnait le déchargement réveilla Foudre. Il lui fallu un moment avant de réaliser où il se trouvait et ce que faisaient ses frères. Évidement, Rutilant fut directement prévenu aux premiers mouvements du brun. Celui-ci vint aux nouvelles et parla à son ami de ce qu'il s'était passé et de ce qu'avait fait ou croyait qu'elle avait fait. Il ne savait pas très bien et se sentait mal à l'aise de parler de magie. Lui était un homme simple qui n'appréhendait pas les choses trop compliquées. Il aimait les femmes, la nourriture et de temps à autre une bonne bagarre dans une taverne.

Foudre fut profondément déçu d'avoir une nouvelle fois craqué face à ses profonds démons. Il pensait que c'était derrière lui parce qu'il y avait un bon moment qu'il n'avait plus fait ce genre de crises. Alors pourquoi avait-il rechuté ? Il poserait certainement la question à Roseau ou au Père Béril. Peut-être que ces savants arriveraient à lui donner une réponse. Il était en colère contre lui-même mais il était également en colère contre Grâce. Une fois de plus, elle avait utilisé sa magie pour lui venir en aide alors qu'elle n'était vraiment pas en forme. Ne pouvait-elle pas se mettre en retrait pour laisser faire les autres ? Pourquoi sans cesse faire appel à l'Art ? Il ne se doutait pas un seul instant du combat que tout artiseur livrait pour ne pas plonger une fois de plus dans sa magie de peur de se faire emporter par le courant. Tout comme il ne savait pas qu'ils en avaient tous envie. N'empêche, ses frères avaient déjà dû gérer ce genre de crise, il n'y avait donc absolument pas besoin d'elle pour cela. Pourquoi se sentait-elle obligée d'agir ? Tentait-elle de se prouver quelque chose ? Voulait-elle que l'on pense qu'elle était indispensable ? Que sans elle ils n'arriveraient à rien ? Toutes ces questions, il allait les lui poser quand il se retrouverait nez à nez avec elle. Pour l'heure, personne ne savait lui dire où elle se trouvait. Elle n'avait pas réapparu depuis son action.

« Il serait peut-être judicieux à un moment donné de s'alarmer les gars... Ça fait combien de temps qu'elle est partie ? Il lui est peut-être arrivé quelque chose... »
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Ven 28 Fév - 10:54
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
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Combien de temps marcha-t-elle ? Dans quelle direction allait-elle ? Rien n'avait d'importance pour la prêtresse. Ses pieds étaient froids à déambuler nus sur le sol humide de cette forêt, de ce bord de rivière. Elle s'écorcha un orteil sur une racine mais ne s'en aperçut pas. Elle avançait encore et encore, uniquement concentrée sur sa respiration. Une sourde angoisse avait envahi son corps et pollué son esprit tandis qu'elle artisait Foudre. Elle s'était imprégnée de sa peur, de ses tourments sans y goûter non plus complètement. Elle avait l'impression d'avoir déjà connu cela, d'avoir déjà ressenti ce tourbillon qui chamboulait sa rationalité. L'esprit était complexe. Celui des autres peut-être plus encore. Et elle avait pris pour elle, sans s'en rendre compte, sans l'avoir voulu, cette panique, cette terreur. Voilà qu'elle avait mal au cœur sans n'avoir aucune raison valable pour cela. Elle avait la nausée, l'esprit brumeux et n'aspirait qu'à ce que cela disparaisse.
Il y avait un remède. Un qui lui tendait les bras, qui l'accueillerait avec chaleur et délectation. Auprès duquel elle pourrait oublier, se libérer de toutes pensées, de toute conscience de son corps. Mais elle ne pouvait pas. Elle ne devait pas se laisser appelée par le fleuve d'Art, ce brillant et chatoyant courant où elle pourrait disparaître un instant... Juste un court et bref instant... Non ! Il n'en était pas question !
Inspirer. Expirer. Penser à autre chose et marcher. Un pas après l'autre, respirer toujours. Elle avait mal. Inspirer. Elle se sentait oppressée. Expirer. Chasser le mal, chasser la noirceur et la tentation en chassant vigoureusement l'air de ses poumons. Accueillir le calme et le silence alentours en laissant entrer une nouvelle et fraîche bouffée d'air par son nez. Sentir le chemin que faisait ce souffle, descendant le long de sa gorge, prendre sa place, toute la place dans chacune des cavités pulmonales. Et souffler une nouvelle fois. Et poser le pied à terre. Sentir le courant de l'air sur sa peau froide, la mousse humide sous la plante de son pied. Entendre le chant d'un oiseau, le bruissement des cimes.
Inspirer et voir enfin le monde autour d'elle. Ouvrir les yeux même s'ils n'étaient pas fermés.
Expirer et re-découvrir la réalité.


La forêt était plus dense, le ciel absent sous le couvert des arbres. La lumière avait baissé sûrement aussi se fit-elle la remarque. Un picotement lui fit baisser les yeux sur son pied gauche. Du sang avait coulé sur plusieurs orteils et s'était mélangé à la boue sur laquelle elle avait marché. Elle sentit également son dos qui hurlait sa désapprobation quant à la marche rapide et inconsidérée dans laquelle elle s'était lancé à cœur perdu. Elle calcula que ses mamelons pointaient presque douloureusement et qu'elle avait froid car son corsage était encore ouvert.


Elle ne savait pas où elle était. Mais elle savait qui elle était en cet instant : une sombre idiote ! Arrêtée là, au milieu de nul part, frigorifiée, contusionnée, simplement perdue. Elle avait agi sur un coup de tête et elle en subissait les conséquences. Elle aurait pu appeler à l'aide grâce à son Art mais la fille d'Eda avait trop peur de s'en servir encore. Elle se sentait prête à glisser dans cet autre espace, dans ce temps suspendu où elle ne serait rien de plus qu'une parmi l'immensité. C'était à la fois effrayant, exaltant et rassurant de se laisser porter par plus fort, plus puissant que toute chose sur terre.
Brusquement, elle s'acccroupit et planta ses ongles dans la terre. Elle y plongea ses doigts et ne se concentra que sur ce qu'elle ressentait à cet endroit là. C'était meuble et frais. Une odeur apaisante, éternelle envahissait ses narines alors que ses mains remuaient l'humus. Une fourmi dérangée dans son cheminement grimpa sur le dos de sa main et après une hésitation, ne continua pas son ascension sur la peau de l'humaine. La réalité, elle devait rester connectée à la réalité. Elle était perdue. Seule et perdue. Voilà la réalité. La triste et pathétique vérité ! Grâce était toujours seule. Pour faire face aux difficultés, pour surmonter les obstacles, pour les bons comme les mauvais moments. A qui parlerait-elle de cet instant ? À qui se confierait-elle sur les angoisses qui la saississaient quand elle se retrouvait ainsi désœuvrée, attirée par le chant de l'Art ? C'était elle qui aidait les autres, qui leur apportait une oreille bienveillante et des conseils, des soins et de l'attention. Elle était celle qui donnait, de son temps, de son énergie, de ses connaissances, car c'était sa mission. Mais qui était là pour lui rendre la pareille ? Qui laissait-elle prendre ce rôle pour elle ?


Le froid l'envahissait de plus en plus. Son orteil blessé piquait. Ses doigts étaient sales et gelés. Sa poitrine et son dos lui faisaient mal. Mais elle se sentait vivante, présente. La petite blonde se redressa et marcha, glaupinant jusqu'à la rivière. Elle ne s'en était pas vraiment éloignée, surprise de son instinct malgré l'errance de son mental. Elle glissa son pied dans le courant et serra les dents sous la morsure de l'eau glacée. Elle se rinça les mains en même temps puis se nettoya les pieds.
Un rapide coup d'œil sur son orteil lui révéla que ce n'était qu'une égratignure. Elle s'essuya les mains sur le côté de sa robe et acheva enfin de la refermer. Le nœud qu'elle fit dans son dos lui tira une nouvelle grimace et sans refouler les larmes qui lui montaient aux yeux, elle éclata néanmoins de rire. Puis elle s'écarta du bord de l'eau, gagna le tronc d'un arbre et se recroquevilla sur elle-même. Enroulant ses bras autour de ses jambes, elle les serra et posa sa tête sur ses genoux. Elle était fatiguée. Aussi fatiguée qu'endorlorie et que frigorifiée. La petite prêtresse avait abusé, tiré sur la corde jusqu'à voir celle-ci s'étioler. Elle en avait pleinement conscience mais elle avait peur de s'endormir maintenant. Ses murailles d'Art étaient hautes. Elle les vérifia une, deux, quinze fois. A chaque fois que sa tête se faisait plus lourde, que ses paupières s'abaissaient, et qu'elle se redressait en sursaut. Elle devait dormir. Mais elle devait se protéger également. Rentrer au campement était impossible. Elle n'avait plus la force de mettre un pied devant l'autre. Plus la volonté de seulement se relever. Elle était tellement fatiguée... Dormir juste un peu. Se laisser aller au sommeil et se faire confiance pour ne pas couler. La torpeur était douce, attirante. La chaleur de son propre corps apaisante. Sa respiration calme. Son cœur peu à peu serein.


Grâce glissa doucement sur le côté, emportée par la nuit qui tombait sur son monde intérieur. Peu importait l'heure, peu importait le temps. Elle partit dans un sommeil profond, couchée à même le sol, ses cheveux blonds s'emmêlant aux racines de l'arbre qui accueillait son repos, ses genoux remontés vers son visage, ses bras les enlaçant encore. Elle dormait là sans plus se préoccuper de rien. Sa peur d'errer dans le fleuve d'art n'était plus, son mal au dos n'était plus. Oubliées les terreurs du prêtre d'El, de tant et tant d'hommes avant lui. Remisées les questions sur la suite de cette étrange aventure, les interrogations sur elle-même, sur comment elle retrouverait les autres, ce qu'elle ferait ensuite.
Grâce dormait et une araignée passa sur son dos pour monter sur l'arbre. Une musaraigne vint renifler prudemment le bout de son pied avant de s'éloigner prestement quand ses moustaches la chatouillèrent et que l'humaine remua. Elle ne réagit pas davantage quand des pas se rapprochèrent, accompagnés de voix d'hommes. Une main se posa sur son épaule, frôla son visage mais elle était loin dans son songe pour y réagir.




~~~~



A la question de Foudre, ils eurent bien du mal à répondre. Aucun n'avait vraiment vu le temps passé et si certains s'étaient interrogés sur l'absence de la prêtresse d'Eda, aucun n'avait cherché après elle. Elle était du genre débrouillarde et eux-même avaient vaqué à leur occupation jusqu'à ce que la caravane de ravitaillement n'arrive. Ceux qu'interrogeait le Père avaient la mine penaude. Ils n'avaient pas assuré mais en même temps, était-ce leur faute ? Rutilant non plus ne s'était pas inquiété outre mesure et n'avait rien fait pour retrouver la demoiselle. Tous pensaient qu'elle finirait par revenir.


" Elle ne me répond pas et je ne la trouve pas mon Père." avoua le prêtre artiseur. Il n'avait pourtant pas l'air spécialement inquiet à ce constat. Cela ne présageait pas nécessairement d'une mauvaise nouvelle. Il s'expliqua alors : " Elle peut s'être isolée, coupée complètement à l'Art pour se protéger de son attrait et je ne peux donc pas la détecter ou la contacter. "
Il n'évoqua pas la possibilité qu'elle eut goûté à la tentation et qu'elle se retrouvait alors perdue errante dans le courant magique. Il ne la connaissait guère cette jeune femme mais dans les échanges qu'ils avaient eu, il la sentait responsable et consciente. Même si elle avait usé de sa magie sur Foudre quelques temps plus tôt pour l'aider à calmer sa crise, elle avait l'air de savoir ce qu'elle faisait. Du moins, l'espérait-il.


Deux options s'offraient aux hommes. Soit ils continuaient leur mission, organisant le campement pour la nuit à venir et l'expédition du lendemain. Attendant, espérant qu'elle repointe le bout de son nez. Soit certains mettaient de côté leurs tâches pour partir à la recherche de la jolie blonde.
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Dim 1 Mar - 23:43
Foudre
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Foudre
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Pour toutes réponses, Foudre n'eut droit qu'à des regards fuyants, des balbutiements ou des bouches qui s'ouvraient et se fermaient comme les poissons. Autant dire rien. Heureusement qu'il y avait ce frère zélé depuis que Foudre l'avait menacé pour lui apporter quelque chose même si ça n'était pas grand chose. Il n'arrivait pas à la détecter et à entrer en communication avec elle. Il ne semblait pas s'inquiéter plus que ça. Apparemment, il était possible de se couper de toutes communications pour avoir la paix. Foudre n'y comprenait pas grand chose et il se demandait bien comment cela pouvait être possible mais ça n'était pas le moment de demander un cours. D'ailleurs l'aurait-il eu ? Sans doute que oui, ce pauvre serviteur d'Eda aurait eu trop peur de ne pas répondre aux attentes du Ripponais.

« C'est quand même étrange... »

Il n'y avait pas grand monde près du brun. Les deux officiants d'Eda et un du Bras d'El. Le reste était en train d'aider ceux qui avaient emmenés les chariots  à décharger. Rutilant se faisait une joie de recevoir les outils, les tentes, la nourriture et les habits de rechange. Tandis qu'ils étaient occupé, un petit groupe de cinq frères d'El arriva peu après. Parmis eux, il y avait Pod.

« Mon Père ! »

« Pod ? Mais qu'est-ce que tu fais ici ? Et eux ? »

L'écuyer s'avança jusqu'à son mentor pour le saluer et attendit que ses camarades soient là pour répondre à la question qui lui avait été posée.

« Nous sommes les renforts. Il parait qu'il faut des bras pour creuser la fosse mais qu'il faut également des gens pour chercher qui a perpétré ce carnage. Je me suis porté volontaire pour venir. »

Cette dernière phrase passa complètement inaperçu auprès de Foudre. Il était en train de réfléchir à la répartition des forces pour d'un côté s'occuper du camp et de l'autre, il se demandait s'il ne devrait pas partir à la recherche de la prêtresse guérisseuse. Comme il n'entendait plus de bruits sortant de la bouche du jeune aspirant, il dit :

«Ah oui, ok c'est bien. C'est bien Pod. »

Mais il n'y avait pas beaucoup de convictions et on pouvait voir qu'il était absorbé dans autre chose. La joie de l'écuyer retomba quelque peu vu que sa prise d'initiative passait complètement à la trappe. Son mentor n'avait même pas écouté jusqu'au bout. Voyant que Foudre ne faisait même plus attention à eux, les gars partirent donner un coup de mains aux autres.

*Bon sang, que faire ? Envoyer des frères à sa recherche au risque qu'elle revienne sans les avoir croisé ? Ne rien faire au risque qu'il lui soit arrivé quelque chose ?*

Le fait qu'il y ait des renforts était une bonne chose en soi. Cela permettrait à ceux qui s'acharnaient ici depuis plusieurs heures à se reposer un peu. Bien sûr, ils ne regarderaient pas les autres bosser à leur place mais il y aurait au final moins de travail à faire une fois que celui-ci serait départagé. De son côté Rutilant menait sa mission de nouveau leader du Bras d'El à bien. Il faisait en sorte que les denrées apportées se tiennent loin des carcasses. Il avait déjà ordonné que certains s'occupent de monter les tentes et chargé l'un des frères de faire à manger. Tout le monde avait faim et cela rendrait des forces à tout le monde d'avoir quelque chose dans le ventre.

