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Mission conjointe d'Eda et El [Poisson 1045]

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Mar 22 Jan - 16:34
Lune de Forge
Forgienne en pleine reconstruction
Lune de Forge
Messages : 446
Localisation : Castelcerf
[Castelcerf]


Elle se hâtait à travers les rues de Castelcerf. Sa lourde besace battait sa cuisse à chacun de ses pas mais elle n'y prêtait pas attention. C'était son nécessaire de voyage qui ne la quittait pas lorsqu'elle était sur les routes, contenant peu de choses pour elle et beaucoup pour soigner un large panel d'infections et de maux. Elle ne savait pas ce qui l'attendait dans ce voyage qu'elle s'apprêtait à faire. L'urgence était là ; on l'avait faite mandée pour se rendre sur place et mettre ses connaissances et compétences au service d'un problème qui dépassait les prêtres locaux. Grâce ne pouvait refuser ; il aurait même été impensable pour elle de prendre le temps d'y réfléchir. Pourtant, elle dut réfléchir quand même mais ce fut à la manière de gérer Vaillant en son absence. Le soldat avait fait des progrès qu'il convenait de ne pas briser par un défaut de soins et d'attention. Alors avec l'autorisation du capitaine de la garde, il avait été transféré au Temple où des sœurs continueraient à prendre soin de lui, en suivant scrupuleusement les instructions de la soigneuse. Il y serait correctement pris en charge, elle n'en doutait pas.
Elle avait passé la soirée avec Clément pour lui dire au revoir et dès les premières lueurs du jour, la prêtresse aux cheveux d'or se trouvait déjà à parcourir d'un pas pressé les rues de la ville pour se rendre au point de rendez-vous qui lui avait été fixé. Elle devait rejoindre un groupe de prêtres d'El chargé de l'escorter puis d'assurer la cohésion et la sécurité dans la région où ils se rendaient. La missive n'était pas très précise mais elle parlait d'une épidémie touchant un village vers la frontière entre Rippon et Haurfond. C'était compliqué à enrayer et à canaliser, raison pour laquelle ils avaient besoin de l'aide de personnes compétentes. Grâce n'avait pas la moindre information sur les symptômes de cette maladie et même si cela la travaillait de ne pas savoir, elle ne perdait pas l'espoir de leur être utile. Elle verrait bien une fois sur place ce qu'il en était et ce qu'elle pourrait faire.

Elle ralentit un peu le pas en arrivant aux abords de la porte sud de la ville.
Cela faisait un moment qu'elle n'était pas allée en Rippon. En hiver, c'était une région plus que supportable pour la Béarne qu'elle était ; pourtant elle avait pensé à se doter d'une cape courte, car contrairement à d'ordinaire, elle ne ferait pas le trajet en marchant. Vêtue de la blanche robe de laine des servantes d'Eda, d'une cape tout aussi blanche dont la large capuche était dissimulée par la cascade de ses cheveux blonds, ses yeux bleus pétillaient d'impatience à cette nouvelle aventure et cherchaient le groupe qu'elle devait rejoindre.

Il ne fut guère compliqué de les identifier. Les prêtres d'El avaient leur tenue comme ceux d'Eda avaient la leur. Le sourire naturellement visé sur ses lèvres, elle les rejoignit et lança à l'ensemble des prêtres, sans chercher à distinguer qui que ce soit parmi eux.
" Bien le bonjour messieurs ! Je suis celle que vous attendiez : Grâce."
Il y avait nécessairement un chef parmi eux mais ils étaient surtout tous frères et la demoiselle connaissait très bien ce lien très fort unissant les membres d'une même communauté, quand bien même elle-même était plutôt une solitaire dans sa pratique. Elle ne pouvait pas oublier ses années de formation au temple, ni celles qu'elle avait passé avec le groupe de prêtres itinérants avant de choisir de partir seule sur les routes pour aider son prochain.

A défaut de retenir leurs prénoms quand ils se présenteraient à leur tour, la jeune femme enregistra déjà rapidement quelques informations physiques sur chacun de ces hommes. Déformation à la fois professionnelle, car il était aisé pour elle de remarquer les traces des blessures ou anciennes affections, et nécessaire pour compenser son absence de mémoire pour les noms... Ils auraient ensuite le temps de faire connaissance et elle se réjouissait d'avance de cette opportunité de connaître davantage des membres du clergé d'El. Les deux divinités étaient complémentaires mais leurs officiants ne se mêlaient que rarement, tant leurs missions semblaient, sinon opposés, du moins très dissemblables. Grâce était pourtant sure qu'ils pourraient bien s'entendre.


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Ven 25 Jan - 22:57
Foudre
La Hache d'El
Foudre
Messages : 213
Localisation : Forbaie
Un jeune frère courait dans les couloirs du temple à la recherche de son supérieur. Il venait de recevoir un pli urgent en provenance du Temple de Forbaie qui avait le sceau du Père Ducal de Finebaie ainsi qu'une autre lettre avec le sceau de la famille Hurlevent. Cela devait vraiment être très important. La famille régnante de Rippon n'écrivait jamais au Temple de Bourg-de-Castelcerf. C'est pour cette raison que notre frère courait sans faire attention à qui il pouvait bien bousculer dans sa course. Des bruits de protestations se faisaient entendre au fur et à mesure qu'il avançait troublant la quiétude des lieux.

Le Père Dévot était en réunion avec les pères des temples du Duché. C'était un moyen pour lui de voir où l'argent des dons et des missions partait et de donner ses instructions pour la bonne marche des opérations. Soudain, il entendit du bruit dans les couloirs à une heure où logiquement régnait le silence uniquement troublé par des pages que l'on tourne ou des plumes grattant le papier. Il releva la tête du parchemin qu'il lisait et demanda à un scribe d'aller voir ce qu'il se passait. Alors que l'homme se dirigeait vers la porte pour l'ouvrir, il faillit se prendre de plein fouet le jeune frère qui courait depuis dix minutes pour donner les lettres qu'il avait.

« Qu'est-ce que tout cela veut dire ? »

Le jeune frère tenta de parler en reprenant son souffle mais ce qui sortait de sa bouche était inintelligible.

« Que l'on donne de l'eau à ce jeune homme histoire qu'il puisse nous dire pourquoi il trouble cette réunion. »

Tout en tentant de reprendre son souffle, le jeune frère leva la main pouce levé pour faire comprendre qu'il était tout à fait d'accord pour une gorgée d'eau. Quelqu'un lui apporta de quoi boire, ce qu'il fit et se sentit un peu mieux. Son cœur frappait toujours sa poitrine mais il reprenait peu à peu la maîtrise de sa respiration.

« Un coursier vient d'arriver avec deux plis urgents pour vous Mon Père. »

L'homme s'avança jusqu'au Père Dévot et lui tendit les parchemins encore scellés. A la vue des sceaux, il ne se fit pas prier pour les ouvrir et les contempler. Il regarda tour à tour ses subordonnés et les parchemins.

« La réunion est ajournée ! J'ai plus important à faire désormais... »

Il réfléchissait à toute vitesse tandis que les pères des différents temples se levaient et quittaient la pièce. Le frère messager se tourna également pour se diriger vers la porte mais se fit arrêter en plein élan par le Père Ducal.

« Un instant ! Trouvez-moi le Père Foudre et sa clique. Je veux les voir le plus vite possible. »



* * * * *



Foudre n'en revenait pas de la chance qu'il avait. Il allait enfin quitter le duché de Cerf et l'influence néfaste du Père Dévot. Ce dernier ne devait certainement pas être content de devoir se passer de ce Père revêche. Non pas qu'il appréciait ni ne reconnaissait ses compétences. Juste qu'il pouvait le garder à l'oeil et surtout le punir pour tout ce qu'il pouvait dire sur lui. Les corvées minables étaient terminées. Certes, la mission actuelle semblait d'importance pour que les plus hautes instances de Rippon fassent plier le Père Ducal de Cerf mais il aurait été dangereux pour lui de fâcher son homologue de la côte et un noble aussi puissant que le Duc Hurlevent.

Ils n'allaient pas faire la route seul. Foudre, Rutilant et Roseau allaient être accompagnés d'une soigneuse du Temple d'Eda, d'un chargement comprenant des vivres et du matériel ainsi que de l'écuyer de Foudre. Les jumeaux ne faisaient pas partis du voyage, ils avaient été envoyé sur une autre mission il y a plusieurs jours de cela. Encore une astuce sortie tout droit du cerveau machiavélique de Dévot. Il avait fait son possible pour séparer le groupe mais ceux qui étaient sur le terrain n'étaient pas ceux qui donnaient les ordres. Ils connaissaient le caractère emporté de Foudre et ne s'étaient jamais opposés à ses propos. La mission ne demandait pas trois frères ? Les instances supérieures n'avaient qu'à venir sur le terrain et le lui dire en face. Facile d'ordonner depuis le bureau. Ils ne prenaient pas les baffes.

Le guerrier aux haches était tellement content de retourner vers sa terre qu'il en était à profiter du moment présent. Il respirait l'air comme si c'était la première fois qu'il venait, il regardait partout autour de lui comme pour se rendre compte qu'il allait vraiment quitter ce duché. Rippon lui manquait. Il avait fait assez le pantin à la capitale.

Comme si les dieux étaient d'accord avec lui, une frêle jeune femme s'avança vers eux et se présenta comme étant la jeune demoiselle qu'ils attendaient. Habillée de sa tenue d'officiante du culte d'Eda, la demoiselle était incroyablement belle. Ses cheveux blonds ondulaient magnifiquement sur ses épaules et cachaient la capuche de sa cape. Foudre se tourna vers la demoiselle, vit son visage et son sourire amical, se tourna vers ses frères pour leur donner l'ordre de vérifier une dernière fois les chevaux, le chariot comprenant les paquets et s'avança vers Grâce avec les jambes qui tremblaient légèrement.

« Que la lumière de la Déesse éclaire votre chemin et que Sa bonté soit sur vous. »

Foudre se souvenait encore bien des leçons qu'il avait reçu plus jeune en tant que futur jeune officiant du culte de la déesse. Seulement son caractère était en contradiction totale avec l'amour de celle-ci. Raison pour laquelle il avait été conduit au Temple d'El à Forbaie.

