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Mission conjointe d'Eda et El [Poisson 1045]

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Ven 29 Mai - 23:22
Foudre
La Hache d'El
Foudre
Messages : 226
Localisation : Forbaie
Il tournait et tournait encore, frappant là, s'effaçant ici pour mieux attaquer. Cette danse de mort qu'il faisait avec ses haches était un mécanisme bien huilé. Il lui arrivait de se pencher pour planter l'une de ses lames dans le sol et se battre avec l'autre. Il s'amusait alors à faire tournoyer sa seule arme, la faisant aller d'une main à l'autre, passant dans son dos pour ensuite la ravoir devant lui. Il récupéra la hache abandonnée en faisant une cabriole tout en la ramassant au passage. Il avait bien vu qu'il y avait une ombre qui s'approchait mais il était tellement pris dans son exercice qu'une partie de son esprit se demandait si cette ombre était réelle ou non. Était-ce un ennemi qu'il devait également abattre ou un spectateur attiré par le reflet de la lune sur les lames et les bruits de sa respiration qui devenait de plus en plus audible.

L'ombre faisait plier les herbes sous ses pieds et l'on pouvait également entendre les pas sur le sol. Ça n'était pas un ennemi mais bien une personne qui venait voir ce qu'il se passait. Peut-être un de ses frères qui patrouillait dans le coin et qui s'était demandé ce qu'il se passait. Dans ce cas là, il repartirait comme il était venu, il était assez courant de voir le Père Foudre s'adonner à ce genre d'exercice peu importe l'heure du jour ou de la nuit. Après tout, il gagnait le tournoi du Bras d'El depuis plusieurs années, il était donc logique pour eux de le voir s'entraîner quand il avait un peu de temps.

Foudre aimait cette sensation de maîtrise et du vent qui battait à ses oreilles. On ne pouvait vraiment être bon dans son domaine qu'en faisant les exercices sans penser à ce que l'on faisait. Cela devait être aussi naturel que l'eau qui coule d'un ruisseau. De voir des mouvements complexes en se disant que ça avait l'air simple était également une autre façon de prouver son habileté. Il n'était pas question de se vanter, il était seul. Soudain, une petite voix reconnaissable entre toutes vint perturber son moment de sérénité. Était-ce une tentative de plaisanter ? Peut-être... Malheureusement, l'homme n'avait pas le cœur à ça. D'une petite phrase, de ce petit moment de distraction, toute sa mélancolie revint. Les efforts qu'il avait fait n'étaient plus. Il ne répondit rien à sa première phrase, il n'avait pas spécialement grand chose à lui dire. Elle enchaîna d'elle-même et lui avoua qu'elle avait envie de passer un moment avec lui mais que s'il ne voulait pas, elle comprendrait et s'en irait. Elle s'excusa du comportement de l'herboriste et le remercia d'avoir été présent. Un détail le fit tiquer... Elle venait de lui dire qu'elle ne pouvait pas l'affronter seule à nouveau. Que c'était-il passé ? Lui avait-il fait du mal ? Certainement pas, Grâce ne serait pas accourut près de lui si ça avait été le cas. Mais alors, que s'était-il passé ? Il chassa bien vite cette question de son esprit, ça ne le regardait pas.

Il chercha un peu ses vêtements et quand il les trouva, il s'essuya le visage et le torse avec sa bure. Quand il était à peu près sec, il enfila sa chemise et sa bure par dessus lui. Il n'entendait que le son de sa voix, il ne voyait pas son visage vu la distance à laquelle il se trouvait d'elle. Grâce semblait également affectée. Sa voix n'était pas aussi sereine que d'habitude. Que lui arrivait-il donc ? Elle ne s'était sans doute pas attendu à la scène avec Saule. Devait-il lui dire quelque chose à ce sujet ? Il ne se sentait responsable de rien et surtout pas de son désarroi. Elle semblait avoir cherché un bon moment avant de tomber sur lui. Comment avait-elle fait ? Pod... Oui bien sûr, ça devait être son écuyer qui lui avait indiqué le chemin pour le trouver. Il ne perdait rien pour attendre et avait encore certaines choses à apprendre. Ne comprenait-il pas que son mentor avait besoin de rester seul ? Il ne cherchait la compagnie de personne et si ça avait été le cas, il serait resté avec Rutilant.