En soi, les choses avançaient dans le bon sens. Voyant que tout le monde était occupé, Rutilant s'octroya quelques instants de répit pour venir aux nouvelles près de son ami.

« Tu te sens comment ? Ça va mieux ? Attend quelques instants et tu te sentira encore mieux quand tu aura mangé quelque chose. Je pense que l'on en a tous besoin. »

Voyant qu'il n'avait aucune réaction en face, il se tourna vers le brun et lui demanda :

« Oh Foudre, tu m'écoutes ? Ça va ? Qu'est-ce qu'il se passe ? »

Sortant de ses pensées, Foudre s'excusa :

« Pardon Rutilant, je réfléchissais... Grâce n'est pas là et personne ne sait me dire où elle se trouve. Son collègue a tenté de la contacter par l'Art mais apparemment, elle est injoignable et indétectable. »

A la mention de cette magie, Rutilant eut des frissons. Ce qu'elle permettait de faire paraissait effrayant. Il valait mieux l'avoir pour soi que contre soi pensa-t-il.

« Ah oui tiens, c'est vrai. Je ne l'ai pas non plus revue depuis que tu t'es calmé. Elle est partie par là (il indiqua une direction). Elle a l'habitude d'être seule, peut-être a-t-elle besoin d'un moment pour elle-même. Pas forcément évident pour une femme de côtoyer que des hommes. »

L'explication certes assez simple du roux ne convint pas totalement le Père déchu. Il ne se l'expliquait pas mais pour lui, il était certains de devoir agir. Oui, sa décision était prise, il irait voir où elle se trouvait. Après tout, elle avait risqué sa vie plus qu'une fois en le soignant. Il lui devait bien ça.

« Rutilant... Je.. Tu me donnerais la permission de prendre deux ou trois gars et d'aller voir s'il ne lui est rien arrivé ? Je... J'ai... Elle a fait beaucoup pour moi.. »

« Et tu te sens redevable. Pour sûr que tu l'es et plutôt deux fois qu'une même ! Fais ce que te dictes ta conscience mon frère. »

Rutilant tapa sur l'épaule de Foudre en lui répondant. Alors que son ami se dirigeait vers le feu où étaient les hommes, il l'interpella :

« Foudre... Merci d'avoir demandé. »

« C'est toi le responsable de cette mission pas vrai ? Faut juste que je m'y habitue. Tu t'en sors bien. »

Le Béarnois eut un grand sourire devant ce compliment. Foudre n'était pas le genre d'homme à en distribuer beaucoup. Le Ripponais arrivait près du feu et demanda trois volontaires pour l'accompagner à la recherche de Grâce. Pod ainsi que deux autres se levèrent et pour cause, ils venaient d'arriver et ne se sentaient pas de se poser pour le moment. Un peu d'action leur ferait du bien. Le Frère cuisinier offrit un petit casse croûte au brun histoire qu'il ait quelque chose dans l'estomac. Une fois cela englouti, ils se mirent en route dans la direction qu'avait indiqué Rutilant précédemment. A peine parti, ils furent rejoint par le frère que Foudre avait menacé plus tôt dans la journée.

« Je viens avec vous au cas où il faudrait lui donner les premiers soins. »

Foudre hocha la tête et ils continuèrent leur chemin.

* * *

Cela faisait combien de temps qu'ils marchaient dans ces bois ? Ils étaient disposés en ligne et espacé les uns des autres de quinze mètres. A la droite de Foudre, il y avait l'officiant d'Eda marchant près de la rivière et à sa gauche, Pod.

Ils finirent par trouver la jolie blonde recroquevillée au sol près d'un gros arbre. Elle semblait inconsciente parce qu'elle ne répondit à aucun stimulus qu'il soit vocal ou tactile. Le toubib ne décela rien d'anormal, elle était profondément endormie. Sans doute le contrecoup de tout ce qu'elle avait dû faire pour sauver Foudre. Son corps réclamait du repos et comme elle écoutait rarement, il s'était imposé à elle pour une fois. Elle avait dû drôlement forcer pour en arriver là. Foudre posa sa main sur son épaule et lui frôla la joue. N'ayant aucune contre indication, le brun souleva la demoiselle le plus délicatement possible. Elle ferait le retour dans ses bras si elle n'avait pas la force de marcher. Vu qu'elle dormait, il était certains qu'elle ne l'avait pas.

Tout doucement, il chuchota :

« On rentre au camp les gars. On va l'installer dans une tente bien au chaud dans des couvertures. »

A son tour de s'occuper d'elle et de lui venir en aide. Il était content d'avoir suivit son instinct. Que lui serait-il arrivé si personne n'était parti à sa recherche ? El seul le sait.
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Jeu 5 Mar - 11:48
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
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Le sommeil de plomb de la jeune femme ne fut pas perturbé un instant par le prêtre d'El. Il la porta donc jusqu'au campement qui avait eu le temps d'être correctement monté et l'avait installée sur un lit dans une tente pour qu'elle soit tranquille. Il avait pris le temps de nettoyer ses pieds, ses mains et son visage et avait pu voir un petit sourire se dessiner sur les lèvres de Grâce. Elle n'avait pas conscience de ce traitement mais y réagit quand même avec satisfaction. L'eau tiède qui servit à la débarbouiller était autrement plus agréable que la dernière avec laquelle son corps avait été en contact. De la même manière, le poids de la couverture ne la perturba pas mais elle s'y emmitoufla dès l'instant où son corps sentit sa chaleur posée sur elle. Grâce dormit, recroquevillée sur elle-même pendant de longues heures encore. Son visage est apaisé et elle ne rêva pas. Ses murailles d'Art étaient fermement dressées et elle se sentait en sécurité ; la fatigue et les émotions avaient eu raison d'elle. Dormir était la seule chose que son corps était capable de faire en cet instant.


Peu à peu, elle emmergea et son corps lui apporta des informations sur son environnement. Ce n'était plus de la terre meuble et froide qui l'accueillait mais un lit dur et chaud. Elle sentait la douceur d'une couverture sur sa peau et se recroquevilla encore un peu pour l'apprécier. Le sommeil doucement la quittait. Comme un ami qu'on voit peu souvent, elle s'accrochait à lui pour le garder encore un peu avec elle. Juste un instant. Juste un petit moment de plus à savourer sa présence. Elle ne s'inquiètait pas encore de savoir où elle était et ce qu'elle faisait là. Elle souhaitait juste s'accrocher encore à cette tendre torpeur.
Puis finalement, elle accepta que le combat fut terminé et laissa partir le pays des songes. Agitant les orteils, elle se rendit compte qu'ils étaient propres et chauds mais que l'un d'entre eux picotait. Cela lui revint : elle s'était légèrement blessée en marchant pieds nus. Elle avait encore dans les cheveux une odeur de mousse et de terre. Les souvenirs de la fin de journée revenaient petit à petit avec netteté dans son esprit. Elle se souvenait sa fuite après avoir prêté assistance à Rutilant, son errance dans la forêt, avoir lutté longtemps contre l'appel de l'Art mais ne s'était pas sentie s'endormir. Ce n'était pas plus mal. Cela avait été une réaction saine de son corps. Mais elle réalisait maintenant qu'il aurait pu lui arriver malheur ainsi seule dans les bois, loin de tout chemin. Désormais elle était dans une tente, à l'abri, au chaud et on avait pris soin d'elle. Elle aurait pu avoir des raisons d'avoir peur, mais elle était persuadée que ce n'était pas n'importe qui qui l'avait récupérée. Son corps n'avait subi aucun outrage et on ne prenait pas grande attention d'une fille qu'on peut maltraiter à loisir.


Elle finit par s'asseoir sur le lit, tenant la couverture contre sa poitrine, ramenant ses jambes vers elle. Elle n'avait plus sommeil et à mesure que son corps s'éveillait, elle se rendit compte qu'elle avait très soif et faim aussi. Il faisait encore nuit mais elle était bien incapable de savoir quelle heure cela pouvait être. Le soleil n'était pas encore couché quand elle s'était assoupie à même le sol. Une fois ses yeux habitués à la pénombre, elle discerna une forme assise sur une paillasse non loin d'elle.
Elle se leva finalement, passant la couverture sur ses épaules. Ce simple geste lui fit serrer les dents. Son dos se rappelait à elle. Une seule nuit de sommeil ne réparait pas tout.


" Merci Foudre... " murmura-t-elle avec tendresse. Un sourire étirait ses lèvres.

Pas besoin de tendre son Art pour savoir qui se trouvait dans la tente avec elle. Elle le tenait fermement isolé derrière les hautes murailles de son esprit. Il n'était pas question de l'utiliser à nouveau avant un long moment !
La silhouette du Père d'El se découpait difficilement dans la pénombre qu'il avait maintenu pour qu'elle se repose. Mais elle savait que c'était lui. Elle l'avait reconnu à son attitude, son odeur et sa présence lui mettait du baume au cœur.


" Je suis désolée... " commença-t-elle en venant s'asseoir à côté de lui. Elle remonta la couverture sur ses épaules. Elle avait parlé tout bas et son cœur battait à tout rompre. Elle était navrée de l'avoir probablement inquiété, d'avoir perçu ce qu'elle avait perçu en lui, de n'avoir pas su l'aider avant que la crise ne se produise... Elle se sentait à la fois ravie de l'avoir auprès d'elle, qu'il ait fait preuve d'attention envers elle et penaude, légèrement coupable d'avoir autant forcé alors même qu'elle lui avait dit de ralentir lui-même.
" J'espère que tu vas mieux. Et si tu veux m'engueuler, fais-le... "

Elle avait croisé les bras sur ses genoux relevés et y avait posé sa tête pour le regarder. Dans la pénombre, elle ne devinait que les contours de ton visage mais entendait sa respiration et percevait sa chaleur. Alors qu'elle lui donnait l'autorisation de la sermonner et qu'elle se doutait qu'il n'hésiterait probablement pas à le faire, la jeune femme fut prise d'une curieuse envie qui lui chatouillait le ventre. A savoir qu'il avait veillé sur son sommeil, à l'avoir assis juste à côté d'elle, à sentir sa présence puissante et rassurante dans le noir de la nuit, ce fut plus fort que sa raison. Elle voulait se blottir contre lui, qu'il la prenne une fois de plus dans ses bras et que le temps s'arrête sur ce moment simple. Sentir son cœur battre contre le sien et rien d'autre. Pour une raison qu'elle n'expliquait pas, elle se sentait en confiance et en sécurité auprès du riponnais. Grâce ne prenait pas le temps de penser à ce genre de chose d'ordinaire mais en cet instant, elle en avait terriblement envie.
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Dim 8 Mar - 16:25
Foudre
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Foudre
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Le retour s'était passé sans encombre. Plus besoin de regarder partout pour repérer le moindre indice sortant de l'ordinaire, ils avaient retrouvé leur paquet. Là, ils se contentaient de marcher en groupe. Sans qu'il n'en donne l'ordre, chacun s'était mis de part et d'autre du Père Foudre que ce soit horizontalement ou verticalement. Le Ripponais ainsi que la personne qu'il portait se trouvèrent au milieu du groupe protégé par les autres de tous côtés. Était-ce vraiment nécessaire ? Sans doute que non mais on était jamais assez prudent. Pour le coup, ils avaient eu de la chance et la soigneuse encore plus qu'eux.

Arrivé au campement, il avait demandé à un de ses frères de lui indiquer quelle tente il pourrait utiliser pour que leur consœur d'Eda se repose. Il avait demandé à Pod d'aller voir le frère cuisinier pour qu'il chauffe de l'eau afin que Foudre puisse faire la toilette de Grâce ou du moins les parties visibles. Histoire qu'elle soit un peu mieux et qu'elle ne salisse pas trop les draps et se salisse elle encore plus. Il y avait mis toute la délicatesse dont il pouvait faire preuve. La demoiselle dormait et il aurait été malheureux qu'elle se réveille à cause de lui. Elle se serait sans doute demandé ce qu'elle faisait dans une tente seule avec lui. Elle se demanderait également pourquoi il avait un linge humide qu'il lui dégoulinait sur les jambes. Aurait-elle pensé dans ce cas là que Foudre tentait de profiter de la situation ? Impossible de le savoir mais en tous cas, le Père n'était pas ainsi. Il tentait simplement de rendre la pareille à cette femme qui avait déjà tant fait pour lui.

Ayant réussi à enlever le plus gros, il se contenta de lui mettre une couverture sur le corps pour qu'elle se réchauffe. Il y avait également le deuxième avantage qui était que cela permettait également de cacher sa robe qui était déboutonnée à hauteur de sa poitrine. Foudre avait rougit à chaque fois que son regard avait croisé par inadvertance cette zone. Il se sermonnait intérieurement parce qu'il avait l'impression de profiter de quelque chose dont il n'avait pas droit. C'était clairement un crime sans victime mais quand même. Il avait l'impression de profiter d'elle à son insu et cela le dérangeait beaucoup. Malgré tout, il se prit à regarder ses seins à trois ou quatre reprises avant de définitivement les cacher par la couverture. Ne pouvant plus rien faire pour elle dans l'immédiat, il s’éclipsa quelque minute le temps de manger quelque chose de plus consistant et de boire parce qu'il avait la gorge sèche. Quand tous ses besoins furent comblés, il sentit la fatigue lui tomber dessus. Un peu comme si son corps réclamait la facture après tous les efforts fournis ces dernières heures. Alors qu'il entrait dans la tente de Grâce pour voir si elle dormait toujours, il vit Pod qui installait une paillasse aux pieds du lit. Etonné, l'homme demanda :

« Que fais-tu Pod ? » chuchota-t-il

L'écuyer se retourna vivement, un peu surpris et répondit :

« Je me suis dit que vous auriez envie de veiller sur elle pendant la nuit. Maître Rutilant m'a soufflé que vous vous sentiez redevable. Je me suis dit qu'en restant près d'elle, vous payeriez d'une certaine manière votre dette. »

Foudre sourit devant la prise d'initiative de son élève. Il avait pas mal pris en maturité depuis qu'il était avec eux. Il serait bientôt prêt pour les épreuves. Toujours en chuchotant, il lui répondit :

« Merci Pod, tu as bien fait. Mais va dire à Rutilant qu'il se mêle de ses affaires. »

« Bien Mon Père. »

L'écuyer partit et Foudre s'installa donc sur la paillasse qui avait été installée pour lui. C'était une idée brillante malgré tout mais il ne l'avouerait pas à son ami roux. Il tendit une dernière fois l'oreille en direction de Grâce pour s'assurer qu'elle respirait toujours calmement et s'endormit à son tour.



* * *



Il faisait sombre et froid. Malheureusement pour la compagnie, ils ne pouvaient pas faire de feu à moins de vouloir se faire repérer par l'ennemi. Les Artiseurs avaient prévenus les troupes que les Outriliens allaient attaquer trois heures avant l'aube. Au moment où les sentinelles seraient les moins attentives et les plus fatiguées d'avoir dû lutter toute la nuit contre la fatigue et l'inactivité. Que c'était long quand il fallait simplement regarder le paysage et tout ce qui était susceptible de prouver la présence de l'ennemi. Que faire quand rien ne changeait ? Qu'il n'y avait aucun bruit suspect ni rien de visible ? Ce froid était intense et chaque extrémité du corps douloureuse. Les capes faisaient leur travail mais au plus fort de la nuit, même elles manquaient d'efficacité.