« Frères Rutilant et Roseau. Je suis le Père Foudre. Hum.. Nous sommes votre escorte et nous y allons. »

Sans autre formalité, Foudre fit prestement demi tour et sauta sur son cheval. D'un geste, il ordonna à son écuyer qui était sur son propre cheval et en tenait un autre par la bride d'aider la soeur d'Eda à monter. La route allait être longue jusqu'en Rippon. Mieux valait ne pas traîner et surtout le Père ne voulait pas prolonger cette discussion plus qu'il n'était nécessaire. Ce voyage allait être compliqué...
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Sam 26 Jan - 15:04
Lune de Forge
Forgienne en pleine reconstruction
Lune de Forge
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Localisation : Castelcerf
Ses yeux se mirent à pétiller sous l'agréable surprise d'entendre une des formules de salutation propres à la communauté d'Eda. Elle avait relevé la tête et planté ses prunelles d'azur dans ceux de son interlocuteur. C'était plus que surprenant qu'un frère d'El la salue de la sorte. Les mots semblaient lui être venus naturellement alors que son rang de fils d'El lui seyait parfaitement si on ne s'attardait qu'aux haches qui pendaient dans son dos. Elle se prit d'envie à faire sa connaissance pour en savoir davantage sur lui.

" Elle veille sur chacun de Ses enfants. " répondit-elle avec le même cérémoniel.
Les présentations furent brèves mais la prêtresse ne s'en formalisa pas. Elle se contenta de hocher la tête en guise de réponse sans perdre son sourire qu'elle adressa de même aux deux frères désignés. Grâce se demandait quel était le parcours de ce grand jeune homme. Il était Père bien qu'il ne soit guère plus âgé qu'elle. La soigneuse avait remarqué sans peine le tremblement léger de ses jambes. Ce n'était pas lié à un problème physique particulier car il se hissa sans effort en selle l'instant d'après, pressé de partir. Pas un instant, elle ne pensa que cela puisse être de son fait ; il devait simplement avoir hâte de prendre la route. Ses frères étaient prêts également et il ne restait qu'elle pour qu'ils partent.

Le jeune écuyer était descendu l'aider à s'installer mais la blonde marqua un arrêt devant le grand animal. Elle présenta sa petite main à son museau puis la glissa sur son flanc pour achever de faire connaissance avec l'équidé.

" Je vais avoir un problème... " glissa-t-elle à l'écuyer qui se tenait près d'elle. " Je n'ai jamais fait de cheval. "

La jeune femme avait vu des gens faire, de nombreuses fois. Elle connaissait aussi les risques et blessures possibles liés à la pratique de l'équitation mais à aucun moment, elle n'avait grimpé sur le dos d'un cheval. Clément lui avait proposé de lui apprendre avec Vaillant mais ils avaient manqué de temps l'un et l'autre ces dernières semaines.
La Béarne n'avait pas d'appréhensions particulières. Même si avec sa taille, n'importe quel cheval paraissait trop grand pour elle. A cet instant, elle se sentait surtout bête et était persuadée qu'elle allait leur faire perdre leur temps... C'étaient des hommes habitués à chevaucher et les voilà obligés de se coltiner une prêtresse néophyte qui les ralentirait. C'était parfaitement frustrant même pour elle, car il y avait urgence à se rendre en Rippon.

" Aide-moi à grimper là-dessus et je... Je tiendrais bien... "
Il faudrait bien !
Aidée, pour ne pas dire portée par le jeune garçon, Grâce passa sa jambe au dessus de l'encolure du cheval et s'assit à califourchon sur son dos. Malgré elle, elle tremblait et resserrait ses cuisses sur les flancs de l'animal qui ne comprenait pas les signaux de sa cavalière et commençait à s'exciter, comme prêt à partir. La servante d'Eda ferma les yeux, posant une main sur son ventre et l'autre sur le cheval pour percevoir le rythme de vie de celui-ci. Elle prit quelques respirations pour se détendre et rouvrit les yeux.

" Désolée... " fit-elle les joues toutes rougies par la gêne.
Elle sentait vraiment que ce ne serait pas gagné. Le cheval était à l'arrêt mais bientôt il lui faudrait avancer et elle ne savait pas comment faire...
Ne sachant où porter son regard, n'osant croiser celui des prêtres qui l'accompagnaient, tant elle se sentait embêtée, elle cala sa besace devant elle, ajustant un peu plus longuement que nécessaire sa position. En attendant que l'inévitable arrive.

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Dim 27 Jan - 20:22
Foudre
La Hache d'El
Foudre
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Localisation : Forbaie
Foudre était sur son cheval et parlait avec ses compagnons tandis que Pod descendait du sien pour aller aider la sœur d'Eda à monter. Quelle ne fut pas sa surprise quand cette dernière avoua au jeune homme qu'elle n'avait jamais fait de cheval. L'incrédulité se lit sur son visage et il regarda tour à tour Grâce et les frères d'El. Sa bouche s'ouvrait et se refermait sans savoir quoi dire. Elle tenta malgré tout de le rassurer en disant qu'elle allait bien tenir dessus. Mais une fois en selle, le cheval ne savait comment interpréter les mouvements parasites de la douce demoiselle. Elle n'avait jamais fait d'équitation, normal qu'elle ne sache pas que les genoux donnaient des ordres au cheval. De plus, tenir en selle aussi longtemps que ce voyage allait durer était une épreuve pour une première.

« Oh miséricordieuse Eda, viens à mon aide. »

Pod ne disait pas cela pour Grâce, il semblait que la jeune femme avait fait tous ses chemins en calèche, il tentait de trouver le courage de l'annoncer à son maître. Foudre n'allait pas apprécier la nouvelle, ça allait retarder considérablement le voyage et El sait que Foudre détestait être en retard. Il regarda la sœur avec son sourire confiant et se dirigea vers les frères.

« Nous allons avoir un petit soucis Mon Père... Notre estimée sœur n'a jamais fait de cheval. »

Rutilant et Roseau regardèrent tour à tour Pod, Grâce et Foudre. Allait-il y avoir spectacle ? D'après la manière dont Pod se tenait, légèrement crispé, oui.

« Pardon ?! »

« Dois-je vraiment répéter Maître ? »

« Bien sûr que non idiot ! J'ai bien entendu la première fois ! »

Rutilant et Roseau éclatèrent de rire devant la mine déconfite de Pod. Il n'avait pas une place très enviable. Écuyer du Père Foudre, il y avait des postes bien plus tranquilles au sein du Bras d'El. Foudre se dirigea avec son cheval jusqu'à celui de la demoiselle tout en réfléchissant à ce qu'il pourrait bien faire.

« C'est embêtant Ma Sœur. Si vous le voulez, mon écuyer pourra tenir le cheval par la bride et vous pourrez voyager dans la charrette avec le matériel. Ce voyage va durer trois jours, une sacrée trotte pour une première à cheval. »

« Ça serait le plus simple en effet... Je ne veux pas retarder le voyage... » Elle réfléchit un instant. « Même s'il faudra bien que j'apprenne un jour, peu importe les désagréments physiques que cela occasionne. »

C'était, à n'en pas douter, une personne adorable. Elle comprenait bien la situation et ne voulait en aucun cas gêner l'avancée de la mission. Le Père Dévot avait bien fait comprendre aux frères que c'était urgent d'arriver en Rippon. D'un autre côté, on voyait bien que ça la dérangeait aussi. Elle n'avait pas tord, il faudrait bien qu'elle apprenne un jour. Foudre ne voulait pas décevoir cette jeune sœur. Il n'appréciait pas trop l'idée.

*Il y a trois jours de voyage mon vieux jusque là-bas... Tu vas bien trouver un moment pour lui apprendre les bases.*

« Écoutez Ma Sœur.. Hum... Le plus simple est que vous preniez le cheval de Pod, il est plus doux que celui-ci. Il tiendra le vôtre par la longe pour suivre le rythme du sien et quand nous ferons des pauses, nous trouverons bien un moment pour vous apprendre les rudiments de l'équitation. »

Il réfléchit un instant en regardant les chevaux et dit :

« Oui, c'est la meilleure solution pour le moment. Votre exercice jusqu'à la prochaine halte sera de tenir sur votre cheval. Un petit conseil, faite confiance à Pod, il n'y aura pas besoin que vous jouiez des genoux pour tenir en selle. Cela donnerait des ordres contradictoires à votre compagnon de voyage. Contentez-vous juste de la balade et profitez du paysage jusqu'à la prochaine halte. Les vrais cours commenceront alors ! »

Il se tourna vers Pod et lui lança :

« T'y fais attention ! Elle tombe, tu trinques... Je pense être clair ? »

Ces dernières paroles avant le départ furent accompagnés des rires de Rutilant et Roseau.

Assez vite, Bourg-de-Castelcerf fut derrière et la petite troupe allait à travers les chemins de campagne. Après deux heures, Foudre ordonna un arrêt. Pour une première, c'était plus que suffisant pour le postérieur de n'importe qui pratiquant l'équitation pour la première fois. Il alla à l'arrière pour voir comment s'en sortait la sœur et son écuyer.

« Dix minutes de pauses le temps de vous rafraîchir et ensuite, quelque petits exercices. »

Il laissa le temps à tout le monde de se soulager l'arrière train puis il se dirigea vers Grâce.

« Bien, l'exercice va être très simple. Vous allez, avec l'aide de Pod, vous hisser sur le cheval et une fois cela fait, vous allez toucher les oreilles de l'animal et puis vos pieds. »

Petit exercice d'équilibre pour les débutants. Ensuite, Foudre lui expliqua que pour diriger un cheval, cela se faisait avec le corps et surtout les genoux. Il ajouta qu'il ne fallait pas voir l'animal comme un corps étranger à soi mais comme un partenaire. Le cheval a besoin du cavalier autant que le cavalier a besoin du cheval. C'est un partenariat réciproquement profitable.