« Sœur Grâce, je... »

Il ne savait vraiment pas ce qu'il devait lui dire. Devait-il la chasser pour préserver son envie de rester seul ? Devait-il écouter ce qu'elle aurait à lui dire sur ce qu'il avait vu dans ce cabinet de travail ? Ce qui était certain, c'est que vu qu'il ne savait pas vraiment ce qu'il ressentait, il ne pouvait en parler à la soigneuse. Comment pouvait-on parler de quelque chose que l'on ne comprenait pas ?

« A-t-il été menaçant envers vous ? Est-ce la raison pour laquelle vous cherchiez ma présence ? Dois-je aller le trouver pour lui faire entendre raison ? »

Il était tellement troublé par sa présence et par ses propres émotions qu'il avait oublié le fait qu'il était responsable du sommeil de Saule en ce moment même. L'homme n'aurait été capable de rien vu que le Ripponais lui avait assené une grosse baffe pour le faire tomber dans l'inconscience. Instinctivement, l'homme était revenu au vouvoiement avec la jolie blonde. Une manière de s'écarter de ce qu'il pouvait ressentir et une pathétique tentative de se protéger. Elle lui avait demandé de faire partie de sa famille... Il avait bien entendu ces paroles dans la tente. Mais que voulaient-elles dire ? Et pourquoi était-il autant contrarié ? D'un côté, il avait envie de l'envoyer sur les roses et de l'autre, de la prendre dans ses bras pour la réconforter, lui faire comprendre qu'elle ne risquait plus rien et qu'il était là pour la protéger. Mais le ton qu'il employait pour lui parler était totalement neutre. Il n'y avait pas d'agressivité, il n'y avait rien. Et ça, c'était inhabituel chez lui qui était d'ordinaire si expressif.

Étant complètement habillé, il ramassa ses armes au sol et se dirigea à pas lents vers le village. Pourquoi rester encore ici ? Ce qu'il était venu chercher n'était plus présent. Cela s'était envolé avec l'arrivée de Grâce.

« Pour un homme intelligent, je le trouve vraiment stupide... »

Il n'y avait aucun ton conciliant dans sa phrase, ça sonnait comme un verdict définitif. Foudre ne tentait pas de faire de l'humour par rapport à une situation que tous les deux avaient vécus et qui était agréable. Il dévoilait le fond de sa pensée et par là, il critiquait un peu la femme qui se trouvait devant lui. Une manière un peu mesquine de dire qu'il mettait en doute le choix de Grâce sur les hommes. Mais le comprendrait-elle ? Et Foudre, savait-il qu'au fond c'était pour cette raison qu'il avait prononcé ces paroles ?
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Lun 1 Juin - 16:09
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
Messages : 58
Elle n'aurait pas dû venir... Elle n'aurait pas dû...
Soeur Grâce.
Ces mots seuls lui firent l'effet d'un coup de poignard en plein cœur. Elle fut bienheureuse qu'il fasse si nuit car elle sentit des larmes lui monter aux yeux. Elle n'aurait su dire pourquoi jusqu'à ce qu'il continue en la vouvoyant à nouveau. Cette distance qu'il rétablissait soudainement la prit de court et la déstabilisa. C'était le coup de grâce qu'elle n'avait pas imaginé et le voile sombre retomba sur ses pensées. Pourquoi faisait-il cela ? Pourquoi ce détachement, cette absence d'émotions dans ses paroles ? Elle se sentit étrangement abandonnée, seule, terriblement loin de ce qu'elle souhaitait trouver en se présentant auprès de lui. Elle aurait presque préféré qu'il l'envoie promener, se rendit-elle compte à l'instant. Cela aurait été plus facile à accepter.

Grâce se força à ravaler ses larmes, profitant de la pénombre pour s'essuyer le coin des yeux du revers de la main. Il était loin le réconfort qu'elle avait appelé de ses vœux en venant ici. Au contraire, elle eut l'impression que les ombres qu'elle avait réussi à remiser en arrière plan moins d'une heure plus tôt revenaient sur le devant de la scène avec délectation. Pourquoi s'écartait-il d'elle ? Sinon parce que ce qu'elle avait pensé d'elle-même était vrai...?