Un soldat qui avait été désigné pour faire le relais entre le commandement et le Bras d'El vint réveiller les hommes. C'était l'heure de se préparer. Foudre alla rejoindre ses frères. Avant l'action, il y avait toujours un moment de plénitude, un instant seulement où tout nous paraissait plus léger, plus calme. Cet instant fugace était partagé par chacun d'une manière différente. Certains parlaient du pays, d'autres faisaient une plaisanterie. Il y avait ceux qui gardait cet instant pour eux et les autres. Le Ripponais était tout concentré à sa tâche, rester en vie. Pour l'instant, il avait réussi à ne recevoir aucune blessure mais combien en avait-il vu tomber à ses côtés ? Et pas que des frères mais également des soldats du Roi. Les bannières étaient différentes mais le combat était le même.

Les trompes des guetteurs du Royaume sonnèrent. Ils avaient repéré l'ennemi qui approchait. De joyeux les regards se firent concentrés, peureux, anxieux. Une nouvelle journée de boucherie, de tuerie, de survie. De par son attitude ou ses paroles, Foudre tentait d'insuffler un peu de courage à ses camarades. Il n'y avait pas que ses frères auprès de lui. Il y avait toutes sortes de personnes. Soldats du Roi, du Guet, de simples citoyens des Six-Duchés mais aussi des hommes du Bras d'El. Après les trompes, les cris gutturaux de l'ennemi qui lancèrent un défi à l'envahisseur. Ce défi fut entendu et accepté.

Chacun sortit de sa position pour courir vers l'autre. Après plusieurs années de dures luttes au pays, il était enfin temps de faire regretter à cet ennemi les malheurs occasionnés là-bas. Ils paieraient la facture sur leur territoire et avec les intérêts ! Le Ripponais courait à côté de ces hommes qu'il ne reverraient peut-être pas. Il y avait tellement de visages qu'il était difficile de se les rappeler tous. En tous cas, les autres se souvenaient de lui parce qu'il commençait tout doucement à se faire sa réputation au sein des troupes. Plusieurs hommes se faisaient soigner à l'arrière des lignes grâce à lui. Avec de la chance, ces familles ne devraient pas enterrer un des leurs et cela, c'était en partie grâce à Foudre.

Le brun prit ses haches en main et poussa un cri de guerre et de défi qui fut repris en cœur par ceux qui l'entendirent. Encore quelques pas et le choc arriva, c'était le moment où les deux armées se rejoignirent et que les armes touchaient, tranchaient, paraient les coups qui pleuvaient de partout. Ici l'éclaboussure du sang, là un morceau de glace et ainsi de suite pendant plusieurs heures. Les combats étaient atroces. Quand certains se battaient pour leur survie, d'autres se battaient avec l'esprit de vengeance. Il n'y avait que peu de prisonniers car les ordres d'en haut l'exigeaient. Pas de quartier, c'était la victoire ou la mort. Pas de demie mesure.

Le froid devenait moins important tandis que tous bougeaient. Le calme qui régnait avant la bataille fut remplacé par des  cris de guerres ou de douleur. Le sang allait couler à flot et les instincts mauvais de l'homme s'exprimer...



* * *



Foudre se réveilla en sursaut mais sans crier. Il était tout transpirant et quand son regard se pencha sur ses mains, elles tremblaient. Il n'était pas dans l'état où il s'était retrouvé plus tôt dans la journée. Là, il était maître de lui-même mais ça ne l'empêchait pas d'être hanté par les images de ce conflit. Des images de sang, de membres arrachés, de visages dont il ne saurait plus dire les noms. Ce conflit avait été violent et le Ripponais n'en était pas sorti indemne comme aucun autre des combattants qu'il avait croisé par la suite. Ne se sentant pas au mieux, il décida de se passer un ligne humide sur le visage et le haut du corps. Il sortit des couvertures et se dirigea vers le bac d'eau qu'il avait laissé dans un coin de la tente. L'eau était froide mais il s'en moquait bien à ce moment là. Au contraire, cela lui faisait du bien. Il se retourna vers la belle blonde mais elle dormait toujours. Heureusement, il ne l'avait pas réveillée. Il sortit quelques instants pour profiter de l'air ambiant. Puis sentant les relents des cadavres des bestioles, il se contenta de prendre de quoi manger et boire près du feu qui brûlait au milieu du campement et de revenir à l'abris dans la tente.

Les odeurs étaient moins fortes parce que les frères avaient commencé à creuser le trou pour y mettre les bêtes mortes. Malgré tout, il restait encore pas mal de travail à faire et une pause pour la nuit s'était imposée.

Le Père grignota un peu et en laissa pour sa patiente. Il n'arriverait plus à dormir, il le savait. Ce cauchemar l'en dissuadait. Il était certains de retomber dans un des nombreux souvenirs qu'il avait de ce conflit. Pourquoi revenaient-ils maintenant ? Il n'eut pas le loisir de trouver des réponses à cette question. Il y avait du mouvement dans le lit. Grâce se réveillait-elle ou était-ce simplement un sommeil agité ? Voyant la silhouette se relever, c'était la première idée qui était la bonne. Foudre ne dit rien, il se contenta de la regarder. L'homme était assis,appuyé contre un des montants de la tente, avec les pieds posés au sol et les genoux devant lui, ses bras posés dessus. La demoiselle finit par se lever et rejoindre le prêtre. Elle le remercia tout d'abord et s'excusa ensuite. Se rendait-elle compte qu'elle avait agit de manière inconsidérée ? Qu'elle aurait pu se mettre en danger ? Apparemment oui. Et chose encore plus étonnante, elle lui donnait la permission de la sermonner.

L'homme ne pipait mot et avait laissé la jolie blonde venir près de lui et parler tout bas. Il n'avait pas encore réagit. Il ne savait par où commencer pour être honnête. Étrangement, il se sentait responsable d'elle après avoir veillé sur son sommeil. Il tendit le bras vers le plat où se trouvait la nourriture qu'il avait été cherchée et lui tendit ainsi qu'à boire.

« J'aurais sans doute faim à ta place. Reprends des forces... »

Il cogitait. Pour la première fois de sa vie sans doute, il cherchait la meilleure façon de dire les choses. D'habitude, il se contentait d'exploser et de dire tout ce qui lui traversait l'esprit, peu importe les dégâts que ça produisait et la personne en face. Là, on aurait dit qu'il était conscient que ça n'était pas tout à fait l'heure pour s'emporter. Une petite partie de lui s'évertuait à lui faire comprendre que les hommes avaient besoin de repos et que de se faire réveiller par un homme en colère ne leur apporterait pas ce dont ils avaient besoin.

Quand il se sentit prêt à dire ce qu'il voulait lui dire sans trop s'emporter, il se lança :

« Trop aimable de me donner la permission... Je m'en passerais bien, tu t'en doutes ! Qu'est-ce qu'il t'a pris de vouloir agir une fois de plus ? Après ce que je t'ai dis près de la souche sur le fait que cette mission avait besoin de toi et qu'il fallait te ménager ? Non, tu n'as rien écouté... Il a fallu que tu en fasses à ta tête pensant que les gars avaient besoin de toi. Non, c'est faux ! Ils n'avaient pas besoin de toi, ils avaient besoin de Rutilant parce qu'il a déjà fait face à plusieurs reprises à ce genre de situation... Pourquoi alors agir dans ces circonstances ? Te penses-tu si indispensable qu'il faille que tu risques ta santé et ta vie au moindre problème qui survient ? Est-ce que seulement tu peux te mettre en retrait pour une fois ou est-ce au-dessus de tes forces ? As-tu une si haute opinion de toi-même ou est-ce parce que les autres te portent aux nues sans arrêt qui te pousse à te mettre en danger systématiquement ? Il faut que tu lèves le pied ! Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans ces mots ? Je ne parle pas Chalcédien que je sache ! »

On pouvait voir qu'il faisait de gros efforts pour ne pas exploser. Ainsi les mots qu'il prononçait l'étaient tous avec une certaine tension dans la voix mais elle était contenue. Il pouvait y aller un peu fort par moment mais il n'arrivait pas à lui expliquer qu'il se faisait du mouron pour elle. C'était sa manière de lui montrer qu'après ce qu'ils avaient partagés tous les deux alors qu'ils se rendaient ici, il tenait à elle. C'était maladroit certes mais c'était tout ce dont il était capable pour le moment.

« On en a parlé et je sais ce que j'ai dit au tout début de cette mission. Je sais que je suis sensiblement pareil que toi sur ce point. Malgré tout, je ne joue pas avec des forces qui me dépassent. Cette magie que tu utilises est un don du ciel mais quel est le prix à payer ? En vaut-il seulement la peine ? Oui tu arrives à faire des choses extraordinaires avec mais est-ce que seulement tu en connais les limites ? La pratique-tu en connaissant chaque aspect et en connaissant également tes faiblesses ? Ou au contraire te lance-tu dans sa pratique comme un jeune cheval qui en a marre d'être enfermé dans un box et attends les verts pâturages avec impatience ? »

Il y avait certainement encore beaucoup de choses à dire mais il s'arrêta là. Il en avait assez dit. Le prendrait-elle bien ou pas ? Accepterait-elle ses mises en garde ? Arriverait-elle à percevoir pourquoi il lui disait tout cela ?
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Mar 10 Mar - 15:45
Grâce
Soigneuse solitaire
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Sur son invitation, elle commença à manger, prête cependant à entendre le sermon qu'il allait lui adresser. Elle le sentait venir et elle l'acceptait. Elle savait qu'elle avait été trop loin, davantage que ce que Foudre pouvait comprendre, qu'elle s'était laissée emporter par cette tendre et insidueuse attraction de l'Art. Elle en frisonnait encore, tant la peur l'avait finalement envahie en constatant l'emprise que cela avait eu sur elle. Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas franchi cette limite. Ses murailles étaient désormais très bien dressées et elle se rassura de les sentir la protéger.

Elle reposa ce qu'elle allait mettre à la bouche quand il commença. Et elle reprit la position qu'elle avait un instant plus tôt, se recroquevillant sur elle-même. Mais surtout stable pour accueillir ce qu'il avait à lui dire. Elle craignait légèrement ce qu'elle allait entendre même si elle était d'accord sur le fait qu'elle méritait ces mots.
Il avait semblé prendre le temps avant de lui asséner ses quatre vérités. De ce que la jeune femme avait déjà vu de lui, elle fut légèrement surprise de ne pas l'entendre élever davantage la voix. Il était juste à côté d'elle et elle sentait la tension qui bandait ses muscles, bridait sa respiration à chacun des mots qu'il prononçait. Il se retenait d'être plus véhément et virulant. Était-ce fait volontairement pour elle ? Pour être sûr qu'elle entende son message ?

Il cherchait à comprendre et lui balançait ses questions à la figure. Elle les accueillait les lèvres pincées. Il fallait qu'elle entende tout. Il lui reprochait de ne pas l'avoir écouté, d'avoir interféré dans une situation où on n'avait pas besoin d'elle. Se croyait-elle indispensable ? Au dessus des autres ? Était-ce un problème d'ego ? La vision que les autres avaient d'elle avait-elle biaisé celle qu'elle était ? Oui clairement, il ne comprenait pas pourquoi elle en faisait tant, pourquoi elle n'avait pas pris en compte son avertissement, pourquoi elle jouait avec sa santé et avec des forces qui les dépassaient.

" Parce que tu crois que c'est facile ?! " grogna-t-elle en se levant soudainement.
A quoi faisait-elle référence là ?
À tout : les soins, son image, l'art et son attraction, et elle-même perdue dans ce méandre complexe qui était son existence dédié aux autres. Mais c'était si dur de mettre des mots sur tout cela. Elle était en colère en cet instant. Contre lui qui lui faisait des reproches, contre elle qui reconnaissait ses faiblesses mais ne savait pas les combattre, contre le monde entier qui mettait sur ses épaules un poids qui était certains jours plus dur à porter, contre l'Art qui avait fait d'elle une personne spéciale et qui mettait en même temps son esprit en danger.

Le petit brin de femme se mit à arpenter la tente, libérant de cette manière l'immense frustration qui s'était emparée d'elle. Elle ne savait pas quoi lui répondre. La Béarne était blessée dans son orgueil par certaines piques qu'il lui avait lancé. Il visait juste et faux à la fois, il entrevoyait une partie du problème mais se trompait sur d'autres points.
La couverture qui recouvrait ses épaules finit abandonnée par terre au bout de quelques pas. Il ne la connaissait pas mais semblait inquiet pour elle. A sa manière, directe, il agissait comme d'autres avaient agi avec elle. Mais ces autres, Bonté, Saule, Tempérance,... l'avaient fréquentée longtemps, l'avaient vue faire de si nombreuses fois. Les écoutait-elle davantage ? Pas nécessairement. Mais ils avaient compris comment faire. Ils ne lui laissaient en général pas le choix et elle était alors obligée de se plier à leurs exigences de repos ou de nourriture.

" Les gens attendent d'une soigneuse qu'elle soigne. Jamais ils ne s'inquiètent de savoir si elle a mangé ou dormi. " murmura-t-elle en faisant les cent pas. Elle agissait ainsi sans s'en rendre compte. Les autres d'abord et elle ensuite. A aucun moment, il ne lui était arrivé de remettre cet état de fait en question. Pourquoi lui le faisait-il alors qu'il ne la connaissait que depuis quelques jours ? Était-ce juste parce qu'elle était importante pour la mission ? Elle n'était pas indispensable ; elle le savait. Sinon elle serait déjà retournée au village au lieu de rester ici à...
Au bout de quelques minutes de ce manège où mille discussions lui avaient tourné en tête, sans qu'aucune ne lui soit assez pertinente pour qu'elle l'énonce à haute voix, elle s'arrêta finalement devant Foudre. Elle aurait pu lui expliquer là où il se trompait, pourquoi il se trompait, reconnaître la réalité de certains points, lui parler de l'Art...

" J'ai été irraisonnable, terriblement. Je me suis faite une telle frayeur que j'en tremble encore. Mais... Foudre, je le referais. De la même manière. Je n'en avais rien à faire des autres, rien à faire de moi à ce moment-là. Il n'y avait que toi qui comptait. Mais je suis pas sûre que ça soit juste parce que tu es mon patient et que je me sens responsable de ta santé. J'ai eu peur pour toi et je n'ai pas réfléchi. Tu as déjà ressenti ça ? Oublier de se protéger soi-même pour prendre soin de l'autre ? Quel qu'en soit le prix ? "

Alors elle se retourna et recommença à déambuler dans cet espace sombre. Quand elle mit un pied sur la couverture, elle se baissa pour la ramasser et elle la plia avant de la reposer sur le lit. Elle resta debout auprès de cet objet, arrangeant machinalement le drap qui le recouvrait. Pour s'occuper les mains.
" Je pourrais t'expliquer l'Art et ses dangers. Je les connais, je les ai affrontés. Mais j'ai failli parce que... "
Qu'on lui a demandé de rester ouverte pour les communications à distance, alors qu'elle tend à s'enfermer derrière ses murailles pour se prémunir du monde. Qu'elle a laissé ses sentiments se mêler au pouvoir attractif de cette magie.