Une fois ces petits exercices exécutés, il ordonna que le groupe reprenne la route tout en disant à Pod de continuer à tenir la bride du cheval de la sœur d'Eda. Il assura néanmoins à la demoiselle qu'à la prochaine halte, ils tenteraient des exercices qui s'ils étaient réussis permettraient à la sœur de ne plus avoir besoin que l'écuyer tienne la longe.
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Mer 6 Fév - 19:52
Aurore de Vincôte
"Héritière" d'Altier de Beaulieu
Aurore de Vincôte
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Localisation : Castelcerf
Ce voyage serait l'occasion idéale d'apprendre à monter à cheval. Grâce avait bien conscience qu'elle pourrait être une plaie à s'entêter et que cela aurait été plus simple qu'elle monte dans la charette. A ne pas savoir tenir à cheval, à ne pas maîtriser l'animal, à devoir forcer le groupe à des pauses plus régulières pour soulager ses possibles douleurs lombaires et sciatiques... Pourtant elle était résistante à la douleur comme à la fatigue et jamais la prêtresse ne se plaindrait de quoi que ce soit. Mais ça aucun des hommes présents ne le savaient car aucun ne la connaissaient. Elle savait ce que les gens pensaient d'elle au premier abord ; son apparence fragile et délicate de jolie fille la desservait. Pourtant elle cachait bien son jeu car elle parcourait les Duchés de l'extérieur à pied depuis des années, qu'elle avait été sur plusieurs terrains de guerre à œuvrer heure après heure sans flancher...
Foudre, dont le nom lui échappait déjà quelques minutes après que les présentations furent faites, accepta pourtant son idée de la former tout en parcourant la distance qui les séparait de leur destination. Grâce lui sourit en retour, heureuse de cette opportunité et de la conciliance dont il faisait preuve à son égard. Cette bienveillance ne fut pas la même pour son jeune écuyer et la servante de la déesse cilla sans rien dire.

" Je ne tomberais pas, c'est promis. " sourit-elle à Pod pour dédramatiser l'injonction de son supérieur alors qu'elle entendait les deux autres prêtres rire.
Montée sur la nouvelle monture, elle tenta donc de simplement profiter du paysage. Un paysage qu'elle connaissait si bien mais qu'il était particulièrement étrange de voir depuis une hauteur différente. Elle se laissa portée par les mouvements de l'animal, cherchant à caler son rythme sur le sien, en ne se crispant pas.

A la première pause, elle ne descendit que pour se dégourdir les jambes. Elle ne ressentait pas spécialement de douleurs et se demandait presque si c'était normal.
Elle eut cependant besoin d'aide pour grimper à nouveau sur le cheval et exécuta les exercices d'équilibre facilement. Après tout, elle n'avait pas peur. Elle ne savait juste rien de l'animal sur lequel elle se trouvait.
La jeune femme pensa nécessairement à Clément lorsque son confrère lui expliqua le lien fort qu'il s'établissait entre l'homme et l'animal. Il aurait pu tenir le même discours et en voyant le regard passionné de son professeur, elle ne put s'empêcher de sourire en l'écoutant parler. C'était toujours inspirant de voir des gens passionnés par ce qu'ils faisaient de leur vie.

"
Merci de prendre le temps de m'apprendre. "
dit-elle en effleurant son épaule, alors que Foudre s'apprêtait à la laisser après lui avoir fait faire plusieurs exercices pour se remettre en route.
" Je n'avais jamais vu le monde de cette hauteur. Je prends pourtant toujours le temps d'observer autour de moi quand je marche, mais j'ai l'impression de re-découvrir des paysages... " termina-t-elle avec un soupçon de mélancolie dans le regard qu'elle posait sur ce qui les entourait. Ce voile disparut aussi vite qu'il était arrivé et la jovialité naturelle de la demoiselle reprit le dessus. L'écuyer reprit sa place devant elle et la fille d'Eda tenta de mettre en application les recommandations du bras d'El et de se détendre encore davantage sur sa monture. Elle prit le temps de caresser l'encolure de l'animal pendant qu'ils avançaient, mettant en œuvre les exercices qu'il lui avait donné à faire à l'arrêt. Grâce n'avait toujours pas peur de tomber. Et cela n'arriva d'ailleurs pas car elle maîtrisait son corps et son équilibre.

La pause suivante arriva alors et elle dut se rendre à l'évidence, elle était soulagée de pouvoir étirer son dos en ayant les deux pieds posés par terre. Elle fit ainsi quelques exercices pour décontracter ses muscles, délaissant sa petite cape sur le dos du cheval pour plus de confort dans ses mouvements. Levant ses bras, mains jointes, vers le ciel, elle bascula son bassin vers la droite puis vers la gauche, étirant ainsi le bas de son dos. Elle réitéra le geste en se hissant sur la pointe des pieds et en penchant son buste d'un côté puis de l'autre. Avec un petit soupire de contentement, elle s'arrêta au bout de quelques minutes. Ça allait mieux ! Elle n'allait pas user d'Art pour si peu d'autant qu'elle connaissait quelques étirements simples qui étaient tout aussi utiles.

" Mes frères, souhaitez-vous manger ? " demanda-t-elle en se rapprochant des prêtres qui profitaient de leur pause. Elle avait oublié de se recouvrir de sa cape, n'ayant pas froid en ce milieu de journée. Elle tenait en revznche dans ses mains une épaisse terrine de sanglier que Muscade, la cuisinière en chef du château, avait tenu à lui donner avant de partir. Au dessus, elle avait mis en équilibre une belle miche de pain bien ronde qui avait été chaude peu d'heures auparavant. Sa besace serait plus légère sitôt que ce repas serait pris. Elle pourrait flâner pour la remplir de simples afin de se constituer un stock pour les malades qui l'attendaient.

" Au château, quelqu'un craignait que je ne meurs de faim apparemment. Ou que vous ne me nourrissez pas peut être. " rit-elle, en pensant à la responsable des cuisines.
Muscade veillait toujours à ce que la prêtresse prenne au moins un repas copieux par jour. Elle la surveillait tout le temps qu'elle mangeait et interdisait à quiconque, par sa simple présence, d'aller embêter la soigneuse pendant ce moment qu'elle estimait non seulement précieux mais bien nécessaire pour que la Béarnoise ne tombe pas malade ou ne s'épuise.


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Mer 13 Fév - 17:09
Foudre
La Hache d'El
Foudre
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La jeune prêtresse semblait y mettre toute sa volonté. Il était criant de voir dans son attitude la reconnaissance qu'elle avait envers Foudre de prendre le temps de lui enseigner alors que la logique aurait voulu que le groupe se dirige vers leur destination aussi vite que possible quitte à ne pas prendre le temps de manger ni dormir convenablement. Dans un geste innocent, la main de Grâce toucha l'épaule du solide guerrier qui ne faisait pas attention à ce moment là et tourna vivement la tête pour savoir qui l'avait touché. Quand il se rendit compte que c'était la frêle demoiselle, son cœur défaillit dans sa poitrine et il se mordit l'intérieur de la lèvre pour se contrôler tout en marmonnant quelque chose d'incompréhensible. Pourquoi faisait-elle donc ça ? Ils ne se connaissaient pas, elle n'avait pas à le toucher de la sorte... Ça n'était pas convenable. Toutes ces phrases fusèrent dans l'esprit du prêtre. De plus, elle était vraiment trop belle pour se permettre ce genre de familiarité. Puis, tandis qu'il se dirigeait vers son cheval, il s'arrêta et se demandait pourquoi il venait de penser ça ? Une fille plus moche aurait-elle le droit de l'effleurer de la sorte ? Non. Sa beauté n'entrait donc pas en ligne de compte. Il fallait vraiment qu'il se décide à faire un travail sur lui parce que cela devenait vraiment compliqué avec les femmes.

Il avait néanmoins entendu qu'elle avait pointé du doigt que de se trouver quelques centimètres plus haut lui donnait l'impression de redécouvrir le paysage.

« Il ne faut parfois pas grand chose pour voir la vie sous un autre angle... »

Puis il grimpa sur son cheval, regarda Rutilant qui l'observait de manière étrange et lui demanda :

« Qu'est-ce que tu as ? »

Ce dernier pour toute réponse dit :

« Rien, rien... Simplement.. heu je ne te savais pas philosophe mon frère. »

Foudre fusilla son acolyte du regard :

« Laisse tomber ! »

Puis il se mit en route obligeant le convoi à le suivre. Durant tout cet échange, Roseau avait vu beaucoup de choses et notamment l'éclair de mélancolie qui était arrivé aussi vite qu'il n'était parti dans les yeux de la demoiselle. Il décida de mettre ça dans un coin de sa tête et d'y revenir si l'occasion se présentait d'en parler à la jeune femme. Il laissa Rutilant et Foudre devant et se mit à côté de la carriole pour parler avec l'homme qui les accompagnait tout en ayant Pod et Grâce non loin. Il bavardait de choses et d'autres tandis que les deux autres frères faisaient de même devant.

A la halte suivante, tout le monde mit pied à terre pour se dégourdir les jambes. Grâce alla même jusqu'à faire des exercices pour soulager son dos qui devait être douloureux. Pas étonnant qu'elle agisse de la sorte, c'était le lot de tous les débutants. Tout le monde avait mal après un certain temps passé sur un cheval. Ses exercices terminés, elle prit de quoi manger pour se diriger vers ses collègues de voyage et demanda de sa petite voix s'ils avaient faim et se rit de la quantité de nourriture qu'elle avait pour elle seule en ajoutant que quelqu'un semblait se soucier de son sort. Les frères, qui étaient assis sur des souches d'arbres, regardèrent la terrine qu'elle tenait ainsi que le pain.

Foudre s'écarta d'eux pour faire quelque chose d'autre ou du moins en donner l'impression. Il avait encore en tête le contact de la demoiselle et même si elle l'avait fait sans y réfléchir, il avait du mal à ne pas y penser. C'était complètement stupide, il le savait mais il avait un réel problème avec les femmes. Son passage à la Rose Bleue, maison de passes situé à Kalibar, avait été une torture. Il lui arrivait d'avoir des sueurs froides quand il y repensait.

Rutilant et Roseau laissèrent leur chef et répondirent à la servante d'Eda qu'ils seraient ravis de partager son repas.