C'était néanmoins étrange qu'il posa des questions comme par pure forme, comme s'il attendait qu'elle fut satisfaite de l'intérêt qu'il lui portait alors que tout dans son ton et son attitude indiquait le contraire. Et tout aussi étrange que même en ayant conscience de cela, elle ressentit le besoin de lui répondre. Il y avait une raison à cette distance qu'il établissait à nouveau entre eux et même si elle ne la comprenait pas, la jeune femme ne pouvait pas revenir en arrière avec son confrère d'El. Elle ne le souhaitait pas et en aurait été bien incapable.

" Je ne dirais pas qu'il est stupide. Il est perdu, désespéré et je lui ai brisé le cœur une fois de plus en le rejetant... " commença-t-elle. Non qu'elle chercha à défendre Saule... Ou peut-être qu'inconsciemment, elle ne pouvait s'en empêcher. Elle ne pouvait s'enlever de la tête qu'elle était la cause de son mal-être.
" Il est venu me trouver il y a deux nuits quand j'étais seule à la maison de soins. Il a cherché à m'embrasser après m'avoir dit qu'il m'aimait depuis des années. Je l'ai repoussé et me suis enfuie. Je ne sais pas pourquoi il a tenté sa chance maintenant... Mais je ne l'aimais pas de cette manière, il y a huit ans ; ça ne changera pas aujourd'hui... Je me sens si stupide. De n'avoir rien vu, rien compris...  "

Elle s'arrêta soudain en plein milieu de ce nul part où ils se trouvaient. Elle venait de se rendre compte de quelque chose qui était resté latent jusque là. Une révélation évidente qui la frappa néanmoins en plein cœur et l'ébranla une fois de plus.
Il y avait des chances que ses sentiments soient nés avant même qu'ils ne deviennent amants. Auquel cas, il lui avait délibérément menti en acceptant les termes de leur relation. Comment avait-elle pu être aussi aveugle ? Et naïve ? Les deux autres étaient-ils au courant des sentiments de l'herboriste à ce moment-là ? Ou même à eux il n'avait rien dit, bien heureux qu'ils ne disent rien et qu'il puisse la garder pour lui seul ?
" Par Eda ! Il m'a mentie. Il a profité de moi... C'était lui le plus vieux de nous deux ; je le croyais mon ami... Je lui faisais confiance et il en a profité... " Ces derniers mots l'étouffèrent presque, mourant en chevrotant dans sa gorge serrée.
Voilà le fond du pourquoi elle lui en voulait. Elle avait été clairement déçue par son récent comportement insistant mais elle l'était encore plus en comprenant qu'il se jouait d'elle depuis plus longtemps. Déçue et furieuse. Furieuse et blessée.

Ses yeux demeuraient secs mais les valves étaient ouvertes et elle eut besoin de dire tout haut ce qui lui faisait si mal. Elle n'avait pas idée du volume de sa voix, pas conscience de ce qu'il y avait autour d'elle. Grâce ne savait pas si son compagnon s'était arrêté en même temps qu'elle, s'il l'écoutait même. Elle ne maîtrisait rien, pas même le flot de ses sentiments. En cet instant, elle aurait pu s'adresser au vent, aux étoiles, à une vache ou une fourmi, peu lui importait. Il fallait que ça sorte ; il fallait qu'elle se libère de cette soudaine et sourde colère, qu'elle exprime cette blessure qui venait de s'ouvrir en elle.  

" Il m'a trompée ce salaud. Il m'a mis dans son lit en mentant. Je me souviens bien. Il m'a assuré qu'il n'y aurait rien de plus, que ça ne changerait rien à notre relation. Que ça n'était que pour se tenir compagnie, pour se réchauffer. Ça ne devait pas se passer comme ça... Je n'ai jamais voulu que ça se passe comme ça... Comment j'ai pu ne pas m'en rendre compte ? " termina-t-elle dans un murmure essoufflé.
Sa voix était tremblante. Elle avait fixé sans s'en rendre compte ses mains tout au long de son monologue, faisant fi de tout ce qui se trouvait autour d'elle. Elle cligna des paupières, laissant s'échapper une larme solitaire sur sa joue droite. Grâce se souvint alors où elle était et avec qui.

