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Mission conjointe d'Eda et El [Poisson 1045]

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Ven 10 Avr - 12:02
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
Messages : 52

Que se passerait-il si jamais elle cédait, demanda-t-il. Céder à l'attraction de l'Art, se faire prendre à son pouvoir de séduction, emporter par son flux bouillonnant de puissance... S'éloigner de son corps, se noyer dans le courant, ne pas sentir sa conscience se déliter... Faire partie d'un tout si puissant. Abandonner le monde réel. Disparaître. Ne laisser qu'une coquille vide derrière soi et ne pas y ressentir le moindre regret, la moindre peur.
Non, Grâce ne pouvait pas lui dire cela. Elle ne pouvait pas l'inquiéter pour... non, ce n'était pas pour "rien" mais c'était un risque dont elle avait trop conscience pour qu'elle le laisse gagner sans se battre. Chaque jour, elle agissait pour s'en prémunir, ayant trouvé ce qui fonctionnait pour elle. Bien entendu, le risque zéro n'existait pas... La petite blonde se souvenait de la peur qui l'avait étreint quand elle avait artisé l'esprit de ce vifier ayant subi la pire perte de sa vie. Sa souffrance l'avait chamboulée plus qu'elle ne s'y attendait, la violence avec laquelle il l'avait rejetée de son esprit l'avait déstabilisée et elle avait failli se laisser prendre par le Fleuve et sa douce mélodie pour apaiser son angoisse. Sans l'intervention de Clément qui avait établi un contact chaud et rassurant sur son corps, elle aurait pu errer... et ne jamais...


Plutôt que de répondre, elle s'était levée et s'était donnée une autre activité pour occuper ses pensées. Elle ne constata donc pas que l'idée que l'Art présente de grands dangers, bien qu'il ignore spécifiquement lesquels, perturbait Foudre, tant elle-même se refusa à s'exprimer sur le sujet. Elle le ferait un jour. Mais pas aujourd'hui. Elle lui avait signifié qu'elle y prenait garde, qu'elle se montrait prudente... C'était peut être mieux qu'il n'en sache pas plus pour le moment.


A la manière dont il partit soudainement, elle se demanda s'il l'aurait écoutée véritablement et se félicita de ne pas avoir répondu à sa question. Elle trouverait bien une autre occasion pour lui expliquer, une où il n'aurait pas craint pour sa sécurité ou sa santé juste avant.
" A tout à l'heure. " lança-t-elle quand il quitta la tente.
Elle referma et rangea les sachets d'herbes dans son sac, remua une dernière fois, plus par automatisme que réelle nécessité, la préparation et retira avec la cuillère certains morceaux. La prêtresse emporta avec elle les deux assiettes bien vides en quittant à son tour la tente. Elle les rapporta à celui qui avait fait la cuisine et lui demanda s'il avait un récipient à lui prêter. Puis elle se rendit auprès de la rivière avec son grand bol dans la main, saluant et rassurant ceux qui s'en inquiétaient en chemin. Son large sourire avait tôt fait de dissiper les moindres doutes que certains auraient pu émettre.


La jeune femme se mit à scruter le sol au bord de l'eau. Elle aurait été incapable d'expliquer précisément ce qu'elle cherchait à quiconque lui poserait la question mais elle saurait le reconnaître. Elle n'avait pas du tout fait attention la veille à la nature du terrain bordant le cours d'eau. Il fallait dire qu'autre chose la préoccupait alors.
Il y avait pas mal de petites pierres et de cailloux, ici et là des touffes d'herbes jaillissant au gré des opportunités. Elle s'accroupit là où elles étaient plus nombreuses. Le bol posé à côté d'elle, elle entreprit de soulever les cailloux pour accéder à la terre en dessous. Elle dérangea un bon nombre de bestioles de petites tailles qui se trouvaient là, les laissant ramper pour s'échapper. Mais ce fut autre chose qui attira son attention alors qu'elle chassait une araignée qui avait pensé pouvoir s'enfuir en grimpant sur sa main. Alors qu'elle secouait celle-ci, des bruits d'eau lui firent relever les yeux. Il n'y avait personne aux environs lorsqu'elle s'était installée ici voilà deux minutes. Les nageurs étaient au nombre de deux mais dans les éclaboussures qu'ils projetaient en avançant, il ne lui était pas possible de les reconnaître.
L'araignée la mordit et une interjection agacée sortit des lèvres de la soigneuse alors qu'elle se saisissait de l'animal et la posa sans grand ménagement sur une pierre voisine. Elle porta l'endroit de la morsure à sa bouche pour laisser sa salive faire son office de désinfectant d'urgence. Son regard se releva vers la rivière. Les hommes s'étaient éloignés pour l'instant.
De sa main libre, elle se remit au travail : elle retira une autre pierre puis arracha les plantes qui s'étaient faufilées là, dégageant la terre meuble et fertile qui se trouvait là. Ce ne fut que lorsqu'elle entreprit de creuser celle-ci que le bruit des éclaboussures se rapprocha à nouveau de sa position.
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Mar 14 Avr - 0:45
Foudre
La Hache d'El
Foudre
Messages : 213
Localisation : Forbaie
Trop plongé dans ses pensées, il n'avait pas remarqué qu'elle n'avait pas répondu à sa question. Cette magie semblait donner de grands pouvoirs mais le coût pour les utiliser était également à la hauteur de ses capacités. Une fois dehors, il jeta un œil aux alentours pour repérer où était son ami. Il était temps de profiter d'un peu de repos avant d'à nouveau redevenir sérieux. La puanteur ambiante était toujours présente mais Foudre semblait s'y faire. C'était toujours désagréable mais pas au point de vouloir remettre son déjeuner. Trouvant le Béarnois, le brun s'avança vers lui. Son ami était en grande discussion avec Pod et deux autres Frères. Au fur et à mesure qu'il s'approchait d'eux, il entendit les éclats de rire et vu que les joues de son écuyer viraient au cramoisi. C'est seulement quand il arriva dans le cercle que l'un des Frères expliqua qu'ils étaient en train de demander à Pod si ce dernier avait déjà eu une expérience avec les femmes. Ils n'avaient pas encore eu la réponse parce qu'ils étaient parti dans une discussion avec forces détails sur les relations intimes. Le pauvre écuyer ne savait pas vraiment où se mettre et regardait son mentor avec un appel à l'aide dans le regard.

« Rutilant, on va se baigner ? »

Le roux tourna son attention vers Foudre et répondit par l'affirmative. Se doutant que la conversation durerait quand les deux hommes partiraient, le Père se tourna vers son écuyer et lui dit :

« Tu vas nous accompagner Pod ! »

Le jeune homme était content d'avoir l'opportunité de se sortir d'une situation compliquée mais n'était pas beaucoup plus rassuré pour autant. Il tenta de dire quelque chose mais s'abstint au dernier moment. De toutes manières, Foudre ne le regardait déjà plus.

« Va nous chercher des affaires propres, de quoi se laver et se sécher. »

Le jeune homme s'exécuta dans la seconde et prit tout ce qu'il fallait pour eux trois. Pendant la route, il marcha légèrement en retrait de ses maîtres et se contenta d'écouter sans participer à la conversation entre les deux amis. Ils arrivèrent près de la rivière et humèrent l'air. Aucune odeur désagréable, il n'y avait que l'odeur des bois, de la mousse et des feuilles. Il ne faisait pas très chaud et l'eau allait certainement être froide. Pour ne pas avoir de malaise, Foudre, après avoir enlevé ses vêtements, plongea ses mains dans l'eau pour mouiller son cou, sa nuque et ses épaules. De son côté, Rutilant entra directement dans l'eau. Après son petit cérémonial, Foudre fit de même. L'eau n'était pas chaude et il sentait la morsure du froid sur tout son corps. Se dirigeant peu à peu vers le milieu, il y avait plus de profondeur mais ils gardaient pieds. Le niveau montait jusqu'au cou.

Prenant son courage à deux mains, Foudre plongea sa tête pour se mouiller les cheveux. Quand il remonta à la surface, il regarda du côté de Pod qui s'était déshabillé et était entré dans l'eau mais jusqu'à avoir l'eau à hauteur du bassin. Rutilant partit à la nage pour tenter d'avoir un peu plus chaud et Foudre le suivit. Quand ils revinrent, Pod n'avait pas bougé et faisait ses ablutions.

« Rejoins-nous Pod ! »

L'écuyer n'était pas très à l'aise et ne bougeait pas. Se demandant ce qu'il se passait, Foudre demanda :

« Bon, tu attends quoi ? Allez, viens ! »

L'écuyer balbutia quelque chose de pas très compréhensible et finit par dire qu'il ne savait pas nager. Avant que le Ripponais puisse dire quoique ce soit, il reçut de l'eau en pleine figure de la part de Rutilant qui se marrait comme un gosse. Instinctivement, Foudre lui renvoya de l'eau à son tour. Puis il se tourna vers Pod et lui dit :

« Viens près de nous mon garçon. Tu auras pied (Il s'avança un peu vers le jeune homme et prit en compte qu'il n'était pas aussi grand que lui) jusqu'ici. Allez, viens. Approche ! N'aie pas peur. »

Faisant confiance à Foudre, Pod avança jusqu'à l'endroit où il se trouvait. Il n'était pas très rassuré et jetait de nombreux coups d’œil vers la rive. Le Père lui parla calmement et le rassura en lui disant qu'il était là et qu'il ne devait rien craindre. Il avait pied et si jamais l'exercice ne se passait pas bien, il pouvait se relever sans avoir peur de se noyer. Dans un premier temps, il lui demanda de faire la planche sur le dos. Ensuite, il lui demanda de battre doucement des pieds et de se guider avec les mains. Une fois que l'écuyer maîtrisa ça, Foudre lui dit de faire la planche en avant et de rester le plus longtemps possible la tête dans l'eau. Il le rassura à nouveau en disant qu'il était juste à côté et qu'il ne devait pas avoir peur s'il n'y arrivait pas directement. Quand il sentit qu'il n'avait plus d'oxygène, Pod se remit debout et repris son souffle. Le Ripponais le laissa reprendre son souffle et lui demanda de bien regarder les mouvements qu'il faisait avec ses bras. Ensuite, il lui montra les mouvements des jambes. Quand il eut fini de faire tout ça, il lui montra en nageant autour de lui comment il devait se mettre et ce que faisait les mouvements qu'il lui avait montré.

De son côté, Rutilant s'amusait à nager sur le dos, regarder dans l'eau et s’immisçait parfois dans ce petit cours improvisé pour lui donner quelques détails en plus. Après tout, Rutilant faisait parti de ceux qui étaient le plus à l'aise dans l'eau. En bon Béarnois qu'il était, il avait appris assez jeune à nager.

Pod essaya de faire ce que son mentor lui avait montré quelques instants plus tôt. Foudre était près de lui et avait ses mains qui soutenaient le jeune homme. Dans les premiers instants, il buvait un peu la tasse et se redressait directement. Mais peu à peu, il comprit en gros les mouvements et était capable de se déplacer. Il n'était pas un nageur accompli mais il savait se déplacer en faisant la brasse ou quelque chose qui s'en rapprochait. Voyant que le petit se débrouillait assez bien, Rutilant décida qu'il était temps d'ennuyer son ami. Il l'attrapa en traître et lui plongea la tête sous l'eau. Quand Foudre réussi à se dégager, il tenta d'attraper le roux mais sa prise n'était pas assez assurée et il lui glissa entre les doigts. Qu'à cela ne tienne, il le poursuivrait jusqu'à pouvoir l'immobiliser et que son ami demande grâce par manque d'oxygène.
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Mer 15 Avr - 23:19
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
Messages : 52

La Béarne ne fut pas plus en mesure d'identifier les deux hommes qui nageaient l'un après l'autre que la fois précédente. Ils étaient tout occupés à se poursuivre pour prêter la moindre attention à ce qu'il se passait sur la berge. Le souvenir qu'elle avait de l'eau la veille laissait penser que l'activité physique à laquelle ils s'adonnaient était la meilleure chose à faire pour ne pas mourir de froid. Autant elle était restée plutôt sur le bord, autant ces deux-là avançaient vivement au centre de la rivière, là où l'eau, plus profonde, était aussi plus froide. En d'autres circonstances, peut-être se serait-elle tentée à l'exercice mais son dos endolori se rappelait bien trop à elle après ce dernier exercice penchée à creuser la terre. Elle devait se ménager et se soigner.
La blonde se rinça les mains, récupéra son récipient rempli de terre humide et meuble et repartit vers le campement en logeant une nouvelle fois le cours d'eau. A l'aller, elle n'avait croisé personne. Cette fois-ci, elle remarqua des habits déposés sur les pierres de la berge. C'étaient assurément ceux des prêtres nageant plus loin. Quand elle arriva plus près, Grâce se rendit compte que les affaires étaient celles de trois hommes. Aussi releva-t-elle le nez en direction de l'eau. D'abord elle ne vit pas l'écuyer qui, en bon garçon qu'il était, persévérait dans les exercices que Foudre lui avait donné. Ce ne fut que lorsqu'il se redressa en toussant légèrement qu'elle remarqua sa tête qui dépassait de l'eau.


" Hey ! Ça va ? " demanda-t-elle alors qu'il revenait un peu sur ses pas cherchant un endroit où il n'avait pas à forcer pour maintenir la tête hors de l'eau. Il s'était un peu éloigné de là où il avait facilement pied mais retrouva rapidement l'endroit où il était plus à l'aise. Il la repéra à son tour et lui répondit par l'affirmative. La demoiselle jeta un œil plus attentif aux bures qui étaient par terre. La plus petite d'entre elles était assurément à Pod. Les deux autres étaient plus grandes, bien plus grandes. Il n'y avait pas besoin de beaucoup réfléchir pour comprendre de qui il s'agissait. Cela ressemblait assez aux personnages que de se lancer dans une course poursuite virilement amicale dans un cours d'eau glacée. Un sourire amusé s'inscrivit sur ses lèvres à cette idée. L'un des deux avait le même sang qu'elle, habitué aux températures très basses. Elle se demandait comment gérait Foudre, car Rippon n'était pas réputé pour son froid. La preuve étant que c'étaient des températures très largement supportables pour elle en cette lune de Poisson, alors qu'en Béarn, elle aurait mis un lourde pelisse pour sortir.


Là son sourire s'évanouit.
" Approche un peu ! " commanda-t-elle alors au jeune garçon. Il la regarda avec un drôle d'air, se demandant sûrement ce qu'il lui prenait. Il n'eut pas fini de faire deux pas dans sa direction qu'elle enchaîna : " Sors d'ici tout de suite ! Tes lèvres sont terriblement bleues ! Tu dois avoir les extrémités congelées mon pauvre... Allez dépêche-toi ! "
Sauf qu'il ne se dépêcha pas, malgré le ton intransigeant de celle qui l'invectivait. Il ne fit qu'à peine quelques pas supplémentaires dans sa direction. Sans se presser et visiblement très mal à l'aise à l'idée de sortir.


La jeune femme soupira bien malgré elle.
La pudeur. Elle oubliait souvent que la plupart des gens en étaient dotés et que paraître nu face à l'autre sexe, lorsqu'il n'était pas question de rapports avec -et même parfois lorsqu'il en était question...-, était difficile. Elle aurait pu lui expliquer qu'il ne devait pas la considérer comme une femme, qu'elle était une soignante et qu'elle en avait vu bien d'autres des corps d'hommes, nus ou non, à leur avantage ou non. Pourtant elle sentit que les grands discours n'y feraient rien et qu'il ne lui monterait pas plus que le sommet de ses épaules. Il allait préférer se geler littéralement les miches et le reste plutôt que de sortir en sa présence.
Aussi tenta-t-elle autre chose.
" Tu me promets de sortir si je m'éloigne ? Et tu m'appelleras dès que tu seras couvert afin que je vienne vérifier si ton corps se réchauffe bien comme il faut ? "


Un "oui ma sœur" lui répondit après quelques instants d'hésitation. Elle s'en contenta et après avoir posé sa petite marmite là où elle se trouvait, s'éloigna du bord prestement. Elle s'arrêta plus loin, se tint bien dos au cours d'eau et s'il pourrait voir sa crinière blonde lorsqu'il aurait rejoint le bord, c'était uniquement pour être à portée de voix.
Les gens ne faisaient pas grand cas des dégâts que pouvaient causer des températures basses sur un corps humain. Une hypothermie n'était pas à prendre à la légère même sur des organismes jeunes et en bonne santé. La jeune femme ne s'inquiétait pas outre mesure, ni ne le souhaitait mais elle se devait se vérifier que les lèvres de l'apprenti recouvrent d'elles même leur coloration ordinaire sitôt qu'il aurait mis son corps à l'abri du froid. Un coin de son esprit se dit qu'il faudrait qu'elle attende que les deux autres reviennent aussi pour les contrôler mais la problématique d'une femme les attendant sur la rive occasionnerait la même difficulté qu'avec Pod. Et elle avait encore sa préparation à terminer. Elle les verrait bien l'un et l'autre plus tard, notamment lorsque le rouquin lui dirait s'il comptait l'entraîner avec eux dans la traque. Elle savait que son œil expert contrôlerait alors, sans presque qu'elle s'en rende compte, maintenant que l'idée s'était présentée à elle, la couleur de leurs lèvres.


Pod finit par l'appeler. Il s'était séché du mieux qu'il pouvait et rhabillé. La prêtresse d'Eda lui sourit pour le rassurer en revenant. Il était évident que cela irait. La teinte bleue qu'elle avait alors vu de loin lui semblait déjà moins forte.
" Tu dois avoir les orteils congelés ? Les doigts engourdis non ? Tu devrais écouter davantage ton corps et ne pas suivre trop aveuglément ce que te dis de faire le Père Foudre. Chacun a un seuil de résistance à tout. C'est à toi de trouver le tien dans tous les domaines qui feront de toi un bon soldat. Certains pourront être dépassés, de temps en temps mais toujours en pleine conscience. Si tu ignores tes limites, tu peux te mettre en danger bêtement. " expliqua-t-elle posément en lui prenant une main après l'autre pour aider la circulation du sang à se refaire progressivement et complètement dans ces appendices-là. Cela picotait et picoterait nécessairement, le temps que la sensibilité se refasse. C'étaient des zones que le corps délaissait lorsqu'il se sentait menacé par un trop grand froid. Il faudrait qu'il s'occupe tout seul des autres parties de son corps ayant souffert de la morsure de l'eau glacée.


" Marche, tourne en rond, fais des échauffements en attendant qu'ils reviennent. Ça fera du bien à tes pieds, tes jambes et ton corps entier. S'ils disent quoi que ce soit, dis-leur que c'est moi qui t'ait fait sortir de l'eau. Et rappelle à Fou.. au père Foudre que je l'attends. "
Sur ces mots, un sourire sur les lèvres, la petite demoiselle laissa l'écuyer tranquille, récupéra sa terre argileuse et repartit vers la tente où elle acheva tranquillement son cataplasme, mélangeant méthodiquement et méticuleusement les plantes infusées et la boue qu'elle avait ramassé. Le dosage devait être précis pour que la terre garde un aspect suffisamment solide afin d'être étalée sur l'hématome de son dos. Il n'y avait plus qu'à attendre que son assistant se présente.
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Sam 18 Avr - 12:12
Foudre
La Hache d'El
Foudre
Messages : 213
Localisation : Forbaie
Rutilant était bien meilleur nageur que le Ripponais. Ce dernier avait beau tenter plusieurs choses, il n'arrivait pas à rattraper le Béarnois. Il faut dire qu'il était aussi insaisissable qu'une anguille. Voyant que c'était peine perdue, Foudre se fit une raison. Tant pis, il l'aurait bien d'une autre manière. Après tout, il y avait des domaines où Rutilant était moins fort. Décidant de se diriger vers l'endroit où devait être Pod, ils nagèrent de concert. Le roux se moqua légèrement de son ami et il eut pour toute réponse qu'il ne perdait rien pour attendre et qu'il finirait par l'avoir. Une fois arrivé près de leurs habits, l'écuyer n'était plus dans l'eau. Il était occupé à tourner en rond sur la berge tout en se frottant les bras et les épaules.

« Ça va Pod ? »

Le jeune homme se tourna vers la rivière et aperçut les deux forces de la nature qui lui servaient de professeurs. Il répondit par l'affirmative et leur apprit que la Sœur Grâce était passé dans le coin et qu'elle lui avait demandé de sortir parce qu'il avait les lèvres bleues. Il expliqua ensuite qu'elle lui avait dit de faire quelques exercices pour se réchauffer afin de faire circuler le sang dans son corps et d'éviter des engelures.

Foudre sourit. Il ne se moquait pas de son poulain mais voyait très bien la scène. La servante d'Eda ne pouvait s'empêcher de faire en sorte que tout le monde aille bien et quelque part, c'était logique. C'était sa mission. De son côté, Rutilant s'esclaffa et dit :

« Petit Pod a dû sortir parce qu'il avait froid ? La madame a vu son petit oiseau ? Pas trop gêné ? Qu'a-t-elle dit ? Tu as un ticket ? »

Pod s'emporta mais ne fut pas crédible pour un sou parce qu'il rougissait et bafouillait en même temps. Il expliqua que non, elle n'avait pas vu son engin et qu'elle avait attendu qu'il soit séché et habillé pour venir près de lui. Rutilant n'arrêta pas pour autant et continua d'asticoter sa cible préférée arguant qu'il comprenait qu'elle n'ait pas envie de voir une petite nouille flasque à cause du froid de la rivière, que sa fierté d'homme en aurait pris un coup, etc. Pod ne savait plus où se mettre et s'énervait sur Rutilant.

De son côté, Foudre sortit de l'eau et se sécha laissant les deux zigotos régler leurs soucis. Piqué au vif, Pod s'en alla frustré. Il annonça à Foudre que la prêtresse l'attendait et partit sans attendre ses mentors. Rutilant continua de rire et lui demanda de revenir, qu'il ne fallait pas qu'il soit fâché mais rien n'y fit.

« Je comprends que tu l'apprécies Rutilant mais parfois, il faut ménager ce gamin. Il est encore jeune et n'a pas la force mentale de supporter nos railleries. »

Le roux qui s'essuyait à son tour répondit :

« Oh mais il doit le savoir que je ne me moque pas vraiment. »

« Je suis sûr que oui mais c'est un gosse. On peut l'oublier par moment parce qu'il est déjà capable de choses incroyables à son âge mais ça reste un gosse. Sois moins taquin avec. »

« Mais c'est justement parce qu'il est exceptionnel que je le charrie. S'il n'avait pas de talent, je ne ferais même pas attention à lui. »

« Sois quand même moins moqueur ou explique lui ce que ça représente pour toi. Lui, il ne le sait pas. »

Le Béarnois fit un grognement approbateur et les deux compères retournèrent vers le camp. Comme il était attendu, Foudre se dirigea vers la tente où il avait passé la nuit et Rutilant chercha Pod du regard pour aller s'excuser.