« Mais à condition que vous rassuriez la personne qui s'en fait pour vous. Nous ne vous avons pas oublié. Il y a ce qu'il faut pour tout le monde dans ce chariot. » ajouta Roseau.

Foudre s'entretenait avec Pod et demandait à son écuyer ce qu'il pensait de la tenue de la sœur d'Eda sur un cheval et s'il pouvait passer à d'autres exercices. L'écuyer répondit par l'affirmative tout en assurant à son supérieur que d'après ce qu'il avait observé, elle n'avait pas l'air d'avoir peur de tomber, que son équilibre était plutôt excellent mais qu'elle ne savait juste pas ce qu'il fallait qu'elle fasse de ses jambes. Foudre nota tout ça dans sa tête et permit à Pod d'aller se restaurer avec les autres. Rutilant et Roseau parlèrent avec Grâce et l'on pouvait entendre quelques éclats de rires de temps à autre. Pour sa part, le guerrier aux haches alla prendre un morceau de fromage dans la carriole ainsi que des fruits. Il badina quelques instants avec le conducteur dudit chariot qui serait également le cuisinier pour le voyage. Ensuite il veilla à ce que les chevaux boivent et mangent. Une fois cela fait, il prit quelque instants pour lui afin de se concentrer sur les exercices qu'il allait pouvoir faire à Grâce... Son attitude et sa manière de penser changèrent du tout au tout. Ce n'était plus l'homme faible face aux femmes mais le professeur imperturbable. Il rejoint le groupe et quand tous eurent fini de manger, il se racla la gorge pour attirer l'attention et dit :

« Ma sœur, si vous avez terminé de manger et que vous vous sentez mieux, nous allons faire d'autres exercices. »

Il se tut et regarda autour de lui à la recherche de matériaux qui pourraient l'aider dans ses cours. Il y avait quelques chutes de bois, une petite clairière à une vingtaine de mètres qui pourrait être utile pour plus tard.

« Pod, trouve-moi quelque chose qui pourrait servir de repère et qui soit suffisamment haut pour être vu si l'herbe est trop haute. »

L'écuyer s'essuya la bouche en avalant sa dernière bouchée et s'exécuta aussitôt. Quelques minutes plus tard, après que Foudre eut installé les bois que son écuyer avait trouvé et qu'il fut satisfait du résultat, il se dirigea à nouveau vers Grâce.

« Bien ma sœur, c'est prêt. L'exercice va être de monter sur votre monture, de vous diriger vers le repère que vous voyez là-bas au pas. Quand vous arriverez au repère, vous ferez demi-tour en passant de l'autre côté du repère pour revenir près de moi. »

Il lui expliqua que ses genoux allaient être sollicités pour cet exercice mais pas seulement, son bassin également. Foudre n'était pas un cavalier de grand talent mais il essaya comme il put d'expliquer comment avec le bassin et les genoux il y avait moyen de diriger le cheval. Au fur et à mesure, il monta la difficulté des épreuves. Ça n'était plus seulement un bête aller retour, il fallait faire des huit entre plusieurs repères puis passer dans des portes qui étaient représentées par ce qu'ils avaient pu trouver, à savoir morceaux de bois, habits non utilisés ou encore des tonneaux qu'il avait fallu descendre du chariot. Après, il fallait passer du pas au trot tout en expliquant qu'il fallait monter sur ses jambes un rebond sur deux pour éviter d'avoir les fesses en compote.

Beaucoup de temps passa pour cette pause, sans doute beaucoup plus que la raison ne l'aurait voulu mais quelque part, c'était un pari. Perdre du temps maintenant pour en gagner par après ! Foudre n'était pas brusque dans ses paroles mais il faisait comprendre ce qu'il voulait et n'autorisait pas Grâce à partir sur un autre exercice avant qu'il ne voit qu'elle maîtrisait suffisamment le précédent. Quand il fut satisfait des progrès de la demoiselle, il ordonna le départ après avoir fait ranger ce qu'il avait pris. Il y avait encore un peu de temps pour chevaucher avant de faire la halte qui les obligeraient à s'arrêter pour la nuit.

« Demain, nous passerons au galop. Je peux vous assurer que vous êtes une très bonne élève et je suis désolé de vous presser ainsi. Les exercices s'enchaînent ainsi que la complexité. Je n'ai pas vraiment le temps de vous apprendre de manière plus consciencieuse. Vous aurez tout le temps par après de parfaire votre assise et d'autres aspects de l'équitation que je ne connais pas ou que je n'ai pas le temps de vous enseigner. »

Puis comme au début de la journée, il fit faire demi-tour à son cheval et se dirigea à l'avant pour guider le convoi. Roseau quand à lui profita du fait que maintenant, la sœur maîtrisait suffisamment le cheval pour ne plus avoir besoin que Pod tienne la bride pour discuter avec elle.

« Il faut excuser mon frère. Il paraît un peu rustre et décousu mais c'est un homme charmant quand il n'a pas ses humeurs... »

Il regardait Grâce ainsi que le paysage puis vérifia qu'il n'y avait pas d'oreilles indiscrètes pour entendre sa conversation. Non pas qu'il allait parler de quelque chose de secret ou de honteux. Du moins, Roseau n'en avait aucune idée mais il avait l'impression qu'il était préférable que personne d'autre n'entende.

« Excusez-moi d'avance ma sœur si je vous parais curieux ou trop familier... Hum... J'ai entendu tout à l'heure votre remarque concernant le fait que de vous trouver à cheval vous donnait l'impression de redécouvrir le paysage. J'en ai conclu que vous avez déjà emprunté ces chemins mais à pied. Ce qui m'a fait cogiter légèrement et j'en suis venu à me dire que vous deviez certainement faire parti de ces prêtresses itinérantes qui parcourt les duchés à pied pour apporter vos bons soins... Je me trompe peut-être mais je pense que non. Vous sembliez troublée en en parlant. Serait-il déplacé de ma part de vous demander pourquoi ? »
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Mar 26 Fév - 14:11
Aurore de Vincôte
"Héritière" d'Altier de Beaulieu
Aurore de Vincôte
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Les frères acceptèrent bien entendu de partager le repas qu'elle emmenait. Grâce nota le départ de Foudre, comme elle avait noté la surprise dans son regard quand elle l'avait touché plus tôt. Ce geste simple avait eu l'air de le chambouler quelque peu et le fait qu'il s'écarte ainsi du groupe sous le prétexte d'une tâche à accomplir attrista le cœur de la soigneuse. Elle eut envie d'en savoir plus, de savoir ce qu'elle aurait pu faire pour éviter ce malaise qu'il semblait ressentir en sa présence. Mais elle ne demanderait rien maintenant à ses compagnons. Peut-être se faisait-elle une fausse idée après tout.

Elle se contenta de répondre, amusée, à propos de Muscade et de sa terrine.
" J'arrive à soulager ses douleurs ; prendre soin de remplir mon estomac est sa façon de me remercier je pense. Je suppose qu'elle a profité que je ne sois pas à pied pour me charger davantage cette fois-ci. "

Ensemble, ils profitèrent de la pause, vite rejoints par l'écuyer. La camaraderie dont ils faisaient preuve les uns envers les autres était belle à voir et la prêtresse se rappela les années qu'elle avait passé sur les chemins avec ses frères d'Eda. Ça lui manquait parfois de ne plus vraiment appartenir à un groupe, ni à aucun temple en particulier. Elle avait choisi la solitude et elle s'y épanouissait. Aucun regret ne la prenait et la jeune femme savourait simplement l'instant. Leur compagnie était agréable.

Quand le chef revint, ce fut pour lui signifier qu'il était prêt pour la suite de son entraînement.
" Me sentir mieux ? Mais je vais toujours bien, je vous rassure. " dit-elle dans un sourire.
Ce n'était pas quelques courbatures au bas du dos qui l'arrêteraient, si c'était à cela que le prêtre faisait allusion. Elle allait se remettre debout mais visiblement tout n'était pas encore prêt car le jeune Pod fut mis à contribution pour l'installation. Elle se redressa néanmoins, saluant d'un sourire les hommes avec qui elle venait de déjeuner et lui emboita prestement le pas qu'il avait plus long qu'elle jusqu'à la clairière voisine où ils mirent en place l'exercice suivant. Elle les regardait faire, tenant son cheval par la bride et passant machinalement une main sur son encolure ; Grâce se surprit à se dire que l'homme en face d'elle était différent de celui qui avait frémi au contact de sa main ou qui avait fui sa proximité tout à l'heure. Un mince sourire était inscrit sur ses lèvres parfaites et ses cheveux défaits voletaient dans son dos, caressant ses bras à demi nus. Elle ne craignait ni le froid, ni les épreuves que ce voyage lui donnerait à affronter ; elle se trouvait heureuse d'être là sans qu'elle sut expliquer précisément pourquoi.

Consciencieusement, la belle blonde s'appliquait à exécuter les exercices qu'il lui donnait. Il lui fallut quelques tours pour saisir les nuances que le positionnement de ses jambes entraînaient comme réaction chez l'animal. Mais elle n'eut aucun mal à s'ajuster petit à petit, donnant à son bassin, ses hanches et ses genoux une position qui lui semblait plus optimale par rapport à ses ressentis.

" Je suis bien moins fragile que j'en ai l'air donc ne vous en faites pas de la cadence. Cela me convient parfaitement. " le rassura-t-elle. Aurait-elle vraiment d'autres occasions de monter un cheval dans le futur ? Maintenant qu'elle en connaîtrait des bases assez solides pour se déplacer avec d'autres, peut-être qu'elle provoquerait ces occasions là où elles n'avaient pas lieu d'être tantôt ? Mais rien n'était moins sûr car elle restait une praticienne solitaire.
Ils regagnèrent ensuite le groupe et se remirent en route, Foudre reprenant ses distances. La jeune femme était désormais en mesure de se débrouiller seule et elle fut bientôt rejointe par le dénommé Roseau. Bien entendu, elle se félicitait intérieurement de n'avoir pas besoin de l'appeler par son nom pour lui parler car sa mémoire restait capricieuse pour retenir les prénoms.