" Je te demande pardon... Je... Tu n'avais peut-être pas envie d'entendre tout ça... "
Pourtant, elle savait, tout au fond d'elle-même, qu'elle n'aurait pu dire cela devant personne d'autre que lui. D'ordinaire, elle pleurait sans témoin.
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Jeu 18 Juin - 15:24
Foudre
La Hache d'El
Foudre
Messages : 226
Localisation : Forbaie
La réponse de Grâce au jugement de Foudre sur Saule ne se fit pas attendre. Et comme il aurait dû s'y attendre, elle le défendit.

*Perdu ? Désespéré ? Son cœur est brisé parce qu'elle l'a rejeté ?*

Tout cela ne voulait pas dire grand-chose pour le guerrier. Le seul fait qui était probant pour lui était qu'il venait d'attaquer cet homme et qu'elle prenait sa défense. Avec ce qu'ils semblaient avoir vécu tous les deux, sans doute pas étonnant. Il arrivait que l'on protège quelqu'un qui se faisait injustement attaquer par quelqu'un d'autre parce que des liens d'amitié étaient nés. Là, il y avait eu plus donc fatalement, elle courait à son secours.

« Alors, si tout ce bazar arrive par votre faute... Pourquoi venir ici au lieu de consoler votre ami ? »

C'était une question purement rhétorique, il ne voulait pas connaître la réponse et s'en moquait éperdument. Par contre, aux questions qu'il lui avait posés, elle répondit par un laïus de ce qu'il s'était passé. Il n'avait pas demandé de détails sur ce qu'il s'était passé et ne voulait pas forcément savoir. Malheureusement pour Foudre, il sut quand même tout et ce même s'il n'en avait aucune envie.

« Un simple non aurait été suffisant, je ne demandais pas à connaître les détails... »

Il avançait toujours vers le chemin, pas très vite mais d'un pas régulier. Malgré lui, les paroles qu'elle venait de prononcer résonnèrent dans sa tête. Ils avaient été amant. Cela n'avait semble-t-il pas représenté grand-chose pour elle. Tout le contraire de Saule. Il avait certainement vécu ces moments avec des émotions de plus en plus fortes. Avaient-ils passé une sorte de pacte ? Était-ce pour cette raison qu'il n'avait jamais osé lui avouer ses sentiments plus tôt ? A n'en pas douter, oui. Mais qui pouvait croire que de faire l'acte d'amour n'engageait à rien ? Ça n'était pas quelque chose que l'on faisait comme ça juste pour l'amusement ou se réchauffer une nuit plus froide que les autres. Son regard sur Grâce changea en un instant. Il avait presque envie de plaindre Saule. Comment pouvait-elle se donner à quelqu'un sans sentiments ? Le faisait-elle souvent ? Jouait-elle avec les hommes ? Était-elle vraiment ce genre de femme ?

« J'en viens à me dire que vous n'êtes pas beaucoup plus maligne que lui... Comment pouvez-vous imaginer que l'on passe plusieurs nuits dans le même lit que quelqu'un d'autre à lui faire l'amour sans qu'il n'y ait de sentiments ? »

Il était à plusieurs mètres d'elle et il ne voyait que ses contours, mais pour la première fois, il s'était tourné vers elle pour lui parler. Il y avait un peu de colère qui commençait à venir dans ses paroles. De plus, il serrait le poing de colère. Comment pouvait-on à ce point jouer avec les hommes ?

« Je ne suis pas forcément d'accord avec le comportement de Rutilant. Mais je suis certain d'une chose, c'est que quand il fait l'amour à une femme, il en est amoureux. C'est un idiot parce qu'il tombe amoureux dix fois par jour et qu'il devrait peut-être un peu travailler sur lui de ce côté-là mais néanmoins, il ressent des sentiments pour la personne avec qui il le fait. Comment peut-on faire cet acte juste pour le principe de le faire ? Sérieusement Sœur Grâce... J'étais loin de me douter que vous étiez ce genre de personne. »