« Me revoilà, la pèche à été bonne ? »

Tandis que le brun allait dans les secondes à venir s'occuper du dos de la soigneuse, Rutilant retrouva l'écuyer et vint s'asseoir près de lui. Pod boudait toujours et ne fit pas mine d'avoir vu le Béarnois.

« Allez Pod, cesse de faire la tête. C'était pas méchant. »

L'écuyer se tourna vers lui et répondit :

« J'en ai marre d'être toujours le sujet de moquerie de tout le monde. »

Le responsable de mission regarda le camp et ses frères qui s'affairaient à différentes tâches. Il regarda ensuite son élève et lui dit :

« Je vais t'avouer quelque chose que je n'ai jamais avoué jusqu'ici. Écoute bien parce que je ne le répéterai pas et il faudra également que tu gardes cela pour toi. Si jamais tu ne sais pas tenir ta langue, je nierai t'avoir jamais dit ceci... »

Le jeune homme était toujours fâché mais les paroles intrigantes de Rutilant lui firent tourner la tête vers son mentor.

« On ne remarque et on se moque que de ceux que l'on apprécie. Ces femmes et ces hommes que tu vois là. Tes Sœurs, tes Frères à venir, ils t'apprécient et posent de grands espoirs en toi. C'est une manière de montrer que pour eux, tu fais déjà partie de la famille. Et oui, tu n'as pas encore passé l'épreuve qui fera de toi ou non un Frère confirmé mais néanmoins, ils te font confiance. Tu n'as beau être qu'un écuyer, ils savent qu'ils peuvent compter sur tes talents et ton courage pour leur venir en aide si jamais. C'est leur manière et je fais partie du lot de te montrer que l'on tient à toi. »

Pod n'en revint pas. Alors c'est pour ça ? C'est pour cette raison qu'il était quotidiennement moqué peu importe ce qu'il pouvait faire ? Ne pouvaient-ils pas tous lui dire simplement qu'ils l'appréciait ? Non, évidemment... C'était un ordre combattant et ce genre de déclaration n'avait pas vraiment sa place.

« J'étais à ta place quand j'avais ton âge. Je m'en suis pris aussi plein la tête mais ça forge le caractère et ça t'apprend à répondre. Alors cesse de faire l'enfant et bats toi comme un homme. Prouve leur qu'ils ont raison de te faire confiance. Ne vois ça que comme un test ! »
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Dim 19 Avr - 22:33
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
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Il fallait être précise et concentrée pour la suite de la préparation. Il fallait trouver le bon dosage, celui qui ferait une pâte malléable, ni trop friable, ni trop détrempée. La jeune femme s'était installée à même le sol, une cuillère à la main, un troisième récipient entre ses jambes croisées. D'un côté, la terre de la rivière, de l'autre la préparation infusée précédemment. Elle ajoutait l'un à l'autre sans se presser, ajustant au jugé, malaxant à la main pour estimer au mieux la texture attendue. Ce qu'elle ne mettrait pas dans le cataplasme, elle le boirait afin de profiter des bienfaits des plantes. L'application locale garantissait un meilleur impact, une meilleure pénétration des actifs végétaux sur la zone à traiter. L'hématome aurait nécessité un traitement dès la veille pour que cela soit plus efficace mais il valait mieux trop tard que pas du tout.


" Tu arrives à point nommé. La pêche a été bonne et la cuisine est faite. " s'amusa-t-elle à répondre.
Grâce se relevait tout juste quand Foudre entra. Elle venait d'achever sa mixture, l'aspect de celle-ci correspondant à ce qu'elle voulait. Elle tenait le pot de la préparation contre sa hanche, commençant à débarrasser le reste de son autre main.


" Le bain t'a fait du bien ? " s'enquit la jolie blonde en s'arrêtant un instant pour le regarder. Ses lèvres avaient une coloration normale, ses cheveux étaient encore bien humides, sa barbe portait encore des traces d'eau mais son habit était bien sec à part aux épaules où les gouttes perlant de sa chevelure finissaient leur voyage. La Béarne sourit simplement heureuse de ces constats et reprit ce qu'elle était en train de faire, achevant de ranger son bazar.


" Tu veux bien tourner le lit, s'il te plaît. Il faut qu'il soit parallèle à l'entrée. " ajouta-t-elle en mimant ce qu'elle voulait.
La réaction de l'écuyer à la rivière lui avait rappelé que pour beaucoup de monde la nudité était une question d'intimité. Elle allait avoir besoin de se dévêtir jusqu'à la taille pour oindre son dos de la pâte puis pour entourer son torse de la bande de tissu protectrice avant de pouvoir se rhabiller.
Une inconnue demeurait... Ou plutôt deux. Elle ne connaissait pas réellement l'étendue de l'hématome dans son dos, car si à la palpation, elle s'en doutait un peu, elle n'avait pas d'œil dans le dos. Et elle ne savait pas si elle serait en mesure d'atteindre correctement cette zone pour étaler convenablement le cataplasme. A ces deux problèmes s'ajoutait la problématique principale : le prêtre Ripponais serait-il en mesure de l'aider ? Si la nuit les avait rapprochés, si physiquement, il semblait plus à l'aise en sa compagnie qu'en debut de cette mission où simplement la regarder semblait lui demander un effort, Grâce ne voulait en aucun cas le brusquer et voir s'effondrer ce lien qu'ils avaient construit. Il fallait mieux lui exposer ce qu'il allait se passer concrètement et le laisser décider par lui même s'il s'en sentait capable.


" Je vais m'installer là sur le lit. J'aurais besoin que tu regardes et m'assistes peut-être pour étaler la pâte au bon endroit. Puis il faudra que tu mettes ce linge dans mon dos et le tiennes en place, en m'aidant à le nouer autour de moi. Est-ce que ça ira ? Foudre, je ne veux pas te forcer, même si tu as dit que tu m'aiderais... Je comprendrais si tu ne le sens pas. Un prêtre d'Eda peut le faire à ta place... "
Ses yeux bleus s'étaient posés sur lui avec tendresse. Sans jugement. A aucun moment, elle ne voudrait le forcer. Elle chérissait ce qu'il s'était passé entre eux quelques heures plus tôt et ne voulait pas tout gâcher en lui imposant quelque chose de trop difficile pour lui. Alors elle le laissa réfléchir en finissant de rassembler sur la paillasse ce dont elle aurait besoin. Elle s'assit sur le bord en lui tournant le dos, commençant à défaire les boutons de son corsage, tirant sur les liens dans son dos pour faciliter l'étape suivante, consistant à faire glisser le tissu de sa robe jusqu'à sa taille.
Elle cala le pot entre ses cuisses. A sa droite le long bandeau de toile soigneusement plié et à sa gauche de quoi s'essuyer les mains avant.


" A toi de me dire. J'y vais ? "
S'il acquiesçait, elle se dévêtirait, offrant son dos et le bleu qui y courait à sa vue et palpant doucement sa chair d'une main, elle mettrait le baume boueux sur sa peau plus si blanche, de l'autre. Assurément, elle aurait du mal à l'étaler correctement au milieu du dos, n'ayant pas les articulations assez laxes pour que ça soit parfait.
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Mar 21 Avr - 15:09
Foudre
La Hache d'El
Foudre
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Localisation : Forbaie
Tandis qu'il arrivait dans la tente, Grâce lui répondit par l'affirmative, elle semblait contente de ce moment passé en forêt à prendre ses ingrédients. Elle venait également de terminer la cuisine de sa mixture à étaler sur son dos qui se trouvait dans le pot qu'elle tenait à hauteur de sa hanche. Elle lui demanda si le bain lui avait fait du bien. Que répondre ? Oui, il se sentait plus propre mais d'un autre côté, il était frustré de ne pas avoir pu se venger de Rutilant.

« Je me sens plus propre et plus réveillé que jamais. L'eau n'était quand même pas très chaude. »

Il n'allait pas avouer sa frustration concernant le Béarnois, c'était puéril. Il devait se comporter en adulte responsable. Ils étaient en mission tout de même. Une fois la réponse à sa question obtenue, Grâce lui demanda de changer la configuration du lit. Il devait se trouver perpendiculaire à l'entrée. Pourquoi ? Il n'en savait rien et ne comptait pas lui demander. Elle devait avoir ses raisons. Il s'approcha donc du meuble et le bougea de place pour que ça corresponde aux attentes de sa soigneuse. Une fois cela fait, il attendit la suite des instructions. Mais ce qui sortit de la jolie bouche de cette femme ne fut pas les prochaines consignes mais plutôt une demande pour savoir s'il serait en mesure d'aller jusqu'au bout. Elle lui expliqua qu'elle allait s'installer sur le lit et qu'elle allait enlever son habit jusqu'à la taille. Que vu qu'elle n'avait pas les articulations aussi souples, elle aurait besoin de lui pour qu'il mette la pâte aux endroits qu'elle n'arriverait pas à atteindre. De plus, il devrait mettre le linge et l'aider à ce qu'il soit noué afin qu'il maintienne bien le tout en place. Après tout, il fallait bien que la mixture entre dans la peau ou du moins agisse. Quel effet cela aurait-il si ça tombait au sol directement ?

Un prêtre d'Eda pourrait venir si jamais il ne se sentait pas de l'aider. Il ne savait pas pourquoi mais il avait l'impression en entendant ses paroles qu'elle savait ! Elle semblait savoir qu'il était souvent mal à l'aise en présence de l'autre sexe. Sinon, pourquoi lui demanderait-il s'il se sentait capable de l'assister ? Il se remémora à cet instant tous les moments où il avait bégayé en sa présence et réagit de manière étrange. Il y en avait eux quelques uns jusqu'à l'ultime où il avait perdu ses moyens et où la colère avait pris le dessus. D'ailleurs, c'était de ce moment qu'était venu le bleu qu'elle avait dans le dos. C'était de sa faute parce qu'il n'était pas capable de se contenir, de réagir devant les femmes comme il le faisait devant les hommes. Pourquoi devait-il toujours se comporter comme un adolescent devant une femme qui l'attirait physiquement ?

C'est de ta faute si elle doit s'infliger ce soin. Bien sûr que tu vas avoir dur mais tu vas mordre sur ta chique mon p'tit père parce qu'il est hors de question que tu te défiles ! C'est toi l'auteur de ce bleu, tu vas être également l'auteur de sa guérison... Tu mords sur ta chique, tu prends sur toi et tu fais ce qu'il faut ! Agis en homme et accepte les conséquences de tes actes.*

Oh oui que ça allait être éprouvant mais son esprit l'avait emporté sur sa peur. Il allait aider Grâce à se soigner étant le fautif dans cette histoire.

« Je... Non.. Je.. Merci d'être si prévenante avec moi.. C'est bon.. Je vais.. t'aider ! »

Alors qu'il était en train de réfléchir à ce qu'elle venait de dire, de son côté, elle prépara tout ce dont elle avait besoin. Elle avait déjà desserré les liens qui retenaient son vêtement et la mixture ainsi que le linge étaient prêt. Il ne manquait plus que la décision de Foudre et ce dernier venait de lui donner. A ce moment là, la linge tomba d'un coup et s'arrêta juste au dessus de ses fesses. Le cœur de Foudre s'accéléra d'un coup et il sentait que le rouge lui montait peu à peu aux joues. Il avait chaud, il avait froid et ses mains tremblèrent légèrement.

*Allez, du nerf mon vieux ! Tu es un homme du Bras d'El pardi !*

Grâce commença à mettre la pâte aux endroits où elle pouvait. Foudre, lui, était consterné de voir la taille du bleu. Ce qu'elle avait dû souffrir par sa faute ! Il s'en voulait atrocement et sentait son cœur se serrer dans sa poitrine, cela lui faisait mal. Sa respiration s'arrêta quelques instants et reprit par à coup. Il s'approcha doucement du corps de la femme à moitié nue sur ce lit. Il y avait des endroits qu'elle ne pouvait atteindre et il fallait absolument qu'il l'aide. Déjà sa main droite était au-dessus du corps à quelques centimètres du dos de Grâce mais il semblait bloqué. Il dû s'engueuler une dernière fois mentalement pour enfin toucher la matière ainsi que la peau de sa soigneuse.

Faisant extrêmement attention à ne pas la faire sursauter par la douleur en touchant certaines zones plus sensibles, Foudre se montra d'une extrême délicatesse. On aurait dit qu'il effleurait la peau et jamais il n'avait montré autant de maîtrise dans ses doigts. Sa main gauche était posée sur le bord du lit et sa main droite étalait la mixture aux endroits difficile d'accès. Il faisait bien attention à ce que son regard ne descende pas vers les fesses de la demoiselle et se garda bien de se pencher légèrement pour y apercevoir ses seins. Il se battait comme un beau diable pour faire ce qu'il était en train de faire et surtout pour que ça ne se remarque pas. Il ne voulait pas confirmer les pensées de Grâce si jamais elle en était venu à la conclusion qu'il était timide.
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Mer 22 Avr - 23:14
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
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Grâce n'avait pas idée de la véritable étendue de l'hématome qu'elle portait dans le dos. Lorsque le prêtre d'Eda y avait touché à son invitation la veille, elle en avait eu une première vision. L'eau glacée qu'elle avait laissé couler sur le bleu par la suite avait tiraillé tellement ses muscles qu'elle n'était pas capable sans palpation de faire la distinction dans les douleurs qui habitaient son dos. Pourtant, elle ne se plaignait d'aucune d'entre elles. La fatigue intense de la veille était un mauvais souvenir et elle avait appris gérer ce qui lui faisait mal pour le mettre au second plan.
Large d'une main, comprise entre les omoplates, elle était bien incapable d'apposer, seule, la mixture sur cette contusion. Il fallait déposer une couche suffisamment importante et de façon constante sur toute la zone touchée et sur les bords de celle-ci. Elle avait commencé par ça et le Ripponais se chargea avec une grande délicatesse de la partie centrale la plus sensible.


" N'ais pas peur de me faire mal. Ça ira. " le rassura-t-elle de sa douce voix.
Pourtant malgré elle, la blonde serrait les dents à peine la frôlait-il et elle battit plusieurs fois des cils pour chasser les larmes qui lui montaient aux yeux. Fort heureusement, ses doigts étaient frais et la pâte tenait bien à sa peau une fois en place.
La demoiselle se réjouissait vraiment qu'il ait accepté de s'occuper d'elle ainsi. A aucun moment, elle ne lui en avait voulu pour ce que le cheval avait fait et ce n'était pas là, dans son esprit, un moyen de lui faire réparer ses torts. Elle lui avait laissé la possibilité de s'éclipser parce qu'elle sentait que cela pouvait être une épreuve pour lui. Quelque chose avait changé depuis la veille mais quand elle l'entendit hésiter et balbutier, Grâce avait souri avec affection. Sans savoir trop expliquer pourquoi, elle savait que c'était difficile pour lui mais qu'il tenait à le faire quand même et elle s'en sentit flattée. Elle se rappela combien il l'évitait, ne la regardant pas véritablement durant les jours de voyage qui les avait amené jusqu'au campement. Aujourd'hui, son cœur se réchauffait en le sachant auprès d'elle. Même si ses mains se crispaient sur ses genoux quand doucement il touchait son dos pour y poser le cataplasme argileux, elle appréciait tout le soin et la délicatesse dont il faisait preuve. Aurait-il été capable de tant de douceur quelques jours auparavant ? Il n'avait pas du tout aimé la proximité qu'elle avait instauré sans prévenir en entrant dans sa tente ; il aurait été impensable qu'il accepte alors de la toucher.


Jusqu'à ce que la préparation ne recouvre la totalité de son bleu, ils ne dirent pas un mot. Lui était concentré ; elle résistait aux vagues tantôt douloureuses, tantôt chaleureuses qui parcouraient son corps. Elle s'était laissée bercer par sa présence réconfortante auprès d'elle. Elle n'aurait voulu personne d'autre, avait-elle réalisé.


" Prend ça maintenant. Place le tissu de manière à recouvrir tout le cataplasme. Je m'occupe de bander pour que ça ne bouge pas. "
Elle attendit qu'il eut installé la grande compresse dans son dos, puis elle fit passer la bande plus longue derrière elle, la saisit avec l'autre main et la remonta depuis ses fesses jusqu'à la base de la compresse. Elle fit un tour sous sa poitrine avec les longueurs et repassa le tissu dans son dos, remontant cette fois-ci davantage sur l'hématome.


" Tu peux ajuster pour que cela se chevauche bien ? " précisa-t-elle alors. Elle lui laissait de la marge pour qu'il place la bande comme il fallait dans son dos, la récupérait et croisait le tissu devant. Ainsi, elle recouvrait le bleu d'un côté et enserrait ses seins de l'autre. Il ne fallait pas qu'elle serre trop sans quoi elle manquerait d'air. Ils firent ainsi plusieurs tours, se passant de mains en mains le bandage.
" Dire que certaines femmes font ça exprès... "
Au moins, pouvait-elle se retourner sans qu'il n'y ait à voir que l'équivalent d'un beau décolleté dans un corset. Ici corset léger de toile, emmaillotant la courbe de ses seins et les pressant pourtant fermement afin que le bandage ne bouge pas.


" Je préfère respirer librement que d'avoir la poitrine comprimée. " fit-elle avant de râler légèrement.
Elle avait oublié de se munir d'épingles à nourrice et se leva pour aller en récupérer deux dans son sac, la robe toujours ouverte, descendant sur ses hanches, ondulant sur celles-ci pour les quelques pas qu'elle effectua. Elle fixa les épingles, l'une après l'autre, en restant ainsi accroupie afin de libérer ses mains. Elle se releva et se rhabilla par la même occasion, couvrant sa peau blanche et fraîche.
Grâce se rendit compte en cet instant qu'elle n'osait pas relever véritablement les yeux vers lui, tiraillée entre l'envie qu'il la regarde et la peur qu'il n'osait ou ne voulait pas le faire et qu'elle s'en sente vexée...


Dans son champ de vision, le pan de la tente se souleva et celui qui n'avait pas la peine de s'annoncer entra. Il put profiter pour quelques secondes encore de la vue du corps de la prêtresse alors qu'elle boutonnait et rajustait son vêtement.
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Sam 25 Avr - 18:51
Foudre
La Hache d'El
Foudre
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Tandis qu'il appliquait la pâte sur la peau de la jeune femme, elle lui dit qu'il ne devait pas avoir peur de lui faire mal. Elle tentait de le rassurer et de l'encourager par la même occasion. La douleur, malheureusement pour elle, elle ne pourrait pas l'éviter. Il avait beau faire tout son possible pour être le plus délicat, sa peau réagissait aux contacts de la main du Prêtre. Le corps de la soigneuse envoyait systématiquement des messages de douleur à son cerveau vu que la peau était bien bleue. Le choc avait été violent et il était étonnant qu'elle ait pu faire tout ce qu'elle avait fait avant de se décider à soigner ce problème. Une fois encore, Foudre se rendit compte que cette femme était doté d'un sacré tempérament et d'une résistance à la douleur bien supérieure à la sienne. Est-ce que sa magie pouvait lui permettre de dire à son corps d'agir comme s'il n'était pas blessé ? C'était une des questions qui traversa l'esprit de l'homme pendant qu'il appliquait le soin. Ça avait l'avantage de l'empêcher de trop s'en vouloir et de le faire penser à autre chose qu'au fait de ne pas reluquer les parties les plus sensuelles du corps de la jeune blonde.

C'est qu'il savait qu'elle était ravissante et les nombreux sourires qu'elle lui avait fait ainsi que la douceur qu'elle avait mis dans ses regards ne l'avait pas rendu insensible. Elle le faisait totalement craquer et si seulement il était plus courageux avec l'autre sexe, nul doute qu'il aurait tenté une approche pour l'avoir dans sa couche. Malheureusement, il était ce qu'il était et ça ne changerait pas tout de suite. Pourtant, de la toucher ainsi ça lui faisait quelque chose. Sa peau était si douce et il était assez proche d'elle pour sentir son odeur. Alors qu'il venait de terminer d'appliquer la mixture, Grâce lui demanda de placer le tissu pour qu'il recouvre tout le cataplasme.

« Si tu permets, je vais d'abord retirer toute la pâte que j'ai sur ma main. »

Il s'écarta d'elle et se dirigea vers l'endroit où il y avait le matériel pour se laver. Il plongea sa main dans le bassin d'eau et racla pour faire partir toute la crasse. Une fois cela fait, il s'essuya avec un chiffon qui traînait à côté. Il n'était pas face à elle mais de côté et s'il tournait son regard vers elle, il pouvait légèrement voir la forme d'un de ses seins. Intérieurement, il frissonna d'excitation.

Revenant vers elle, il prit le tissu qu'elle lui donna et le mit en place pour qu'elle puisse le bloquer avec les bandes. Pour ce faire, il s'était assis derrière elle. Au fur et à mesure qu'elle passait devant puis derrière son dos, le tissu était tenu et son action devenait de moins en moins nécessaire. Il se leva donc et, par ce geste, vit par dessus ses épaules sa poitrine nue. Elle n'était pas encore recouverte mais allait bientôt l'être. Les bandes successives maintenaient déjà bien le tissu en place mais la Béarne n'avait pas encore fini de faire les tours.

Il eut le souffle coupé devant cette vision et se rabaissa légèrement. Là, il lui dit :

« Je suis désolé d'être l'auteur de ta souffrance. »

« C'était un accident, ça arrive. »

Sa main droite vint se poser sur l'épaule droite de la demoiselle et le pouce de cette main caressait le dessus de l'épaule et une partie de l’omoplate. Grâce suspendit son geste et tourna légèrement la tête pour l'écouter parler. Très surprise, elle frémit à sa caresse sans savoir quoi dire.

« Malgré ce que tu pourra dire, je sais que j'ai ma part de responsabilité dans ton malheur et ça m'est insupportable. Je me sens plus proche de toi depuis la nuit dernière et j'aime à penser que ça n'est pas anodin non plus si tu as demandé pour que ça soit moi qui m'occupe de ce bandage. »

Sa main ne s'occupait plus de son épaule mais descendait sur le bras de la blonde.

« Je me sens responsable de ce mal mais j'aimerais également être celui qui est responsable de ton bonheur. »

Il lui déposa un bisou dans le cou après avoir dégagé un peu ses cheveux. Elle avait sommairement fait une tresse mais avec tous les mouvements qu'elle avait fait, certaines mèches s'étaient enlevées.

« Foudre... » murmura-t-elle se sentant séduite par ce baiser.