" Je... " Ses mains remontèrent le long de ses bras qu'elle serra contre sa poitrine et son cœur.
La colère était passée et avait laissé la place à une sorte d'abattement qu'elle ne réservait qu'à ses moments en solitaire. On avait une image d'elle et la réalité était bien différente. Elle pouvait pleurer certains soirs en s'endormant car malgré toutes ces murailles qu'elle dressait autour d'elle, elle restait une humaine sensible, un individu à part entière avec ses faiblesses cachées et ses failles honteuses. Le travail, acharné et perpétuel était sa manière d'oublier qu'elle avait le droit d'exister pour elle-même.
" Foudre... "
Malgré tout ce qu'il avait dit, malgré ce ton de reproches, ces propos pertinents ou blessants, la jeune femme ne lui en voulait pas. Sa voix n'avait été qu'un souffle quand elle prononça son nom. Elle ne savait plus quoi dire, elle n'avait plus envie de parler. Elle tremblait, comme soumise au contrecoup de tout ce qu'elle avait vécu ces dernières heures. Qu'il lui ait fait la morale l'avait touchée au cœur d'une manière particulière. Il avait déjà fait beaucoup pour elle. Elle ne lui en demanderait pas plus, même si chaque fibre de son corps hurlait son besoin d'un contact réconfortant.
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Dim 15 Mar - 1:12
Foudre
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Foudre
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Tout du long la soigneuse regarda Foudre qui faisait son laïus. Elle était d'une immobilité parfaite et son regard était directement braqué sur celui de son interlocuteur. Le prêtre, lui, parlait et parlait jusqu'à ce qu'il se dise qu'il en avait fini. Elle n'avait rien dit ni rien fait. Avait-il été trop loin ? Allait-elle être vexée ? Quand elle se leva d'un coup tout en grognant sa question, il se dit qu'elle avait été touchée par ses paroles. Mais elle ne quitta pas la tente pour autant. A sa place, cela aurait fait un moment qu'il serait dehors à pester contre n'importe quoi tout en faisant des gestes rageurs. Pas Grâce. Bien sûr qu'elle était en colère mais plutôt que de se lâcher en invective contre Foudre, elle arpentait la pièce comme un fauve en cage. La gestion de sa colère était somme toute impressionnante et le Père devrait prendre exemple. En serait-il capable ? Actuellement, non. Il était beaucoup trop explosif pour se contenter d'arpenter un endroit tout en réfléchissant à ce que l'on lui reprochait. Quand il se sentait agressé, il devait attaquer à son tour. La réflexion venait souvent après mais les dégâts avaient déjà été fait.

Il ne connaissait pas la Prêtresse d'Eda comme il connaissait ses frères. Cela faisait des années qu'ils se côtoyaient et le Ripponais avait fini par bien les connaître. La demoiselle, par contre, cela ne faisait que quelques jours, à peine plus d'une semaine peut-être. Il ne savait pas vraiment, il n'avait pas fait le compte. Il avait l'impression que cela faisait des mois qu'il était occupé dans le secteur. Il regardait donc la jolie blonde marcher d'un bout à l'autre. Que pouvait-il dire de plus ? Il devait attendre sa réaction pour pouvoir répondre. Jusque là, elle n'avait fait que demander s'il croyait que c'était simple. Que savait-il de sa vie ? Rien. Alors était-il le mieux placé pour y répondre ? Certainement que non. De toutes manières, ça n'était simple pour personne. Quand elle parla à nouveau, c'était pour dire que l'on attendait d'elle qu'elle fasse son travail sans se soucier de ses propres besoins.

« Tu es adulte Grâce, c'est à toi de prendre soin de toi. Ça n'est facile pour personne parce que la vie est ainsi faite ! Elle dresse sur notre route tout un tas d'épreuves. A nos âges, nous n'avons plus le luxe d'avoir quelqu'un de plus expérimenté pour nous mâcher le travail. Ça, c'est bon pour les enfants. Nous sommes responsables de nous-mêmes. Cela inclut nos décisions et nos actes. Alors bien sûr que ton boulot est de soigner les autres. Mais pour faire ton travail, il faut également que tu laisses les autres agir. Ils sont peut-être légèrement moins compétents que toi mais seront capable de t'épauler pour les cas les moins compliqués. Et d'expérience je sais que si l'on n'encourage pas ses frères, ils ne progressent pas. Tu as vécu trop longtemps seule, tu as oublié ce qu'était le travail d'équipe. »

Tout d'un coup, Grâce s'arrêta devant lui et elle reconnut ses erreurs. Cela le surpris un peu qu'elle puisse lui dire que quelque part il avait raison. Oui, elle avait été déraisonnable et oui, elle l'assumait totalement. Elle assumait tellement qu'elle lui annonça qu'elle recommencerait. La suite, il eut du mal à le comprendre. Elle se moquait des autres, il n'y avait que lui qui comptait ? Pourquoi disait-elle que ça n'était peut-être pas parce qu'elle se sentait responsable de lui et qu'elle était sa soigneuse ? Où voulait-elle en venir ? Il ne saisissait absolument pas ce qu'elle tentait de lui expliquer. Elle avait eu peur pour lui ? Mais pourquoi ? Les deux dernières questions, ils les comprenaient. Avait-il déjà mis sa vie en danger pour quelqu'un d'autre et ce quel qu’en soit le prix ? Avait-elle oublié ce qu'il faisait dans la vie ?

« Euh bien sûr que ça m'est arrivé. C'est même mon devoir. Je mets constamment ma vie en danger pour les autres tout en sachant que je risque de la perdre en le faisant. Mais j'y retourne néanmoins à chaque fois. »

Elle recommença à faire les cent pas et arrivé près de la couverture, elle se baissa pour la ramasser, la plier et la ranger sur le lit. Foudre la regardait faire sans vraiment savoir ce qu'il devait faire, ce qu'il pouvait faire. Y avait-il seulement quelque chose qu'il pouvait faire ? A nouveau, elle s'adressa lui pour lui dire qu'elle pourrait lui expliquer sa magie. Le voulait-il vraiment ? Y comprendrait-il quelque chose ? Ce don que Grâce avait semblait tellement complexe. Foudre n'était pas le crétin du village mais il était loin de posséder l'intelligence de Roseau. Il doutait de pouvoir comprendre l'Art.

Ce qu'il vit ensuite le désarçonna complètement. Il n'y avait plus de colère juste de l'abattement, peut-être de la détresse ? Elle semblait lui montrer un côté que personne n'avait vu avant lui. Du moins, il aimait à le penser. Il n'avait pas devant lui Soeur Grâce, meilleure soigneuse du Temple d'Eda. Il avait seulement Grâce, jeune demoiselle de Béarns. Elle remonta ses mains à hauteur d'épaules comme si elle cherchait à se réchauffer. Il entendit à peine son nom quand elle le dit. C'était à peine un son et elle tremblait. Que lui arrivait-il ? Pensant qu'elle devait sans doute avoir froid, il s'approcha d'elle. De sa main droite, il attrapa la couverture qu'elle avait repliée la minute d'avant et il l'a déplia pour l'installer sur les épaules de la demoiselle. Ensuite, il frictionna les bras et les épaules de sa soigneuse pour lui donner un peu de chaleur.

« Est-ce que tu veux que je t'apporte quelque chose de chaud à boire ? » lui demanda-t-il tout en frottant la couverture vigoureusement.

Il ne savait pas quoi faire et surtout, il ne comprenait pas ce qu'elle avait tenté de lui expliquer. Foudre n'était pas un fin observateur de la vie en général. Il savait motiver des troupes pour un combat, il savait plutôt bien se battre et faire preuve de malice pour piéger un ennemi. Mais comprendre les sentiments d'autrui ? Parler avec son cœur ? Ça, c'était une épreuve.
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Mar 17 Mar - 16:51
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
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Il avait cerné le problème. Elle avait vécu très longtemps seule, travailler trop longtemps seule. Elle avait oublié qu'elle pouvait s'appuyer sur les autres, pour l'aider, l'appuyer, la soutenir. Pour prendre soin d'elle à sa place, quand elle oubliait de le faire. Oui, elle était adulte. Elle ne devrait pas avoir besoin qu'on lui dise de manger ou de dormir... La plupart du temps, elle s'en sortait bien. Mais quand la mission était plus importante, elle se défilait pour la faire passer en priorité. Les autres étaient toujours sa priorité. Malgré elle, elle ne pouvait se l'enlever de la tête. Pensait-elle compter moins que les autres ? N'estimait-elle pas mériter qu'on s'intéresse à elle ? Qu'on puisse la voir autrement que comme la soigneuse ? La jeune Béarne qui avait sauvé un petit oiseau tant d'années auparavant s'était perdue sous une tonne d'obligations, de devoirs qu'on avait commencé à accumuler sur ses épaules. Puis ce fut elle qui les ajoutait sans s'en rendre compte. Elle avait mis de côté tout le reste. Elle ne voyait plus que rarement sa famille, elle n'était pas sûre de compter réellement des amis, car elle n'entretenait aucune relation qui puisse s'y apparenter et ne s'autorisait guère la possibilité d'une quelconque romance. Laissait-elle filer sa vie en offrant ainsi la sienne aux autres sans retenue ? Elle n'était pas un soldat, se sacrifiant pour combattre un ennemi ; elle était quand même comparable à eux, car son sens du devoir était au moins aussi grand.


La jeune femme sentit la couverture recouvrir ses épaules, ses mains parcourir ses bras vigoureusement pour les frictionner. Si elle n'avait été aussi abattue, elle aurait pu en rire quand enfin il demanda si elle avait besoin de boire un truc chaud. Ce n'aurait pas être volontaire, ni même pour se moquer. Il était pragmatique, concentré sur l'essentiel, sur l'instant et les besoins simples.
C'était peut être ce qu'il y avait de mieux à faire ?


Grâce se retourna et déposa sa tête contre le buste de Foudre. Écoutant ce dont elle avait besoin. A l'instant où elle en avait besoin. Elle tremblait encore mais cala son oreille contre le cœur du guerrier et ferma les yeux. Elle ne le prit pas dans ses bras, gardant ses mains contre elle-même, mais s'engouffra dans la chaleur qui s'échappait de son corps en se tenant tout contre lui. Un moment de répit. Une pause réconfortante. Un instant suspendu de simplicité.


" Je n'ai besoin de rien d'autre... " articula-t-elle finalement, son souffle caressant le menton de Foudre au dessus d'elle, tandis qu'elle redressait juste assez la tête pour que sa voix porte.
Pourquoi se laissait-elle aller maintenant ? Était-ce de la faiblesse d'avoir envie qu'un homme la prenne dans ses bras et lui dise que tout irait bien ? Elle n'avait pas souvenir d'en avoir ressenti le besoin auparavant. Elle ne voulait pas être seule, c'était la seule chose dont elle était sûre. Elle avait eu peur. Pour lui. Pour elle. Ne méritait-elle pas de respirer pleinement, sereinement désormais ?
Il n'était pas un homme avec qui le contact était facile mais au cours de ces quelques dernières heures, depuis le moment épuisant où elle l'avait soigné de son poison, il semblait y avoir un lien entre eux. Elle n'était pas en mesure de se dire que ce n'était pas judicieux de faire ce qu'elle faisait là, qu'il pourrait ne pas apprécier qu'elle entra ainsi, sans prévenir, dans sa zone de confort. Si cela ne devait durer que quelques secondes, elle le prendrait quand même sans se poser de question. Parfois, il fallait agir et réfléchir ensuite. Grâce, encore chamboulée par le flot des pensées contradictoires, complexes qui s'étaient abattues sur elle après le discours du prêtre d'El, n'était pas capable d'autre chose que d'agir en suivant son instinct.


" Dis-le-moi si... tu préfères que je m'écarte... " finit-elle par dire, bien qu'elle n'en ait pas le moindre désir. Sa tête reposait auprès de son cœur et elle en avait perçu les variations. Elle ne voulait pas le forcer à accepter cette proximité s'il ne s'y sentait pas à l'aise. Elle repensait à son étreinte dans ce champ, voilà de nombreuses heures. C'était lui qui en avait eu besoin, lui qui était venue la chercher. Chacun son tour, pense-t-elle avec une pointe de tendresse.
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Mer 18 Mar - 18:53
Foudre
La Hache d'El
Foudre
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Localisation : Forbaie
Par certains côtés la soigneuse et le prêtre étaient semblables. Par d'autres, bien différent. L'une de ces différences était que lui pouvait compter sur ses frères pour l'épaule si besoin. Grâce, elle, avait choisi une vie de solitude en s'écartant du groupe de soigneur avec lequel elle avait fait ses premières armes. Cela avait ses avantages mais comme pour tout, cela avait également ses inconvénients. Et l'un d'eux était justement qu'il fallait se montrer beaucoup plus responsable en prenant soin de soi le plus possible. Parce que comme elle était seule, personne n'était là pour lui dire d'arrêter, personne n'était là pour lui proposer de se reposer et de manger, personne ne se proposait pour prendre sa place. Foudre avait Rutilant, Roseau, les jumeaux, Pod s'il réussissait à passer le jour de l'épreuve et tous les autres.

« Nous n'avons qu'une seule vie Grâce. Notre mission est importante c'est vrai mais il ne faut pas pour autant vivre à travers les autres. Qu'arrivera-t-il quand tu n'aura plus la force de faire tout ça ? Comment réagira-tu quand tu feras le bilan de ta vie ? Oui, tu aura permis à beaucoup de gens de surmonter leurs maladies ou leurs blessures mais tu n'auras rien vécu. Il faut se tourner vers les autres car sans eux nous ne sommes rien. Mais il faut également penser à soi et ne pas s'oublier. »

N’interprétant pas forcément de la meilleure manière possible les paroles de la jolie blonde, Foudre restait simple. Il pourvoyait à ses besoins primaires sans pour autant comprendre qu'elle avait d'autres besoins. Il n'était pas assez psychologue pour voir au-delà des apparences. Ce dont elle avait besoin n'était pas d'une couverture sur les épaules et d'un bon bol de soupe. Ce dont elle avait besoin c'était de réconfort, de voir qu'il y avait quelqu'un qui se souciait d'elle et qui était là pour elle. Ce dont elle avait besoin c'est qu'il la prenne dans ses bras pour la rassurer. Malheureusement pour la Béarne, Foudre ne s'en rendait pas compte. Dans ces cas là, il fallait un coup de pouce du destin ou se créer sa propre chance. C'est ce que fit la prêtresse quand elle se tourna pour pouvoir appuyer sa tête contre le cœur du Père guerrier.

*Elle n'a besoin de rien d'autre ? Comment ? Qu'est-ce qu'elle veut dire ?*

Son instinct était de se reculer d'un coup sec parce qu'il vivait un moment qu'il n'avait pas l'habitude de vivre. Personne au sein de son ordre même du côté des femmes ne venait se blottir contre son prochain quand il était fatigué. Le faisait-on dans l'autre culte ? Le Ripponais se souvint qu'il reçut à l'une ou l'autre occasion un câlin de la part du Père Béric. Cela n'arriva pas forcément souvent mais cela avait eu le mérite d'exister. C'était à l'époque où il était encore petit. Plus facilement compréhensible qu'en cet instant. Là, ce n'était pas un enfant cherchant du réconfort chez un adulte, c'était un autre adulte cherchant de la tendresse envers un de ses semblables. Ce genre de geste n'était-il pas exclusif aux personnes étant en couple ?