Les mots étaient lourds et durs. N'importe qui qui aurait été présent dans ses amis les plus proches aurait mis le holà directement. Il n'avait pas le droit de porter ce genre de jugement sur une personne qui somme toute, il ne connaissait que de quelques semaines. Ces gens ignoraient ce qu'il s'était passé entre Grâce et Foudre. Les moments de vérités, de complicité, cette tendresse qui était née au fur et à mesure jusqu'à ces câlins qu'ils avaient échangés. Les mots qu'elle lui avait dits cette nuit dans cette tente à côté de ce charnier étaient encore gravés dans le cœur de l'homme. Elle avait le désir d'en faire un membre de sa famille. Mais était-ce vrai ? Avec tout ce qu'il avait entendu ce soir, il commençait sérieusement à douter. N'était-ce pas un stratagème qu'elle avait mis en place pour jouer avec lui comme elle l'avait fait avec Saule ?

Amèrement déçu, il se tourna à nouveau et reprit son pas pour sortir du champ. Là, la jolie soigneuse venait sans doute d'avoir une révélation. Elle venait pour la première fois de sa vie de se rendre compte que c'était peut-être Saule qui s'était joué d'elle et lui avait promis de ne pas s'attacher pour obtenir ce qu'il voulait d'elle. Il y avait peut-être quinze ou vingt mètres entre eux maintenant, mais il entendait toujours assez distinctement la Béarnoise. Elle semblait avoir oublié qu'ils étaient au début de la nuit et que les gens s'endormaient ou le feraient bientôt. Sans vraiment savoir pourquoi, Foudre s'arrêta quand même et écouta ce qu'elle avait à dire même s'il ne savait pas si Grâce était consciente qu'il était encore là et si elle voyait encore son ombre.

*Évidemment, ça ne va pas être de sa faute à elle, mais de la sienne à lui. Vraiment ? C'est comme ça qu'elle voit les choses ? Et lui, a-t-il vraiment profité de la situation ? Qu'importe ! Ce ne sont pas mes affaires. Qu'ils tirent leur plan.*

Elle semblait souffrir énormément et Foudre n'était pas beaucoup mieux. Elle s'excusa en précisant qu'il n'avait peut-être pas envie d'entendre tout ça. En effet, il n'en avait pas envie mais il avait quand même dû l'entendre. Il ne put s'empêcher de penser que c'était un peu similaire au fait de la présence de Grâce dans ce champ. Il n'avait pas forcément envie qu'elle soit là, mais elle y était quand même.

« Je n'ai pas à me prononcer sur cette histoire, ça ne me regarde pas. Mais juste une chose... Mettre ça sur le compte de la jeunesse et de l'inexpérience, sérieusement ? Non, ça ne le fait pas du tout. »

Il n'appréciait pas beaucoup qu'elle se porte en victime en prétextant qu'il était plus âgé et qu'il était donc plus en mesure de savoir ce qu'il faisait. Elle possédait un charme dingue, elle devait certainement s'être aperçu de l'effet qu'elle faisait aux hommes. Comment pouvait-elle imaginer un instant que ça n'engagerait à rien ? Il était vraiment clair que beaucoup d'hommes donneraient des fortunes pour pouvoir coucher avec elle. Foudre ne pouvait pas imaginer un seul instant que Grâce soit si naïve. Elle venait sans doute de se débarrasser d'un gros poids sur sa conscience, mais elle venait par la même occasion alourdir celle du prêtre. Il n'avait pour l'heure pas grand-chose d'autre à dire, il venait de dire ce qu'il pensait. A elle de voir comment elle allait réagir ? Allait-elle riposter et prolonger la conversation ou le laisser partir et bouder ?
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Ven 26 Juin - 11:02
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
Messages : 58


" Ce genre de personne ? " lança-t-elle profondément offusquée. Elle leva la tête brusquement vers lui. Elle mourrait d'envie de lui demander pour qui il se prenait pour la juger. De quel droit le faisait-il quand elle se présentait à lui avec le simple besoin d'une oreille amicale ? Naïvement, son instinct l'avait amené à se confier à lui. Pourquoi ? Elle aurait mieux fait de garder tout cela pour elle, comme d'ordinaire. Tout avait été fait pour qu'elle ait du mal à le retrouver et pourtant elle n'avait pas démordu de son envie... Pour quel résultat ?