Voyant qu'elle ne lui demandait pas d'arrêter ses caresses et qu'elle ne réagit pas négativement à son baiser, il se laissa emporter par ses envies.. Sa main qui caressait son bras remonta jusqu'à son épaule et redescendit de l'autre côté jusqu'en dessous de sa poitrine. Sa main gauche, elle, vint délicatement ceinturer la demoiselle pour lui caresser la jambe. En réponse, elle se tourna légèrement sur elle-même et sa main caressa le visage de Foudre au moment où ses lèvres se posèrent sur les siennes pour l'embrasser avec passion.

" Tu peux ajuster pour que cela se chevauche bien ? "

Foudre se secoua la tête et revint à la réalité quand elle lui demanda de vérifier que tout était en place. Il se rassit, le cœur palpitant à cent à l'heure et la verge toute dure. Qu'est-ce qu'il venait de se passer là ? L'espace d'un instant ? Un flash qui avait duré plusieurs minutes dans sa tête mais qui n'était qu'un instant dans la réalité. Il était tout confus et heureusement qu'elle lui montrait son dos. Elle ne pouvait rien voir de son trouble ni des réactions qu'elle produisait.

Tremblotant, il s'assura que chaque bande se chevauche bien pour que tout le dos soit protégé. Il faisait son possible pour ne pas toucher ses mains et faisait un travail sur lui-même titanesque pour ne pas trembler quand il lui repassait les bandes. De toutes façons, si elle avait deviné qu'il était timide, elle pourrait penser que c'était une suite logique à ses balbutiements. Si au contraire, elle ne l'avait pas compris, elle pourrait penser qu'il était nerveux parce que cela demandait beaucoup de précision et de dextérité et qu'il se mettait une pression de dingue pour être à la hauteur.

Grâce parla du fait que certaines femmes s'infligeaient les corsets de bonne grâce et ajouta qu'elle préférait avoir une poitrine libre et respirer que le contraire. Elle se leva pour se diriger vers les épingles qu'elle semblait avoir oubliée de prendre pour tenir le tout. De son côté, Foudre rougissait autant pour ses pensées que pour les paroles que la Béarne prononçaient. Enfin pas toutes mais celles où elle parlait de sa poitrine à elle. Le geste de ses hanches qui ondulaient de droite à gauche avec sensualité finirent de le consumer. Il trouvait qu'elle possédait un charme irréel et qu'elle n'était pas d'origine humaine mais plutôt divine. Qui était-il pour ainsi avoir de telles pensées en la regardant ? Il se leva d'un bond du lit également et se dirigea vers le bassin à nouveau. Sa main tremblait toujours et il la plongea dans l'eau froide afin de se frotter le front et le cou. Cela permettait également de cacher la bosse qu'il avait entre les jambes et qui redescendait mais pas assez vite au goût du Prêtre. La soigneuse se rhabilla et il regarda un bref instant du coin de l’œil pour en profiter une dernière fois avant de définitivement lui tourner le dos. Et il fit bien car le pan de la tente se souleva et Rutilant se présenta.

« Tout se passe bien ic.. »

Il vit la prêtresse d'Eda se rhabiller et dans son esprit lui revint la vision angélique de la veille. Il regarda Foudre qui tournait le dos à la demoiselle et dit :

« Euh.. Je dérange peut-être ? »

Foudre connaissait son ami et savait que c'était un amoureux inconditionnel du beau sexe. Il savait également que son esprit partait souvent dans des directions complètement folles à partir de peux de données. Il lui avait suffit de voir Grâce se rhabiller non loin du lit pour tirer des conclusions hâtives.

« Mais qu'est-ce que tu imagines enfin ! »

Foudre répondit un peu plus agressivement qu'il ne l'aurait voulu de prime abord. Vexé d'un côté de voir surgir son ami et qu'il ait pu ainsi poser ses yeux sur Grâce mais également parce qu'il se sentait coupable d'avoir eut pour un instant des pensées bien loin des siennes d'ordinaire.

« Paix mon ami, je plaisante bien sûr. »

Le Béarnois avait l’œil vif et remarqué les bandages enserrant la poitrine de la demoiselle avant qu'elle ne referme le tout. Il avait trouvé l'instant propice pour pouvoir encore une fois embêter son ami mais ce dernier ne semblait pas d'humeur. Lui en voulait-il toujours pour ce matin ? Il savait qu'il ne devait pas le chatouiller plus, ça ne servirait qu'à le faire sortir de ses gonds. Il décida de laisser tomber donc et dit :

« Je viens te dire Foudre que l'on est prêt. J'ai parlé avec Pod et donné mes instructions aux autres Frères ! Comme décidé la veille, tu m'accompagnes pour la traque. Alors je te laisse encore deux minutes mais on doit y aller. »

Ne sachant pas que Grâce considérait qu'il avait son mot à dire sur sa présence ou non pour cette mission, il ne lui dit rien dessus. Pour lui, elle faisait partie du Culte d'Eda et était donc autonome. De son côté, Foudre grogna légèrement en signe de oui.

« Sœur Grâce, je ne sais pas combien de temps ça va nous prendre mais en tous cas, bonne chance pour la suite. Je dis ça au cas où vous seriez repartie au village quand on va revenir ce soir si jamais nous n'avons pas trouvé de pistes. »

Repartant tout aussi vite qu'il était apparut, Rutilant se dirigea vers les chevaux qu'il avait demandé à Pod et aux trois autres de préparer.

*A par El et Eda réunis, il n'y a pas à dire, les Béarnoises sont les plus belles femmes de ce Royaume ! Quel corps divin...*
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Dim 26 Avr - 14:38
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
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Rutilant entra dans la tente comme cela peut se faire d'ordinaire dans un campement. Il n'avait pas nécessairement de raison de prévenir de son arrivée. Il faisait jour et hormis Grâce, il n'y avait que des hommes ici. Il ne s'attendait donc pas à tomber sur la scène qu'il découvrit alors et en tira hâtivement la conclusion qui lui paraissait la plus logique. Avant qu'elle ait pu répondre quoi que ce soit, le Ripponais s'en chargea d'une manière assez brusque, ce qui coupa court à toute polémique. La jeune femme fut surprise de sa véhémence mais s'appliqua à nouer dans son dos les liens de son corsage, préférant les laisser parler entre eux. C'était assez difficile à faire, elle ne pouvait serrer correctement, entre la douleur du bleu ravivée par le soin et le bandage qui réduisait sa mobilité. Trouvait-il si inconvenant que ça l'idée de coucher avec elle ? Ou était-il vexé que son ami puisse penser qu'il préfère profiter d'une femme au lieu de se concentrer sur sa mission ? Il s'était tant appliqué ; cela avait dû lui demander beaucoup d'efforts de s'occuper d'elle comme il avait fait. Elle avait senti ses mains trembler alors qu'il lui rendait les bandes de tissus. Elle lui avait laissé le choix de se défiler mais il avait tenu bon et grâce à lui, son cataplasme était correctement en place. Elle s'imaginait que cela avait du lui en coûter, lui qui, peu de temps encore, n'arrivait pas à la regarder dans les yeux et bégayait lors de conversations ordinaires en sa compagnie. Il avait fait des efforts, pris sur lui pour lui faire plaisir, pour lui témoigner que les paroles prononcées durant la nuit n'étaient pas des paroles en l'air, qu'elles comptaient. Que le Béarnois réduise tout cela à une partie de jambes en l'air n'avait vraiment pas dû lui plaire.

Le grand roux annonça qu'ils partaient dans quelques minutes
" Merci. Et bon courage à vous ! " répondit-elle avant qu'il ne disparaisse.

" Le choix est fait. " sourit-elle en se tournant vers Foudre qui lui confirma qu'il n'y avait pas eu besoin de lui poser la question pour être fixé. Elle acquiesça d'un hochement de tête.
Si sa présence avait été utile, il lui aurait demandé de les accompagner. Elle n'avait plus qu'à retourner au village et reprendre la tâche pour laquelle on l'avait appelée là où elle l'avait laissée. Cela lui faisait bizarre, sans qu'elle puisse expliquer pourquoi.

" Je ne te retiens pas plus ; tu es attendu. Tu viendras tout me raconter quand vous aurez fini. " La jeune femme laissa échapper un léger soupir entre ses lèvres. " Juste une chose... "
Avant qu'il ne parte, avant qu'elle ne s'en aille à son tour, qu'un ou plusieurs jours ne les séparent.

En quelques pas rapides, elle se rapprocha de lui et se hissa sur la pointe de ses pieds, sa main droite prenant appui sur l'avant-bras du prêtre. Elle se fit la réflexion qu'il était vraiment grand et qu'elle était vraiment petite. Elle ne se sentait pourtant pas oppressée mais bien en sécurité ainsi proche de lui.
" Merci ! " dit-elle avant de déposer un baiser sur sa joue et de remettre ses pieds à plat sur le sol. Elle garda le visage et les yeux levés vers lui, son tendre sourire pour lui seul. Elle le vit porter sa main là où ses lèvres l'avaient touché, elle vit la pigmentation gagner ses joues et sa bouche s'ouvrir et se refermer. Elle trouva cela touchant encore mais lâcha rapidement son bras, rompant le contact pour l'aider. Il avait des choses à faire, elle aussi et elle avait laissé parler son instinct sans penser aux conséquences sur le jeune homme.

Qu'il entende et comprenne ce qu'il voulait dans ce mot et ce geste. Elle-même savait qu'elle y mettait plus que la simple reconnaissance pour son aide à l'instant, mais aurait bien été incapable d'en dire davantage.

Rutilant et les autres l'attendaient. Grâce se décala pour lui laisser le champ libre. Elle s'éclipsa de son champ de vision en retournant vers le lit pour y ranger tout ce qui s'y trouvait.
" File... Et sois prudent... "

"Je.. tu... euh... Oui, ok."

Elle le laissa s'en aller sans un regard derrière elle. Elle serrait les lèvres et activait ses mains. Ça n'avait pas été très malin de faire ce qu'elle avait fait juste avant qu'il ne rejoigne ses frères. Il lui avait rendu un grand service en l'assistant ; il avait fait assez d'efforts vers elle... La forme de son remerciement était-elle la plus appropriée pour un homme comme lui ? Elle n'aurait pas fait ainsi avec grand monde ; elle ne saurait même pas dire avec qui elle aurait été capable d'une telle proximité... Pourquoi donc avait-elle fait cela ? Quelle imbécile ! Cette séparation ferait du bien, s'évertua-t-elle à penser.

La soigneuse rangea ce qui méritait de l'être ; elle vérifia son sac trois fois au moins. Elle sortit prévenir qu'elle avait besoin que son cheval soit sellé, portant au passage les récipients à laver avant de les remettre au cuistot. Elle croisa les autres suivants d'Eda et leur demanda de rester sur place. Ils avaient de quoi s'occuper auprès des frères d'El : assainir la zone de la rivière notamment en retirant le maximum d'éléments qui ont pu être en contact avec les charognes, contaminer par elles, veiller à ce qu'aucun ne tombe malade dans les prochaines heures.

Elle affirma à tous ceux qui lui demandaient qu'elle était en mesure de rejoindre le village toute seule et qu'ils devaient tous rester là. Un peu de solitude après tant de jours lui ferait du bien mais elle ne pouvait le leur dire ainsi. La jeune femme avait besoin de se retrouver en tête à tête avec elle-même. C'était un quotidien si bien ancré en elle que c'était une nécessité physiologique qu'elle n'aurait pas pensé ressentir. Elle savait avoir besoin de réfléchir à beaucoup de choses mais pensait bien qu'elle n'y trouverait aucune réponse pour autant.

Un dernier regard à la tente, sa sacoche sur l'épaule, battant contre sa hanche. Un soupir. Elle demanda de l'aide pour monter sur son cheval, son dos entravé l'empêchant de se mouvoir comme elle le souhaitait. Une fois en selle, elle fit avancer sa monture d'un coup de talons. Elle savait quelle direction prendre et quitta le campement.
Quand le couvert des arbres disparut au dessus de sa tête, elle leva les yeux vers le ciel de ce mois de Poissons. Des nuages arrivaient de l'est, de la mer loin là-bas. Elle alla vers eux, c'était la direction du village, observant le monde perchée haut au dessus du sol. Son esprit vagabonda sans cesse, sans lassitude comme seul sait le faire celui qui ne craint pas la solitude. Tu n'es plus aussi seule que tu le crois maintenant... Même s'il ne sera pas toujours auprès de toi. pense-t-elle à un moment. Cela lui fit terriblement étrange et elle dut réfréner la pointe d'angoisse qui lui serra le cœur. Grâce n'avait pas connu cela depuis si longtemps qu'elle n'était pas sûre d'être à la hauteur...
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Lun 27 Avr - 12:52
Foudre
La Hache d'El
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Il sortit de la tente plus chamboulé que jamais avec sa main qui se tenait toujours à l'endroit où Grâce l'avait embrassé. Avec le petit vent piquant du dehors, il perdit ses rougeurs de timidité et put revenir pour quelques secondes à la réalité. Il devait se diriger vers son cheval, grimper dessus et suivre le groupe. Il aurait dû surveiller son paquetage mais Pod l'avait fait pour lui et il ne manquait rien. Cela, le Prêtre allait s'en rendre compte plus tard. Pour l'instant, il n'était capable que de faire impression qu'il était avec eux. Il laissa les autres partir devant et se retrouva à l'arrière de la colonne. Il fallait pour le moment avancer ainsi pour être sûr de ne pas effacer de traces exploitables. Tant mieux, Foudre pouvait encore un moment être seul avec ses pensées. Il retoucha l'endroit où elle lui avait fait ce bisou et en était encore tout étonné.

*Elle m'a embrassé... Je... Pourquoi ?*

Ses pensées se bousculaient dans sa tête et il ne savait plus quoi ni comment penser. Cela faisait très longtemps qu'il n'avait plus été le destinataire d'un tel geste d'affection. Il n'y était clairement pas habitué. Était-ce là le travail d'une mère ? Donner de l'affection à son enfant pour qu'une fois que c'était une autre femme, l'homme n'en soit pas choqué ? Il ne suivait rien de ce qu'il se passait devant lui, son regard se dirigeait vers la croupe du cheval devant lui et c'est uniquement de cette façon qu'il pu suivre le groupe.

*Ces pensées que j'ai eu... Pourquoi donc ! Oui, elle est attirante, oui elle a fait beaucoup pour toi... Oui, elle te regarde comme peu de femmes l'ont fait avant elle.. Mais ressaisis-toi bon sang ! Ça ne veut pas dire pour autant qu'elle va écarter ses jambes et t'inviter à entrer. C'est une consœur rencontrée dans le cadre d'une mission !*

Devant lui, les premiers bruits de conversations se firent entendre mais ça n'était encore que des messes basses. Rutilant, qui était deuxième dans la file, demandait au frère devant lui qui était le plus expérimenté dans la traque s'il trouvait quelque chose. Le traqueur lui répondit que pour l'instant, il n'y avait rien de concluant et que c'était encore trop tôt pour le dire.

*C'est plus qu'une consœur et tu le sais ! Elle a clairement dis qu'elle aimerait faire partie de ta famille et qu'elle serait heureuse que tu fasses partie de la sienne. Oui mais en même temps... Faire partie de ta famille.. Comme une sœur sans doute et il n'y a que les détraqués qui ont des idées pareils envers leur sœur.*

La conscience de Foudre et son cœur se disputaient âprement. L'un et l'autre ne semblaient pas d'accord sur les signes et ne les percevaient pas de la même façon. Ce qui donnait lieu à une sacrée bagarre dans ses pensées où chacun rendait coup pour coup à l'autre pour faire valoir son point de vue. Le cœur avait envie de croire en cette main tendue vers Foudre de la part de la Prêtresse d'Eda. Elle lui avait clairement fait comprendre qu'elle avait envie qu'il fasse partie de sa vie. Cela impliquait évidemment de se revoir lors d'une prochaine mission ou simplement pour une balade ou autre. Il ne savait pas vraiment parce qu'après tout, les deux bougeaient beaucoup. Même si son ordre l'envoyait régulièrement à la Capitale, Grâce, de son côté, allait là où on avait besoin d'elle. Et cette prochaine fois serait pour quand alors ?

*Oui mais quand est-ce que tu vas la revoir ? Arrête de te faire des idées par El ! Si ça se trouve, tu l'a reverra jamais. Et quoi, tu vas commencer à lui écrire ? Pour lui dire quoi ? T'es pas fichu de t'adresser aux femmes sans bégayer... Combien de feuilles vas-tu utiliser pour écrire ta lettre ? Roseau va te tomber dessus à cause du gaspillage. Et tu seras toujours au même point. Oublie et va de l'avant ! Tu as une mission à accomplir et c'est là-dessus que tu dois concentrer tes efforts.*

Oui, la mission importait. Ils touchaient tous au but, ils avaient travaillés trop dur pour abandonner maintenant. Il fallait qu'il se fasse violence et qu'il redevienne un peu professionnel. Le fait d'avoir été destitué de sa charge de commandement n'était pas une raison pour se laisser aller. Il devait faire preuve de caractère et pour ce faire, il n'en manquait pas. Le Ripponais cessa de regarder d'un air hagard le derrière du cheval devant lui et se mit à lever la tête et à regarder autour de lui. Depuis combien de temps trottinaient-ils ainsi à la file indienne ? Étaient-ils loin du campement ? Faisaient-ils des tours tout autour du camp ou étaient-ils partis dans une direction un peu à l'emporte pièce ? Aucune de ses questions ne put avoir de réponse vu qu'il n'avait fait attention à rien. Trop occupé à comprendre ce qu'il ressentait pour la jolie blonde. Faute de réponse claire et concise, il se décida de clore pour le moment et de reprendre un peu plus tard.

Tout à coup, le frère pisteur fit arrêter la colonne et se dirigea seul vers un endroit. Là, il descendit de cheval et analysa la zone. Il leur apprit qu'il y avait clairement eu quelque chose ici parce qu'il y avait beaucoup de poils de sangliers et même des morceaux de cornes. Apparemment, ils avaient pris le bon chemin mais était-ce un coup de chance ? Le pisteur fit encore quelque pas et décida d'une direction à prendre. Rutilant lui demanda s'ils pouvaient élargir la zone de vision en espaçant les cavaliers mais le pisteur refusa. Les pistes étaient minces, il ne fallait pas risquer d'en détruire une. Ils reprirent donc la route en suivant celui qui guidait le groupe.

De son côté, Foudre se demandait bien comment ils allaient réagir s'ils tombaient sur ceux qui avaient commis ce massacre. Et ceux d'en face, comment réagiraient-ils ? Est-ce que tout ce petit monde pourra se parler en bonne intelligence ou est-ce qu'il y aura combat ? Et si jamais ça dérapait ? Il regarda le dos de chacun des membres de cette escapade et se demanda s'ils perdraient des hommes ou pas. Il s'arrêta longuement sur celui de Pod et se demanda s'il y avait combat, est-ce qu'il survivrait jusqu'à un jour devenir un Frère confirmé ? D'un coup, il se rendit compte de ses pensées et y mit un terme immédiat. Qu'est-ce qu'il lui prenait donc ? C'était bien la première fois qu'il pensait à ça pour une petite mission de ce genre. Lors du grand conflit, il était normal de se demander qui il reverrait le lendemain mais là ? Qui dirait qu'ils trouveraient les coupables ?
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Mar 28 Avr - 23:21
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
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La jeune femme passa la porte de la grande salle comme si elle en était partie quelques minutes auparavant. L'air était chargé des mêmes odeurs, fragrances corporelles diverses, décoctions de plantes et quelques relents de nourriture autrefois chaude.


Elle avait fait sur tout le trajet le bilan de ce qui avait déjà été fait, de ce qui restait à faire, de ce qu'elle pouvait tirer de cette macabre découverte. Elle avait occupé son esprit à être pragmatique, efficace. A penser au concret, à la mission, aux tâches qui l'attendaient, aux malades qu'il fallait encore soulager, soigner, sauver. Elle s'était employée à cela durant cette chevauchée solitaire. Mais souvent, malgré elle, la Béarne divagua. Sa présence dans son dos lors du trajet qui les avait menés vers les bois. La tranquillité de son cœur battant contre son oreille au cœur de la nuit. La chaleur de ses bras. Les mots qu'ils avaient échangé avec simplicité et confiance. L'odeur de sa peau. La pression de ses doigts sur sa peau douloureuse. Le chatouillement de sa barbe sur sa joue.
Elle ne pouvait se résoudre à classer toutes ces petites choses qui l'avaient touchée si profondément dans les choses sans importance, de les reléguer à de doux souvenirs. Mais elle devait néanmoins les oublier pour le moment, les mettre de côté. C'était étrange et effrayant de constater comment une personne pouvait prendre de l'importance, une place dans ses pensées sans qu'on ne comprenne bien pourquoi, ni comment cela était arrivé. Foudre... Une petite voix lui disait de ne pas s'emballer, de se méfier et d'attendre... Elle soupira sans s'en rendre compte un bon nombre de fois durant le chemin qui la ramena au village contaminé.




" Où est Saule ? " s'enquit-elle rapidement auprès de la première sœur qu'elle croisa.
Celle-ci, surprise de ce retour, eut un temps d'hésitation avant de réponde qu'il était sûrement en train de dormir ou de manger. Grâce la remercia d'un sourire et entreprit de faire le tour des lits de cet hôpital improvisé.
Elle en compta trois de plus qu'à son départ mais elle vit cinq têtes nouvelles. La petite fille auprès de laquelle elle avait passé pas mal de temps n'était plus là. Elle savait ce qu'elle craignait d'apprendre... mais ne s'éternisa pas sur ses craintes et se remit à l'ouvrage auprès d'un homme d'une quarantaine d'années au front brûlant et aux yeux brillants. Sa bouche était sèche et son haleine trahissait un estomac vide. La palpation de son abdomen le fit trésauter quand bien même la petite blonde n'appuya pas fort. Il remua dans le demi sommeil qui était le sien, ensuqué par la fièvre. Elle lui lava le visage, les bras et le torse avec un linge humide frais attendant qu'il reprenne assez connaissance pour lui faire boire quelques gorgées de l'infusion pour lutter contre l'infection.


L'herboriste revint bien avant qu'elle eut terminé avec ce patient. Il l'observait en restant en retrait, heureux de la voir de retour parmi eux et curieux de ce qui l'avait retenu si longtemps. Après des années sans se voir, il avait fallu quelques jours de son absence pour qu'elle lui manque à nouveau. L'instant était mal choisi pour lui avouer ce qu'elle lui inspirait. Le scribe ne lui avait jamais avoué ses sentiments, même pour tenter de la retenir auprès d'eux. Elle les aurait quitté quand même, elle l'aurait quitté même en sachant cela. Pourquoi se lancerait-il maintenant ? Parce qu'il avait tellement envie de la tenir à nouveau contre lui... Qu'il se rendait compte après tout ce temps qu'elle n'avait pas cessé de lui manquer.