La première remarque de celui-ci l'amusa.
" Surprenant est plutôt le terme qui me vient à l'esprit à propos de votre Père. Et il n'y a rien à excuser. Vraiment rien. "
Tant et tant de personnes, hommes comme femmes, avaient traversé son existence, pour des instants plus ou moins brefs, plus ou moins importants. Des blessés, des malades, des familles, des enfants, des mourants. Tant et tant de caractères, de façons d'aborder les événements, de la traiter et malgré cela, la servante d'Eda arrivait toujours à être surprise de la personnalité de certains. A ses yeux, son confrère d'El était intéressant. Qu'il soit rustre n'était pas un problème. Qu'il soit un peu déroutant dans ses réactions et relations aux autres ne l'était pas davantage. Un coin de sa tête lui disait qu'elle le trouvait également à son goût, ce qui créait un certain écho à l'intérêt qu'elle lui portait déjà, quand bien même ses histoires de fesses ou de cœur ne rentraient plus en ligne de compte dans sa vie depuis un moment... Sa mission en ce monde l'accaparait bien assez pour lui faire oublier les besoins et les envies de son existence.

" Vos réflexions visent juste mon frère. Et non vous n'êtes ni trop curieux ni trop familier. Je n'ai rien à cacher. "

La jeune femme ajusta sa main sur les brides qu'elle tenait. Parler d'elle n'était pas un problème, pas plus qu'un secret.
" Je suis entrée au temple petite fille et dès que j'ai eu 16 ans, je me suis lancée sur les routes avec un groupe de confrères. Soigner les gens, les aider est la mission qu'Eda m'a confiée ; je la mène seule désormais depuis 10 ans. La Mère m'a offert l'Art et j'ai ainsi pu agir après les batailles ou pour soigner les blessures graves des petites gens ou des nobles. "
Sa voix était mélodieuse et douce, mais également emprunte de passion pour son métier. Elle souriait à Roseau et au monde, ses yeux clairs lumineux sous le soleil déclinant de l'après midi.

Il s'enquérait de ce bref instant de mélancolie qu'il avait perçu chez elle tout à l'heure. Grâce haussa les épaules. Elle n'en avait plus souvenir.
"Je ne sais plus à quoi j'ai pensé tout à l'heure. J'ai marché souvent sur ces routes... "
Pendant quelques secondes, elle réfléchit. Le paysage était beau assurément et dans cette région proche de la capitale, elle avait eu fort à faire ces derniers années avec la guerre rouge. Il était des fois où il était plus difficile de prendre le temps d'observer la vie quand la mort était trop présente autour de soi. Peut être était-ce cela qui avait assombri son regard lorsqu'elle évoquait ses voyages ?
". Mon errance est une nécessité et j'ai des souvenirs en bien des endroits de ce pays. Les journées ne sont pas toujours faciles à voyager et travailler seule mais je ne regrette pas mon choix. " termina-t-elle avec un entrain non feint. Son interlocuteur ne pouvait que savoir ce que c'était de se consacrer pleinement à sa mission autant que de passer des journées sur les routes. Les prêtres d'El étaient moins sédentaires que la majorité des serviteurs de la déesse. Elle même était une exception parmi les siens.

" Vous venez d'où chacun ? " demanda-t-elle pour satisfaire sa curiosité. Son regard s'attardait sur le dos de Foudre qui menait le convoi, comme si elle pourrait percer ses mystères rien qu'à le regarder.
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Mer 27 Fév - 17:12
Foudre
La Hache d'El
Foudre
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Localisation : Forbaie
Le frère blond fut rassuré par les paroles de la belle demoiselle. Elle acceptait de parler d'elle et de son ressenti sans avoir la volonté de cacher quoique ce soit. Elle avait voué sa vie au service des autres et parler d'elle et de sa mission lui semblait tout à fait concevable avec sa vocation de soigneuse.

Ainsi donc, elle parcourait les routes depuis un fameux moment. Elle était loin d'être une novice et en plus, elle possédait un talent rare, elle avait l'Art. Le regard du jeune Haurfondois changea instantanément. Il regardait sa sœur d'Eda avec plus de respect qu'avant. Non pas qu'il ne la respectait pas mais elle avait reçu un don divin et rien que cela méritait de la déférence. C'était ainsi, il y avait des gens qui vivaient leur vie sans avoir le moindre don si ce n'est celui que leur métier leur procurait et d'autres étaient investis de pouvoirs qui dépensaient l'entendement et ces personnes avaient souvent de grandes tâches à accomplir. Grâce, à n'en pas douter, devait faire partie de cette deuxième catégorie.

Tout cela ne semblait pas effrayer la demoiselle, elle en parlait avec amour et passion. L'écouter parler était un véritable ravissement pour Roseau. Déjà parce d'une part, il n'y avait pas beaucoup de femmes au Temple d'El même si elles existaient. Il traînait souvent avec Rutilant et Foudre et moins avec des femmes. D'autre part, Roseau se sentait soulager de compter une sœur dans l'aventure. Leur point de vue était souvent plus intéressant que celui des hommes qui avaient tendance à avoir une vue étriquée et obtus.

« Étant détentrice de ce pouvoir incroyable, vous avez certainement dû participer au dernier grand conflit en date. Avez-vous utilisé votre don pour appuyer les troupes ou simplement, si l'on peut dire, pour soigner ? »

Grâce parlait également de la difficulté de voyager seul. Roseau ne connaissait pas trop ça car il faisait souvent équipe avec les deux nigauds chevauchant devant eux. Il ne pouvait qu'imaginer ce que c'était. Certes, il connaissait les périodes de recueillement qui se faisait seul ou les prières dans sa chambre. Cela ne restait que des moments assez bref au regard de la Béarnoise qui pouvait se retrouver seule pendant des jours. Roseau n'avait qu'à sortir de sa chambre pour croiser quelqu'un.

« Je ne sais pas si j'arriverais à être seul. Cela demande bien du courage et une certaine force mentale que je pense ne pas avoir. J'ai besoin de la présence de mes camarades autour de moi. Nous sommes un groupe. »

Continuant de voir le paysage défiler, les deux personnes continuèrent de parler. Comme il arrive dans tout groupe qui va passer du temps ensemble, Grâce en arriva à demander des renseignements sur les différents membres du groupe.

« Pour ma part, je viens de Kalibar, en Haurfond. Mes parents sont de modestes commerçants de bougies. Rutilant, lui, vient de Béarn. On le devine assez vite à son teint blafard et sa chevelure de feu... Son père n'est autre que le Baron Auguste Brondy, suzerain de Baie-aux-Phoques et sa région proche. Étant le troisième fils, la famille à fait don de ce cher Rutilant au Temple d'El pour obtenir ses faveurs. C'est que la famille de mon frère faisant beaucoup d'affaires liées à la mer, il était logique pour eux de demander à leur troisième né de servir le dieu marin. »

Tout en parlant à la sœur d'Eda, il regardait les personnes dont il parlait. Rutilant était en compagnie de Foudre à l'avant poste et semblait se marrer comme à son habitude. Pas étonnant, il y avait une véritable amitié entre ces deux là. Foudre ne comptait plus les fois où il avait pu compter sur son frère du nord pour lui sauver la mise et vice-versa. Justement, en pensant à Foudre, il regarda son dos qui oscillait de droite à gauche et il ne savait pas trop ce qu'il pouvait en dire. Certes, il avait beaucoup d'informations sur son ténébreux supérieur mais néanmoins ami. Simplement, il savait aussi que ce dernier ne supportait pas parler de lui et il ne supportait pas non plus que l'on parle de lui. Malgré tout, il aurait été malpoli de ne pas répondre à la question de la jolie Grâce.

« Hum.. Que dire de mon vénéré chef. Seigneur El, vient à mon secours et assure-moi qu'il ne saura jamais rien de ce que je m'apprête à dévoiler. »

Il avait une confiance aveugle en cette soigneuse d'Eda. Pourtant, il ne la connaissait pas depuis longtemps mais il ne savait pas pourquoi, il était certain qu'il pouvait se confier à elle.

« Notre estimé Père vient de Rippon et au niveau géographique, c'est tout ce que je peux vous dire. Il a grandit en orphelinat et au Temple d'Eda de Gardebaie je crois, je ne suis plus sûr. Malheureusement ou heureusement, je ne sais pas trop, son caractère emporté a été jugé trop problématique pour servir la douce déesse. C'est donc au Temple d'El a Forbaie qu'il a atterrit. »

Roseau regardait tout autour de lui pour s'assurer que personne d'autre que Grâce ne pouvait entendre ce qu'il lui disait. D'ailleurs, sans s'en rendre compte, il avait baissé le niveau de sa voix et la jeune demoiselle devait certainement tendre l'oreille pour comprendre les paroles de son interlocuteur.

« Je suis un homme avec d'énormes soucis s'il apprend jamais un jour que je vous en ai parlé. Il ne parle pas de lui. Je pense d'ailleurs que mise à part le père supérieur de notre Temple, je dois être le seul à en savoir aussi long sur lui. Rutilant, lui-même, ne connaît pas toute l'histoire. Et pourtant, El sait qu'ils sont proches ! »

Le jeune frère blond fit un sourire à la sœur d'Eda comme pour tenter de se rassurer mais il ne trompait personne. Il savait ne rien devoir craindre de Foudre sauf si ce dernier apprenait qu'il venait de parler de choses qu'il lui avait avoué qu'en de rares occasions. Là, il pouvait tout aussi bien prendre son cheval et s'enfuir loin, très loin. Le Père n'était pas quelqu'un qu'il fallait trahir. Roseau avait un peu l'impression que c'était ce qu'il venait de faire. D'un autre côté, il savait qu'il pouvait faire confiance à la délicieuse jeune blonde, elle ne trahirait pas ses confidences.