La jeune femme aurait pu partir, le laisser planté là, vexée par les propos qu'il lui avait tenu. Grâce se sentait furieuse contre lui, contre elle-même, contre le monde entier qui avait décidé de compliquer les choses en la faisant s'attacher précipitamment à cet homme. Elle ravala cette bile qui grondait dans son ventre, croisant les bras sous sa poitrine comme si cela l'aiderait. Un silence de quelques très longues secondes s'étira entre eux avant qu'elle ne reprenne la parole. Étrangement, elle réussit à garder un ton bas et calme tout du long.

" Le sexe n'est pas une affaire d'amour. Pas nécessairement, pas toujours, pas souvent même. Bien des femmes te le diraient : celles qui vendent leur corps pour vivre, celles qui sont mariées à un homme qui les prend tous les soirs sans se préoccuper de ce qu'elles ressentent, celles qui se font violer... Le sexe, c'est alors du sexe et il n'y est pas question de sentiments, et surtout pas de plaisir. Alors oui, j'ai couché avec des hommes dont je n'étais pas amoureuse mais je n'ai pas non plus pris le premier homme qui passait comme une chienne en chaleur se laisse monter par le premier chien qui la renifle. L'attraction entre deux personnes, comme les sentiments, ne se commande pas. Quand les deux parties sont pleinement consentantes, il n'y a aucun mal à se faire du bien. Peut-être m'ont-ils menti pour m'avoir dans leur lit, mais moi jamais. Je ne donne pas l'illusion de l'amour si je ne le ressens pas. Je ne suis pas stupidement séduite par l'idée qu'un homme me désire, me cajole, prenne soin de moi comme beaucoup de femmes en rêvent. Les conquêtes de ton ami sont pour beaucoup dans ce schéma à mon humble avis. Je ne me mens pas à moi-même et je ne mens pas à l'autre. Je le respecte et je me respecte. "

Pourquoi se justifiait-elle ? Il en avait probablement rien à faire. S'il s'était fait son opinion sur elle, elle ne pourrait pas le faire changer d'avis en lui expliquant qu'il était naïf de croire que l'amour et le sexe étaient forcément liés. C'était une chose qu'elle avait compris assez tôt, réalisant surtout qu'elle ne pourrait jamais vraiment se lier sur le long terme à quelqu'un si elle menait la vie qu'elle s'était choisie. Or son corps avait des besoins, des envies et de temps en temps, elle le laissait s'exprimer sur ces points-là. Autant dire que c'était un exercice qu'elle n'avait plus pratiqué depuis bien longtemps en compagnie d'un homme... Quand aurait-elle eu le temps pour cela ?

L'amertume était toujours là quand elle conclut. Rien de ce qu'elle dirait n'arrangerait les choses, lui martelaient conjointement sa tête et son cœur. Elle n'aurait pas du venir, ajoutaient-ils avec un soupçon perfide d'ironie.

" Mais soit, tu as raison... Je suis une horrible personne. Une égoïste aveugle et profiteuse. Merci de me confirmer dans mon idée... C'est à cela que servent les amis, paraît-il. "
Son ton sonnait faux ; elle n'arrivait plus à faire semblant qu'elle n'était pas blessée par son opinion. Elle avait pleinement conscience que la faille était ouverte mais elle ne savait plus comment la refermer.
Elle réalisait qu'elle n'était peut-être vraiment pas faite pour établir des relations à long terme avec d'autres gens. Son mode de vie ne s'y prêtait pas, son expérience était bancale quand elle voyait ce qu'il advenait de sa relation avec Saule pour des non-dits qui la déstabilisaient au plus haut point. Le prêtre d'El n'avait pas tort de dire qu'elle se cachait derrière sa jeunesse d'alors, remettant la pleine responsabilité sur son compagnon... Mais elle avait quand même ce sentiment de trahison, de n'avoir pas eu connaissance de toutes les cartes en jeu, de n'avoir pas pu prendre ce choix en en percevant toute la portée.