" Ah te voilà ! " dit la blonde en le voyant faire le piquet près de la porte.Elle ne remarqua pas son air légèrement béat alors qu'elle zigzaguait rapidement entre les lits pour le rejoindre.
Elle posa sa main sur son avant-bras et ses yeux dans les siens en signe de salut puis le lâcha et enchaîna rapidement.
" Comment tu vas ? Ça n'a pas été trop dur ? Raconte-moi tout ce que j'ai raté. N'omets rien s'il te plaît. "
" Oui je vais tout te dire, ma belle. Mais toi, ça va ? " Ses yeux s'étaient baissé vers la poitrine de son ancienne élève. Elle avait perdu en volume et il pouvait aisément comprendre qu'elle était bandée. Grâce ne se rendit même pas compte de cette inspection dont elle était victime, désireuse d'être opérationnelle le plus rapidement possible.


" Très bien ! "
Elle ne mentait pas. Elle se sentait parfaitement bien dans sa tête comme dans son corps, malgré son dos contusionné, ses seins comprimés. Grâce était pleine de cette énergie débordante que lui donnait le travail. Un tendre sourire lui vint, que son interlocuteur ne put comprendre mais ne manqua pas de voir. Les recommandations du prêtre d'El lui revenaient. Elle lui avait promis de se ménager... Arriverait-elle à tenir sa promesse ? Elle plaça ce souvenir et ces mots auprès de son cœur pour ne pas les oublier.


Des choses lui échappaient et une petite pointe de jalousie gratouilla son ventre. Il lui fit le récit des heures passées depuis qu'elle était précipitamment partie pour le campement principal. Il lui parla des nouveaux arrivants et lui annonça le décès de la fillette. Il vit une sincère peine s'inscrire sur ses traits fins. Elle aurait aimé être présente pour accompagner l'enfant dans ces derniers instants. Il le savait. Elle était ainsi. Mais elle lui fit signe de ne pas s'apesantir et de passer à la suite. Il continua son exposé, concentré pour ne rien oublier, la suivant tandis qu'elle allait donner à boire à d'autres malades qui se réveillaient.
A son tour, elle lui expliqua qu'ils avaient trouvé et dégagé la source de la contamination mais elle s'abstint de dire quoi que ce soit sur l'empoisonnement de Foudre et tout ce qui n'avait pas le moindre rapport avec la mission qui les occupait ici.


Finalement, Saule déglutit et demanda :
" Et ce bandage ? Quelqu'un qui t'a fait du mal ? "
Elle le regarda en se demandant un instant de quoi il parlait. Posant sa main contre sa poitrine, la soigneuse rit.
" Juste un cheval.. Je ne maîtrise pas encore très bien les distances de sécurité avec ces bestioles-là. "
Elle tapa dans ses mains, pleine d'entrain.
" Ce n'est pas important ! Vas vérifier tes stocks J'irais constater les réserves de nourriture dans une heure ou deux et on fera le point pour envoyer quelqu'un au campement en cas de besoin. "
Avant qu'il ait confirmé quoi que ce soit, elle s'était retournée et avait rejoint une sœur afin de parler avec elle du malade qu'elle suivait. Grâce, prêtresse d'Eda s'était remise à l'œuvre. Rien en dehors de sa mission de soin ne comptait plus... mais une promesse restait bien au chaud dans son esprit.
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Jeu 30 Avr - 14:16
Foudre
La Hache d'El
Foudre
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La journée se passa sans réels progrès. Des traces par ci par là indiquaient une présence dans les parages dans les jours d'avant mais le traqueur amateur ne savait pas trop estimer de quand elles dataient. Après tout, ils étaient pas chasseurs, ces gars là étaient des guerriers. Ils avaient fait confiance à leur frère parce que ce dernier avait été à la chasse un peu plus fréquemment que les autres et qu'il s'était souvent porté volontaire pour trouver à manger quand il était en mission. A tourner en rond, et encore le faisaient ils ?, dans cette forêt commençait à sérieusement agacer le Ripponais. Il n'appréciait pas l'attente avant l'action, il voulait des résultats et n'avait que peu de patience pour les jeux demandant de la rigueur et de la patience justement.

« Bon ça fait des heures que l'on se balade à dos de cheval et que l'on suit tes pistes. Ça amène à quelque chose ou non ? »

Le frère pisteur s'arrêta et se tourna sur son cheval pour tenter de voir Foudre qui était toujours en dernière place dans la file. Il savait qu'il ne devait pas lui rentrer dedans mais il devait bien comprendre que ça n'était pas aussi simple que ça. Beaucoup de choses pouvaient altérer des preuves : le vent, la pluie, des animaux, la main de l'homme. C'était dur de ne pas se faire avoir quand on était pas un réel connaisseur. Et il était en train de se demander si ceux d'en face n'étaient justement pas des connaisseurs. Avaient-ils cherché à trafiquer les pistes pour que l'on ne sache pas remonter jusqu'à eux ? Certainement. Dans le gibier qui avait été tué, plusieurs pièces étaient normalement des animaux réservés à la noblesse. Si l'un d'eux tombait sur ce charnier, il serait tenté de trouver les coupables et d'engager des gens pour les trouver afin qu'il puisse leur infliger une sanction.

« C'est pas aussi simple Foudre.. Je.. J'ai des connaissances mais je pense que ceux d'en face sont encore meilleurs que moi. Je suis presque certain maintenant qu'ils ont maquillé leurs traces et qu'ils ont fait en sorte que l'on tourne en rond. Ça doit être des gens qui savent pertinemment qu'ils ont commis une erreur, pire qu'ils ont bravé la loi des Seigneurs. Si ces gens là tombent sur eux, ces chasseurs sont morts. Avec une telle menace qui plane au-dessus de ma tête, je peux t'assurer que je ferais marcher ma cervelle pour faire en sorte que mon crime reste impuni. »

Et c'était exactement ce qu'il se passait ici. La piste était difficilement suivable pour quelqu'un qui n'avait pas au moins le même niveau que ceux qui avaient maquillé les preuves.

« Je vois... Mais il aurait peut-être été nécessaire de s'en rendre compte un peu plus tôt non ? Parce que là, nous sommes loin du campement. Même en repartant maintenant dans sa direction, je ne suis pas sûr que l'on y arrive pour l'heure du souper. Sans compter que l'on a rien pris pour passer la nuit ailleurs ! Ce qui fais que l'on est dans une impasse là. On continue et on n'est pas sûr de trouver, on rebrousse chemin et on arrive très tard. Ce qui veut dire que l'on aura pas beaucoup le temps de se reposer avant de devoir repartir en chasse. Alors je sais pas vous et c'est pas à moi de prendre la décision mais... On fait quoi ? »

Il n'avait pas tord, ils n'avaient rien pour dormir autre part que dans le campement près de la rivière et suivre la piste, maintenant qu'ils savaient qu'elle avait certainement été trafiquée, ne mènerait nulle part. Ils se fatigueraient et les chevaux avec. Il fallait bien se rendre à l'évidence, ils avaient fait chou blanc sur ce coup là. Mais il y avait bien un moyen ou un endroit où quelque chose apparaissait qui pouvait indiquer la vraie direction dans laquelle le groupe était partie. Après tout, c'était un homme qu'ils cherchaient ou plusieurs mais ils pouvaient également commettre des erreurs. Quoique... Commettait-on des erreurs si ça amenait le bourreau jusqu'à son cou ?

« Ok, on arrête les frais... On rentre au campement mais on reste quand même vigilant. Espérons qu'El nous vienne en aide demain pour trouver les coupables. Si demain on ne trouve rien, on rentrera directement au camp principal pour faire notre rapport. »

Rebroussant chemin, la troupe se dirigeait donc vers le campement. Ils avaient dû bien avancer dans l'enfouissement des dépouilles. La rivière devait également être nettoyée des dernières impuretés qu'il y avait encore ce matin. Tout en trottinant vers leur destination, Foudre se mit à penser à Grâce. Que faisait-elle ? Était-elle bien arrivée au village ? Si oui, respecterait-elle sa promesse de faire attention à elle et de ne pas présager de ses forces ? Il adressa une prière silencieuse à la Déesse.

*Je ne fais plus partie de ton culte et j'avoue ne pas l'avoir servi avec compétence mais je t'en conjure, jette un œil sur ton ouaille. C'est une tête de mule mais elle compte quand même pour moi. Qu'elle ne fasse rien de stupide et qu'elle soit toujours en forme pour la prochaine fois où l'on se croisera. Merci Eda...*
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Ven 1 Mai - 14:09
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
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Les réserves ne seraient pas suffisantes mais la jeune femme s'en doutait avant même de mettre les pieds dans la maison qui accueillait ce que les prêtres avaient ramené. La rivière qui alimentait le village avait été dégagée de ses charognes mais il faudrait un moment pour être sûr que tout risque était écarté et pour que les habitants puissent réutiliser l'eau du puits en toute sécurité. C'était la principale source de contamination mais rien n'excluait que des aliments, comme des bêtes abattues avant de présenter des symptômes, des légumes récemment arrosés avec cette eau, ne soient contaminés et contaminants également. La jeune femme prit la douloureuse décision de détruire ce genre de denrées. Les pâtés, venaisons, grains étaient épargnés mais tout ce qui avaient pu être en contact avec la terre ou l'eau depuis un mois fut détruit. Fort heureusement, en cette Lune, il y en avait peu mais les animaux encore vivants furent surveillés et interdits à la consommation.
Durant cette tâche, le petit apprenti de Saule la suivait comme son ombre. Il notait tout ce qu'elle comptait, toutes les remarques qu'elle lui demandait d'écrire pour preuves et justificatifs de la requête qu'elle fournirait. Un autre prêtre l'aida à calculer les besoins alimentaires de la population présente sur site pour les quatre prochaines semaines, ainsi qu'elle le lui demanda. La jeune femme préférait voir large. Les patients mettraient environ une semaine à se sortir de la phase dangereuse de l'intoxication. Certains davantage. Tous en ressortiraient extrêmement affaiblis et incapables d'exercer leur profession pendant quelques temps encore, donc de subvenir aux besoins de leur famille. Les représentants du clergé d'Eda ne resteraient pas aussi longtemps, simplement le temps de veiller à ce que les malades soient remis et stables. Saule, qu'ils retrouvèrent ensuite, lui conseilla de formuler une requête pour qu'un spécialiste de l'hydrologie ou de l'agriculture soit appelé pour surveiller la région jusqu'au printemps. Elle acquiesça et l'apprenti l'ajouta à ses notes. Avec son maître, ils allaient se charger de la mise au propre du rapport à envoyer au campement principal pendant que la soigneuse retournerait auprès des villageois malades.

Alors qu'elle avait commencé à s'éloigner, la blonde fit volte face et revint vers eux. Dans tout ce marasme organisationnel, elle en avait oublié l'essentiel.
" Viens me chercher avant la tombée de la nuit. Et fais regrouper tout le monde. Il faut leur annoncer que ce que nous avons trouvé pour les rassurer. "
Sur ces mots, elle repartit.

" Pardonnez moi maître si c'est déplacé mais, par Eda, c'est une sacrée femme ! "
" Je te le fais pas dire... " soupira la quadragénaire. Son énergie était contagieuse et dès qu'elle disparaissait, il se sentait comme privé de quelque chose d'essentiel.
Saule surprit le regard de l'adolescent qui suivait Grâce. Sa longue tresse battait son dos, à chacun de ses pas, ondulant contre ses reins. Qui laissait-elle indifférent ?
Il plaça ses doigts devant les yeux de son apprenti et lui secoua la tête.
" On a du travail, jeune homme ! "
Dans sa tête, c'était plutôt "Cesse de la regarder", mais il n'aurait pas osé le dire à haute voix. Lui n'en perdit pas une miette avant de tourner les talons pour suivre son élève et s'asseoir pour de longues heures de travail.

De son côté, la Béarne occupa ces mêmes heures à essuyer des corps bouillants, des vomissures, à donner à boire des tisanes et des soupes pour renforcer les corps, à parler avec chacun, à écouter leurs plaintes, leurs doutes quand ils étaient capables de parler. Elle les rassurait par sa présence, par ses attentions, ses actions comme toutes les autres bonnes âmes qui l'assistaient.
Dans l'après midi, Grâce prit le temps de retirer son bandage et de laver son dos. Son hématome était toujours bien présent mais elle était plus libre de ses mouvements ainsi. Ce fut la seule pause qu'elle s'accorda depuis qu'elle était revenue mais elle s'en sentit ragaillardie. Seule avec elle-même, elle laissa ses pensées vagabonder pour oublier un peu le quotidien et un sourire réussit à gagner ses lèvres, alors qu'elle retirait grâce à une grosse éponge l'argile sèche dans son dos.

Puis vint l'heure où le soleil se coucha sur l'horizon. Les habitants qui n'étaient pas malades avaient été appelés à se rassembler devant la grande maison communale afin d'entendre les nouvelles.
Prévenue par son ami, la servante d'Eda se lava les mains, se passa un peu d'eau sur le visage et sortit pour leur parler. Grimpant sur une caisse afin que tous la voient, elle commença. Elle était confiante et elle réussit à leur communiquer cet état. Sans entrer dans les détails sordides et macabres comme elle l'avait fait avec l'herboriste, elle leur assura que la cause de la maladie avait été trouvée et éliminée. Qu'ils n'avaient plus de raison d'avoir peur d'une contagion de l'un à l'autre mais qu'ils allaient devoir veiller à ne boire et manger que ce que fournirait le temple, pendant une lune entière, le temps que la Nature élimine tout ce qui était nocif dans l'eau.
Certains posèrent des questions. Elle y répondit avec pédagogie et calme, même lorsque cela était parfaitement stupide. Comment en vouloir à des gens qui n'avaient aucune connaissance d'hygiène basique ? Certains vinrent la trouver pour continuer à parler avec elle, lorsque la réunion fut décrétée comme terminée. Sans se presser, elle donna des explications supplémentaires, répéta, rassura.
Puis elle donna congé à ses consœurs et confrères pour la nuit, s'assurant un dernier tour de contrôle dans la grande salle. Seuls les râles et les respirations habitaient les lieux, les patients et leurs lits n'étant que des silhouettes fantomatiques dans le noir de la pièce. La jeune femme y évoluait pourtant sans se cogner, zigzaguant entre les meubles, pour toucher ici un front, là un poignet, essuyer la commissure de lèvres ou donner une derrière gorgée d'eau.

" Tu veux un peu de compagnie ? "
Elle ne se retourna pas en direction de la voix. Il était aisé de reconnaître à qui elle appartenait. Il devait se trouver dans l'encadrement de la porte principale.

" Non ça ira. Je termine et je vais dormir un peu. " souffla-t-elle pour ne pas déranger les dormeurs.

" Je peux aussi te tenir compagnie pour ça... " Saule mit plusieurs minutes avant de répondre. Elle sentait qu'il n'était pas parti mais ne s'attendait pas à cela de sa part. Grâce terminait la rangée qu'elle inspectait et continua à marcher dans le noir jusqu'à rejoindre son ancien amant.

" Saule... Qu'est ce que tu me fais ? "
Son ton était légèrement agacé. La prêtresse ne comprenait vraiment pas. Que lui passait-il par la tête ? Une envie du "bon vieux temps" ? Grâce n'en avait absolument pas envie et trouvait la proposition déplacée, peu importe ce qu'elle ne sous-entende pas ce qu'elle imaginait. Ce n'était clairement pas avec lui qu'elle avait envie de passer du temps, même simplement à parler.
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Dim 3 Mai - 0:58
Foudre
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En allant un peu plus vite sur le retour qu'à l'aller, ils arrivèrent au campement quand même deux heures après le repas du soir. Ils apprirent aux autres qu'ils n'avaient rien trouvé mais qu'ils continueraient demain. Rutilant appris également à tous ceux du campement que vu qu'ils avaient presque terminé l'enfouissement des bêtes, il n'en restait plus beaucoup, et que la rivière était effectivement à nouveau propre, ils rentreraient tous au camp principal si eux rentraient bredouilles. Après un petit repas rapide, l'équipe de la traque se dirigea vers les tentes pour aller dormir. C'est là que Foudre vit que les deux Prêtres d'Eda étaient toujours là.

*Comment cela se fait-il qu'ils soient toujours là ces deux là ?*

Il n'était pas au courant qu'elle leur avait demandé de rester pour donner leurs conseils pour la tâche avec les animaux. Lui, il ne vit que le fait qu'elle avait puisé dans ses réserves les derniers jours et que malgré le fait qu'elle se sentait mieux, il aurait été bien qu'au moins l'un des deux fasse le chemin avec pour s'assurer qu'elle allait bien. Décidant de retarder son coucher de quelques minutes, il se dirigea vers le prêtre qu'il avait menacé la veille ou deux jours plus tôt.

« Hé toi, Viens ici ! »

Sentant que ça allait sentir mauvais, l'homme obéit mais à contre cœur. Il regarda le Ripponais mais ses yeux ne savaient pas trop où ils devaient se poser.

« Ou.. Ou.. Oui Père Foudre ? »

« Qu'est-ce que vous faites encore là ? Soeur Grâce est repartie alors pourquoi vous l'avez pas suivi ? »

« C'est... »

« Oh ! Est-ce que je t'ai autorisé à m'interrompre ? »

Foudre s'approcha de l'homme qu'il avait en face de lui et se baissa vers lui. L'homme déglutit et fit non de la tête.

« Alors écoute-moi bien parce que je trie mes mots sur le volet et que je ne me répète jamais. »

Il tapote de son index le torse du soignant du Culte d'Eda.

« TU vas prendre un cheval et repartir vers le village. TU vas t'assurer que ta consœur va bien et qu'elle n'a pas besoin d'aide. Quel genre de frère es-tu pour la laisser partir seul alors qu'il n'y a pas si longtemps, elle était en état de faiblesse ? C'est comme ça que l'on prend soin les uns des autres chez vous ? »

L'homme articula des bruits mais n'osa formuler de mots vu que Foudre ne l'avait pas autorisé à parler. Il fit non de la tête pour toute réponse.

« TU ne vas pas t'arrêter pour pisser et TU ne t'arrêtera pas non plus pour boire ni manger. TU te diriges vers le village ce soir et TU t'assures qu'elle va bien et qu'elle prend du temps pour se reposer. TU seras garant de sa santé jusqu'à ce que je vérifie de moi-même que TU as bien fait ton travail. Me suis-je bien fait comprendre ? »

L'homme regarda le Prêtre et leva la main. Le brun regarda son interlocuteur un peu étonné et lui demanda :

« Tu me fais quoi là ? »

Le soignant leva des yeux apeurés vers Foudre et lui dit :

« Je demande la permission de parler. »

« Là ? En levant le bras ? »

L'homme fit oui de la tête.

« Tu t'es cru à l'école ? Est-ce que j'ai l'air d'un putain de professeur ? »

L'homme fit non de la tête.

« Est-ce que tu te moques de moi ? »

Là encore, il fit non de la tête.

« Alors parle non de dieux ! »

« Euh je... Oui Père Foudre, mes excuses Père Foudre... Je.. »

« Je me moque de tes excuses, réponds à ma question. T'es bouché ou quoi ? »

« Euh.. Je.. Non... »

« Quoi non ? Je me suis pas bien fait comprendre ? »

L'homme fit oui de la tête et Foudre lui demanda :

« Alors pourquoi tu me dis non ? »

L'homme passait un sale moment et était presque prêt à pleurer tellement il se sentait mal à l'aise devant le guerrier aux deux haches. Son confrère voulu lui venir en aide et avança en commençant à parler et vit sa tentative s'arrêter avant même d'être terminée. Foudre dirigea son regard vers l'autre, tendit le bras dans sa direction et lui dit :

« Toi si tu l'ouvres, je te fais prendre un bain de minuit, c'est clair ? »

L'homme avait la bouche ouverte et s'arrêta directement. Finalement, il en vint à la conclusion que c'était à son homologue qu'il parlait et non à lui, il se rappela qu'il avait d'autres choses à faire avant de dormir et se retira, laissant le pauvre soignant seul avec Foudre. Revenant à sa victime, le Ripponais le regarda et lui demanda :

« Qu'est-ce que tu fais encore là ? Disparais ! Et va t'assurer qu'elle va bien. »

L'homme partit ventre à terre en direction des chevaux. Avant qu'il ne grimpe sur le premier qu'il avait trouvé, Foudre l'appela pour lui dire une dernière chose...

« Au fait, sois convaincant quand tu verras Sœur Grâce... Tu n'as pas intérêt à dire que c'est moi qui t'envoie ! Alors profite du voyage pour cogiter et débite lui la meilleure des explications pour ton retour. File maintenant. »

L'homme parti à cheval suivit des rires des hommes du Bras d'El qui s'étaient délectés de la scène. Sentant qu'il avait passé la journée à cheval, le brun se dit qu'une bonne nuit de sommeil lui ferait du bien. Il se dirigea vers la tente où il avait dormi avec la jolie blonde et entra. Là, il fit le tour du regard, l'endroit était rangé, le lit était à nouveau à sa place. C'était comme si rien de ce qu'il s'était passé la nuit dernière n'avait existé mais lui savait, c'était gravé dans son esprit. Il se dirigea vers sa couche et s'arrêta... Le lit était libre désormais, il avait le droit de le prendre. Il alla donc vers lui, retira sa bure et s'installa pour une belle nuit de sommeil.



*   *   *



La troupe faisait une pause pour manger un morceau, ils étaient partis tellement vite qu'ils n'avaient pas vraiment pris le temps de manger leur petit déjeuner. Vu que cela faisait bien trois ou quatre heures qu'ils étaient en vadrouille, ils se dirent qu'ils méritaient bien un peu de repos. Ils avaient suivi à nouveau la piste en faisant attention à tout ce qui pouvait clocher. Il y avait certainement un endroit où le frère traqueur pouvait repérer une anomalie. S'arrêtant donc à l'un de ces signes, ils en profitèrent pour échanger leurs points de vue et s'occuper des bêtes. Là, alors qu'ils étaient en train de bavasser tous ensemble, deux hommes avancèrent dans les bois dans leur direction. Tentant de se faire discret et de ne pas se faire repérer, l'un des gars marcha sur une branche morte qui craqua sous son poids. Là, il s'arrêta directement et l'un des Frères d'El tourna la tête dans la direction où il avait cru entendre un bruit. Il demanda aux autres de se taire pour écouter.