*Après tout, dans ce champ, c'est toi qui l'a agrippé. Est-elle partie pour autant ? T'a-t-elle rejetée ? Non, fais le bon sang ! Fais le !*

Les bras de Grâce restaient contre son corps à elle. Seul sa tête posait contre le corps de Foudre. Ce dernier stoppa ses frictions et de gestes saccadés, il les mit dans le dos de la soigneuse et la serra le strict minimum parce qu'il n'osait pas plus. Après tout, il se méprenait peut-être totalement. Il tint la belle Béarne entre ses bras tout en tentant de contrôler ses jambes qui tremblaient. Que lui arrivait-il ? Pourquoi son corps réagissait ainsi ? Il ne répondit pas à la deuxième phrase de la demoiselle. Il tentait tant bien que mal de mettre un terme aux tremblements de ses jambes. Que se passait-il ? Il avait l'impression d'un combat entre son cœur et sa raison. Comme si son cœur voulait absolument ce câlin. A moins que ça ne soit autre chose ? Est-ce qu'il désirait plus ?  Il revit les images de la poitrine de Grâce quand il s'occupait de laver ce qu'il pouvait. Malgré tout ce qu'il tentait de faire pour ne pas regarder, il y était revenu quand même à plusieurs reprises. Et sa raison qui lui criait que ça n'était pas normal, qu'ils ne se connaissaient pas beaucoup et qu'ils n'étaient pas là pour ça, qu'il y avait une mission à remplir.

Une fois de plus, El décida de donner une épreuve à son fils prodigue ou alors était-ce Eda ? Quelque chose semblait se réveiller d'une léthargie de plusieurs heures. Heureusement que Foudre n'était pas collé à la prêtresse car cette dernière aurait certainement senti la bosse à l'entrejambe.
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Ven 20 Mar - 10:24
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
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Foudre n'était pas à l'aise mais il mit ses bras dans son dos pour la soutenir. A travers sa respiration, elle sut que c'était une sorte d'épreuve pour lui mais qu'il souhaitait la mener à bien. Sinon, il aurait pu profiter de l'opportunité qu'elle lui tendait pour s'esquiver. La jeune femme sentit monter une bouffée rassurante et apaisante de chaleur en elle, charmée par l'effort qu'il faisait pour elle.
Elle avait l'impression de se retrouver au début du jour, lorsqu'elle s'était endormie sur lui après sa séance d'Art. Elle s'y était sentie sereine après sa lutte contre le poison. Il avait glissé sa main dans ses cheveux ; s'en était-il rendu compte ? Il l'enserrait maintenant de ses bras musclés et elle y était bien, en sécurité. Oui, c'était de ça dont elle avait besoin. Juste de ce câlin, de lui, d'eux deux seuls et silencieux dans la pénombre d'une tente. Un sourire passa sur ses lèvres quand elle réalisa qu'ils se trouvaient isolés des autres membres de l'expédition et que la nuit pouvait être témoin de bien des choses. Elle réprima le chatouillement de son bas-ventre : ce n'était pas le moment de penser à ça ! Le réconfort dont elle bénéficiait à l'instant était tout aussi bien et même plus précieux car celui qui le lui dispensait n'en avait pas l'habitude. La Béarne se sentait spéciale pour que le prêtre d'El l'accepte ainsi.


Grâce laissa passer quelques minutes avant de parler à nouveau. Avant qu'elle ne se réfugie contre lui, le Ripponais tentait de lui rappeler combien c'était important de ne pas oublier d'être pour soi-même. Pourtant, les premiers mots qu'elle dit semblaient plutôt une justification à la solitude qu'elle s'était imposée.
" Quand on est seul, personne ne nous voit pleurer après une journée difficile..." commença-t-elle avec un soupir. Ses mains se posèrent à leur tour sur son torse, près de son visage à elle, comme si elle souhaitait écouter par ce biais aussi la respiration et les battements de cœur du guerrier. Elle avait gardé les yeux fermés et s'était légèrement rapprochée, se blotissant dans la chaleur de cet homme qui voulait bien d'elle.


"J'ai toujours du être forte. Depuis toute petite. Ma sœur aînée était très souvent malade ; cela angoissait énormément mes parents... Mais si je riais, si je jouais comme si je n'avais pas peur qu'elle meurt, alors que c'était ma pire crainte... ils se sentaient tous un peu mieux. J'ai pris soin d'elle et d'eux par la même occasion... J'ai l'impression de n'avoir fait que ça depuis toujours. J'ai appris beaucoup auprès de Saule et des autres quand je voyageais avec eux. Ce furent de belles années mais aucun d'eux n'a réussi à me faire sentir différente de cette étiquette de petite fille forte que j'étais à l'époque. Je ne me laissais pas flancher avec eux, pas plus qu'avec ma famille encore aujourd'hui. Et... "


Une larme avait coulé sur sa joue. Elle ne la sentit que lorsqu'elle effleura de sa fraîcheur salée le bord de ses lèvres.
"J'ai peut-être cru qu'être seule était le prix à payer pour ce qu'on attendait de moi depuis toujours. Que je ne pouvais pas être autre chose. Que je pouvais plus qu'être une femme forte. Que ça n'intéressait personne de connaître le reste... C'est parfaitement stupide... sûrement... "


C'était la première fois qu'elle parlait de cela. D'elle-même et de ce qu'elle ressentait et pensait au plus profond. Personne ne la voyait jamais s'effondrer, ne l'entendait jamais pleurer. Pourtant la peine, la fatigue, le désespoir s'abattaient sur elle comme sur n'importe qui d'autre. La jeune femme n'avait jusque là trouvé personne qui puisse voir au delà de l'image qu'elle renvoyait. Personne qui ne le veuille ou que son cœur jugea digne de voir plus loin que les apparences. Aucune de ses sœurs, aucun de ses amants, aucun de ses patients. Elle leur faisait confiance, elle croyait pourtant en l'humanité mais elle ne se livrait pas, elle ne se confiait pas ou simplement sur des choses qui ne la touchaient pas au cœur, qui ne constituaient pas son âme complexe d'humaine.


Elle ne lui avait laissé aucune possibilité de répondre, enchaînant le fil de ses pensées. D'autres larmes silencieuses avaient perlé au coin de ses yeux clairs et laissé des sillons humides sur ses joues pâles. Pourtant elle n'y prêta pas attention, pas plus qu'à ce qu'elle sentit entre les jambes de Foudre lorsqu'elle se rapprocha une ultime fois de lui. Elle ne le voyait que très peu dans l'obscurité qui les enveloppait mais n'en avait pas besoin. Se soulevant sur la pointe des pieds, aussi haut qu'elle le pouvait, elle lui posa un baiser sur le bas de la joue.
" Merci ! " conclut-elle, restant perchée sur ses pieds nus, son visage si près du sien qu'il pourrait goûter la saveur de ses larmes.
C'était étrange les rencontres, se fit-elle la réflexion à cet instant. Il y avait quelques jours à peine, ils étaient des inconnus l'un pour l'autre. Il l'avait intriguée dès le départ. Petit à petit, ils avaient réussi à s'apprivoiser l'un l'autre et par un prodige étonnant, Foudre était parvenu à la faire s'ouvrir, se confier, se montrer vulnérable. Voilà une chose à laquelle Grâce ne s'attendait pas. Cela lui faisait moins peur que ce qu'elle imaginait.
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Sam 21 Mar - 1:18
Foudre
La Hache d'El
Foudre
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Ils étaient là, tous les deux, au milieu de cette tente en pleine nuit. Aucun bruit ne venait du dehors, personne ne viendrait voir ce qu'il se passait. Les autres savaient que le Père Foudre veillait la prêtresse d'Eda. Pour eux, elle était endormie et ne se réveillerait probablement que demain dans la matinée. Après tout, elle avait lutté et lutté encore pour maintenir le Ripponais à flot. Elle y avait mis plus que ce qu'elle aurait dû. Même pour des gens qui ne la côtoyaient pas souvent, tous avaient vu son entêtement et son courage. Ils tireraient une drôle de tête s'ils voyaient leur supérieur faire un câlin à la demoiselle. Sans doute qu'ils ne s'empêcheraient pas de siffler ou de faire des commentaires. Quoiqu'à bien y réfléchir, ça leur aurait valu certainement quelques bleus. Ils se contenteraient peut-être de sourire en silence ou de se frapper du coude les uns les autres pour attirer l'attention de ceux qui n'auraient pas encore remarqué.

Il n'était pas à l'aise mais il le faisait pour elle, parce qu'elle en avait besoin et sans doute qu'une part de lui-même le désirait également. Il ne s'en rendait pas compte et ne s'en rendrait peut-être jamais compte. Mais si jamais il venait à repenser à cet instant, peut-être qu'au final, il verrait clair au plus profond de lui-même. Elle était dans ses bras, toute menue, toute fragile. Une main était à hauteur de ses reins l'autre, était sur ses omoplates en dessous de la masse de ses cheveux. Cette main sortit à la lumière et se déposa sur sa chevelure blonde. Elle était d'une douceur incroyable malgré toutes les pérégrinations dans les bois et avant cela dans le village. Quel était son secret ? Certains que s'il se touchait les cheveux, Foudre sentirait qu'ils étaient gras et rêches. Pour lui, c'était la première fois qu'il lui touchait les cheveux. Il ne savait pas qu'il l'avait déjà fait inconsciemment durant sa période d'alitement à cause du poison.

La soigneuse se rapprocha de lui et l'homme n'était pas à l'aise avec cette idée mais une fois encore, il prit sur lui parce qu'elle en avait envie et parce que quelque part, il lui devait. Mais il y avait toujours son petit problème, elle allait forcément s'en rendre compte. Comment réagirait-elle ? S'écarterait-elle brusquement pour le gifler en le traitant de tous les noms ? En lui disant que ça n'était qu'un homme qui tentait de tirer partie de la situation ? Ou au contraire, allait-elle répondre à cette invitation silencieuse ? Du point de vue du brun, ça n'était ni l'un ni l'autre. Il ne voulait pas être vu comme un goujat et il n'espérait pas qu'elle se donne à lui en cet instant. C'était loin d'être le lieu approprié et le moment. Elle interrompit ce silence pesant et il fit tout ce qu'il pouvait pour se concentrer sur ce qu'elle disait plutôt que sur ce qu'elle pouvait ressentir. C'était difficile, il en avait de la sueur froide qui perlait dans son dos.

*Concentre-toi sur sa voix, c'est le mieux que tu puisses faire. Il faut que tu l'écoutes...*

C'était inné chez elle de faire attention aux autres. Petite, elle se donna la charge de s'occuper de sa sœur et par la même de ses parents. Elle assuma à un âge où le principal était de s'amuser et de rêver un rôle d'adulte. Grâce n'avait jamais eu vraiment d'enfance. Normal qu'elle veuille tout le temps se charger de tout. Ainsi, personne ne lui a donné l'occasion d'être quelqu'un d'autre que celle sur laquelle on pouvait compter, cette femme forte qui résolvait les problèmes de tous. Il imaginait très bien comment ça avait dû être avec les autres Frères et Sœurs du clergé. Des phrases du genre : « Pas d'inquiétude, Grâce va arranger la situation. » ou encore « Si tu as un soucis, va voir Grâce. » Dans ces circonstances, comment pouvait-elle s'ouvrir aux autres ? Leur montrer qu'elle aussi pouvait avoir des difficultés à gérer la situation ou du mal avec un patient parce qu'il lui faisait penser à sa sœur...

Il ne s'y attendait pas mais des larmes coulèrent sur les joues du guerrier. Elle était en train de parler de choses si intimes. Qui était-il pour mériter sa confiance ? Ce qu'elle était en train de faire le toucha en plein cœur. Il en oublia même ses désagréments à l'entre-jambe. Il n'avait qu'une seule envie, la serrer contre lui pour lui montrer qu'il était là pour elle. Il voulait lui prouver qu'il était digne de ses confidences. Mais ça, elle le savait déjà certainement vu qu'elle se confiait. Elle ne l'avait jamais fait avec personne d'autre. C'est ce qu'elle venait d'avouer.

*Elle a dû se sentir encore plus seule que moi dans mon enfance... Qu'est-ce qu'elle a dû souffrir !*

Elle parlait et parlait encore sans s'arrêter. Elle donnait l'impression d'être une rivière qui n'avait pu suivre son cour à cause d'un barrage de castors et que tout à coup, ce barrage cédait et que la rivière s'écoulait à nouveau, flot ininterrompu et difficilement maîtrisable. Cela bouleversait le Ripponais jusqu'au plus profond de son âme. Des larmes coulaient le long de ses joues. Il s'essuyait comme il pouvait en baissant la tête sur son épaule droite et ensuite sur son épaule gauche. Ça n'était pas parfait mais au moins, les larmes ne coulaient pas sur la jolie blonde. Tout à coup, le visage de la Béarne se rapprocha et elle déposa un baiser sur le bas de sa joue qui fut accompagné d'un merci. Tout simplement merci. Il fut surpris mais ne recula pas pour autant. Il ne savait comment réagir, il ne savait quoi dire. Que devait-il dire après sa confession ? Y avait-il seulement une bonne manière de se comporter dans ce genre de situation ? Elle aussi avait pleuré, il eut le goût salin de ses larmes.

« Je suis vraiment désolé pour toi. Désolé que tu n'aies pas pu vivre une vie plus normale. Désolé que tu n'aies jamais rencontré quelqu'un digne de pouvoir entendre tes souffrances. Désolé que tu aies dû à chaque fois montrer que tu contrôlais la situation même quand ça n'était pas le cas. »

Évidemment, ça n'était pas de sa faute tout ce qui lui était arrivé et il était conscient qu'elle comprendrait pourquoi il s'excusait alors qu'il n'avait joué aucun rôle dans ses malheurs. Mais c'était ce qu'il ressentait pour elle. Était-ce ça l'empathie ? Cela lui faisait tout drôle. Oui, il lui était arrivé de recueillir les pensées de personnes pour qui il risquait sa vie, les « clients » du Temple. Bien sûr que Roseau ou Rutilant s'étaient déjà confié à lui mais c'était encore différent cette fois ci. Avec ses Frères, c'était un passage obligé pour pouvoir mettre sa vie entre ses mains et faire en sorte qu'il mette la sienne entre les siennes. Et une chose en entraînant une autre, il sentit qu'il avait également envie de se confier à elle. Était-ce toujours ce qui arrivait quand quelqu'un s'ouvrait à vous ?

« Je n'ai jamais connu mes parents. Tout petit, j'ai été déposé au Temple d'Eda de Gardebaie. C'est le Père Béric qui m'a recueillit et veillé durant toutes ces années. Il a fait et été pour moi plus que ce que mes parents n'ont jamais fait. Une présence rassurante et bienveillante qui pouvait faire preuve de la plus impitoyable sévérité quand il le fallait mais également de la plus grande tendresse. Et crois-moi, de la sévérité, il en fallait ! J'étais toujours rempli de colère quand je voyais des enfants qui marchaient à côté de leurs parents ou quand un de mes camarades venait de se faire adopter. Dans ces moments là, je piquais de violentes crises et j'en voulais à la terre entière. Je maudissais même les dieux de me priver de ce dont les autres avaient droit. »

Les larmes revinrent mais plus violentes cette fois. Il sentit que la soigneuse voulait intervenir mais il se recula et fit un geste de la main pour lui dire de ne pas bouger. Il avait besoin de pleurer, il ne voulait pas de réconfort. Ça devait sortir ! Sa voix se cassait petit à petit et il sentait sa gorge lui faire mal mais il voulait parler. Elle méritait qu'il lui parle de lui.