La soigneuse reprit alors la marche comme si de rien n'était. Avoir prononcé ces quelques mots à haute voix lui donnait envie de hurler et de pleurer mais elle ne le ferait pas. Pas ici, pas devant lui, même si elle avait cru jusqu'à peu qu'elle ne pourrait le faire qu'en sa présence. Les désillusions étaient nombreuses ce soir et elle s'en sentait épuisée. Et terriblement seule.
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Mar 30 Juin - 23:51
Foudre
La Hache d'El
Foudre
Messages : 226
Localisation : Forbaie
La confiance... Un mot vague représentant de solides valeurs. Pas facile à obtenir et très facile à perdre. Quelque chose qui était crucial pour Foudre mais pas seulement. Disons que l'histoire personnelle du guerrier était un modèle miniature d'instants de vie où la confiance s'était morcelée pour être reconstruire ailleurs jusqu'à ce que ça s'écroule à nouveau. De ce fait, l'homme était devenu méfiant, hargneux et distant. Il avait fallu de longues années pour pouvoir envisager de faire confiance à nouveau à quelqu'un. Finalement, le miracle s'était produit et l'homme réussit à se construire malgré tout autour d'un groupe. Ça n'était pas forcément parfait mais ça suffisait à son bonheur.

L'arrivée de Grâce bien qu'anodine vu qu'elle relevait d'une mission conjointe des deux ordres avait chamboulé le grand brun. Rien d'étonnant à cela vu qu'il était toujours troublé par la beauté de certaines femmes. Au fur et à mesure et parce qu'elle avait tout fait pour briser la glace avec, ils avaient fini par parler. Pas grand chose, des petits rien mais qui mis bout à bout finirent par construire une corde pouvant se montrer assez solide. De par sa passion pour son métier et son dévouement, Grâce avait réussi à atteindre le Père guerrier. Elle avait mis sa vie en jeu pour lui et ce sans raison. Simplement parce qu'il méritait que l'on s'intéresse à lui. De fil en aiguille, ils finirent par parler de certaines choses et jusqu'au moment fatidique où la jolie soigneuse parla de le considérer comme un membre de sa famille. Ce n'est pas rien et c'est pas quelque chose dont on parle entre deux conversations creuses. C'était quelque chose qui demandait de la confiance, une certaine relation amicale. Pour quelqu'un comme lui, il ne demandait que ça et n'aspirait qu'à ce genre de chose. Le fait qu'elle se soit autant donnée pour lui avait fait en sorte que sa carapace se fissure. Il n'avait pas forcément prévu que ça se morcelle autant et que la beauté de la Béarnoise le trouble à ce point. Mais il avait laissé cette fille pénétrer son espace privé pour lui faire un câlin.

Et là, il découvrait qu'elle pouvait s'adonner à des relations sexuelles avec un homme sans rien éprouver en retour. Ce concept était tout à fait incompréhensible pour un homme comme Foudre. Pour lui, un contrat entre deux personnes était quelque chose de sacré ! On se devait de respecter la parole donnée. Oui, une femme devait se donner à son époux pour le bien du couple. Mais il n'avait jamais envisagé que cet arrangement ne soit pas équitable. Ce qui faisait que dans sa tête, l'exemple de la femme qui devait satisfaire son homme sans pour autant y ressentir du plaisir n'était pas convaincant. Si elle n'avait pas envie, qu'elle refuse le mariage ! Tandis que Grâce lui faisait l'apologie du sexe sans sentiments et y amenait des exemples concrets, le cerveau de Foudre tournait à plein régime. Il tentait d'assimiler ce qui lui était dis et d'y réfléchir en y apportant sa propre réponse. Force était de constater que c'était pas son fort et que cet exercice était beaucoup trop complexe pour lui.

« Quand les deux parties sont consentantes, il n'y a pas de mal à se faire du bien ? Mais nous ne sommes pas des animaux bon sang ! Les chiens font ça, les prostituées également pour gagner leur vie mais les gens du commun ? Non, je suis désolé ! Un couple qui s'est marié le fait parce que c'est ce qu'il faut faire quand deux personnes s'aiment. Ils ont établi un contrat entre eux, une assistance mutuelle. C'est... »

Il ne savait que dire de plus. Son cerveau fulminait après tout ce qu'elle venait de lui dire. Il ne pouvait envisager que l'on puisse faire ça comme l'on pouvait aller dans une auberge pour manger un morceau ou aux latrines pour se soulager. C'était de l'ordre de l'intime par El et Eda réunis ! On se met littéralement à nu devant l'autre, c'est montrer sa vulnérabilité ! Il y a un lien qui se forme, une connexion. Ça n'est pas de l'ordre du mécanique.