Les deux hommes étaient en panique, ils auraient bien voulu écouter ce que ces hommes disaient. Ils étaient descendus de leur monture pour s'approcher discrètement. Ils venaient pour vérifier que personne n'avait touché aux traces et vérifier par la même occasion si quelqu'un était tombé sur leur travail. Apparemment oui, Grel avait donc bien vu hier des silhouettes qui chevauchaient dans les bois. Il avait prévenu ses potes et ceux-ci avaient décidé d'aller jeter un œil le lendemain. Ils ne pensaient pas que la patrouille de Foudre serait à nouveau là. Ils ne comprenaient pas non plus pourquoi des hommes du Dieu marin se trouvaient en forêt. Ça n'était pas vraiment le genre de lieux où on les trouvait d'ordinaire. S'étant baissé pour ne pas se faire repérer, ils se dirent qu'en restant ainsi, la conversation reprendrait et qu'ils pourraient à nouveau tenter une approche. Il y avait beaucoup de bruits dans une forêt et c'était normal. Malheureusement, le sort en décida autrement. L'un des chevaux des chasseurs hennit parce qu'il sentait d'autres montures et qu'il voulait entrer en communication avec. Là, plus de doute, les frères allaient se rendre compte qu'il y avait bien quelqu'un. Le mieux, c'était de fuir. Tant pis pour le bruit !

L'un des frères remarque du mouvement et indiqua la direction aux autres. Ils montèrent tous sur leurs chevaux et partirent à la poursuite des indiscrets. Les deux hommes atteignirent également leurs montures et s'enfuirent poursuivit par les prêtres. Ils n'écoutèrent pas les injonctions leur ordonnant de s'arrêter ni ne répondirent à celles qui leur demandait qui ils étaient. Le plus important était la fuite, ils devaient absolument échapper à leurs poursuivants sinon c'était le bourreau à coup sûr. Au bout de dix bonnes minutes de cavalcade intense, Pod rattrapa l'un des hommes et réussi à attraper la longe tandis qu'un autre frère faisait de même avec le deuxième. Ils réussirent à arrêter les montures. Les deux chasseurs n'essayèrent même pas de se battre. A deux contre cinq, le combat était un peu inégal surtout quand il s'agissait de combattants comme ceux-là.

Ils avaient cernés les hommes et attendirent de reprendre un peu leur souffle avant de les questionner. Quand ils se sentirent mieux, Rutilant décida de mener l'interrogatoire.

« Qu'est-ce que vous faisiez dans ces bois ? Pourquoi vous nous écoutiez ? »

« On f'sait rin d'mal, on a l'droit d'êt là. C'est chez nous. »

« Réponds à la question mon gars... Pourquoi vous nous écoutiez ? »

« On écoutait pô. C'est vous qui nous tombez d'ssus. On fait rin d'mal. »

Foudre qui se trouvait toujours sur sa monture l'approcha légèrement et dit :

« Écoutez les gars... C'est simple, soit vous répondez aux questions de mon Frère sans mentir soit j'en choisis un des deux au hasard et je lui coupe deux doigts. Ça sera la sentence de mon dieu parce que vous lui aurez manqué de respect. »

Il sortit sa hache pour montrer qu'il ne plaisantait pas. En vrai, il bluffait mais eux ne le savaient pas. Pod non plus ne savait pas et devint livide quand il entendit son mentor parler ainsi. Est-ce que c'était la hache ou la couleur inquiétante de l'écuyer qui les incitèrent le plus à parler, seul El et Eda le savaient.

« Euh.. Ok, j'tiens à mes doigts, j'en ai b'soin pour l'travail. Pitié... »

« Alors réponds aux questions... »

L'homme se mit à table et avoua qu'ils écoutaient leur conversation. Ils voulaient savoir pourquoi la patrouille traînait dans le coin. A ce moment là, Rutilant leur avoua qu'ils étaient en mission un peu plus loin parce qu'il y avait une épidémie qui courait à la frontière avec Haurfond et Bauge sur le territoire de Rippon. Il expliqua également qu'ils avaient trouvé les carcasses d'animaux dans la rivière et que c'était la cause de tout ce bazar. Devant cette explication, les deux hommes se regardèrent plusieurs fois et blanchirent un petit peu. Quand le Béarnois en vint à demander s'ils avaient des renseignements sur ceux qui avaient fait ça, il sentait qu'il y avait quelque chose de louche. Foudre prit cette fois sa hache en main et la tenait le bras le long de son corps. Les deux hommes virent le geste et celui qui répondait depuis le début se mit une nouvelle fois à table.

Ils expliquèrent que c'était eux et qu'ils avaient fait ça parce qu'ils n'avaient pas assez à manger. Il continuèrent en racontant que le Seigneur local en Bauge (c'est là que les frères apprirent qu'ils avaient passé la frontière) les taxait de trop. Voulant se révolter de manière anonyme, ils se mirent à chasser les animaux réservés à la noblesse. Une sorte de pied de nez aux taxes qui les étranglaient tous. Malheureusement, ils s'emballèrent un peu et ne purent plus manger la nourriture aussi vite qu'ils la chassait. Ne voulant pas se faire attraper, ils décidèrent de mettre les bêtes près de la rivière pour que ça ne leur retombe pas dessus vu que c'était du côté Ripponais. Malheureusement, ils n'avaient pas fait assez attention pour que ça ne tombe pas dans l'eau et ils ignoraient que ça pouvait provoquer des maladies. Ils étaient désolés et désemparés, ils supplièrent les Frères de ne pas les dénoncer aux autorités parce qu'ils savaient qu'ils seraient condamnés. Ça n'était que des fermiers, des bûcherons, des petites gens qui n'avaient pas grand chose et tentaient de survivre face à un système qui les oppressait.

Devant ces aveux quasi spontanés, les Frères relâchèrent ces hommes non sans une grosse engueulade sur les risques qu'ils avaient fait courir à leur famille mais également à la bêtise monstrueuse qui avait mené des dizaines de personnes à la mort si pas plus. Foudre leur dit qu'il comprenait qu'ils agissent ainsi mais les enjoints à plus de réflexion à l'avenir. Les deux fautifs s'agenouillèrent en implorant leur clémence et ne demandèrent pas leurs restes. Rutilant se tourna vers les autres et dit :

« Bah voilà les gars, on a notre explication. Y a plus qu'à rentrer au camp principal et faire notre rapport. La suite suivra son c.. »

« Non ! »

Les têtes se tournèrent vers Foudre. C'était lui qui venait de dire non.

« On ne va rien dire du tout ! »

Rutilant voulant répliquer, il n'en eut pas l'occasion parce que Foudre le fit taire directement.

« Écoute moi ! Imagine que l'on fait effectivement notre rapport au Père Ducal. Là, il va nous demander les noms et la description physique de ces gars. Ils ont commis une faute. Retourne leur explication dans tous les sens, ils ont eu tort d'agir ainsi. Personne ne va voir qu'ils ont fait ça pour tenter de survivre et nourrir leur famille. C'est le système qui est comme ça et les petits n'ont pas le choix. A ce moment là, qu'est-ce qui va leur arriver ? Le Père Ducal va faire son rapport au Duc et ce dernier va dire à son collègue que des administrés de chez lui ont commis une faute. Ce Seigneur local va vouloir réparer le tort causé pour qu'il n'y ait pas d'embrouille avec Rippon. Donc, si on dit quoique ce soit, ils sont morts ! »

« Et pour ceux qui sont morts Foudre ? »

Le Ripponais regardait son ami. C'était évidemment tragique qu'à cause de la bêtise de certains, d'autres aient dû payer le prix fort. C'était la sélection naturelle, il y avait les forts et les faibles. La vie était un combat demandant aux hommes de passer plusieurs épreuves. L'une de ces épreuves était de résister à un mal inconnu et ils avaient perdu.

« C'est dramatique j'en conviens Rutilant. Mais tu as écouté ces gens ? S'ils avaient su ce que ça provoqueraient, jamais ils n'auraient mis les carcasses là. Ça nous aurait évité ce cas de conscience j'en conviens mais malheureusement les dieux n'ont pas été de leur côté ni du nôtre sur cette histoire. Est-ce que le fait d'être stupide est punissable de mort ? »

Les hommes se regardèrent tout en écoutant l'échange d'arguments entre Rutilant et Foudre. Le point de vue sur la question était différent en partie parce que le Béarnois descendait d'une famille noble alors que Foudre non. Mais petit à petit, le roux accepta de se ranger aux côtés du brun. Non pas parce qu'il était tout à fait convaincu mais parce que Foudre avait raison en disant que ça ne ferait qu'alourdir le nombre de morts dans une histoire qui avait déjà bien assez coûté comme ça. Ils jurèrent de garder le secret et de dire au camp principal qu'ils n'avaient jamais trouvé les coupables.

Cette histoire réglée, ils décidèrent de retourner au camp près de la rivière et de se donner encore une nuit avant de le démonter. Une bonne nuit de sommeil ferait du bien à tout le monde. Ils démonteraient le lendemain et se dirigeraient vers le village pour faire un arrêt avant de se rendre au camp principal pour faire leur rapport définitif.

*Oui, passer par le village, c'est une excellente idée ! J'espère qu'il ne lui est rien arrivé.*
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Mer 6 Mai - 13:41
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
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Une seconde journée s'achevait. Une autre journée à s'occuper des malades, sans rien de bien palpitant à en dire. La jeune femme n'avait pas croisé Saule une seule fois et elle en était bien heureuse. La soirée de la veille l'avait mise très mal à l'aise et il semblait avoir compris qu'il était plus sage qu'il prenne ses distances. Seul son apprenti était venu lui parler lorsque c'était nécessaire qu'ils communiquent.


~~~


Le scribe ne savait pas trop comment continuer. Il ne s'attendait pas à entendre cet agacement dans la voix de sa compagne. Espérait-il qu'elle ressente un peu de nostalgie à le fréquenter à nouveau ? Qu'elle se rappelle avec tendresse des moments d'intimité qu'ils avaient partagé ? Lui ne pouvait se défaire de ses souvenirs, réalisant qu'ils l'avaient accompagné, presque hanté, durant tout ce temps. Ses longs doigts se saisirent avec douceur des mains fines de la jeune femme.
" Tu m'as manqué Grâce. Ces derniers jours mais surtout toutes ces années... Te revoir... "

Mais avant qu'il ait fini de parler, elle se dégagea et le contournant, sortit prendre l'air. Les malades n'avaient pas à être le témoin de ça, quoi que cela soit amené à devenir. Son instinct lui soufflait qu'elle n'apprécierait pas.
Le ciel était encore voilé et on ne pouvait percevoir aucune étoile. C'était à peine si la lune laissait apparaître son halo blanc derrière les nuages sombres. Sans la lumière de la lanterne devant la maison, il ferait nuit noire, car voilà finalement plusieurs heures que le crépuscule avait coloré l'horizon. La réunion avait duré plus longtemps qu'elle n'avait cru. Les dernière soins aux patients faisant partie intégrante du travail avaient rallongé les heures également. Un vent froid chatouillait sa nuque et elle serra ses bras contre sa poitrine en prenant une grande respiration.

" Écoute, je... "
Elle sentit ses mains se poser sur ses épaules, se rapprocher d'elle pour humer le parfum de ses cheveux. Elle soupira, consciente de ce qu'il faisait dans son dos. Puis il glissa une paume le long de son bras mais elle l'arrêta, joignant le geste à la parole.
" Non Saule ! Ce n'est ni le lieu, ni le moment. Et je n'ai absolument pas envie de coucher avec toi, en souvenir de je ne sais quoi ou parce que tu te sens seul... "
Elle préférait être parfaitement claire. Et elle n'avait pas la moindre idée de ce qui lui prenait soudain.

" Tu ne comprends pas...
Le quadragénaire réessaya d'établir un contact physique avec Grâce mais celle-ci s'esquiva une nouvelle fois. Il ne sut pas où mettre ses mains, alors il les cala sous ses coudes en croisant les bras. Mais il n'était clairement pas à l'aise avec cette posture et se retenait à grand peine de chercher à la toucher encore. Elle s'était retournée pour lui faire face et sa posture était bien plus inflexible. Sa petite tête blonde était relevée vers lui : aucun sourire n'ornait ses lèvres, aucun lueur agréable ne parsemait ses pupilles d'azur.
Pourtant ce masque impassible ne l'arrêta pas. Il avait commencé, il s'était lancé, mu par il ne savait quoi - son désir, son admiration, son désespoir...? Il terminerait ce qu'il avait à avouer, gonflé d'espoir... De la conquérir ?
"J'ai cru avoir réussi à t'oublier. Ton départ... fut une épreuve et une révélation. Je me suis lancé avec tant d'ardeur dans ma tâche pour ne plus penser à toi. Mais dès que tu es apparue devant moi au campement, tout est revenu. Ta simple présence m'enflamme, ma si belle. "

" Il n'avait jamais été question de sentiments... " répondit-elle, estomaquée. Voilà une révélation à laquelle elle ne s'était pas attendue...
- Pourtant il y en a eu... Crois-tu vraiment qu'une femme comme toi passe inaperçue, qu'on y reste insensible et qu'on l'oublie facilement ? Tu... "
D'une main levée, elle fut obligée de l'interrompre une dernière fois. Il s'enflammait en face d'elle, s'agitant sur ses pieds, un regard brûlant posé sur elle. Tout ce qu'il avait contenu jusqu'à présent, tout ce qu'il avait gardé pour lui s'exprimait enfin et son envie d'elle, de la serrer dans ses bras, de s'enivrer de son odeur, de l'embrasser le transcendait. Lui, l'homme de lettres posé et concentré, le prêtre sage, presque rigide avec ses apprentis, n'était qu'un homme faible face à ce petit brin de femme devant lui, face à celle qu'il avait possédé et aimé. Il était seul depuis si longtemps ; il s'était laissé vieillir en n'autorisant pas qu'une autre femme prenne son cœur et sa raison comme elle l'avait fait alors... Pour ne pas souffrir à nouveau ou pour ne pas la remplacer, il aurait été bien en peine de le dire. Et simplement en réapparaissant dans sa vie, aussi belle, simple et parfaite que dans ses souvenirs, la servante d'Eda avait réveillé tous ses sentiments : son désir, son amour incontrôlable, son affliction, sa jalousie... Soufflant de sa douce voix, de ses délicieux sourires, de ses courbes gracieuses, toutes les murailles de ses résolutions.

" Non, ne dis rien de plus ! Je suis désolée de n'avoir rien vu... Vraiment ! Tu as tenu une place importante dans ma vie mais pas parce que tu as été mon amant. J'ai passé de très belles années avec Ardent, Heur et toi. Vous m'avez appris tant de choses, montré le monde, la force des gens, apporté la passion pour cette vie. Vous avez été mes maîtres et mes amis. Des compagnons de vie, des frères. Mais rien de plus à mes yeux et mon cœur. "

Ce devait être un coup de poignard violent s'il reçut en pleine poitrine car il fut incapable de parler pendant quelques instants. Elle l'entendir déglutir et vit sa bouche de tordre. La jeune femme n'entendait pas le conforter dans une illusion qu'elle n'avait pas partagé. A aucun moment, ils n'avaient parlé de sentiments, d'engagement ou de quoi que ce soit dans ce genre. Ils se tenaient compagnie le soir auprès du feu, se réchauffaient plus ou moins discrètement sous leurs couvertures mais n'avaient pas entretenu de relation qui puisse se rapprocher d'une relation amoureuse à proprement parler en dehors de ces instants d'intimité. Pour la toute jeune femme qu'elle était alors, c'était une expérience rassurante, distrayante, réconfortante aussi quand les journées étaient rudes. A aucun moment, elle n'avait pensé à autre chose vis à vis de l'herboriste. Aucun sentiment ambiguë n'était né et si elle avait su que c'était le cas pour lui, elle y aurait mis fin bien plus tôt.

" C'est arrivé comme ça... Tu ne laisses personne indifférent, Grâce. Laisse-moi... "
Sa main vint se poser sur sa joue, son pouce en caressant la peau. Elle voyait ses yeux briller dans l'ombre de la lanterne. Elle serra les dents. Il ne voulait ou ne pouvait pas comprendre...
Elle le vit bouger les lèvres, crut reconnaître son prénom dans le souffle qu'il eut avant de se pencher vers elle. La Béarne recula une fois de plus, levant les bras pour le repousser assez violemment.

" Ma réponse est toujours non ! Je suis navrée pour toi mais je ne peux pas te donner ce que tu veux. Laisse-moi tranquille ! Par pitié, sois l'homme que j'ai apprécié jadis et pas un imbécile de plus guidé par ce qu'il a entre les jambes ! " articula-t-elle avec aplomb et fureur.
Elle ne lui laissa aucune chance de répondre ou de réagir et tourna les talons pour partir dans la nuit, avec d'aussi grandes enjambées qu'il lui était possible.

Elle n'en revenait pas. Son cœur battait fort de stupeur et de colère. Elle croisa un homme avec sa monture quelques mètres plus loin. Elle ne reconnut pas l'un des prêtres qui avaient accompagné la compagnie de Rutilant ; elle était trop chamboulée par les révélations de Saule pour se poser de questions sur cette arrivée tardive, sur son identité même. Elle ne sut pas s'il avait été témoin de quoi que ce soit de l'échange entre entre deux et ne chercha pas à le savoir. Elle fila jusqu'à la maison qui accueillait les sœurs, entra et monta directement dans l'une des chambres dortoirs à leur disposition. La soigneuse trouva un lit de libre et s'y allongea, loin de trouver facilement le sommeil. Elle se contregnit à rester immobile afin de ne pas gêner ses voisines dont le souffle régulier confirmait un assoupissement profond. Elle revoyait celui qui avait été son professeur se penchait vers elle pour l'embrasser, elle ressentait encore sa main posée sur sa joue, son regard insistant sur elle et entendait toujours ses mots. Elle frissonnait, au prise avec une foule de sentiments. Elle était déçue du comportement de cet homme qu'elle respectait, furieuse de son propre aveuglement, choquée, affolée. Elle posa les mains sur sa poitrine et son cœur et se concentra pour diminuer la fréquence des battements. Pourquoi n'avait-elle pas compris ? Pourquoi n'avait-elle pas vu qu'il s'était épris d'elle ? Elle était jeune alors, était-ce l'explication ? S'était-elle voilée la face en pensant que sexe et amour pouvaient être dissocier sans danger ? Cette naïveté lui faisait aussi mal que l'insistance malaisante de cet homme qui avait partagé sa vie durant des années. Elle ne l'aurait jamais cru capable de vouloir forcer les choses, de faire preuve d'une maladresse aussi extraordinaire pour tenter de la séduire. S'attendait-il vraiment à ce qu'elle lui tombe dans les bras parce qu'il lui avouait son amour, parce qu'il en avait envie ? La croyait-il facile à avoir parce qu'il avait eu le privilège de l'avoir dans son lit autrefois ?
D'après lui, elle ne laissait pas les autres indifférent ou insensible. Pourquoi ? Qu'est ce que ça voulait dire ? Qu'est ce que ça impliquait ? Est-ce qu'elle avait fait souffrir d'autres hommes de la même manière ? Elle se recroquevilla sur le côté, remontant les jambes contre sa poitrine et les entourant de ses bras. Et pourquoi avait-elle mal au cœur ?


~~~


Elle avait fini par s'endormir.
De toute la journée, elle s'était occupée constamment pour ne pas repenser à ce qu'il s'était passé la veille. Elle n'avait guère pris de repos, n'arrivant pas à respecter sa promesse de lever le pied et de se ménager. Elle s'en voulait mais ne pouvait pas s'arrêter pour autant. Lui en voudrait-il ?
Au moment de se coucher à nouveau ce soir, la demoiselle se rendit compte qu'elle avait  grandement besoin de réconfort. Ses pensées, une nouvelle fois, revenaient vers Foudre. Avaient-ils réussi à trouver ce qu'ils cherchaient ? Viendrait-il bientôt ? Elle pensait à lui avec affection et avait envie de le revoir rapidement. Elle réussissait à oublier Saule en pensant à lui. Elle oubliait ses mains, son regard insistant, limite suppliant en se rappelant les gestes et la retenue touchante du prêtre d'El. Grâce s'endormit plus facilement cette nuit-là.
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Dim 10 Mai - 1:46
Foudre
La Hache d'El
Foudre
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Localisation : Forbaie
La nuit fut bonne et reposante. Comme il avait été convenu dans la forêt, ils ne parlèrent pas aux autres des gens qu'ils avaient croisés. Leur version des faits était d'avoir fait chou blanc. Si pendant deux jours, la patrouille n'avait rien trouvé, il ne fallait pas insister, les traces n'étaient plus aussi fiables. Le mieux était donc de se concentrer sur un combat qu'ils pouvaient remporter, la guérison des malades. Ça n'était pas leur combat à eux mais ils offraient la sécurité nécessaire à ce travail. Dans ce camp de fortune, il n'y avait plus rien à faire non plus. Les bêtes étaient enterrées profondément et la rivière avait retrouvé sa pureté d'antan. Ne restait qu'à démonter le camp après avoir pris le repas du matin et à se diriger vers le village. En fonction de l'heure à laquelle ils arriveraient, soit ils feraient une halte là-bas soit ils continueraient jusqu'au camp principal pour faire le rapport.

C'était la deuxième nuit que Foudre avait passé dans la tente qu'il avait partagé avec Grâce et comme la veille, il ne put s'empêcher de penser à elle. Il se demandait bien ce qu'il lui arrivait. Il avait redouté les images que cette femme avait provoquées l'espace d'une seconde. Ses mains sur son corps, sa bouche contre la sienne. Leurs souffles qui se mêlaient l'un à l'autre et son nom à lui prononcer dans un soupir. Rien que d'y repenser, il en avait la chair de poule. Il était assis sur le lit et se donnait de petites claques pour arrêter d'y penser. Pourquoi n'arrivait-il pas à se retirer ces images de la tête ? Qu'avait-elle fait pour occuper à ce point son esprit ? Était-ce cela d'avoir une famille ? Est-ce qu'un homme ayant une sœur pensait à elle constamment ? Peut-être que oui mais certainement pas dans les mêmes conditions. Foudre était certain que l'inceste ne faisait pas partie des prérogatives d'un grand frère. D'ailleurs, cette idée le dégoûta. Non pas le fait de pouvoir imaginer ce genre d'acte avec sa soigneuse mais celle d'un frère le faisant avec un membre de sa famille. Et une pensée en entraînant une autre, il se demanda si avec un membre plus éloigné, ça serait toléré... Une cousine ? Une tante ? Qu'est-ce qui faisait que cela devenait plus accepté par le commun des mortels ? Est-ce qu'il fallait que ça soit absolument quelqu'un d'éloigné comme la fille d'un voisin ?