« J'aime profondément mon frère mais j'avoue qu'il m'impressionne tout autant si ce n'est plus. C'est le Champion d'El depuis plusieurs années et un héros de la Guerre Rouge. Imaginez plutôt, il est revenu de ce conflit sans une seule égratignure. Cet homme est véritablement protégé par le dieu marin ! »

De prime abord quand on regarde Roseau, on remarque sa carrure chétive. Il faut un temps pour remarquer son bon coeur et sa vive intelligence. Son regard sur les autres est également profondément humain. Il aurait très bien pu s'épanouir au sein des rangs d'Eda. Mais par moment, l'Haurfondois donne l'impression de ne pas toujours savoir où est sa place. Il lui arrive également de douter de ses capacités et le fait de traîner avec Rutilant et Foudre le comble de joie et le fait se sentir intégré, ce qu'il est complètement au sein du Bras d'El, mais quelque part, il pense qu'il n'en est pas digne. Énorme foutaise bien entendu ! Mais il fait partie de ces gens qui sont prêt à croire à l'inimaginable.

« Certains au sein de notre ordre sont persuadés que Foudre est le fils d'El ! Ça semble insensé voire carrément ridicule quand on le formule à voix haute mais quand on le voit sur un champ de bataille ou simplement quand la situation se complique. Il suffit de le regarder pour se rendre compte que ça n'est peut-être pas des sottises. Evidemment, il n'aime pas que l'on raconte ce genre de chose. De plus, ça le met parfois dans des situations compliquées parce que ces croyances lui donne une certaine position au yeux des autres. Ce qui peut attirer parfois de puissants ennemis. Tout n'est pas dû à ce genre de croyances bien entendu. Son caractère emporté et son franc parler aide beaucoup. Le Père Ducal Dévot pourrait le confirmer. »

La première fois que Foudre avait entendu cette rumeur, ça l'avait beaucoup amusé. A la longue, quand il aperçut que ça devenait une croyance au sein de son Ordre, il avait bien vite calmé tout le monde par l'un de ses sermons colériques dont il avait le secret. Néanmoins, si plus personne n'osait en parler devant lui, la croyance persistait toujours...
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Sam 9 Mar - 12:02
Aurore de Vincôte
"Héritière" d'Altier de Beaulieu
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Elle secoua la tête quand Roseau lui demanda si elle avait mis son pouvoir au service de la bataille. Elle avait vu le changement infime s'opérer en son regard lorsqu'elle avait prononcé le mot "Art" et la façon qu'il eut de présenter cela, la ramena à ce que beaucoup pensaient de cette magie. Elle la vivait comme un prolongement d'elle-même, comme une façon complémentaire d'aider les autres. Mais l'Art fascinait et elle taisait souvent son don pour ne pas susciter des réactions d'admiration qu'elle n'acceptait pas de recevoir.

" Je suis une soigneuse. Mon Art est uniquement spécialisé en cela. Tous les artiseurs ont une spécialité ; la mienne est en adéquation avec mes convictions. J'étais bien au glacier mais uniquement pour m'occuper des blessés que l'on m'amenait. J'y suis restée de nombreux jours après que les combats aient fini. "
Des corps couverts de sang, des hommes meurtris dans leur chair pour le reste de leur vie, par des cicatrices, des amputations, des traumatismes physiques ou psychologiques. Elle avait connu l'horreur de la bataille, celle non moins silencieuse des vies qui luttent dans le sang et les pleurs pour rester de ce monde. Indéniablement des jours difficiles dont Grâce était ressortie plus forte et plus expérimentée.

" Ça s'est fait comme cela pour moi. Je suis partie un matin sans mes compagnons qui avaient une autre mission à faire et je m'en suis sortie... Alors j'ai continué d'être libre de mes mouvements, de mes choix et du temps que je consacre à chacun. "
Un groupe l'aurait freinée, l'aurait protégée d'elle-même et de son implication très forte auprès de chaque patient. Elle s'oubliait dans son art de guérisseuse, elle se mettait en retrait pour n'être disponible qu'aux maux, aux souffrances et aux besoins de ceux qu'elle soignait. Son séjour un peu plus prolongé que d'habitude à Castelcerf, au sein du château et les inquiétudes de la cuisinière en chef sur la fréquence de ses repas, lui avait fait prendre conscience de cela. Pourtant elle ne pouvait s'empêcher d'être qui elle était et son corps supportait bien le dur traitement qu'elle lui infligeait.

Roseau répondit à sa question, présentant sommairement lui même et ses compagnons. Le frère était donc haurfondois et celui qui s'appelait Rutilant était de Béarn.
" J'ai grandi à la Baie-aux-Phoques. Il est vrai que la mer accapare beaucoup les affaires et les hommes là-bas. " sourit-elle.
Son père n'avait eu que deux filles mais il sut se trouver un gendre efficace pour continuer son œuvre sur les chantiers.
Si ces présentations furent finalement rapides, celle du troisième personnage de leur groupe fut non seulement plus longue mais plus hésitante.
" Je ne dirais rien, promis. " rétorqua la prêtresse quand il s'adressa d'abord à El pour qu'il le protège. Que s'apprêtait-il à lui apprendre pour qu'il faille que Foudre ne le découvre pas ? La curiosité de la demoiselle ne pouvait pas être plus grande qu'à cet instant.
C'était un orphelin de Rippon, laissé aux bonnes graces d'un temple d'Eda, ce qui expliquait qu'il connaisse si naturellement les formules de salut des prêtres de cet ordre. Son caractère avait fait qu'il avait été orienté pour servir le dieu de la Mer. Mais ce brin d'histoire ne suffisait pas à expliquer qu'il se garda bien de parler de lui. Aussi Grâce ne fit aucun commentaire et continua d'écouter Roseau, qui toujours hésitant, prenait ses précautions pour être sur que personne ne l'entende. Elle tendit l'oreille, le regard toujours fixé sur le dos du chef d'expédition, comme si cela lui permettrait de comprendre mieux ce que lui apprenait son voisin.

Ce dernier aimait son ami mais il l'impressionnait aussi énormément. A l'entendre, c'était une sorte de fascination qu'il avait pour ses capacités dignes du fils direct du dieu marin. Le Champion d'El. Ainsi il n'avait reçu aucune blessure durant toute la Guerre Rouge. Une sorte d'aura mystique entourait désormais le personnage et des rumeurs sur une ascendance divine courrait sur lui, ce qui le mettait dans une position plus qu'inconfortable. La jeune femme sourit doucement en tournant ses yeux d'azur vers Roseau.
" Je comprend si bien ce qu'il ressent... Être posé sur un piédestal quand on a rien demandé, c'est... "
Elle ferma les yeux un instant et secoua la tête. Puis sans finir sa phrase, elle reporta son attention sur ceux qui chevauchaient devant.
Oh oui, Grâce comprenait très bien cette situation. Combien de gens la glorifiaient pour ses actions ? Combien n'osaient même pas la toucher parce que se dégageait d'elle une sorte d'aura de la déesse ? Même ceux qu'elle considérait comme ses amis la plaçaient au dessus d'eux... Elle pensait bien entendu à Clément qui lui avait dit qu'elle était une bénédiction d'Eda. Mais il y en avait d'autres. Sa sœur, ses parents qui avaient vécu comme des miracles les soins qu'elle savait prodiguer, ses consœurs et confrères pour qui son abnégation était plus qu'un modèle à suivre. Pourtant la jeune femme ne savait pas s'énerver pour leur dire d'arrêter leurs balivernes, pour leur rappeler qu'elle était comme eux, ni plus ni moins.

" Les gens ont besoin de croire que le monde est plus beau qu'il n'est. Ils ont besoin de magie, de héros à admirer... Même si ces héros n'ont rien demandé à personne... "
Elle marqua une pause. Il aurait été plus aisé de parler de ce sujet avec le principal intéressé pour lui expliquer son point de vue sur la question et évoquer ce qu'elle ressentait elle aussi. Mais la Fille d'Eda avait promis qu'elle n'ébruiterait pas cette confidence et elle était incapable de trahir la confiance qu'on lui accordait.

" J'aurais une question... " Elle se pinça machinalement la lèvre inférieure. Elle voulait profiter de cette atmosphère intimiste pour poser la question qui la taraudait depuis le matin. " Ai-je fait quelque chose de mal ce matin ? Votre Père réagit étrangement après ma première séance d'entraînement et il n'est pas resté déjeuner avec nous quand je me suis présentée... "
Elle ne comprenait pas. " Et ensuite, il fait comme si de rien et devient un bon professeur consciencieux et exigeant, le temps que durent les exercices. Je... "
Cette situation était étrange et elle n'avait pas les clés pour la comprendre ce qui la frustrait beaucoup. Elle voulait bien faire et bien s'intégrer au groupe avec lequel elle allait rester un petit moment mais le comportement de Foudre à son égard l'intriguait énormément.
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Mar 19 Mar - 17:59
Foudre
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Ainsi donc la demoiselle avait également traversé la mer pour se retrouver chez les Outriliens. Elle avait participé, à sa manière, à l'effort de guerre en soignant les uns et les autres. Elle avait été témoin tout comme la bande des atrocités du conflit. Conflit qui avait débuté au sein des Six-Duchés pour se terminer là-bas. La frustration voire la colère s'était emparé du cœur des Duchéens et avait été libérée sur le champ de bataille. On aurait pu parler de génocide s'il n'y avait eu des gens de cette terre de leur côté. Combien de soldats avaient perdu une femme, un enfant, un frère ou un père ? Sur ce glacier, les pires instincts et surtout la vengeance avait dominé les batailles. Il fallait rendre coup pour coup et faire payer pour chaque perte civile et militaire. Eda avait dû être bien triste d'assister à pareil massacre.

« Le monde est petit quand on y pense. Nous ne nous connaissions pas et pourtant, nous étions au même endroit. Si vous ne nous avez pas vu, je comprendrais tout à fait que vous ne vous souveniez pas de nous, il y avait tellement de monde et le camp était tellement grand. Vous avez certainement dû entendre parler de la Hache d'Aslejval... »

Roseau se tût pour permettre à Grâce de répéter ce surnom dans sa tête et faire fonctionner ses méninges pour rechercher les souvenirs qu'elle avait gardé de cette triste période. Estimant qu'il lui avait suffisamment laissé de temps pour se souvenir, il dit :

« Ce surnom désigne notre bon Père Foudre. »

Sans en avoir l'air, il regarda du coin de l’œil la jolie Béarnoise pour voir sa réaction.