Foudre faisait les cent pas de gauche à droite en se frottant la tête énergiquement. Comment pouvait-elle lui dire de la manière la plus simple du monde qu'elle avait eu des rapports avec des hommes sans ressentir pour eux la moindre émotion ? Si la notion de robot existait dans l'univers dans lequel le grand brun vivait, il se mettrait clairement à penser que Grâce était un droïde. S'était-il fait avoir par le joli sourire et son implication à le garder en vie ? Avait-elle fait tout cela dans un but caché ? Pourquoi devait-il se faire mal au cerveau en pensant à tout ça maintenant ? La mission se terminait, il avait vécu des moments compliqués et en vivraient encore notamment avec son supérieur. Malgré tout ça, les moments avec Grâce faisaient partis des plus agréables de ces derniers mois. Il s'était senti bien avec elle. Oui, il était complètement sous son charme mais fallait-il encore qu'il veuille bien se l'avouer. Oui, il réagissait par jalousie en ce moment mais encore une fois, il devrait faire un gros travail sur lui pour s'en rendre compte. Il préférait se voiler la face et se concentrer sur ce qui lui permettait de la maintenir un peu plus longtemps à l'écart.

Attention, il ne faisait pas semblant d'être choqué par les révélations de sa soigneuse. Il était véritablement choqué de savoir qu'elle s'était donné à des hommes sans ressentir d'affection profonde pour eux. Ce concept était complètement étranger pour un homme tel que lui. Bien sûr, il avait eu une aventure avec une prostituée mais il y avait eu des sentiments de part et d'autre. Puis la parfaite maîtrise de la prêtresse d'Eda s'effondra comme un château de cartes. Elle remercia Foudre de penser d'elle que c'était une profiteuse, une égoïste et une horrible personne. Le ton sonnait faux, il savait qu'elle n'en pensait pas un mot mais il s'exclama :

« A ça que servent les amis ? Qu'est-ce que tu veux Grâce ? Qu'est-ce que tu attends de moi ? C'est ça que tu veux ? Je ne comprends absolument plus rien, je nage au beau milieu de ce torrent d'émotions et je n'arrive même pas à respirer qu'une autre vague me submerge. Qu'est-ce que tu veux ? Dis-le moi parce que là, je suis en train de me noyer ! »

Il ne marchait plus, il ne criait pas. Il était accroupi et regardait dans le vide.

« Tu as cherché depuis le début à te rapprocher de moi et ce même au péril de ta vie. Tu t'es donnée corps et âme pour me maintenir parmis les vivants. Je t'ai demandé pourquoi tu faisais tout ça, tu m'as répondu que je méritais que l'on s'intéresse à moi et que l'on veille sur moi. Ensuite, tu me dis que tu espères que je fasse partie de ta famille et que tu as l'envie de faire partie de la mienne ? Mais quoi ? Comment ? Je... Est-ce que tout ce que tu as dis était sincère ? Je.. »

Il ne pouvait s'empêcher de revoir les images dans sa tête de l'état dans lequel s'était retrouvé Saule.

« Est-ce que ce genre de discours tu l'as.. Je... Regarde Saule... Je... C'est pas... »

Il tentait d'exprimer son inquiétude par rapport au fait qu'elle n'aurait pas été tout à fait honnête avec lui. Pour quelles raisons ? Il n'en savait rien, il avait du mal à en imaginer. Sa tête lui faisait mal, son cœur également. Il déposa ses mains sur son cuir chevelu pour tenter de rassembler ses idées et de se calmer.

« Qu'est-ce qu... Qu'est-ce qui... Je... Pourquoi ?! »

D'accroupi, il posa un genou à terre puis les deux. Il se tenait toujours la tête mais ses coudes reposaient sur ses genoux. Il tentait de comprendre et de faire le tri dans ses informations. Il n'avait pas envie de croire que Grâce s'était joué de lui comme elle aurait pu l'avoir fait avec l'herboriste.
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