*Non mais tu as un vrai problème toi, c'est pas possible ça !*

Il arrêta de penser à ce genre de chose mais garda la question dans un coin de sa tête. Qui sait, Roseau aurait peut-être la réponse. Le Ripponais n'avait pas trop envie de demander l'avis du romantique de bas étage. Il le savait perturbé quand il s'agit d'amour et voulait quand même garder une image positive du Béarnois. Le brun n'avait pas trop envie d'entendre les bizarreries que le roux pourrait lui sortir. Une nouvelle fois rien que d'y penser, il en eut des frissons. Mieux valait pour lui qu'il se bouge, son cerveau pensait vraiment à des choses étranges ce matin. Décidant d'activer son corps par quelques exercices physiques, il se leva et fit une petite séance de sport.

Une quinzaine de minutes plus tard, son corps bien éveillé, il se décrassa un peu à l'aide du baquet d'eau qu'il avait préparé la veille au soir. L'eau était froide mais il n'entrait pas dedans. Il ne faisait que se mouiller un peu pour enlever la transpiration. Une toilette digne de ce nom serait peut-être effectuée au village s'ils ne rentraient pas au campement ce soir. Quand il fut prêt, il sortit de sa tente et se dirigea vers le feu de camp où le frère cuistot avait préparé un petit repas. Les banalités d'usages furent échangés entre les frères du style : Ça va ? Bien dormi ? Content de rentrer au campement ? Pas trop déçu de ne pas avoir trouvé les coupables ? Qu'est-ce que tu penses que la hiérarchie va dire ? Pas trop inquiet ? Non, Foudre n'était pas inquiet et il était prêt à délivrer son message. Si les pontes n'étaient pas contents de leurs résultats, ils n'avaient qu'à prendre leurs chevaux et se rendre eux-mêmes sur place. Pas sûr qu'ils aient envie de le faire vu que la situation arrivait tout doucement à sa conclusion.

Les ventres étaient bien remplis, il était temps de démonter toutes les tentes et de rassembler le matériel dans les chariots. Il y avait une dizaine voire une quinzaine de Frères d'El pour un seul d'Eda. Quand le Père le vit, il pensa à son collègue qu'il avait envoyé en soirée vers Grâce. Avait-il pu remplir le rôle qu'il lui avait ordonné de remplir ? Et elle, avait-elle vraiment tenu sa parole ? Est-ce que tout s'était bien passé ? Avait-elle pu se reposer convenablement ?

*Rhaaaaaaaa par El et Eda réunis, cesse de penser constamment à elle !*

Instinctivement, son cerveau était revenu au doux sourire de la Béarne, à ses cheveux blonds et soyeux et son petit parfum de fleurs. Il y avait également la manière qu'elle avait de le regarder, de lui parler, de le comprendre. Une fois de plus, il s'en voulu de laisser ses pensées vagabonder ainsi et se concentra sur le démantèlement des tentes. Ils n'étaient pas pressés et avaient donc procédé à un rythme très calme. Pour être honnête, Foudre n'avait pas forcément envie de rentrer pour confronter le Père Estran. Il se rendit compte qu'il lui en voulait toujours de ne pas l'avoir soutenu face aux officiels d'Haurfond. Étrange qu'il repense à ça alors qu'il avait complètement oublié cet incident les jours précédents.

*On verra bien comment il se comportera. Si cela se trouve, il fera comme si de rien n'était mais ça serait mal le connaître. Tu sais bien qu'il fera sa tête de cochon et qu'il va chercher à mettre l'échec de cette mission sur tes épaules. Sauf que cette fois-ci, c'est Rutilant le chef de mission. Et ça, je lui ferai avouer quoiqu'il m'en coûte !*

Il devait être le milieu de l'après-midi ou un peu plus quand ils quittèrent les lieux. Le cortège se déplaçant en file indienne, avec les chariots à l'arrière, faisait route vers sa prochaine destination, le village.



* * *



Ils arrivèrent en début de soirée parce qu'ils rencontrèrent quelques difficultés avec l'un ou l'autre chariot. Les efforts fournis, la route et la tension avaient fatigué tout le monde. Après avoir mis les véhicules sur la place du village, Rutilant ordonna que l'on parque les chevaux pour qu'ils puissent se reposer un peu et manger. Il chargea également Pod ainsi que deux autres Frères de les brosser. Foudre avait envie de demander à la première Sœur qu'il voyait où il pouvait trouver Grâce mais la route ayant été éprouvante, il avait la gorge aussi sèche qu'un vieux morceau de cuir et ne rêvait que d'une chose, une bonne bière ou un verre d'eau. C'est donc vers l'endroit qui servait d'intendance au village qu'ils se dirigèrent plutôt que vers la soignante. De toutes manières, avec le bruit du convoi et les hommes qui circulaient pour faire le travail que le roux avait demandé, Grâce serait vite au courant de leur arrivée. Ils s'assirent sur un banc et attendirent qu'on leur amène à boire.
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Lun 11 Mai - 9:58
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
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" Grâce...? "
Elle sentit les poils de ses avant-bras se hérisser en reconnaissant sa voix.
Le soleil envoyait ses rayons à travers les fenêtres depuis deux bonnes heures déjà. Autant de temps qu'elle était active auprès des malades. La soigneuse n'était pas seule et plusieurs de ses consœurs s'activaient de la même manière qu'elle.

" Je suis occupée Saule. " répondit-elle sèchement. Elle était en train de laver un patient tremblant de fièvre avant de le changer. Elle ne détourna pas les yeux de ce qu'elle faisait mais sentit sa présence à quelques pas d'elle dans son dos.
" Je... Tu m'en veux encore ? "

D'un bras, elle soutenait l'homme pour qu'il tienne assis. Elle avait retiré sa chemise et passait un linge qu'elle humidifiait régulièrement sur sa peau poisseuse de sueurs. Elle lui souleva le bras pour nettoyer son aisselle et son flanc. La soigneuse avait clairement d'autres préoccupations que les lamentations ou les regrets d'un quadragénaire au cœur brisé. Son hématome et les muscles qui se trouvaient autour n'appréciaient que moyennement le sort qu'elle leur réservait mais elle ne s'arrêterait pas.

" Si tu n'as rien à faire ici, je te prie de sortir. "
Qu'espérait-il ? Que son insistance serait oubliée facilement ? Qu'elle passa l'éponge sur le fait qu'il avait tenté de l'embrasser sans sa permission ?

Tout le bénéfice de sa nuit de sommeil sembla s'envoler en un claquement de doigts. La jeune femme ne se souvenait pas de ses rêves mais elle s'était réveillée détendue et avec le sourire. Elle avait mis de côté l'épisode avec l'herboriste et espérait bien passer une nouvelle journée sans le croiser. Il en avait décidé autrement et cela la contrariait plus que ce qu'elle aurait cru. Elle ne lui accorda même pas un coup d'œil, concentrée sur sa tâche. Il finit par tourner les talons devant l'inflexibilté de son ancienne élève.
Heureusement que son patient comatait car elle aurait été incapable de lui sourire comme si de rien n'était. Elle avait clairement des reproches à lui faire mais elle s'en voulait également. Pour n'avoir rien vu, pour n'avoir pas su... Pour cette irrépressible envie de se débarrasser du problème en l'ignorant. C'était lâche mais elle ne savait pas comment faire autrement... Avant Saule, elle n'avait jamais été directement confrontée aux sentiments amoureux de quelqu'un d'autre... ni même vraiment aux siens, se dit-elle avec amertume. Il fallait vraiment qu'elle s'arrête de penser à cela ; c'était un coup à lui donner le cafard et elle ne pouvait pas se permettre d'aller se réfugier sous des couvertures pour se morfondre. Dans sa tête, elle rit à cette idée. Ses mains s'activaient sans elle et bientôt le malade fut propre pour les prochaines heures. Elle passa par dessus sa tête une nouvelle chemise, lui fit enfiler un bras après l'autre avec douceur et le recoucha. Puis, elle fit de même avec le suivant et ainsi de suite, de concert avec les autres soignantes jusqu'à ce que tous les patients aient été rafraîchis après la nuit.
Ensuite, vint le temps de les nourrir. Certains durent être nettoyés et changés à nouveau. D'autres avaient besoin de parler, de confier leurs peurs, leurs doutes et leurs douleurs. Il fallait les faire boire tout au long de la journée. Pour quelques-uns, cela devenait petit à petit plus facile, pour d'autres, à qui l'estomac ou la conscience faisait défaut, c'était très compliqué. Ce n'était pas de l'obstination dont elles faisaient alors preuve mais d'une grande patience. Grâce s'en chargeait plus volontiers parmi les prêtresses, ayant également la meilleure expérience en la matière. Puis cela recommençait : nourrir, abreuver, nettoyer, écouter, consoler, rassurer.
La Béarne avait retrouvé sa bonhomie habituelle et sa présence dynamique. Elle avait relégué la tentative de baiser volé de son ami aux oubliettes de son esprit, prisonnière du cocon sécurisant du travail bien fait. Il n'y eut qu'à la pause qu'elle prit, où elle déambula dans le village, seule, un morceau de pain et de viande à la main, qu'elle se mit à penser à autre chose. Elle devait s'y autoriser, se dit-elle. Elle avait le droit elle aussi d'avoir des rêves et des envies. Comme elle devait accueillir ses craintes et ses doutes sans en avoir peur. Son désir actuel, elle le connaissait : revoir Foudre et passer du temps en sa compagnie pour apprendre à mieux le connaître. Voir si ce qu'elle ressentait auprès de lui était réel et découvrir ce que ça signifiait véritablement. Une envie qui l'intriguait et lui faisait un peu peur également.

La journée était plus que bien avancée quand une agitation anima le village. Elle releva la tête en direction de la rue, suspendant son geste au dessus de la bouche de la femme qu'elle allait faire boire.
" Tu as l'air heureuse, fille. " articula celle-ci. Grâce lui sourit, incapable de répondre que c'était bien le cas. C'étaient eux qui revenaient, elle en était persuadée.
Elle aida la mère de famille à se désaltérer, la recoucha, prenant le soin nécessaire et ordinaire de veiller à ce qu'elle soit bien installée. La patiente, consciente et dont l'état allait en s'améliorant, lui prit la main.
" Ne te retiens pas pour moi. Je sais pas qui c'est mais tes yeux brillent d'impatience de le revoir. "
Elle la remercia d'un sourire, serrant sa paume chaude de ses mains fines et s'éclipsa du bâtiment après s'être lavée les mains.


Elle les avait reconnu de loin alors qu'ils entraient. La villageoise avait raison : son cœur s'emballa d'allégresse en l'apercevant. Tout allait bien ; il allait bien et il était revenu. Par certains côtés, c'était stupide car une fois cette mission terminée, peut-être même dès que le jour se lèverait le lendemain, elle ne le reverrait plus avant... des semaines, des lunes ? Pourtant elle ne voulait pas en être attristée.

C'était l'heure où chacun des officiants au village s'accordaient une pause, soit pour boire un coup, soit carrément pour manger un morceau . Cette porte s'ouvrait sans cesse. Lorsque ce fut elle qui la poussa, la blonde les vit immédiatement attablés tous les deux, tournant le dos à la porte, lui tournant donc le dos.
Une consœur s'apprêtait à leur apporter un broc de bière et deux gobelets. Sans rien dire, Grâce les lui prit des mains, en rajouta un troisième et se présenta derrière eux.
" C'est pas une taverne ici. Vous pourriez vous servir seuls. " annonça-t-elle avec légèreté. Se penchant entre eux, elle déposa néanmoins le tout sur la table puis en fit le tour pour s'asseoir en face.

" Tout s'est bien passé ? " s'enquit-elle en achevant de faire le service. Elle fit glisser un verre plein à chacun puis croisa les bras autour du sien, posant son regard d'azur sur eux. La jeune femme se rendit compte qu'elle devait se forcer à ne pas regarder que Foudre.
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Mar 12 Mai - 12:40
Foudre
La Hache d'El
Foudre
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Localisation : Forbaie
Il y avait du monde et forcément de l'agitation. Cela leur fit du bien à tous les deux. Ils avaient l'impression qu'en fermant un peu les yeux et en écoutant le brouhaha ambiant, ils pouvaient se trouver dans n'importe quelle taverne du Royaume. Sauf que dans n'importe quel établissement de ce genre, il n'y avait pas une concentration aussi importante de représentants des deux dieux. Et même, c'était la première fois que les garçons voyaient une telle quantité de gens d'Eda dans un endroit comme celui-ci. En temps normal, il était déjà plus rare de les croiser dans les auberges. Il y avait plus de temples d'Eda que d'El et donc plus facile pour eux de trouver un logement et de quoi manger. Ils n'avaient pas forcément besoin d'un lit en plein milieu de la ville.

Si les garçons n'avaient pas la gorge aussi sèche, ils auraient certainement parlé. Là, ils se contentaient d'être assis l'un près de l'autre et de profiter de l'agitation ambiante. La porte dans leur dos n'arrêtait pas de s'ouvrir et de se refermer. Apparemment, c'était l'heure à laquelle les services changeaient. Ceux qui avaient travaillé jusque là prenaient une pause bien méritée et ceux qui s'étaient reposés, partaient prendre leur service. C'était une bonne organisation et le Père se souvint le casse tête que ça avait été d'organiser les patrouilles et de délimiter un terrain pour garder les alentours. Heureusement, il n'avait plus ça à faire désormais. Le Père Estran l'avait puni. Il regarda Rutilant et se demanda la tête qu'il allait faire quand il allait apprendre qu'il allait devoir gérer tout ça à sa place. Prendre la tête de l'expédition c'était une chose, regarder, analyser des rapports et y apporter une réponse en était une autre.

Alors qu'ils attendaient bien sagement de se faire servir, une petite voix se fit entendre derrière eux. Quand Foudre l'entendit, son cœur fit de drôles de choses, il se figea l'espace d'une seconde puis s’accéléra sans raison aucune. Elle les taquina en leur apprenant qu'ils pouvaient se servir eux-mêmes. Foudre ne sut rien répondre, il aurait eu mal la gorge d'essayer de parler mais Rutilant répondit et sa voix était rocailleuse :

« On nous a dit de nous installer et d'attendre. C'est ce que l'on a fait. »

Tandis qu'elle faisait le tour de la table après avoir déposé les affaires, elle servit de la bière à chacun et demanda si tout s'était bien passé. Le Ripponais prit la bière devant lui, la souleva et regarda Grâce en faisant un petit geste du broc pour lui faire comprendre qu'il l'a remerciait puis bu. Oh que ça faisait du bien de sentir du liquide qui descendait peu à peu dans sa gorge et chassait cette impression de malaise. Quand il reposa le verre sur la table, il se rendit compte qu'il avait tout bu. Il s'essuya la barbe pour en chasser la mousse. L'avait-il fait seulement parce qu'il avait la gorge sèche ? Une part de son esprit se demandait si l'agitation de son cœur n'y était pas non plus pour quelque chose. Heureusement, le temps qu'il prit pour boire sa bière lui avait permis dans le même temps de calmer les battements de son cœur.

« Aaaaaaaah merci Grâce. Ça va mieux maintenant. »

« Tu dis ça pour la bière ou parce que Sœur Grâce est là ? »

Petite pique d'humour de Rutilant et à la vitesse où Foudre le fusilla du regard, il ravala bien vite son sourire et se dépêcha de dire :

« J'ai rien dit, on se calme. Si on peut même plus plaisanter... Tout doux l'ami. »

Ne voulant pas répondre à ce que venait de dire Rutilant, il se tourna vers la servante d'Eda et répondit :

« Si on veut... L'endroit que l'on a trouvé dans un état lamentable est maintenant à nouveau sain. Du moins, les corps sont enterrés et la rivière ne possède plus de pourriture. »

« Pour sûr, les gars ont fait du bon boulot... »

Foudre le regarda en hochant positivement la tête. Durant ce laps de temps, Rutilant et Foudre eurent le temps de se regarder dans les yeux et comprirent tous les deux qu'aucun ne parlerait de ce qu'il s'était passé. Depuis le temps qu'ils se connaissaient, ils n'avaient plus vraiment besoin de parler. Ils se comprenaient assez bien quand la situation l'exigeait.

« Par contre, nous avons fait chou blanc pour la traque. Il fallait s'y attendre, nous ne sommes pas des pisteurs. Et c'est pas en allant trois ou quatre fois à la chasse que l'on devient un professionnel de la discipline. Ça ne plaira pas aux autorités mais tant pis. »

Devait-il lui dire ce qu'il s'était passé réellement ? Pouvait-elle comprendre qu'ils aient pris cette décision ensemble ? Elle était soignante, il y avait eu des morts. Peut-être pensait-elle que ces pertes étaient malheureuses et méritaient réparation. Pour Foudre, c'était un coup du sort et la nature avait fait son œuvre. Ils auraient survécu en étant plus robuste. C'était malheureux, personne ne méritait de mourir de cette façon mais il fallait bien que quelqu'un là-haut tire les ficelles et décide qui et comment elles quittaient ce monde. Au moins, il se consola en se disant que ça n'avait pas été la main de l'homme qui avait décidé du sort des habitants. Il n'y avait eu nul attaque du village, personne n'avait été passé au fil de l'épée. Pour le coup, l'homme était responsable mais par négligence et absence de connaissances. C'était dommage.

« Oh c'est sûr ça, j'ai pas hâte de me retrouver devant le Père Ducal pour lui annoncer notre échec... »

Foudre souleva ses épaules et ses bras en tournant les paumes vers le haut dans un geste d'impuissance. S'il n'était pas content, tant pis comme il venait de le dire. Eux, ils avaient fait de leur mieux.

« Et ici, ça se passe bien ? »
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Mar 12 Mai - 14:54
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
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Foudre but d'une traite le contenu du gobelet qu'elle venait de lui servir et sa déclaration spontanée de gratitude la fit rire. Si la remarque du Béarnois rembrunit aussi sec son ami, elle eut plutôt pour effet de teinter légèrement les joues de la petite blonde. Il n'eut pas besoin d'ouvrir la bouche pour que le rouquin s'excusa sur le champs, râlant sur son manque d'humour. La soignante préféra ne rien dire, perplexe comme à chaque fois que le Père d'El prenait la mouche face à son ami à propos d'elle.
Elle se redressa sur sa chaise, posant ses mains de part et d'autre de son verre de bière, mais n'y touchant pas encore. Foudre se chargea des explications et elle oublia de boire pour l'écouter.

" La Nature finira de rendre l'endroit sain en reprenant son cours. " sourit-elle pour conclure. Elle ne doutait pas qu'ils avaient fait ce qu'il fallait, car les instructions étaient finalement assez simples à suivre. Avoir trouvé ce cloaque était tellement satisfaisant ; cela avait permis d'avancer efficacement et dans le bon sens.

Le Ripponais avoua ensuite qu'ils n'avaient rien trouvé durant leur traque. Aucun d'eux n'avait une formation suffisante en la matière et il avait été présomptueux de croire en leur seule bonne étoile pour résoudre ce mystère. En revanche, Grâce ne partageait pas leur défaitisme.
" En quoi est-ce un échec ? Les patients sont stabilisés, la menace évacuée, la contagion stoppée. Trouver le quoi était important pour traiter le problème. Le qui et le pourquoi, ce n'était pas l'objectif de cette mission ! Vous avez voulu faire du zèle mes frères ; ce n'était pas dans vos prérogatives. Si le Père Ducal vous en tient rigueur, envoyez-le-moi que je lui explique. "
Elle leva son gobelet et leur sourit avant de boire une gorgée. Elle était sincère. Elle n'avait pas peur des instances supérieures de ces messieurs, et si elle devait leur expliquer le tout point par point, elle le ferait.

La jeune femme, en reposant le récipient sur la table, leur fit alors signe d'attendre. Elle se leva rapidement et disparut dans leur dos, moins de deux minutes. Cette simple gorgée rafraîchissante avait titillé ses papilles et lui avait rappelé que son précédent repas était trop loin. Quand elle revint, ce fut les mains pleines d'une assiette de charcuteries diverses et de fromages. Un couteau dépassait entre ses doigts fins sous le plateau. Elle s'excusa de ne pas avoir trouvé de pain.

Elle leur fit signe de se servir, elle-même prenant d'abord le couteau pour couper un morceau de fromage. Elle prit celui-ci dans sa main mais se lança dans son explication, ce qui suspendit son geste de le manger.
" J'ai condamné certaines denrées qui doivent être brûlées demain matin et la consommation des animaux est suspendue jusqu'à ce que l'on soit sûr qu'ils ne sont pas malades eux aussi. Mais les villageois sont rassurés. Ils n'ont plus peur de leurs voisins, ils peuvent rendre visite aux malades. Même s'ils n'ont pas tout compris, ils sont plus sereins pour l'avenir et c'est ce qui compte. "
Elle croqua dans le morceau, le mastiqua, l'avala et reprit.
" La quantité d'eau et de nourriture a été calculé pour qu'ils aient un mois de tranquillité afin de se relever de cette épreuve. Nous resterons une semaine de plus, en effectif plus réduit, pour continuer d'assurer les soins aux patients. Certains mourront encore probablement et comme ça, nous pourrons les accompagner dans leurs derniers moments... Les autres s'en remettront d'ici quelques jours. "
La jeune femme portait sur son visage la sérénité du devoir accompli. Il n'y avait plus lors qu'à attendre que les choses reviennent dans l'ordre. La commande faite au campement arriverait le lendemain ou le surlendemain si cela était plus compliqué à gérer. Même avant cela, elle pourrait renvoyer un grand nombre de prêtres qui retourneraient alors à leur quotidien. Le contingent d'El pourrait partir également ; ils n'avaient plus rien à faire ici. C'était bien la seule chose qui la contrariait mais c'était purement égoïste comme sentiment et elle ne pouvait le dire, et encore moins y changer quelque chose.