« Cette colère, je la ressens encore. Elle a toujours fait partie de moi et j'ai l'impression qu'elle ne me quittera jamais. A un moment, c'était devenu tellement difficile à Gardebaie, je passais mon temps à amocher les autres enfants, le Père Béric m'a appelé dans son bureau pour me dire que mon comportement n'était plus tolérable, que c'était indigne de la bonté de la Déesse et qu'il fallait que je parte. Il... Il.. Il avait pris contact avec le Temple du dieu marin à Forbaie. Il m'annonça que c'était ma dernière journée et que je partais le lendemain, qu'il m'accompagnerait jusque là. »

Il pleurait tellement qu'il s'arrêta l'espace de quelques secondes pour tenter de se calmer. Il y arriva en faisant un exercice de respirations. S'essuyant les yeux, il dit :

« Je lui en ai tellement voulu. Pour moi, c'était un abandon pur et simple. Il agissait exactement comme mes parents. J'ai mis beaucoup de temps à lui pardonner. Au final, je me dis qu'il a eu raison parce qu'au Temple de El, j'y ai trouvé des Frères et des Sœurs qui sont devenus ma famille. Ça n'a sans doute rien de comparable avec une véritable famille comme celle que tu as mais c'est la meilleure expérience que j'en ai vécue. »

Il se déplaça dans la tente pour s'asseoir sur le lit de Grâce et il était beaucoup plus léger. Cela lui avait fait du bien de parler à lui aussi. S'essuyant les yeux pour faire partir définitivement les dernières larmes, il dit :

« Tu n'as plus à te sentir seule Grâce. Si tu as besoin de parler peu importe le sujet, je serais là. Et même si je ne suis pas là, écris-moi. Je suis loin d'avoir l'intelligence de Roseau mais tu auras au moins quelqu'un avec qui partager tes soucis. »

Cette dernière tirade voulait dire merci d'être là, merci de t'être confiée à moi et qu'il serait toujours là ou du moins ferait tout son possible pour lui venir en aide si jamais elle se sentait perdue. C'était encore assez nouveau pour lui mais sans doute qu'avec un peu d'aide, ce genre de moment pourrait venir plus fréquemment. Cette femme avait, décidément, beaucoup de talents. Elle arrivait à inspirer la confiance chez les gens et les amener à parler de choses dont ils ne parleraient pas forcément avec leur femme ou leur meilleur ami.
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Dim 22 Mar - 12:04
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
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Grâce reposa ses pieds à plat sur le sol, ses mains toujours posées sur le torse de l'homme avec qui elle partageait cet étrange moment. Un poids s'était enlevé de son cœur à mesure qu'elle avait parlé, que les larmes doucereuses avaient coulé de ses yeux bleus. Elle avait percé la bulle de son véritable secret et il avait accueilli chaque mot de sa confidence pour ce qu'ils étaient : des mots jamais prononcés de vive voix.
Combien de soirs avait-elle pleuré seule et en silence jusqu'à en avoir mal dans tout son être ? Combien de lendemains se présentait-elle aussi guillerette et légère que la veille, comme si de rien n'était ? Cela était devenu une chose si ordinaire... La seule chose qu'elle connaissait finalement.
" Bonté a tellement de chance d'avoir une petite sœur si courageuse et souriante ! Elle ne peut que guérir avec toi à ses côtés. " Bonté avait guéri, puis elle retombait malade... Ses poumons étaient alors faibles, chaque respiration pouvait devenir un supplice. Elle l'avait soignée des années plus tard, grâce à la magie de l'Art. Elle ne tremblerait plus jamais pour son aînée mais le contrecoup de cette opération, elle l'avait cachée à sa famille qui la glorifiait simplement. Ils ne comprendraient pas, personne ne comprenait l'Art, parfois à peine ceux qui le pratiquaient...


Et puis, il s'était fallu cet homme, ce guerrier, à la fois très différent et semblable à elle. Il ne la connaissait pas alors, pas même de réputation et s'était fait son opinion en l'observant. Il lui parlait franchement lorsque c'était nécessaire, était fuyant, mal à l'aise en sa présence à d'autres moments. Il l'avait intriguée, intéressée et elle s'y était attachée à ce grand rustre. Plus qu'elle ne devrait, plus que la raison l'aurait souhaité. Prenant des risques pour qu'il ne souffre pas, ne s'épuise pas. S'épuisant elle-même, se confrontant à plus puissant qu'elle... pour un homme. Voilà une très étrange affaire qui n'était pas sans lui rappeler tous les efforts faits pour sa sœur, coûte que coûte.
Qu'il se montra désolé, compatissant à cette vie solitaire qui s'était imposée à elle lui fit battre le cœur à une nouvelle cadence. Comme si elle avait retenu son souffle jusqu'à ce qu'il prononce un mot et qu'elle ressente alors une bouffée de chaleur l'envahir. Il ne pouvait rien faire sur ce qu'était le passé, mais en devenant le témoin privilégié de sa confession, il devenait un être à part. C'était donc pour cela, pour cet instant que son âme avait décidé de ne pas oublier son prénom...


Il reprit la parole avant qu'elle ne réponde quoi que ce soit. Elle aurait simplement pu, en cet instant réitérer ses remerciements tant elle se sentait touchée par cette intimité qui les liait.
Ce fut son tour de raconter son histoire. Ses premiers mots donnèrent le ton et serrèrent le cœur de celle qui l'écoutait. Elle sentit les larmes le gagner avant qu'elles n'étranglent sa voix. Sa main se crispa sur le tissu de la bure du prêtre mais il se recula. Il avait commencé et ne souhaitait pas être interrompu, aussi difficile que cela soit pour lui.
Abandonné. Rejeté. Empli d'une colère brûlante contre ce qui était une injustice. Privé de l'amour des siens, d'une famille, d'une normalité sans en connaître la raison primaire... Ne pouvait-on pas l'aimer comme les autres, lui le petit garçon ? N'avait-il pas le droit à cette affection qu'une mère devait donner à son fils ? Pourquoi lui avait-on retiré ce droit sans lui laisser le temps, l'opportunité d'y goûter ? Qu'il ait pu être en colère contre le monde entier était si normal ! Qu'il ressente encore bouillir en lui cette noirceur était normal. Comment pouvait-on faire cela à un enfant ? Comment pouvait-on ne pas voir sa souffrance grandir jour après jour et rester passif ? Au lieu de ça, au lieu de l'aider, de lui témoigner, de lui donner la seule chose dont il avait besoin alors... il fut rejeté une fois de plus.


Elle en avait entendu des histoires. Beaucoup. Trop. Des belles, des sinistres, des dramatiques, des tristes. Certaines à demi-mots, d'autres à cœur ouvert. Elle les avait toutes accueilli avec la même compassion, la même solennité. La jeune femme était empathique mais quand ces autres lui avaient conté leur histoire, elle s'était toujours retenue d'en ressentir quoi que ce soit. Elle devait rester dans la réserve, rester professionnelle, juste une personne à l'écoute, pouvant analyser dans le discours tenu ce qui pourrait l'aider pour accompagner son patient.
Aux mots de Foudre, Grâce ne resta pas de marbre. La Béarne ne le pouvait pas. Parce qu'elle avait ouvert son cœur et qu'il lui ouvrait le sien en retour. Parce qu'il était plus qu'un patient depuis longtemps. Elle ne saurait dire ce que le frère d'El était réellement pour son cœur mais il pleurait à chaudes larmes, luttant pour finir son récit, déambulant dans la tente et la jeune femme pleura avec lui. Pour sa peine, sa solitude, sa douleur.
Ses mains étaient serrées l'une dans l'autre, au creux de sa poitrine, contre son cœur. Elle prenait de plein fouet tant les mots que les émotions qu'il dégageait. N'avait-il jamais, lui aussi, exposé sa détresse à personne ? Il finit sur une note positive, ayant fini par trouver une famille qui lui correspondait, celle de son ordre. Cela ne remplacerait jamais ce qu'il n'avait pas eu enfant, ce qui lui manquerait pour le reste de son existence mais il se satisfaisait de ce qu'il avait trouvé, construit lui-même. Au milieu des sillons humides sur ses joues, les fossettes de la petite blonde s'étirèrent pour former un sourire. C'était une conclusion que certains jugeraient douce-amère mais cela lui convenait.


Le grand brun s'était finalement assis sur le lit où elle avait dormi. Elle comprit qu'il sèchait ses joues plus qu'elle ne le vit faire et elle fit de même avant de le rejoindre, s'asseyant juste à côté de lui. Elle essuya ses doigts encore humides sur le tissu de sa robe, balançant doucement les jambes.


Elle n'était plus seule, lui assurait-il. Quoi qu'elle veuille dire, qu'elle veuille pleurer ou rire, elle pouvait compter sur lui. C'était une sorte de promesse et ça la touchait énormément. Les sentiments étaient étranges, les émotions tout autant. Elle était passée de l'abattement à la tristesse, à la détresse par empathie pour finir par sentir au creux de son ventre, au centre de son corps une chaleur douce et agréable qui l'envahissait lentement. Elle avait envie de rire et de pleurer en même temps, de le serrer dans ses bras et de l'embrasser pour le remercier d'être là, présent, de s'intéresser à elle pour elle, de lui montrer qu'elle comptait, que Grâce pouvait exister sans filtre auprès de quelqu'un.
" L'intelligence n'a rien à voir là-dedans. Et n'aura jamais rien à voir avec ce qu'on ressent pour une autre personne. Roseau, Saule, tant d'autres que tu juges intelligent... Mais toi, tu as fait ce que personne n'avait pris la peine de faire avec moi et c'est ça qui compte et qui te rend spécial. A mes yeux et à mon cœur. "
Elle lui tendit la main, paume vers le haut, frôlant son bras du sien pour qu'il remarque son geste. L'obscurité qui les entourait, elle aurait bien aimé pouvoir d'un claquement de doigts la faire disparaître pour voir son visage. En même temps, sans elle, seraient-ils parvenus à cette connexion, cette intimité nouvelle et précieuse ?
" Donc si tu veux bien de moi dans ta famille, sache que je suis heureuse de te compter dans la mienne. "
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Mar 24 Mar - 1:13
Foudre
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Il était assis sur le lit de Grâce à s'essuyer les yeux et à reprendre peu à peu le contrôle de sa respiration. Sa gorge lui faisait moins mal, ses yeux étaient secs et sa respiration était lente et profonde. Sans savoir pourquoi, il avait envie de sourire alors qu'il avait entendu quelque chose de triste et que son histoire n'était pas en reste. Il avait envie de sourire parce qu'il se sentait mieux. Partager sa douleur avec cette belle blonde lui avait fait le plus grand bien. C'était un moment pure, un moment rare. Aucun tabou, rien que la vérité dans sa forme la plus simple. Il s'était confié à une femme qu'il connaissait que depuis une semaine plus ou moins. Il avait l'impression qu'il pourrait tout lui raconter et qu'elle accueillerait son récit sans le juger. Que c'était étonnant. Cette écoute, il l'avait rencontrée que chez une autre personne, Opale. La fille de joie était habituée par sa profession de recueillir les problèmes de ses clients. Elle avait raconté à Foudre que certains ne venaient pas pour la toucher, juste pour lui parler. Ces gens là trouvaient une oreille plus attentive que celle qu'ils avaient à la maison. Que c'était étrange !

Grâce s'était installée sur le lit à côté de lui et balançait ses pieds dans le vide parce qu'elle ne touchait pas le sol. Ce qu'elle avoua ensuite, le prêtre ne savait pas comment elle devait l’interpréter. Elle lui dit que l'intelligence n'avait rien à voir avec ce que l'on pouvait ressentir pour quelqu'un d'autre. Cela, il le comprenait ou du moins, il pouvait essayer. De son point de vue, si elle avait des soucis, il serait de son devoir de l'écouter et de la conseiller. Et c'était dans cette deuxième phase du plan qu'il ne se sentait pas forcément le mieux armé. Parce que de son point de vue, il n'était pas assez intelligent pour pouvoir se mettre complètement à la place du personne, comprendre ce qu'elle désirait et la manière d'y parvenir. La plupart du temps, Foudre a forcé les choses et réglé ses problèmes avec sa grande gueule ou ses poings. Il n'était donc pas forcément le meilleur pour tenter de trouver une solution aux problèmes des autres. Mais est-ce que ça serait ce qu'elle attendrait de lui ? Sans doute que non. Si elle lui parlait, c'était pour avoir une oreille et se sentir moins seule. Il n'était pas obligé de devoir lui donner son avis.

*Ce que personne n'avait fait pour elle avant moi... Spécial à ses yeux et à son cœur...*

Ces mots étaient puissants et il ne savait pas trop ce qu'il devait comprendre. Il regarda la Sœur sans savoir quoi dire. Ensuite, il sentit le bras de son interlocutrice qui frôla le sien et quand il descendit son regard pour savoir pourquoi, il vit sa main. Et là, elle prononça des paroles encore plus fortes que celles qu'elle venait de prononcer juste avant. Elle l'acceptait comme un membre de sa famille et souhaiterait faire partie de la sienne. Son premier réflexe fut d'écarquiller les yeux tellement il était étonné par cette proposition. Il ne se passa pas longtemps mais chaque seconde semblait durer des minutes et il ne sait pas combien de fois sa bouche s'ouvrit et se ferma comme celle d'un poisson que l'on retirait de l'eau et qui cherchait de l'air. Puis il attrapa cette main et la serra fort mais il eut l'impression que ce simple geste n'était pas assez. Il fallait quelque chose à la hauteur de sa proposition. Elle venait de lui dire qu'elle serait toujours là pour lui, qu'il n'était plus seule. Il avait désormais ses Frères les plus proches et elle. Il lâcha sa main et l'attrapa par les épaules pour la prendre dans ses bras. Sans un mot, il resta comme ça plusieurs minutes. Que pouvait-il dire après ça ? C'était la plus belle chose que l'on lui avait dite. Ça n'était pas un lettré, il n'avait pas la science des mots. Il répondait d'ordinaire avec son instinct et dans cette situation, ce fut ce câlin sauvage.

Passé un moment, il relâcha son étreinte et se leva du lit. Ils venaient de vivre quelques moments riches en émotion, il était peut-être temps de se reposer un peu parce que la journée qui arrivait n'allait pas être de tout repos.

« On va peut-être tenter de se reposer un peu avant que le jour se lève. Ainsi, nous serons en mesure de faire face à une nouvelle journée. »

Il s'installa sur sa paillasse et avant de dormir, il lui dit :

« Je tiens à préciser que je n'ai jamais pensé que ton collègue herboriste était intelligent. De prime abord, il a l'air barbant ! »

Il laissa échapper un petit rire avant d'ajouter :

« Bonne nuit Grâce et merci... »

Puis il sombra dans un sommeil réparateur où nul cauchemar ne viendrait troubler son repos.