« Pour une soigneuse, je comprendrais tout à fait que cela vous déplaise. Pourtant, il fallait le voir. Il était impressionnant d'efficacité. Normalement, il aurait pu rester avec les nobles pour superviser la bataille à l'arrière. Il a refusé et a également exhorté le Père Dévot, qui n'était pas encore Père Ducal à l'époque, de venir sur le champ de bataille avec lui. Il n'arrêtait pas de dire qu'il fallait être avec ses frères et se battre avec eux. Devant le refus de ce dernier, Foudre l'a ouvertement critiqué devant tout le monde. Les frères du Bras d'El mais également les soldats de l'armée et les nobles présents. Il a remis son courage en doute puis s'est détourné de lui et est venu nous prêter main forte. C'est du Foudre tout craché. Il n'a pas sa langue en poche. Ça aurait été le Roi en personne, c'était pareil. Heureusement pour lui et pour nous, ça n'était pas notre souverain. »

Grâce avait parlé de la liberté que cela lui offrait de travailler seule. C'était moins contraignant et elle pouvait faire ce qu'elle voulait. Il y avait une grande force en elle, Roseau le ressentait. C'était impressionnant de voir une femme à l'apparence si fragile avoir une telle force. Venait-elle de son parcours ou de l'Art ? Ou des deux ?

« Nous sommes également resté un peu plus longtemps que le gros des troupes. Foudre, devant la bravoure des Outriliens qui se battaient à nos côtés, a tenu à apprendre leur langue. Il a commencé durant le conflit quand il y avait suffisamment de temps entre les raids pour se reposer. Il a terminé après la guerre. »

L'Haurfondois écoutait Grâce parler du fait qu'être sur un piédestal était souvent ennuyant pour les gens surtout si ces derniers ne l'acceptait pas. Elle semblait bien comprendre ce que cela faisait. Il était facile de comprendre qu'elle parlait d'elle sans se nommer explicitement. C'était une Artiseuse qui soignait. La plus noble des magies pour la plus noble des professions. Pas étonnant que le commun des mortels la vénère. Roseau lui-même avait changé d'attitude sans vraiment s'en apercevoir quand il avait appris qu'elle avait ce don. Puis subitement, elle changea de sujet du tout au tout. Quelque chose semblait la travailler. Puis sa question vint et avec les explications pour faire comprendre à Roseau pourquoi elle se posait cette question.

Roseau rit non pas pour se moquer mais parce que Grâce semblait complètement désarçonnée par le comportement du Père à son égard. Ce bruit soudain attira bien évidemment l'attention de Rutilant et de Foudre qui se retournèrent à l'unisson pour savoir ce qu'il se passait. Roseau leva la main et dit :

« Pas d'inquiétude les gars, notre sœur vient de me raconter une blague. »

Ne cherchant pas à en savoir plus, ils se tournèrent à nouveau et continuèrent leur discussion. Roseau se tourna vers la sœur d'Eda et chuchota :

« Désolé. »

Puis il regarda le dos de Foudre et réfléchit à la question de son interlocutrice. Il n'avait pas forcément remarqué de choses étranges dans le comportement de son ami. C'était Foudre, il se comportait bizarrement tout le temps. Pour quelqu'un qui ne le côtoyait pas au quotidien comme Rutilant et lui-même, cela pouvait faire réfléchir.

« C'est Foudre. Il est comme ça. Vous n'êtes pas la première à vous demander si le problème vient de vous. Ne vous en faites pas, cela ne vient pas de vous. C'est juste qu'il réagit toujours comme ça. Vous êtes une partie de la mission si je puis m'exprimer ainsi. Il se montrera courtois mais ne cherchera pas forcément à parler avec vous sauf s'il y a un problème.

Le fait que vous ne saviez pas monter à cheval était un problème pour le bon déroulement des opérations. Il fallait donc y palier au plus vite. C'est un formidable instructeur, quoiqu'un peu dur par moments. Pod ne me contredira pas. Il se comportera donc comme tel. Il sera concentré et professionnel. Une fois la leçon terminée, il redevient Foudre. Je ne suis pas vraiment clair dans mes explications et je m'en excuse. C'est que cet homme n'est pas facile à cerner et c'est aussi difficile d'en parler. Ses réactions sont imprévisibles. Pourtant je le côtoie depuis longtemps mais il arrive encore à m'étonner. »


Que pouvait-il lui dire d'autre ? Lui parler du trouble qu'il avait en présence des femmes ? Il n'avait que des soupçons et n'avait pas forcément envie de mettre son ami dans l'embarras. Surtout qu'il en avait déjà trop dit. Heureusement qu'il avait une confiance aveugle en Grâce malgré le peu de temps qu'il avait passé avec elle. D'ailleurs, Roseau se demandait pourquoi. Était-ce un tour de passe passe dû à l'Art ? L'avait-elle manipulé pour en apprendre davantage sur cet homme qui l'intriguait ? Non, ça ne semblait pas être son genre.

Tandis qu'au milieu du convoi, l'ambiance était intimiste et propice aux révélations, devant l'ambiance était plus décontractée. Rutilant et Foudre passaient leur temps à se souvenir et en rire. C'était vraiment une bénédiction d'avoir l'opportunité de s'échapper de la zone d'influence du Père Dévot.

« Qu'est-ce que tu crois qu'il fait là notre petit Roseau ? Il a l'air d'en pincer pour la belle demoiselle. Cela fait un moment qu'ils discutent tous les deux. »

Un sourire se dessinait sur le visage de l'homme de Rippon et il répondit :

« Roseau draguer une femme ? Voyons Rutilant... Il est trop droit pour ça. Je suis sûr qu'il lui raconte ce que c'est la vie d'un servant du dieu marin et qu'il doit se renseigner sur toutes les pratiques des servants de la déesse. La seule chose qui intéresse notre ami c'est la connaissance. Elle ne ressemble pas à un manuscrit, par définition, elle n'a aucun intérêt pour lui. »

Devant la description peu flatteuse que venait de faire Foudre de Roseau, Rutilant explosa littéralement de rire à s'en tenir les côtes. Comme si cela ne suffisait pas, le Père en rajouta une couche en imitant comme il pouvait la voix de l'Haurfondois et d'imaginer la conversation.

« Arrête ça ! Je vais finir par faire sur mon cheval. »

Et les deux hommes rirent ensemble. C'était un moment agréable comme il en arrive souvent dans une vie. Un moment de camaraderie précédant d'autres plus sombres. Mieux fallait en profiter car la suite allait fortement se ternir.
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Dim 31 Mar - 12:23
Aurore de Vincôte
"Héritière" d'Altier de Beaulieu
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Grâce hocha la tête lorsque Roseau évoqua le nom de La Hache d'El. La soigneuse avait entendu parler de lui, quand bien même elle ne l'avait pas rencontré. Combien d'hommes qu'elle avait soigné avaient évoqué ce personnage miraculeux, le bras armé du dieu belliqueux, venu prêter main forte aux armées duchéennes contre ces chiens de rouges ? Il n'était donc pas qu'un mythe ; il était là devant elle, bien en chair et en os. C'était étrange de se dire cela et en même temps, elle comprenait mieux ce que lui avait dit précédemment son compagnon de voyage au sujet du piédestal sur lequel Foudre se trouvait installé contre son gré.
Elle lui avait répondu qu'elle se serait souvenue d'eux s'ils étaient passés entre ses mains, malgré le nombre de blessés dont elle s'était occupée car elle avait une bien bonne mémoire. Les noms n'étaient pas son fort, ajouta-t-elle humblement, sans pour autant dévoiler l'ampleur de ce problème, mais les visages et les blessures ou maladies qui avaient amené les gens à venir jusqu'à elle, elle ne pouvait pas les oublier.

" Oui le monde est petit. " conclut-elle avec un petit sourire.
Il continua à présenter son supérieur, arguant son courage et son caractère durant la grande bataille finale et à travers tous les mots qu'il employait, la jeune femme y percevait une grande admiration. Évidemment, la guerre n'était pas pour lui plaire, elle qui se battait pour la vie, mais elle était un mal nécessaire que la servante d'Eda comprenait et acceptait. Il était des héros qui s'y illustraient et ceux-ci étaient aussi nécessaires au monde dans lequel tous vivaient. Pour les petites gens, pour le simple soldat qui avait risqué sa vie dans un combat qu'il ne comprenait pas complètement, il fallait des figures d'exemplarités, des hommes forts à glorifier pour accepter la cruauté d'un événement comme celui-ci. Ainsi le frère d'El était cet exemple de bravoure qui avait permis à tant d'hommes de tenir, de supporter le sang, les cris et les tripes jusqu'à que le glas sonne la fin de cette bataille horrible, de cette guerre terrible qui avait fait souffrir tant de monde et tomber tant d'autres. L'ennemi était mort, était battu par des hommes de rien autant que par ces héros grandioses dont on chantait et changeraient les louanges pendant des décennies.

Un instant décontenancée par le rire de son interlocuteur, la prêtresse pencha la tête sur le côté. Qu'avait-elle bien pu dire pour provoquer son hilarité soudaine ? Elle lui avait simplement demandé s'il y avait une raison à son comportement envers elle. Roseau s'excusa néanmoins rapidement et tenta de lui expliquer que ce n'était nullement de sa faute si son supérieur se comportait ainsi. Il était ainsi avec la plupart des gens, étrange, parfois distant tout en étant professionnel et perfectionniste lorsque c'était necessaire.

" Je vois... " se contenta-t-elle de répondre, ses yeux bleus perdus dans la contemplation de l'encolure de sa monture.
La jeune femme restait insatisfaite par cette réponse bien qu'elle sembla parfaitement correcte et complète. Elle ne pouvait expliquer pourquoi. Elle aurait peut-être préféré être responsable de ce comportement déroutant en sa présence car ainsi elle aurait pu s'améliorer. Mais apparemment c'était normal... Elle n'était qu'un élément de leur mission, voilà ce qui la blessait le plus en réalité. La demoiselle aurait aimé profiter de cette aventure pour créer des liens avec d'autres gens encore. Les humains étaient la base de sa profession. Les connaître, les comprendre pour mieux les aider, les soigner. Le défi avec Foudre était grand. Peut être trop grand même pour elle. Après tout, il n'avait pas besoin d'elle et s'il continuait à entretenir cette distance, c'est qu'il préférait que cela soit ainsi. Elle ne pourrait pas le forcer à l'apprécier.
Reportant un instant son regard devant elle, Grâce vit les deux frères s'esclaffer et ne put s'empêcher de sourire. Elle continua sa conversation avec Roseau, embrayant avec naturel sur Haurfond qu'elle ne connaîssait pas vraiment et sur lequel elle lui posa quelques questions, histoire de continuer à faire connaissance.