" Ah sœur Grâce ! "
Le jeune garçon avait les joues rouges d'avoir courru. Il avait ouvert si brutalement la porte de la maison qu'elle claqua et lui revint presque au visage. Il ne dut de ne pas se la manger qu'à un pauvre réflexe lui ayant fait lever le bras. Mais il fit quand même un pas en arrière sous la surprise, secoua la tête et se souvint de ce qui l'amenait ici.
" Euh... Hm... Vous pouvez v'nir s'il vous plaît... Le frère Saule a trop bu et... euh..."
L'apprenti scribe ne savait pas trop que rajouter. La situation le dépassait ; il ne s'était jamais attendu à un excès pareil de la part de son maître.
Grâce s'était levée quand il entra, s'appuyant sur la table, légèrement penchée en avant pour l'écouter, prête à agir au besoin. Pourtant sa première réponse en l'entendant évoquer son ami fut de se reculer, de croiser les bras et de soupirer en levant les yeux au ciel.
" Il me réclame ? "
" Oui m'dame... Désolé... "

Elle n'avait pas envie d'y aller. Tellement pas. Mais avait-elle vraiment le choix ?
" Il est où ? " soupira-t-elle derechef avant de terminer sa chope. Sans s'en rendre compte, elle lança un regard suppliant au grand brun en face d'elle, comme s'il pouvait l'aider d'une quelconque manière à se dépêtrer de cette triste affaire. Et dire qu'elle lui avait dit voilà deux jours que l'herboriste était un homme intelligent.
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Jeu 14 Mai - 0:13
Foudre
La Hache d'El
Foudre
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Localisation : Forbaie
Grâce écouta attentivement comme à chaque fois que quelqu'un lui adressait la parole. Elle ne toucha pas une fois à son verre de bière alors que les deux autres auraient bien reversé une autre rasade dans les leurs. Elle avoua ne pas être d'accord avec les garçons quand ils disaient que l’entièreté de la mission n'avait pas été remplie. Pour elle, les cultes devaient se concentrer sur le quoi pour trouver une solution. Oui, cette partie avait été résolue et par les dieux réunis, c'était un soulagement. Mais il y avait une autre dimension qu’évidemment à l'échelle de Grâce, Foudre et Rutilant, on ne pouvait comprendre ni même l'appréhender. Le qui et le pourquoi n'étaient pas important pour eux mais pour le Père Ducal certainement. Pour lui-même bien sûr que ça n'était pas important mais il officiait dans une autre sphère que les simples officiants. Lui, le côté politique jouait un rôle plus important. Il devait rendre des comptes au Duc et il était certain que lui, voudrait savoir le quoi, le comment, le qui et le pourquoi. De cette façon, en ayant une vision d'ensemble du problème, il arriverait à demander réparation à qui de droit. Est-ce qu'il se moquait des gens malades ? Peut-être que oui, peut-être que non. Ce qui devait le tarauder selon Foudre, c'était qu'il y avait eu un soucis sur son territoire et que ça avait impacté sa population. Si le peuple réclamait des réponses, ils se tournaient en général vers les nobles. Si le noble en question n'avait aucune réponse à fournir, à quoi servait-il ? Il devait savoir pour pouvoir anticiper la prochaine fois et surtout pour montrer à ses voisins qu'un tel geste ne restait pas secret et surtout qu'il ne le permettrait pas. Il était tout à fait en droit de s'adresser au seigneur de la région de son voisin pour lui demander des comptes. A y réfléchir, le Père Ripponais en avait mal la tête.

« Le Père Estran doit rendre des comptes au Duc. Si lui ne veut pas connaître ces réponses, le noble les veut certainement. Et vu que ce gars les voudra, Estran les voudra pour le contenter. D'où le fait que nous avons échoué en un sens. »

Rutilant venait de donner son point de vue qui était également celui du brun. A la différence que Rutilant pouvait peut-être légèrement mieux comprendre les enjeux vu qu'il descendait d'une famille comme celle du Duc Hardi.

« Oui bah Duc ou Père Ducal, s'il est pas content, il prend son cheval et il va pister lui-même. »

Le roux regarda son ami avec un sourire en coin et lui répondit :

« Il est heureux  que l'on m'ait désigné pour cette mission en fait. Tu me laissera faire le rapport. Ca nous évitera des problèmes. J'ai pas trop envie de te voir pointer ton index en direction de la plus haute autorité du duché pour lui dire qu'il a qu'à faire le boulot lui-même. »

Foudre ne répondit rien à cela, il se contenta de se resservir à boire et de demander à sa soigneuse et amie si tout s'était bien passé ici. Elle but une gorgée puis fit signe qu'elle revenait. Quelques secondes plus tard, elle ramena un petit plateau avec de bonnes choses à manger. Elle leur fit signe de se servir puis se lança dans les explications de ce qu'elle avait fait en leur absence. Elle parlait de choses forts techniques. Des denrées interdites, des animaux impropres à la consommation et continua en disant que la psychose redescendait. Les gens circulaient à nouveau toujours en gardant une distance. Elle annonça donc qu'elle avait fait une estimation de la nourriture pour un mois et que son équipe resterait une semaine supplémentaire. Était-ce vraiment nécessaire ? Devraient-ils également rester pour assurer la sécurité du site ? A voir ce que dirais le Père Estran. Pendant que la jolie blonde parlait, il picora un peu de charcuterie. Une fois qu'elle eut fini de parler, il se tourna vers Rutilant et dit :

« Comme tu as dis plus tôt, heureusement que c'est toi qui fait le rapport, c'est fort technique tout ça et pas sûr que j'aurai tout retenu. »

Il claqua l'épaule de son ami pour parachever sa phrase. Le chef temporaire regarda Foudre d'un air étonné et dit :

« Parce que je devais retenir ce qu'elle a dit ? »

Le Ripponais se tapa la tête, de la main droite, en la hochant négativement. Il était vraiment pas possible, qu'est-ce qu'il avait fait pendant que la Sœur d'Eda leur parlait ? Tout à coup, une voix venu de l'entrée de l'établissement se fit entendre. Un jeune garçon qui cherchait apparemment la Béarnoise et qui était content d'avoir mis la main dessus. La suite était un peu décousue. Il venait demander à la jeune femme en face d'eux de l'aide parce qu'il y en avait un qui était saoul. A l'évocation du nom de Saule, le brun se souvint que c'était un des camarades de Grâce. Il tourna la tête vers elle et vit qu'elle ne semblait pas ravie de l'annonce. L'espace d'une seconde, leurs regards se croisèrent et il y avait une pointe de détresse. Foudre senti qu'il devait l'aider. De plus, un homme saoul agissait toujours de manière étrange et pouvait être dangereux. De son côté, Rutilant avait la tête qui partait dans tous les sens non à cause de la boisson mais il regardait la bouche en coeur l'apprenti, Foudre et sa compatriote.

« Allez Rutilant, lève-toi, on va voir ce qu'il se passe. »

« Mais la nourriture et la bière ? »

« Tout de suite Rutilant ! »

« Bon... Bon... J'espère que ça sera marrant au moins. Quoique un homme saoul, c'est souvent marrant. Allez, d'accord. Je viens ! »

Dans les faits, il n'y avait pas forcément besoin de son ami mais Foudre préférait quand même assurer le coup. L'homme s'il se souvenait bien n'était guère costaud mais il y avait toujours un grain qui pouvait traverser l'esprit d'un homme ivre. Autant ne pas se fatiguer et assurer la sécurité de la jolie soignante.

« On te suit Grâce. Ça va aller. »

Ils suivirent donc tous le gamin vers l'endroit où se trouvait l'herboriste. Ça n'était pas vraiment loin de là où ils étaient tous les trois. Faut dire que le village n'était pas bien grand, on faisait assez vite le tour. Le jeune homme les conduisit vers un l'endroit où Saule avait l'habitude de travailler. C'était une petite pièce qui se trouvait à côté de celle qui servait aux stocks de nourritures mais également de tout ce qu'ils avaient besoin pour mener leur travail de soin dans de bonnes conditions. Là, il était en train de se tenir à la table d'une main et de tenir de l'autre une bouteille. Sur la table, on pouvait voir quelques papiers qui traînaient par ci par là et dans un autre coin, il y avait du matériel d'herboristerie. La pièce n'était pas très grande ni très lumineuse. Elle était assez sommaire en fait, il y avait une table et deux tabourets. Sans doute pour lui et son jeune apprenti. L'homme se tenait donc à cette table parce qu'il sentait qu'il n'avait plus beaucoup d'équilibre. Rutilant se tourna vers son ami et dit :

« Ah les ravages de l'alcool, c'est malheureux quand même ! »

Le Ripponais qui regardait la scène sans savoir s'il devait rire ou au contraire rester sérieux répondit :

« C'est vrai que si l'on sait que l'on ne tient pas bien l'alcool, on évite de boire. »

« Tu penses que je dois lui donner mon remède anti gueule de bois Foudre ? »

« Je pense que ça pourra lui être utile en effet... »

Les deux hommes s'arrêtèrent de discuter et attendirent donc que Grâce entre en action. Ils se tenaient prêt tous les deux à intervenir si jamais il devenait agressif. Le Père se tourna vers l'apprenti et lui fit signe qu'il pouvait sortir, il avait fait son devoir. De plus, ça n'était pas une vision pour un enfant. Un maître devait savoir se contenir devant son élève et être un exemple pour lui.

*C'est ce gars qu'elle m'a vendu comme intelligent ?*

Il était certain qu'il lui en toucherai un mot quand la situation serait plus calme.
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Sam 16 Mai - 13:53
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
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Ce fut bien encadrée qu'elle arriva à la petite pièce où se trouvait le prêtre d'Eda. La jeune femme ne prêta pas attention à l'échange entre les deux hommes, cherchant le courage d'affronter son problème. Car c'était son problème, c'était de sa faute si cet homme se consolait avec une bouteille. Elle le regardait mais ne le reconnaissait pas.

" Oh Grâce, ma si belle Grâce... " harangua-t-il, levant sa précieuse compagne du soir en sa direction. " J'lui ai dit que tu viendrais, tu viens toujours pour les misérables ! "
Il était certes soûl mais il arrivait à parler sans trop d'accrocs. Il tenta un pas vers elle quand elle s'avança dans la pièce, fit une grimace, s'accrochant à sa bouteille comme une bouée de secours. Il perdait l'équilibre mais n'avait plus le réflexe de s'accrocher nulle part pour éviter la chute. Elle se précipita pour le retenir, l'accueillant dans ses bras, supportant son poids vacillant.

" Saule. Allez, assieds-toi. "
Il logea son nez dans ses cheveux blonds, pas du tout désireux de se laisser asseoir. Seule, la petite demoiselle était incapable de le faire plier. Il ne tenait debout que parce qu'elle le soutenait. Si elle le lâchait, il s'effondrerait et l'emporterait probablement avec lui dans sa chute.
" Pourquoi tu sens toujours bon ? " dit-il sans mesurer le volume sonore de ses propos. Dans sa tête, ce devait être dit dans un murmure à son oreille. Dans la réalité, il avait littéralement la tête posée sur celle de Grâce, reniflant ses cheveux et s'adressait haut et fort à la cantonnade. Il n'avait pas eu l'air de remarquer la présence des deux soldats d'El. Seule sa petite Grâce importait maintenant qu'elle était là.
Le quadragénaire n'avait jamais eu l'alcool mauvais. Ça avait plutôt pour effet de le rendre mélodramatique, le confortant dans un cocon plus ou moins joyeux suivant le contexte. " Tu sens tellement mieux qu'elle mais elle, elle veut bien que je pose mes lèvres sur elle, alors j'l'ai fait... Mais moi, c'est toi que je veux. "

Il lâcha soudain la bouteille qu'il tenait collée contre lui, libérant ses bras et ses mains pour enserrer la petite Béarne. Le récipient de verre tomba sur ses pieds, y rebondit sans lui tirer une réaction et se brisa juste à côté, faisant gicler le peu de vin qu'il contenait encore.
Dans sa tentative d'enlacer Grâce, l'herboriste vacilla sur ses appuis qui étaient loin d'être stables. La soigneuse n'eut pas la force de le retenir. Elle tentait de soutenir trop de poids et son dos protesta en lui envoyant une décharge de douleur des reins jusqu'au bout des doigts. Avant qu'ils ne viennent à s'affaler tous les deux par terre, deux paires de bras agrippèrent le scribe et l'écartèrent sans ménagement de la blonde. Celle-ci, soudain libérée de l'emprise de Saule, se sentit quand même flageoler mais réussit à tomber à genoux plutôt qu'en arrière. Quand elle releva la tête, Saule était affalé contre la table.

Il n'avait pas compris ce qu'il lui arrivait ; il s'était senti partir, arraché brutalement à la douceur de sa belle aimée. Qui lui faisait ça ? Il ne calcula qu'à peine qu'une voix lui parlait, il crut entendre un "petit père" à son oreille. Il tenta de se libérer de ces intrus qui s'immiscaient dans son tête à tête, gesticulant comme un pantin de bois. Il tourna son buste vers l'un des hommes, à moins que cela soit lui qui ne le tirait trop fort. Ses pieds glissaient sur le sol, ses jambes ne le portaient plus. Il rencontra finalement la table quand les mains le lachèrent. Les papiers volèrent, une plume se brisa sur le sol, l'encre dont le pot était mal refermé se renversa, tachant d'une corolle noire le bois brut. Il releva les yeux, papillonnant des paupières, hagard. Une douleur lancinante le prit aux cotes quand il essaya de se redresser un peu. Il y porta la main, lâchant du coup la table qui le soutenait et chut comme un étron sur le sol.

La petite jeune femme s'était relevée, une ombre douloureuse passant dans son regard clair. Elle s'accroupit devant Saule, gardant néanmoins une distance entre eux.
" Regarde-toi... J'ai des excuses à te présenter, je le reconnais. Mais là tu me déçois beaucoup trop. J'espère qu'au fond de toi, tu as au moins un peu honte. Pour maintenant ou pour l'autre soir... Je ne t'ai jamais connu comme ça et si c'est la seule image que tu dois me donner à présent, je préfère que tu t'en ailles. "
Cela lui faisait terriblement mal au cœur de dire ces mots. Mais il fallait qu'ils sortent. La prêtresse se releva. L'homme qu'elle avait côtoyé durant tant d'années était une loque enivrée, les yeux brillants et rougis, qui la fixait avec un air béat absolument navrant.

" Grâce, j'ai mal... Tu dois m'ai... mer... "
" Je te laisse réfléchir à ce que tu viens de me dire. Je ne te dois rien. " répondit-elle en se relevant. C'était peut être la première personne qu'elle abandonnait à son sort. D'un, il était saoul. De deux, vu qu'elle était la cause de son malheur et n'était pas en mesure de lui apporter ce qu'il désirait, elle ne voyait absolument pas comment elle pourrait lui venir en aide.
La Béarn tourna les talons et quitta la petite pièce. Une fois à l'air libre, elle s'adossa au mur et se prit la tête dans les mains.

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Mer 20 Mai - 15:02
Foudre
La Hache d'El
Foudre
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Ce spectacle était absolument navrant, Saule était absolument navrant. Comment pouvait-il se comporter ainsi alors qu'il restait du travail à fournir ? Avait-il seulement conscience de son manque de professionnalisme ? Et qu'est-ce qui avait bien pu se passer pour qu'il se retrouve dans cet état là ? Il était aisé de comprendre que Grâce était une des causes désignées par l'homme en question. Mais peu importe la situation passée, il n'y avait que l'instant présent qui comptait actuellement. Et là, il fallait se rendre compte que l'herboriste n'agissait pas au mieux. Foudre avait agit de concert avec son ami pour venir en aide à la soigneuse mais il y avait peut-être mis un peu plus de vigueur que nécessaire. L'homme n'était pas très épais ni très costaud. Si Foudre le voulait, il le briserait en moins de deux minutes. Il ne savait pas trop pourquoi il agissait ainsi et pourquoi il sentait de la rage monter en lui. Là, il avait agit pour aider la Béarnoise parce qu'elle avait toujours son hématome au dos et que d'avoir dû supporter le poids de cet homme avait dû lui faire bien mal. Il l'avait aidée également parce qu'il l'appréciait et que c'était en général le comportement attendu par les membres d'une famille. Après tout, c'est ce qu'elle avait désiré que le Ripponais devienne pour elle, un membre de sa famille. Mais quelque chose le faisait tiquer...

*Elle, elle veut bien que je pose mes lèvres sur elle...*

L'homme était affalé sur la table et il le maintenait fermement.

*Moi, c'est toi que je veux...*

Il relâcha cette loque humaine qui tenta de se relever mais qui s'effondra de tout son long au sol faisant voler encre, plumes et papiers. Il s'écarta machinalement quand la soigneuse arriva pour parler à son confrère et il le toisait de sa hauteur. Oui, en cet instant, Foudre jugeait du regard un homme assez stupide pour s’enivrer afin d'attirer l'attention d'une femme. Beaucoup d'émotions passaient dans sa tête et il aurait été bien incapable de dire si c'était parce que ce comportement était indigne devant une femme ou si parce que ce comportement était pour Grâce. Cet homme aimait la jolie blonde, y avait-il eu quelque chose entre eux ?

*Mais c'est quoi ce gars sérieux ? Ma pauvre Eda, tu acceptes bien des boulets dans ton temple.*

Il ne le connaissait pas quand il était sobre et sain d'esprit mais il n'avait pas franchement envie de le connaître. Cet homme respirait l'ennui à plein nez. Le Père était certain qu'il n'arrivait pas à la cheville de Roseau. Grâce se releva après avoir dit ce qu'elle avait à dire et elle sortit de la pièce. Là, un regard s'échangea entre le roux et le brun. Que devaient-ils faire ? Le laisser ainsi au sol à ruminer ou l'aider à se relever pour qu'il soit mieux installé ? Rutilant ne savait pas mais vit Foudre agir. Ce dernier se pencha pour attraper la tête de l'herboriste de ses deux mains et le souleva de quelques centimètres.

« Écoute moi bien bourses molles, tu croyais faire quoi là hein ? Tu t'es regardé ? Tu t'es comporté comme un enfant pire même, comme une sombre merde. Si tu voulais tenter de l'attirer dans ton lit, il fallait t'y prendre beaucoup mieux que ça. Elle mérite mieux ! Alors, tu vas rester ici, tu vas dormir sur ta connerie et réfléchir à tes actions et prier la déesse qu'elle te pardonne pour ton manque de tact et de professionnalisme. »

Il le lâcha, l'homme retomba au sol et avant même qu'il ne puisse dire ou faire quoique ce soit, Foudre lui mit une belle claque dans la tronche pour le faire dormir. Rutilant le regarda mi étonné mi amusé puis suivit le Ripponais qui quittait la pièce. Là, dehors, Grâce était accroupie près de la porte d'entrée. Le brun la regarda un instant semblant vouloir dire quelque chose puis il s'y refusa. Il continua son chemin comme si de rien n'était. Le roux, quant à lui, regarda la jolie Béarne et lui demanda :

« Ça va aller ? »

Il tourna la tête du côté de son ami et vit qu'il ne s'était pas arrêté pour l'attendre. Rutilant s'était arrêté et avait parlé à la demoiselle par politesse, un petit mot prononcé qui pouvait être pris comme de l'inquiétude ou juste un moyen de dire qu'il était là. N'attendant pas la réponse, il suivit Foudre qui était déjà à mi-chemin entre le dépôt et la taverne qu'ils avaient quitté.

De son côté, Foudre ne se sentait pas au mieux. Il ne savait pas trop ce qu'il ressentait. Il y avait de la peine, de la colère et de l'inquiétude. Il ne s'était pas arrêté près de Grâce, il n'aurait pas pu le faire. Il était trop chamboulé pour pouvoir lui dire quoique ce soit. Il devait digéré ce qu'il avait entendu dans cette pièce. Mais pourquoi donc cela lui faisait-il autant de mal ? C'était vraiment stupide de sa part de ressentir tout ça. Pourquoi il n'y avait pas une personne de confiance à qui il puisse parler de tout ce qu'il ressentait en ce moment ? Pourquoi Roseau n'était pas là ou le Père Béric. Eux sauraient sans doute mettre des mots et pointer ce qui l'ennuyait à ce point. Il y avait bien le Béarnois qui était avec lui mais il voyait mal ce gars jouer les conseillers. Il voyait déjà à quoi pouvait ressembler ce conseil... Trouve toi une poulette pour ce soir et elle te fera oublier tous les soucis. Non, il n'avait vraiment pas besoin d'entendre ce genre d'ineptie.

Quelque part, tout au fond de Foudre, un petit quelque chose se brisa. Il ne savait pas quoi ni ce que ça impliquerait. La seule chose qu'il savait, c'est qu'il avait mal, très mal.
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Trop mal...
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Jeu 21 Mai - 10:51
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
Messages : 52

Elle les sentit passer près d'elle mais le temps qu'elle relève la tête, la jeune femme ne put que constater que Rutilant emboitait le pas à son ami sans attendre qu'elle réponde à sa question. Ce n'était peut être pas plus mal ainsi...
Est-ce que ça allait ? Pas vraiment... Mais elle aurait répondu le contraire, parce que parler d'elle, s'étaler sur ses sentiments, ses ressentis, elle n'en avait pas l'habitude. C'étaient les autres qui lui parlaient, qui se confiaient à elle et c'était son travail, sa mission de les aider à aller mieux. Quand cela la concernait, Grâce n'avait pas la solution. La jeune femme, le dos appuyé sur le mur, le regard perdu dans la pénombre de la nuit, était complètement perdue.
Et seule.

Elle aussi avait mal au cœur.
Terriblement.
Elle se sentait une personne abominable, d'abandonner son ami à sa peine, de lui avoir causé cette souffrance sans s'en rendre compte. Toutes ces années... Elle était passée à autre chose mais lui n'avait finalement pas réussi à l'oublier. Par Eda, elle n'arrivait pas à s'enlever de la tête qu'elle aurait dû s'en rendre compte, qu'elle aurait dû faire quelque chose à l'époque... Tomber amoureuse de lui peut-être...? Cela aurait été plus simple mais c'était une chose qui ne se commandait pas et malgré toute l'affection qu'elle lui portait, elle n'avait pas jamais appelé ça de l'amour. La jeune femme en arrivait à se maudire de son insensibilité. Car qu'était-ce d'autre ? Elle ne comprenait pas comme cela avait pu être possible dans un sens et non dans l'autre... Elle devait avoir un problème... S'était-elle servie de lui ? Lui avait-elle fait croire plus que ce qu'elle imaginait ? Il ne lui semblait pourtant pas mais comment être sûre... Pourquoi ne lui avait-il rien dit à l'époque ? Parce qu'elle aurait fui encore plus vite leur compagnie s'il l'avait fait et ça il en avait eu parfaitement conscience à ce moment-là. Alors il avait gardé tout ça pour lui pendant tout ce temps, et cela l'avait rongé de l'intérieur. Son cœur brisé ne s'en était jamais remis... Brisé par sa faute, par son indifférence d'alors et son manque de tact d'aujourd'hui...
Au delà de la culpabilité qui lui rongeait le cœur et l'esprit, une autre chose la tracassait. Était-il le seul qu'elle ait fait souffrir par ignorance ou naïveté ? D'autres avaient-ils eu ou avaient-ils encore des sentiments pour elle et les ignorait-elle ? N'avait-elle pas su les voir ? Non, la véritable question était pourquoi n'avait-elle pas su les voir. Et si elle recommençait ? À quoi cela servait-il d'aider les autres, de les soigner, de les sauver si elle-même était responsable des maux de certains ? Elle ne le faisait pas exprès. Non réellement. Ce n'était pas dans sa nature ; voilà pourquoi cela la torturait autant. Elle pouvait se targuer de connaître le corps humain ; mais le cœur était plus qu'un organe mécanique et il dissimulait des subtilités qu'elle ne maîtrisait pas, du moins quand il s'agissait d'elle-même.