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Mer 25 Mar - 14:46
Grâce
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Grâce
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Non seulement le Ripponais lui saisit la main mais il enchaîna avec un naturel déconcertant en l'enlaçant. C'était la réponse la plus profonde et personnelle qu'il pouvait lui faire. Nul besoin de mots pour comprendre. Grâce passa une main dans son dos, s'accrochant à son épaule, la tête enfouie contre lui. Elle n'était pas sûre de réaliser pleinement ce qu'ils venaient de se promettre l'un à l'autre dans le silence d'une forêt entre Haurfond et Rippon. C'était si nouveau pour eux deux... Elle était simplement heureuse, sereine et se sentait parfaitement à sa place et en sécurité auprès de ce grand homme. C'était étrange de se rendre compte qu'une personne pouvait devenir aussi importante pour soi sans avoir rien prémédité. C'était une chose qu'elle n'avait pas souvenir d'avoir ressenti en dehors de son cercle familial très proche. Depuis terriblement longtemps. Elle n'avait pas menti en déclarant qu'il était spécial pour elle. Il n'aurait peut être pas su exprimer les choses de la même manière qu'elle mais sa gestuelle, son instinct parlaient à sa place. Et ce câlin qu'il lui donnait spontanément était si fort qu'elle s'y perdrait bien sans limite. C'était bien plus sûr et bien plus agréable que le fleuve d'Art qui l'avait bernée la veille.


Pourtant quand l'étreinte s'acheva, la demoiselle l'accepta sans regrets. La proposition de son ami qui se levait était sensée. Ils avaient eu le compte d'émotions et la journée du lendemain, soit quelques heures plus tard à peine, s'annonçait chargée comme presque toutes leurs journées depuis que cette mission avait commencé. La prêtresse n'avait pas encore arrêté ce qu'elle ferait au lever du soleil : suivre les hommes d'El ou retourner au village. Elle verrait bien au réveil.


Alors qu'elle se relevait pour boire un peu d'eau, Grâce ne put s'empêcher de rire à la déclaration de Foudre : il voyait Saule plus comme un homme barbant qu'intelligent. Il était vrai qu'il ne le connaissait pas mais ce trait de caractère pouvait effectivement s'appliquer à l'herboriste quand on ne comprenait pas un broc de ce qu'il racontait. Était-ce aussi la maturité qu'il avait prise depuis qu'elle-même le connaissait mais la jeune femme doutait de pouvoir prendre plaisir comme avant à de longues conversations au coin d'un feu avec lui seul. Peut être était-ce aussi elle qui avait grandi depuis lors ? Leurs vies respectives n'avaient plus beaucoup en commun désormais.


Elle finit sa gorgée puis chacun s'installa sur son lit.
" Bonne nuit Foudre ! " dit-elle en ajustant la couverture sur ses jambes avant de s'allonger. " Et merci à toi aussi. "
Elle vérifia ses murailles d'Art et ferma les yeux. Cela avait été une journée intense et une nuit très spéciale aussi. Elle pensait avoir du mal à s'endormir avec plein de choses en tête à trier ou analyser mais finalement, son cerveau se mit en pause tout seul, au chaud dans le souvenir de ce câlin.


Le soleil perçait les frondaisons des arbres au-dessus d'eux, gagnant avec une intensité moindre les abords du campement. Pourtant, comme si c'était une habitude ancrée en chacun, l'aube vit s'éveiller doucement les paupières des uns puis des autres.
Sous la tente de Grâce, cette dernière s'étira, constatant que la couverture avait déserté sa couche durant son songe. Elle réalisa avoir eu chaud car elle avait la peau un peu moite mais n'avait aucun souvenir précis de ses rêves pour l'expliquer.
Se levant sans bruit, elle gagna le petit baquet d'eau que Foudre avait utilisé la veille pour la laver sommairement et y plongea les mains pour se rafraîchir. L'eau était encore claire et elle s'en aspergea le visage, laissant les gouttes dégouliner sur sa gorge, pendant qu'elle démêlait ses longues boucles blondes avec ses doigts mouillés. Elle se tourna alors qu'elle s'affairait pour voir si le prêtre d'El dormait encore. Toute à ses pensées, concentrée sur son idée de se rafraîchir, elle avait agi par automatisme.


" Bonjour ! Bien dormi ? " sourit-elle en voyant Foudre se redresser sur sa paillasse.


Elle fit quelques pas dans la tente tout en continuant à s'occuper de ses cheveux, commençant à les tresser sommairement après les avoir brossés. L'eau continuait son chemin sur sa peau sans que cela ne la dérange particulièrement. De quoi donc avait-elle rêvé pour avoir eu si chaud en dormant ? Un coin de son esprit lui soufflait en avoir une petite idée.
" J'ai pas assez mangé hier finalement. Je meurs de faim ! "
Elle essuya enfin, de la main, les gouttes qui avaient achevé leur course dans son décolleté, penchée au dessus des restes du repas de la nuit. Elle piocha dedans et profita de ce petit déjeuner en silence. Du regard, elle invita son compagnon à venir finir avec elle.
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Ven 27 Mar - 13:41
Foudre
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Le camp se levait sur une nouvelle journée. Peu à peu des bruits sortaient des différentes tentes. Les Frères se retrouvaient au coin du feu que celui chargé de la cuisine avait rallumé. Ce dernier s'était levé plus tôt pour pouvoir offrir aux autres un petit déjeuner bien mérité en vue d'une journée de travail épuisante. Il fallait terminer d'enterrer les animaux et refermer le tout. Rien que cela allait demander pas mal d'huile de coude. Pendant que certains feraient ça, une autre équipe partirait pour découvrir qui et pourquoi.

Dans la tente de Grâce, l'agitation vint également. La soigneuse se leva de son lit pour se diriger vers le baquet d'eau. Entendant du mouvement, Foudre ouvrit les yeux. C'était systématique chez lui, à peine il entendait un bruit qu'il se réveillait pour savoir ce que c'était. Il avait vraiment bien dormi et se sentait totalement reposé. Les forces lui revenaient et il se sentait prêt pour partir à la recherche des coupables. La jolie Béarne se retourna pour voir s'il dormait toujours et le salua et lui demanda s'il avait bien dormi. Le brun bailla et s'étira avant de se lever tout à fait et répondit :

« Bonjour, ma foi, je dois dire que j'ai vraiment bien dormi. Cela faisait un moment que je ne m'étais pas senti autant en forme. Je me sens prêt à attaquer cette journée à bras le corps. Et toi ? »

Tout en discutant, il se baissa pour ranger sa couche normalement. Les vieilles habitudes du soldat en campagne avaient la vie dure. Il ne ferait rien d'autre avant d'avoir remis sa couche en ordre avec un lit bien fait. Pendant ce temps, la soigneuse arpentait la tente en tentant de faire quelque chose avec ses cheveux. Une fois qu'elle eut fini ça, elle se dirigea vers les restes du repas de la nuit tout en avouant qu'elle avait très faim.  L'homme regardant cette incarnation parfaite de la féminité cru comprendre que la belle l'invitait à partager son repas. Il s'approcha et voyant qu'il n'y avait plus grand chose, il dit :

« Ne bouge pas, je vais chercher de quoi faire un repas digne de ce nom... »

En temps normal, il aurait d'abord cherché à faire sa toilette mais comme Grâce était présente, ça compliquait les choses. De plus, elle l'invitait à manger avec elle, il n'allait pas lui répondre qu'il avait ses habitudes et qu'il ne mangeait jamais avant d'être lavé. Il le ferait après et sortit de la tente pour chercher la pitance. Il salua ses Frères ainsi que ceux du culte de la Déesse. Ils échangèrent quelques mots, les confrères d'Eda lui demandèrent si leur Sœur allait mieux. Foudre répondit par l'affirmative et cette réponse fit naître un sourire satisfait et serein sur leurs visages.

Croisant Rutilant, le Ripponais lui dit :

« On va se faire quelques brasses après le repas chef ? Histoire de digérer un peu avant d'attaquer la journée ? »

Le roux regarda son ami avec un sourire, il était soulagé de voir que cet homme qu'il estimait reconnaisse ses valeurs de dirigeant. Il hocha la tête pour donner son accord et ajouta :

« Mieux vaut le faire maintenant tant que l'on le peut encore. Une fois que l'on se sera mis sur la piste de ces chasseurs, qui sait quand on pourra prendre le temps... »

En effet, il n'avait pas tord. Combien de temps cela allait-il prendre ? Devraient-ils s'éloigner loin du campement sans avoir l'opportunité de revenir dormir le soir même ? Personne ne pouvait le savoir. Rentrant à nouveau dans la tente avec les victuailles, Foudre tendit une écuelle à sa soigneuse.

« Voilà, de quoi remplir le ventre pour la matinée. »

Il s'installa près d'elle et dit :

« Tes Frères s'inquiétaient de ton bien être. Ils sont rassurés de savoir que tu vas bien. »

Cette journée commençait sous les meilleures auspices, une charmante compagnie, un bon repas et une promesse d'un bon bain dans une rivière avec un ami. De petites choses simples qui mirent du baume au coeur du guerrier et accroché une banane à son sourire. Il était vraiment très heureux et sans savoir l'expliquer, cela faisait vraiment longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi bien.
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Sam 28 Mar - 12:02
Grâce
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" Ton corps a entièrement récupéré de l'empoisonnement, c'est parfait ! Tu m'en vois soulagée. " Un léger soupir avait accompagné ces paroles comme si une pression sous-jacente la quittait à cette déclaration. Son soulagement était réel ; elle n'aurait plus à s'inquiéter de sa bancale santé pour la suite.
" J'ai très bien dormi également, merci. J'ai de l'énergie à revendre pour plusieurs jours sans soucis. " répondit-elle à son tour. Voilà bien longtemps qu'elle n'avait pas dormi autant. Elle en avait eu l'opportunité mais surtout la nécessité.
Si elle ne se souvenait pas de ses rêves, le fil de la nuit était clair dans son esprit. Cette pause qu'ils avaient fait ensemble au milieu des ténèbres, cet instant si intense en émotions pour l'un comme pour l'autre lui tirait un sourire éblouissant qu'elle ne maîtrisait pas. Elle se sentait parfaitement bien. Depuis quand n'avait-elle pas ressenti une sérénité aussi évidente ?
Le guerrier annonça qu'il allait ramener des victuailles plus fraîches pour leur petit déjeuner. Elle salua l'initiative et entreprit de ranger pendant son absence.


Le tissu de la tente se souleva plus tôt qu'elle ne le pensait. Se furent ses collègues d'Eda qui entrèrent. Ils venaient de croiser le prêtre de l'autre ordre, lui dirent-ils et souhaitaient la voir de leurs propres yeux. Leur soulagement était grand de la savoir en pleine forme. Elle les remercia, d'autant plus qu'ils ne venaient pas les mains vides, mais les mit dehors assez rapidement. Elle n'avait pas envie de les avoir dans les pattes. Si elle avait voulu voir d'autres gens que Foudre, elle serait sortie d'elle-même. Grâce avait décidé de prolonger encore un peu la bulle qu'ils avaient partagé durant la nuit. La journée serait riche et bien remplie. Ils avaient le droit de profiter du calme encore un moment.


La jeune femme quitta la position accroupie qu'elle avait quand il revint et loucha, le ventre gargouillant sur les plats alléchants que ramena le Ripponais.
Ils s'installèrent côte à côte. Elle remarqua le sourire qui étirait les lèvres de son ami et eut chaud au cœur de le voir ainsi.


" Oui je les ai vus. Ils sont venus m'apporter les ingrédients que j'avais demandé pour mon hématome. " Sur et à côté de son lit, reposaient en effet des sachets de plantes sortis du sac de la demoiselle, un long rouleau de tissu, un bandeau large dans un tissu plus épais et un récipient d'eau chaude où infusaient déjà quelques plantes. C'était là qu'elle oeuvrait quand il était revenu.


"C'est un peu tard maintenant mais je ferais mon cataplasme quand même. J'aurais d'ailleurs besoin d'un coup de main pour le maintenir. Si tu veux bien ? "
Elle pourrait demander à un de ses confrères qui se ferait un plaisir de s'exécuter pour l'assister. Mais si elle avait le choix, elle préférait que ce soit lui.
S'il acceptait, elle ajouterait qu'il aurait le temps de faire autre chose avant qu'elle ait besoin de lui. La préparation prenait un peu de temps et il lui manquait encore un ingrédient qu'elle devrait aller chercher auprès de la rivière.


Le repas était simple et bon et la jeune femme allait achever son assiette presque avant le soldat d'El. Elle avait vraiment faim et chacune de ses premières bouchées aiguisait encore un peu plus son appétit.
" Tu te souviens de mon dilemme d'hier ?" Elle s'en souvenait bien, autant que l'état proche de la panique qui l'avait saisi à cette indécision. Elle était bien fatiguée déjà et inquiète pour Foudre. Ces deux éléments étaient maintenant maîtrisés, elle était davantage en mesure de réfléchir posément.
Elle mit en bouche un morceau de fromage qu'elle mâcha et avala avant de reprendre.
"Je me suis dit qu'il y avait un chef à cette petite expédition. Je vais le laisser décider à ma place. S'il juge que vous pouvez avoir besoin de moi, je vous suis ; si non je retournerais au village. "


Elle laissait ce choix-là à un autre mais elle avait pris sa décision sur un autre point, particulièrement important.
" Par contre, si je repars, vous ne pourrez plus communiquer à distance avec moi. Je me ferme à l'Art pour plusieurs jours. Le campement principal pourra râler ou s'inquiéter, cela m'est égal ! Dis-le bien à... euh ton ami. "
Elle s'était un peu emballée toute seule et avait réalisé un peu tard qu'elle avait cherché un prénom qu'elle ne retenait pas. Elle se débrouillait toujours pour que son problème ne se remarque pas, tournant ses phrases de manière à ne pas avoir besoin d'employer les noms ou prénoms des gens. Si elle se contentait de répéter un qu'on venait de lui dire, cela passait mais c'était une gymnastique constante qui, à cet instant, lui avait échappé. Peut-être ne remarquerait-il rien et continuerait-il simplement la conversation ? Beaucoup de personnes ne s'en rendaient pas compte finalement. Là, sa bouche avait parlé plus vite qu'elle n'avait voulu, emportée par son idée.
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Jeu 2 Avr - 15:09
Foudre
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Ainsi donc les Frères d'Eda étaient quand même allé la voir alors qu'il leur avait assuré qu'elle allait mieux. Dans un coin de son esprit, il ne put s'empêcher de se dire que ces gars mettaient sa parole en doute. Devaient-ils vraiment la voir de leurs propres yeux pour se rendre compte par eux-mêmes qu'elle aillait mieux ? Il comprit que c'était pour une autre raison, son hématome. Les soigneurs avaient pris le temps de confectionner et de lui apporter les plantes dont elle aurait besoin pour faire son cataplasme. Cette pensée fit redescendre la colère qui commençait à gronder dans son ventre. Regardant derrière cette femme avec qui il partageait une tente, il vit des articles sur le lit et un récipient d'où s'échappait de la vapeur. Avec tout ça, il en avait oublié sa blessure au dos. Fixant le récipient où les plantes infusaient, il se remémora la colère qu'il avait piquée ainsi que la peur qu'il avait inspirée au cheval. Ce dernier avait tellement eu peur qu'il s'était éloigné de la menace et que Grâce avait tout fait pour descendre sans se faire mal. Peine perdu, elle avait reçu un coup de l'équidé.