Grâce s'était détachée du mur. Elle avait frotté ses yeux mais de nouvelles larmes étaient venues embrumer son champ de vision. Elle avança néanmoins, la tête pleine de questions, le cœur lourd et l'impression de ne rien mériter des bienfaits que la déesse lui avait accordée.
Toute sa vie, elle s'était donnée pour mission de porter assistance aux autres, s'oubliant, délaissant les relations humaines ordinaires. Et pour quoi ? Pour plus d'efficacité ?
Pour qu'au moment où elle avait envie de s'ouvrir à quelqu'un, qu'elle acceptait de baisser sa garde et se laisser de la place à cet autre, elle se prenne en pleine tête qu'elle était une femme égoïste et sans sentiments ?
C'était ainsi qu'elle le ressentait au plus profond de son cœur. Comme si un couteau s'était planté là et refusait d'en sortir. Sa souffrance en cette douloureuse révélation contre celle d'un homme dont les sentiments ne seraient jamais partagés. Et si elle ne savait pas faire, si malgré ce qu'elle imaginait ressentir, ce début d'un quelque chose flou qu'elle avait pour Foudre, elle était incapable de davantage ? Si elle retombait dans ses travers, disparaissant parce qu'elle avait toujours quelque chose à faire, ici ou là ? Des patients, des gens en souffrance, des maux divers à soigner. Car telle était sa mission sur terre. Pas le temps... Pas le temps... d'écrire à ses parents, de passer voir sa sœur, de prendre des nouvelles de ses frères de voyage, Ardent, Heur... et Saule. Pas le temps, pas le droit...? Tous ceux qu'elle aimait souffraient de son absence au final. Et si ce n'était pas pour elle ?, se demandait-elle. Si l'amour et toutes les bonnes choses qui semblaient aller avec n'étaient pas faits pour elle, si Eda avait d'autres plans pour sa fille et qu'elle était condamnée à rester seule...

Un sanglot se perdit dans la nuit. Un après d'autres, un avant d'autres. Les larmes coulaient de ses grands yeux clairs. Ils étaient noirs dans la pénombre et reflétaient, au travers des gouttes salées qui en sortaient sans discontinuer mais dans un terrible silence, la sombre détresse d'une âme en peine.

Ses pas la menèrent devant la maison de soins sans qu'elle comprit comment elle était arrivée ici. Tout ce trajet avait été brumeux. Cette histoire lui arrachait le cœur, lui tordait les entrailles et lui coupait toute logique, toute raisonnement, tout bon sens, l'entrainant dans un tourbillon incontrôlable. Chaque pensée en ramenait une plus violente derrière et comme sous les assauts de la marée, Grâce se sentait submergée par elles, sans parvenir à sortir la tête de l'eau. Elles filaient, se percutaient les unes les autres, malmenant toute estime d'elle-même. Elle se sentait si minable, si inutile. Cruelle, insensible. Fuyante. Distante. Elle était une horrible personne parfaitement hypocrite. Sûre d'aimer son prochain mais qui ne laissait personne conquérir son cœur. Qui se jouait des sentiments des autres à leur insu comme au sien. Serait-elle capable d'autre chose ou ferait-elle souffrir tous les hommes autour d'elle ? Par peur d'une chose inconnue ? Par déni du bonheur ?
Pourtant là, la main sur la poignée, le froid de ce métal envahissant sa paume, elle sentit son souffle revenir.
Tu n'es pas mauvaise. Et surtout, tu n'es pas responsable de tout. s'entendit-elle penser distinctement.

De l'autre côté de ce battant de bois, des personnes qui comptaient sur elle. Toute son existence, elle avait choisi de la consacrer aux autres. Elle avait cette force en elle, celle qui la faisait se mettre en retrait coûte que coûte. Comme si les autres étaient plus importants qu'elle. Parce qu'ils méritaient tous, quels qu'ils soient, d'être soignés, accompagnés.
Elle était faillante comme tout un chacun. Comme chacun d'entre eux. Comme tous les enfants qui peuplaient cette terre. Sa faille était sa solitude, celle qu'elle s'imposait, cette distance qu'elle opposait de fait aux autres. Au moins, s'en rendait-elle compte... Elle s'était mise tellement à l'écart qu'elle était passée à côté d'une chose aussi importante que l'amour que Saule lui portait. Mais elle avait fait un grand pas en direction de Foudre l'autre nuit parce que c'était ce qu'elle désirait au plus profond d'elle-même. Se lier à cet homme était une étrange évidence car leurs débuts avaient été peu communs, mais son instinct lui avait soufflé qu'il était important qu'elle persévère.

Avant même tout ça... je me souvenais de ton prénom...

Toute la journée, elle avait pensé à lui, se rappela-t-elle, gagnée par l'impatience d'avoir de ses nouvelles, de le revoir. Et voilà que tout cela avait été gâché par Saule... Et qu'elle se trouvait seule dehors. Sa main n'avait pas quitté la poignée. Elle n'avait pas bougé d'un pouce, son regard fixé sur le bois mais ne le voyant pas vraiment. Que devait-elle faire ? Ses doigts lachèrent le métal pour gagner l'emplacement de son cœur. Elle se tourna vers la nuit. Elle avait mal encore mais surtout elle avait peur. Toutes les pensées qu'elle avait eu continuaient d'être là, de distiller le doute et la crainte dans son esprit. Elle avait envie et besoin d'une seule chose en cet instant mais l'avoir ne serait pas évident du tout. Elle se contenterait de sa présence s'il voulait bien d'elle... Car cela aussi l'inquiétait : si ce qu'il avait entendu, ce qu'il avait compris... Non il ne fallait pas qu'elle mette des mots sur cette désagréable appréhension. Sinon, elle se remettrait à pleurer. Essuyant son visage, Grâce prit une grande respiration et repartit dans l'obscurité de ce village endormi en quête de celui qui lui avait tiré un sourire dès qu'elle avait compris qu'il était de retour.
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Dim 24 Mai - 16:34
Foudre
La Hache d'El
Foudre
Messages : 213
Localisation : Forbaie
Quand Rutilant arriva à l'endroit où ils étaient quand le garçon était venu chercher Grâce, il vit son ami déjà installé à une table sans rien devant lui. Comme la soigneuse leur avait dit qu'ils pouvaient se servir, il prit une cruche de bière et deux verres pour lui tenir compagnie. Il s'installa en face, versa dans les deux verres et en tendit un au Ripponais. Il avait à peine bouger les yeux pour voir qui se mettait en face de lui et ses mains pour attraper sa boisson. Les deux hommes n'étaient clairement pas dans le même état d'esprit parce que le roux revint sur l'incident en s'esclaffant :

« Oh par les tétons d'Eda, il est dans un de ces états le petit père. Il en tient une solide là, demain, bonjour le mal de crâne. »

Tout en buvant, il ne laissa pas beaucoup de place à Foudre pour en placer une. Tant mieux, il n'avait pas envie de parler, il se contentait d'écouter d'une oreille distraite tout en essayant de comprendre ses propres sentiments. Il buvait régulièrement son breuvage et quand le verre était suffisamment descendu pour être rempli, Rutilant se levait et allait chercher une autre cruche pour remplir à nouveau les verres. Ils avaient bien travaillé et ils méritaient donc ce petit moment de relâchement. Au bout de la troisième ou quatrième fois qu'il revint sur le sujet de Saule après avoir parlé de tout et n'importe quoi, Foudre décida de laisser le Béarnois tout seul. Il en avait marre du bruit ambiant et de la parlote inutile. Il n'arrivait pas à réfléchir, il lui fallait du calme et surtout, il lui fallait bouger.

« Amuse-toi bien, je sors. Vu l'heure j'imagine que l'on passe la nuit ici. Nous n'aurons qu'à faire notre rapport demain au camp principal. »

Rutilant qui était un peu étonné de la subite décision de son ami hocha positivement la tête en disant qu'ils restaient pour la nuit. Il en profiterait pour boire encore un peu et voir si une femme accepterait ses faveurs. En voyant une qui lui plaisait pas mal, il laissa partir le Ripponais sans plus un mot ni se poser la moindre question. Son esprit était en mode chasseur, il oubliait donc tout le reste.

En sortant de ce qui faisait office de taverne, Foudre vit son écuyer. Il le héla et lui ordonna de venir avec lui après qu'il ait trouvé deux morceaux de bois assez solide pour servir d'épée d'entraînement. Ils n'avaient pas pris ce genre de matériel dans leur paquetage vu qu'ils partaient pour une mission de secours et non d'apprentissage. Soit, ils feraient avec ce qu'ils ont sous la main. Pod tenta quand même de protester mollement quand il entendit qu'il allait devoir faire quelques passes d'armes avec son mentor. C'est qu'il avait également eut une grosse journée et qu'il n'avait pas chômé. Il pensait pouvoir avoir une petite soirée tranquille à boire et dormir pas trop tard pour être en forme le lendemain. Devant le regard que le Père lui avait lancé, il avait rangé au placard ses idées pour la soirée.

Après avoir trouvé ce qui pouvait faire office d'épée, il chercha Foudre du regard et vit une masse dans le noir qui sortait du village. Se demandant si c'était lui, il courut pour la rattraper et eut la chance de voir que c'était bien lui. L'ayant rattrapé, il décida donc de ralentir le pas et de s'annoncer pour ne pas recevoir un mauvais coup. Les gens réagissaient souvent mal sous le coup de la surprise. Pod avait encore envie de grandir pour devenir un Frère confirmé et il avait d'autres projets aussi. Autant mettre un maximum de chances de son côté en gardant sa tête bien accrochée à ses épaules.

L'entraînement durait depuis un bon moment maintenant mais étrangement, Foudre ne le faisait pas en force. Sans doute que le fait de n'avoir que des bâtons au lieu d'épée d'entraînements en bois en était la cause. Il faisait donc davantage appel à sa vitesse et sa précision pour faire comprendre à son élève où il devait s'améliorer. Pendant ce temps là, il ne pensait pas à ce qu'il s'était passé dans la pièce, il ne pensait pas aux paroles prononcées par Saule à Grâce. Pendant ce temps là, il avait un peu moins mal et cela lui faisait grand bien.

« Non, non, non, non Pod ! Tu es beaucoup trop prévisible. Un combat ne se limite pas à agiter son arme devant soi en espérant toucher l'ennemi. C'est un art ! C'est une danse qui demande de la rigueur, de la vitesse, de l'intelligence. Là, tu fais trois ou quatre mouvements différents et j'arrive à prévoir le coup suivant. Sérieux, applique toi mieux ! Prévois mes mouvements, regarde comment je bouge. Tu dois tenter de lire mon jeu en m'empêchant de lire le tien. Surprend moi, feinte, fais croire que tu vas taper en haut pour ensuite au dernier moment frapper en bas. »

Il ne savait pas combien de fois il avait senti les deux petits coups de bâton pour lui faire comprendre qu'il venait de se faire toucher. Heureusement que Foudre ne frappait pas fort parce qu'il aurait eu le corps constellé de bleus. Là, il venait d'entendre les conseils de son maître, il savait que le combat allait reprendre sans crier gare.

« Bien, il y a du mieux. Ça n'est pas encore parfait mais il y a du progrès. Montre moi que je ne perds pas mon temps avec toi. Montre moi que tu es digne de passer l'épreuve pour devenir un de mes pairs. Est-ce que tu veux rester écuyer toute ta vie ? Je te signale que tu serais le premier de l'histoire de notre Ordre. Tu n'es que le troisième écuyer que je prends en écolage et je ne tolérerais pas que tu loupes cette épreuve. »

Pod se recula d'un coût en entendant son maître parler ainsi. Soudain, l'homme avait piqué sa curiosité et il lui demanda :

« Qui sont mes deux prédécesseurs et que sont-ils devenus ? »

Foudre fit encore un geste et d'un geste de sa jambe faucha son écuyer. Là, il tapota deux petits coups à sa gorge pour lui faire comprendre qu'il était mort. Ça ne ferait que la vingt ou trentième fois ce soir.

« Un combat n'est jamais terminé avant qu'il n'y ait un vainqueur et un perdant. »

Pod leva les mains en signe de soumission puis Foudre retira son bois et réfléchit à la question. Il pouvait lui répondre, ça n'était pas indiscret. L'homme regarda son apprenti et lui dit :

« Le premier, je lui ai dit de quitter le Bras d'El parce qu'il n'était pas capable de se protéger lui ni les autres. Il ne se débrouillait pas trop mal mais il perdait complètement ses moyens quand il devait diriger ou qu'il était le centre de l'attention. Il est, si ma mémoire ne me trompe pas, toujours au sein de notre temple. Il travaille dans les équipes de charpentiers pour améliorer les bateaux. Il me semble que c'est ce que m'a dit Roseau. »

A entendre cette information, Pod déglutit. Ainsi, il pouvait se faire sortir du Bras d'El si on ne le pensait pas assez fort pour l'intégrer. Impossible de rester pour tenter plus tard. C'était beaucoup plus rigoureux qu'il ne l'avait pensé à l'origine. Il n'osa pas demander pour le second mais Foudre en parla de lui-même.

« Pour le second, il officie dans un de nos temples mineurs en Rippon et dirige le bras armée là-bas. Maintenant, c'est tout pour la leçon d'histoire. Va te reposer, tu en as assez fait pour aujourd'hui. »

Il remercia le Père d'avoir consacré du temps à sa formation et s'en alla le laissant seul. En chemin, il croisa Grâce qui semblait chercher quelque chose ou quelqu'un. Elle croisa son regard et l'aborda pour lui demander s'il n'avait pas vu le Père Foudre. L'écuyer répondit par l'affirmative et lui apprit qu'il se trouvait un peu plus loin. Il lui apprit également qu'ils s'étaient écartés du village pour pouvoir s'entraîner au milieu du champ le plus près. Elle n'avait qu'à suivre la route jusqu'à la sortie du bourg et bifurquer sur sa droite. Elle finirait par tomber sur le Ripponais si ce dernier était toujours là-bas. En partant, il salua la soigneuse et lui souhaita une bonne soirée.

Foudre était seul au milieu du champ. Les quelques mouvements avec Pod lui avait donné envie de continuer. Pour ce faire, il laissa tomber son bâton et sortit ses haches. Il avait chaud et décida de retirer sa bure pour s'entraîner. Il ne portait plus que ses braies et ses sandales. Au sol, il y avait la bure et la chemise. Il faisait encore frais pour la saison mais il était Ripponais et la météo compliquée de son duché, il en avait l'habitude. De plus, vu qu'il venait de bouger, il ne ressentait pas la fraîcheur de ce petit vent. Il n'y avait que lui, ses armes, ses habits au sol et la lune pour seule témoin de ses enchaînements toujours de plus en plus compliqués. Il n'avait pas droit à l'erreur là, il risquait de se blesser si jamais il faisait un faux mouvement. Mais il s'entraînait depuis tellement longtemps avec que ça en devenait naturel. Les deux haches faisaient partie de son corps. C'était beau, rapide mais dangereux.

Dans sa tête, une foule de faux ennemis apparaissaient et il se jouait une vraie bataille dans sa tête. Là, il se battait contre un adverse, tantôt deux. Là, il devait empêcher un homme d'être submergé par l'ennemi. Tout ce manège avait pour but de l'épuiser un maximum afin qu'il n'ait pas la force de penser à Grâce ni à ses propres sentiments. Ça passerait comme le reste sans doute. Si ça n'était pas le cas, il irait voir Roseau. Cet homme pouvait tout entendre et ne jugeait jamais ni ne se moquait.

Tandis qu'il s'agitait partout dans ce champ, il ignorait qui se rapprochait de lui...
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Dim 24 Mai - 23:34
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
Messages : 52
" C'est une drôle d'heure pour s'entraîner... " dit-elle au bout de plusieurs longues minutes où elle attendit, spectatrice silencieuse de la démonstration de Foudre. Il ne l'avait apparemment pas remarquer... ou fit comme si cela était le cas. Il lui semblait délicat de l'interrompre, elle même aux prises avec des sentiments contradictoires. Pourtant elle s'y résolut et brisa le silence de la nuit de sa douce voix.


Grâce savait que c'était la seule chose qu'elle avait à faire. Elle devait retrouver le prêtre d'El, car auprès de lui, elle se sentait bien et en sécurité. Car elle l'avait attendu pendant deux jours entiers, vibrante d'impatience à mesure que les heures défilaient.
Elle aurait pu s'acharner à travailler pour oublier tous les tourments de cette soirée, les souvenirs de la précédente qui la faisaient encore frissonner. C'était sa méthode d'ordinaire pour se vider la tête : une façon de fuir les problèmes, s'était-elle rendue compte cette nuit. Clairement, cela ne lui avait pas plu et elle sentait toujours, à la frontière de sa volonté, les doutes, les regrets et remontrances tapis dans la pénombre prêts à surgir à nouveau pour la submerger. S'occuper les mains, travailler à quelque chose d'extérieur à soi permettait d'occulter tout cela, de les reléguer à un plus tard qu'elle tâchait de reculer chaque fois un peu plus. La douleur ressentie lui faisait encore terriblement mal au cœur ; elle n'arrivait pas à se débarrasser de cette détestable sensation d'être une horrible personne... Dans chaque recoin de la nuit doucereuse, tandis qu'elle allait à travers le village endormi, la jeune femme sentait ses démons prendre leurs aises. Soudain libérés, prêts à se nourrir de son indécision comme de ses peurs. Elle devrait lutter contre eux. Certains jours, cela serait plus simple que d'autres... Ces autres jours la verraient active de la première lueur du jour jusqu'après le coucher du soleil pour les combattre à sa façon...

Il n'était pas à la maison générale où les repas étaient disponibles. Elle n'y entra même pas, se contentant de jeter un œil par l'une des fenêtres. Elle vit le Béarnois en train de roucouler avec une sœur aux yeux clairs et aux taches de rousseur. Foudre était déjà parti s'il était revenu ici après le désastre avec Saule. Comment pourrait-elle l'appeler sinon de cette manière ? Aurait-elle dû s'y rendre seule ? Ne pas le mêler à cette histoire ? Quelque part, elle s'en voulait mais en même temps, la demoiselle était soulagée de n'avoir pas été seule. Elle n'aurait pas fait le poids physiquement face à l'herboriste et elle n'osait imaginer s'il avait tenté d'en profiter... Non, il ne valait mieux pas y penser !
Alors la soigneuse déambula dans le village endormi, allant des écuries aux dortoirs, du poste de garde à la salle de soins. Évidemment, il n'y avait plus foule à cette heure et marcher ainsi, seule avec elle-même, était une épreuve. Elle luttait contre les larmes qui lui montaient aux yeux et lui serraient la gorge face à l'inévitable ritournelle qui l'assaillait. Elle ne s'accrochait qu'à une seule chose, l'objectif simple qu'elle s'était fixée, sa bouée dans la tempête de ses émotions : trouver Foudre. Pour quoi faire ensuite ? Elle n'en avait pas la moindre idée... Il ne saurait pas davantage car il n'était pas très doué pour ce genre de choses mais ce n'était pas grave. Une chose à la fois : être auprès de lui d'abord.

Une silhouette humaine se dessina parmi les ombres. Trop petite pour appartenir à celui qu'elle espérait, elle fut néanmoins ravie de reconnaître l'écuyer quand il fut assez proche. Fort heureusement que la lune était belle ce soir, elle permettait d'y voir un petit peu dans le noir.
Elle sentit plus qu'elle ne vit l'essoufflement léger de ses poumons et la pointe d'amertume de sa transpiration. Pod lui indiqua comment trouver son mentor, confirmant qu'ils s'étaient entraînés au milieu d'un champ... en pleine nuit. Le cœur de la jolie blonde se serra en entendant cela mais elle se contenta de remercier le jeune homme pour ses indications. Devait-elle poursuivre ? Elle ne pouvait pas vraiment s'en empêcher... Aussi quitta-t-elle le couvert des bâtiments pour la route déserte d'une campagne étrangement silencieuse.

Elle vit au loin un éclair clair zébré la pénombre au dessus des herbes. Puis un autre et elle comprit qu'il ne s'agissait nullement d'éclairs mais de la lame des haches du guerrier reflétant successivement la pâle lumière de l'astre lunaire.
Non seulement il avait emmené le jeune Pod à s'entraîner en pleine nuit, mais il poursuivait seul à la seule lueur de la Lune. Grâce dut s'approcher pour distinguer les mouvements qu'il effectuait. Il paraissait se battre contre des fantômes ou danser au son d'une mélodie que lui seul entendait. Aucun bruit sinon le bruissement des herbes sous ses pas. Elle le trouvait beau, ce guerrier, torse nu, en harmonie avec la nature qui l'entourait. Mais elle ressentait en même temps une sorte de tristesse à ce spectacle. Il ne s'agissait pas d'un entraînement ordinaire... La jeune femme avait l'impression de reconnaître une chose bien familière dans ce comportement, bien qu'à aucun moment, elle n'aurait été capable d'exécuter un seul de ces gestes parfaitement maîtrisés. Peut-être parce que Saule, parce que son cœur était à vif d'émotions fortes... Grâce ne put s'empêcher de se demander si cela était de sa faute. S'il se dépensait ainsi avec énergie pour... quoi exactement ? Oublier le désolant et pitoyable numéro de l'herboriste ? Ses mots qui l'avaient elle-même chamboulée ? Pourquoi cela le chamboulerait-il aussi ? Y avait-il autre chose ?

Alors pendant de longues minutes, elle le regarda faire, partagée entre l'admiration pour le talent qu'il déployait apparemment sans effort et l'effroi de se manifester et de briser ce cocon qu'il avait érigé autour de lui.

" C'est une drôle d'heure pour s'entraîner... "
Elle tenta d'y mettre un sourire mais elle était trop stressée pour cela. Et ce n'était pas du aux deux épaisses haches qu'il maniait. Elle regrettait d'avoir parlé sitôt que les mots avaient franchi sa bouche. Elle aurait pu repartir comme elle était venue, le laissant seul avec lui-même puisque c'était ce qu'il semblait vouloir. Pourtant, Grâce fut égoïste et se manifesta.

" Je ne veux pas te déranger... Si tu préfères que je partes, je le ferais mais sache que j'avais... que j'ai envie de passer du temps avec toi. Sache aussi que je suis vraiment désolée pour la scène avec Saule ; je ne pouvais pas l'affronter à nouveau seule. Je... "
Son cœur battait très fort dans sa poitrine et elle n'osait pas le regarder en face. Elle avait peur de lire dans son comportement corporel -vu qu'il se trouvait encore un peu loin pour que la lumière blanchâtre suffise à lire ses traits- n'importe quoi qui s'apparente à du rejet.
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