*C'est ma faute si elle s'est fait mal*

Son sourire s'estompa l'espace de quelques secondes parce qu'il s'en voulait. Malgré ça, elle ne semblait pas lui en vouloir, elle. Non, elle lui demandait de l'aide pour faire son pansement. C'était la moindre des choses, il devait faire en sorte de réparer le tort causé.

« Je ferais mon possible, oui... Tu peux compter sur moi ! »

Depuis cette nuit, elle avait bien dit qu'il faisait partit de sa famille et qu'elle souhaiterait faire partie de la sienne. Qui serait-il si à la première demande d'aide, il l'envoyait balader ? De plus, c'était sa faute donc à lui de réparer ses erreurs. Il devait aider Grâce. Malgré tout, il eut du mal à ne pas réprimer un léger tremblement de ses mains qu'il put cacher entre ses jambes vu qu'il était à genoux. Il allait devoir tenir le cataplasme en place et donc de ce fait, toucher la Sœur. Il allait sentir sa peau sous ses doigts. Un léger rouge lui monta aux joues.

Décidant de tout faire pour penser à autre chose, il prit une cuisse de poulet froide  qu'il mordit à pleine dent. Ces victuailles firent un bien fou aux deux personnes. Grâce mangeait d'ailleurs plus vite que lui et celui eut pour conséquence de le faire rire.

« Je vois que l'on avait plus que faim ma parole. »

Peu de temps après, les visages devinrent plus sérieux. La jolie blonde pensait à quelque chose et décida de le partager avec son interlocuteur. Elle lui demanda s'il se souvenait de son dilemme ? Dans l'instant, il aurait répondu non mais en laissant la demoiselle parler, il vit de quoi elle voulait parler. Retourner au village ou les accompagner. Elle avait décidé de ne pas décider et de s'en remettre à Rutilant. Que valait ce retournement de situation ? Allait-elle vraiment s'en tenir à ce que son ami Béarnois allait décider ? Et lui, comment allait-il voir la chose ? Le Père Ducal de l'Ordre lui avait donné autorité sur le clergé d'El pour cette mission mais pas celui de la Déesse. Si la soigneuse n'était pas satisfaite de la décision prise par son compère, rien ne lui interdirait de ne pas en tenir compte et de partir s'il avait décidé de la faire rester ou d'aller avec eux s'il avait décidé de la faire partir.

Elle précisa néanmoins que si elle devait partir, elle se fermerait à l'Art et qu'il serait impossible de communiquer avec elle via ce canal. Foudre ne comprenait pas tout à fait pourquoi elle lui disait cela. Parler via sa magie lui demandait-elle tant de force ? Faisait-elle ça pour ne pas perdre de forces afin de se concentrer sur les patients ? L'avertissait-il qu'elle bouderait le fait de ne pas avoir la chance de les suivre ? L'homme tenait sa cuisse de poulet devant sa bouche et restait immobile. Il ne savait pas comment réagir et l'on pouvait voir sa bouche s'ouvrir et se fermer comme celle d'un poisson rouge. Ce petit manège dura quelques secondes puis il baissa son bras et sa nourriture.

« Pourquoi t'en remettre à lui et pourquoi te couper des autres si tu dois retourner au village ? »

Il ne savait pas dire à sa camarade si les décisions qu'elles prenaient étaient les bonnes ou pas. Il était dans l'incapacité de lui dire qu'elle avait bien ou mal agit et de lui expliquer si jamais elle était dans l'erreur. Tout ce qu'il put lui dire, c'est :

« Dans un cas comme dans l'autre, ne te surmène pas. Oui, tu as recouvré des forces en ayant bien dormi mais ce n'est pas une raison pour maltraiter ton corps d'autant plus que tu as mal au dos. Ton corps est reposé mais pas guéri pour autant. Alors si tu nous accompagne, je veillerai à ce que tu fasses attention mais si jamais tu ne peux pas venir avec nous, je veux que tu me promettes de te ménager ! »

Son ton était calme, serein. Il n'y avait aucune colère juste un brin d'inquiétude. Il craignait vraiment qu'en son absence, elle retourne dans ses travers et s'use jusqu'à la corde. De plus, elle lui avait dit qu'elle se couperait du monde. Il ne pourrait demander à personne possédant ce don des dieux de vérifier qu'elle allait bien. Du moins, c'est ce qu'il avait compris du peu qu'il pouvait comprendre.

« Tu veux ta réponse tout de suite pour savoir si tu dois préparer tes affaires ou pas ? Je peux faire venir Rutilant et lui poser la question. Il a certainement réfléchi à la question. »

Peut-être auraient-ils de la chance et trouveraient-ils facilement les coupables. De ce fait, ils pourraient retourner au village assez rapidement et lui, surveiller qu'elle n'en fasse pas plus que nécessaire.
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Sam 4 Avr - 15:38
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
Messages : 58

Elle mâcha un bout de viande en penchant légèrement la tête tandis qu'il parlait. Son assiette était presque vide et la Béarne grignotait plus ce qu'il restait par gourmandise que par faim.


" Je m'en remet à lui, car j'ignore en quoi cela consistera concrètement."
Foudre n'avait pas l'air de comprendre pourquoi elle avait pris cette décision-là. C'était pourtant la plus sensée. Elle n'avait plus à s'inquiéter spécifiquement pour le Ripponais dont l'organisme s'était parfaitement débarrassé des toxines. Si elle choississait de suivre le groupe, en l'état actuel, cela aurait été pour des raisons parfaitement égoïstes et non professionnelles.


" Je n'ai jamais participé à une expédition de ce genre. C'est à lui d'estimer si la présence d'une soigneuse est utile ou non au groupe. "
Elle se plierai à la décision que le rouquin prendrait. Grâce ne pouvait pas simplement faire ce qu'il lui plairait... Ce n'était pas correct. Ni raisonnable. Un peu d'elle-même était soulagée que Foudre ne soit plus en charge de cette mission-là. Elle se demandait si elle aurait aussi bien accepté la possibilité de rentrer seule au village si c'était lui qui l'y avait contrainte. Même si elle avait su que c'était la meilleure chose à faire, la meilleure chose pour la bonne exécution de ce qui les occupait ici... Mais aurait-il pu trancher ? Ou aurait-il été dans la même indécision qu'elle, balancé entre un désir égoïste de profiter de cette relation naissante et la volonté raisonnée et raisonnable de mener cette mission à sa conclusion ?


L'inquiétude qu'il exprima ensuite, de façon simple, la toucha. Il lui demanda de faire attention à elle, lui rappelant qu'une nuit de sommeil ne réglait pas tous les problèmes. Elle trouva cela charmant que les rôles soient ainsi inversés. Elle avait dû beaucoup l'inquiéter pour qu'il lui tienne ce discours ce matin.


" C'est promis ! " sourit-elle sincèrement. Ses yeux bleus souriaient aussi jusqu'à ce qu'elle enchaîne pour lui expliquer avec sérieux le fond du problème.
" C'est justement parce que je dois me ménager, et être prudente surtout, que j'ai décidé de me fermer temporairement à l'Art. Cela aura pour conséquence, si je repars au village, qu'aucun artiseur ne pourra entrer en contact magique avec moi. "


Elle reposa ses mains sur ses genoux et déglutit avant de poursuivre. Comment aurait-il pu comprendre en ignorant tout ce qu'était la magie dite des rois ? Même en étant soi-même mage, il restait toujours des zones dans l'ombre vu l'étendue des possibilités que celle-ci offrait.
" Cette magie a un pouvoir... attractif terriblement puissant. Plus on l'utilise, plus on a envie... besoin de l'utiliser. Hier... j'ai du lutter à plusieurs reprises pour ne pas être emportée par cette sorte d'envoûtement. C'est ce qui a achevé de m'épuiser. Au quotidien, je n'utilise l'Art qu'en cas d'absolu nécessité. Depuis le début de cette mission, je dois rester active, présente, ouverte dans l'Art, car on est susceptible de venir me parler à tout moment. C'est bien plus que ce que je fais d'ordinaire... Et c'est... Je ne peux pas laisser cette porte entrouverte constamment. " conclut-elle en frissonnant assez perceptiblement.


Elle se leva alors. Elle avait terminé de manger après tout. Elle s'était crispée sans s'en rendre compte en parlant et quand elle voulut détendre ses épaules, elle sentit son dos protester. Oui, il avait raison. Elle n'était pas encore complètement remise.
Elle s'agenouilla en soupirant auprès du baquet d'eau chaude et se pencha en retenant ses cheveux pour renifler sa préparation.


" J'aurais bien assez le temps de remballer mes affaires quand le campement sera levé. Je vais plutôt aller voir si la terre est assez argileuse et meuble près de la rivière. La décoction sera prête d'ici là et aura refroidi assez pour que je m'en serve. "
Elle aurait pu prendre de la terre sur le pas de la tente, vu qu'elle allait l'humidifier en y mélangeant son infusion mais elle espérait trouver un terreau plus riche au bord de l'eau. Le limon serait moins friable lorsqu'il lui faudra l'appliquer sur son dos.
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Jeu 9 Avr - 14:31
Foudre
La Hache d'El
Foudre
Messages : 226
Localisation : Forbaie
Ainsi donc, elle ne prenait pas elle-même la décision parce qu'elle n'avait jamais participé à une traque. C'était logique en soi et d'une certaine manière, Grâce faisait preuve de beaucoup de sagesse. C'était une soigneuse et une officiante solitaire d'ordinaire.  Comment aurait-elle pu avoir l'expérience de ce genre d'opération qui relevait plus du domaine militaire que civil. Du moins, dans ce contexte ci. Maintenant, à bien y réfléchir, il n'y avait peut-être pas besoin d'attendre Rutilant. Il était en mesure de lui expliquer en quoi consistait la mission et dans les faits, une soigneuse n'était pas forcément utile. Se balader à cheval, repérer les indices, ouvrir les oreilles au monde qui les entourait pour repérer la présence d'autres personnes. Peu de chance de se blesser à moins de tomber de cheval mais ils étaient tous des cavaliers expérimentés. Devait-il lui dire qu'à son avis, elle serait contrainte de rentrer au village ? Qu'il en était sûr à 100 % ? Ou devait-il nourrir l'espoir que Rutilant n'écoute que d'une oreille distraite et l'autorise à les accompagner pour se rendre compte un peu plus tard que ça n'était absolument pas nécessaire ?

Comme elle venait de le dire, c'était le roux qui était en charge de la mission vu qu'il avait été démis temporairement de son rôle au sein de ce bras armé. Il n'avait donc pas son mot à dire et devait attendre la fin de sa punition pour pouvoir à nouveau jouir de ses prérogatives de second du Bras d'El.

Alors qu'il avait exprimé toute l'inquiétude qu'il avait à son encontre, Grâce sourit et promit de faire attention. Même si cela le soulageait sur le moment,  il y avait un coin de son esprit qui se disait qu'elle oublierait sans doute sa promesse une fois sur place, prise par les décisions à prendre et la montagne de travail qui l'attendrait. Que devait-il faire ? Demander à Rutilant qu'un Frère l'accompagne et veille à ce qu'elle se repose quand il le fallait ? Cet homme qu'elle ne connaîtrait pas n'aurait guère d'influence sur elle. Il se ferait envoyer sur les roses d'un joli sourire connaissant l'esprit têtu de la jolie Béarne. Devait-il se retirer de cette mission de traque pour s'assurer lui-même de sa promesse ?

*Oh mais où te mènent tes pensées par El ! Sérieux, tu t'entends ? C'est lamentable mon pauvre Foudre. Tu as une mission plus importante à faire que de t'assurer qu'une femme tienne sa promesse. On est sur le point de mettre fin à cette mission et de découvrir la vérité. Ressaisis-toi bon sang !*

Il se fustigea lui-même d'imaginer abandonner la mission. Ça ne lui était jamais arrivé auparavant.

*C'est pas parce qu'elle t'a dit qu'elle souhaitait faire partie de ta famille que tu dois tout remettre en question. La mission avant tout, tu le sais pourtant ! Allez, concentre-toi sur l'essentiel !*

C'était un peu comme si sa raison et son cœur se disputait les choix qu'il devait opérer pour la suite. Mais pourquoi donc ? Jamais il n'avait remis en question ses convictions les plus profondes, jamais. Il savait pertinemment que dans son monde à lui, il fallait mener le travail à son terme. Peu importe ce que cela coûtait. C'était un professionnel et il se focalisait sur les termes de sa mission et prenait en compte tous ses paramètres. Oui sauf que là, l'un des paramètres de la mission qu'était Grâce, il ne l'avait absolument pas calculé. Il n'avait pas vu venir ni même envisagé un instant que ce petit bout de femme puisse s'immiscer ainsi dans sa vie. Elle ne représentait rien il y a encore une semaine. Comment avait-elle fait pour qu'aujourd'hui, elle puisse envisager faire partie des proches de Foudre ? Comment avait-elle fait pour qu'il ait envie de la protéger, de faire attention à elle et de l'écouter ?

A qui pourrait-il parler de tout cela ? Pas à Grâce, il en était sûr ! Revenant au temps présent, il entendit la soigneuse lui parler de sa magie et des raisons pour lesquelles elle souhaitait se couper de tous. Ainsi, cela lui demandait des forces de laisser le canal ouvert ? C'était donc une manière de respecter sa promesse que de se couper des autres artiseurs. Soit, elle prenait encore une fois une sage décision et il ne pouvait qu'approuver. De toutes manières, avant que l'Art ne pointe le bout de son nez, les hommes envoyaient des messagers pour communiquer entre eux et c'était encore et toujours le cas actuellement. Autant s'en remettre à cette méthode qui avait déjà fait plus d'une fois ses preuves.

Ensuite, ce qu'elle lui révéla lui glaça le sang. Cette magie avait pour effet de donner envie à son utilisateur de l'utiliser encore plus ? Et que se passait-il si le mage se laissait emporter ? Apparemment, c'était quelque chose de terrible parce que Grâce frissonnait tout en en parlant.

« Et si jamais tu cèdes à la tentation ? »

Il n'arrivait pas à terminer sa phrase... Il regrettait même d'avoir posé la question. Son mentor au sein du culte d'Eda lui avait dit un jour que s'il n'avait pas envie d'entendre la réponse, il n'avait pas à poser la question. Sa langue avait agit plus vite que son esprit. Il s'attendait au pire vu les pouvoirs prodigieux qu'il était possible de réaliser. Comment les Dieux avaient-ils permis une folie pareille ? Tout en étant dans ses pensées devant les dangers que représentait l'Art, il n'entendit pas que Grâce parlait de se rendre à la rivière pour aller chercher de la terre. Il ne remarqua même pas qu'elle s'était levée pour aller voir ce que donnait sa décoction sur le feu. Il regardait devant lui sans voir ce qu'il y avait. Il réfléchissait et entendait les paroles de celle qui était désormais une amie tourner en boucle dans sa tête, comme un écho dans une caverne.

Quelque part dans sa tête, quelque chose lui fit se rendre compte qu'il devait être ridicule à genoux ainsi sans bouger, l’œil hagard. Il se secoua la tête pour sortir de ses pensées puis se leva et dit :

« On se retrouve plus tard, je vais retrouver Rutilant... »

Puis il sortit rejoindre son ami, ils avaient prévu d'aller se laver à la rivière. Cela lui permettrait peut-être de penser à autre chose.
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