Puis vint l'ultime arrêt de la journée.
La jolie blonde descendit avec plaisir de sa mouture mais prit le temps de gratifier celle-ci de quelques caresses. En contemplant ce regard équin serein, elle se rappelait l'échange paisible qu'elle avait eu avec l'étalon de Clément. Elle avait de la chance d'avoir rencontré un ami comme l'officier et s'était dit qu'elle aimerait bien pouvoir se lier avec d'autres gens encore. Voilà bien longtemps qu'elle mettait son existence entre parenthèse pour s'occuper des autres. Sa famille n'arrêtait pas de le lui rappeler. La mort de la reine et tous les événements qui en avaient découlés l'avait confortée dans l'idée que sa vie était trop courte pour laisser passer sa chance de vivre un peu pour elle également. Elle n'en serait que plus épanouie dans sa vocation.

Pod vint prendre le relais avec l'animal et la jeune femme rejoignit les frères d'El qui s'affairaient également.

" Je peux vous aider en quoi que ce soit ? " demanda-t-elle avec entrain. La douleur dans ses reins était largement supportable et Grâce se sentait même plutôt en forme. " C'est bien plus reposant de monter que de marcher. Donc donnez-moi quelque chose à faire ; j'ai encore plein d'énergie. "
Son sourire lumineux était beau et tandis qu'elle parlait, elle tressait rapidement quelques mèches de ses cheveux dorés pour libérer son visage. Elle n'avait plus monté de camp depuis des années mais c'était un exercice qui lui plaisait jadis. Pas de raison que cela ait changé, son enthousiasme ne s'arrêtant pas aux difficultés physiques éventuelles.

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Lun 1 Avr - 18:05
Foudre
La Hache d'El
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Un moment de rigolade en amenant un autre, la journée passa très vite. Les routes étaient assez sûrs entre le duché de Cerf et de Rippon. C'était un chemin royal qui était régulièrement parcouru par les coursiers de Juste Loinvoyant ou ses troupes. Voyant le ciel tout doucement s'assombrir, il fallait trouver un endroit pour faire le camp histoire de ne pas terminer le montage à la lueur des bougies. Comme tout bon chef respectable et expérimenté, Foudre ordonna à Rutilant de partir en avant pour trouver l'endroit idéal pour le bivouac. Il ne mit pas très longtemps avant de revenir en indiquant qu'il faudrait chevaucher quelques minutes sur la route pour ensuite sortir et chevaucher sur un sentier de bois assez large pour tomber sur l'endroit.

En effet, Rutilant avait trouvé un endroit propice pour s'arrêter pour la nuit. Quelques gros feuillages cachaient l'endroit de la route ainsi qu'une série de pins plantés assez proche les uns des autres. Un creux de terre était là permettant de faire un feu et une légère pente rocheuse était également un plus pour pouvoir s'abriter du vent. Le Père acquiesça en direction de son frère pour lui indiquer son accord de s'établir à cet endroit pour la nuit. Ils descendirent tous de cheval et Pod commença à rassembler les bêtes pour les faire boire et les nourrir. La suite fut de sortir les affaires du chariot pour établir le camp. Grâce qui semblait en forme s'approcha des hommes pour leur demander si elle pouvait apporter son aide tout en précisant que vu qu'elle n'avait pas marché, elle avait encore beaucoup d'énergie. Ils se regardèrent tous sans savoir que répondre. Il aurait été incorrect de leur part de refuser l'aide qu'elle proposait mais d'un autre côté, ils ne savaient pas trop ce qu'ils pouvaient lui faire faire. Ils avaient tellement l'habitude de travailler ensemble que chaque geste était devenu un automatisme. Chacun connaissait son rôle et le faisait sans que personne ne regarde derrière la manière dont il s'en acquittait. N'étant pas les responsables de la mission, Roseau et Rutilant se gardèrent bien de répondre et attendirent que Foudre le fasse. Ce dernier regardait ses frères puis Pod qui s'occupait dans son coin puis Grâce et son regard changeait de direction encore deux ou trois fois avant qu'un son ne sorte de sa bouche.

« Hé bien... Euh.. Trouvez du bois pour le feu ? »

Puis comme s'il venait soudainement de se souvenir de quelque chose, il quitta le cercle et se dirigea vers le chariot et l'homme qui le conduisait. En effet, la chance pour le groupe était d'avoir avec eux cet homme qui était chargé de conduire le véhicule transportant les fournitures mais également de cuisiner. Après avoir discuté quelques secondes avec lui, il se dirigea vers Pod pour lui apprendre qu'il ne serait pas de corvée bois ce soir parce que c'était la sœur d'Eda qui s'en chargerait. Ensuite sa tâche principale fut d'aider ses frères quand ils en avaient besoin tout en ne devant pas croiser la demoiselle.

C'était devenu un art chez lui et il y arrivait sans que ça ne se remarque. Une fois de plus, la mission qu'il avait dû effectuer pour la maison de charmes de Kalibar lui en avait appris beaucoup. Autant il faisait son possible pour ne pas devoir s'adresser à Grâce en changeant continuellement de place, autant il ne pouvait pas s'empêcher de la regarder quand il était certain qu'elle ne le voyait pas. Cette femme était tellement belle qu'il en était intimidé. Elle lui avait touché l'épaule plus tôt dans la journée et lorsqu'elle était venu proposer son aide, le sourire qu'elle avait ainsi que sa manière de jouer avec ses cheveux... Tout était parfait. Elle jouissait d'une aura et chaque geste même les plus anodins montraient à quel point son charme était grand. C'était tout simplement impossible que Foudre puisse lui parler plus de trente secondes sans rougir ou bafouiller. La honte aurait été trop grande. Il était le responsable de la mission et devait donc montrer l'exemple. Il y était habitué depuis le temps, il le faisait presque depuis qu'il avait intégré le Bras d'El. Là, c'était au-dessus de ses forces. L'épreuve était trop grande et El devait certainement bien se marrer en voyant comment son fils gérait la situation.

Quand tout fut fini et que le feu crépitait depuis un bon moment, ils s'installèrent tous autour du feu tandis que le conducteur de chariot faisait cuire le repas. Les discussions débutèrent tout doucement quand tout à coup, Foudre regarda son écuyer et lui dit :

« Jeune homme, cela fait un moment que vous ne vous êtes pas entraîné au combat à l'épée. Certes il commence à faire sombre mais le feu aidant, il y a moyen de s'amuser un peu. »

L'écuyer déglutit à l'idée de devoir s'entraîner maintenant après une journée entière à cheval ainsi qu'après s'être occupé des chevaux et avoir aidé à monter le camp. Il était un peu fatigué comme tout le monde mais il n'avait rien à dire, il était en phase d'apprentissage et devait donc obéir. Par chance, son instructeur dit :

« Rutilant, tu vas t'amuser avec lui et moi, je vais m'installer près du feu et regarder. »

Rutilant se leva donc pour jouer avec l'apprenti et Foudre s'installa à la place qu'occupait précédemment le Béarnois. Les hommes se saluèrent puis commencèrent le combat. Roseau, assis à côté de Foudre, parlait avec Grâce. Tandis qu'il regardait son frère et son écuyer se battre, Foudre écoutait également la conversation et participait de temps à autre sans jamais regarder ses interlocuteurs dans les yeux. Au mieux, il regardait les flammes qui jouaient dans le feu. Au bout de dix minutes, Foudre interrompit l'exercice et expliqua à Pod ce qu'il devait améliorer. Rutilant en rajouta une couche en disant que le petit n'avait aucune chance face à un adversaire aussi doué que lui et Foudre le remit également à sa place en détaillant tous les points qu'il avait vu et que son frère ferait bien de corriger sous peine de se faire singulièrement rossé par quelqu'un de plus expérimenté que le gamin. Le Béarnois fit mine de bouder en s'installant près du feu et ne prononça pas un mot pendant plusieurs minutes.

Le repas étant prêt, Foudre se leva pour servir Grâce ainsi que ses hommes et les bruits de conversations s'estompèrent au profit du crépitement du feu et des bruits de bouche de chacun.
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Mer 3 Avr - 13:46
Aurore de Vincôte
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Elle partit d'un bel éclat de rire en voyant leurs têtes. Ils étaient rodés à l'exercice, entre eux, chacun avec une ou plusieurs tâches dévolues et la prêtresse les prenait au dépourvu. Toujours souriante, la jeune femme se mit ensuite au travail, récupérant sans crainte de se salir quelques buches et fagots de bois pour alimenter le feu pour la nuit. La douceur et la délicatesse de Grâce contrastaient avec l'énergie dont elle faisait preuve à tout instant. Il lui en fallait déjà beaucoup pour la fatiguer réellement, alors une journée comme celle-ci était plutôt reposante.

Ils s'installèrent finalement tous autour du feu, tandis que le cuisinier préparait sa tambouille. Roseau reprit place à ses côtés pour continuer à discuter avec elle. Le père supérieur choisit ce moment de calme collectif pour que son écuyer s'entraîne au maniement de l'épée. Ce dernier n'était guère ravi mais au moins fut-il déjà plus rassuré de ne pas avoir à affronter le Bras d'El en personne pour son entraînement.
Tout en continuant de parler à son voisin de choses et d'autres, au gré des idées qui leur venaient à l'esprit, la blonde ne perdit pas une miette de ce qu'elle voyait. Elle n'y connaissait rien en déplacement martial, en feinte et autre attaque mais son œil voyait quant à lui les rotations du corps, des articulations. Elle percevait les déplacements, les fermetures forcées du corps, les tensions qui l'habitaient, les blocages conscients et inconscients que les hommes exerçaient sur leur squelette et les muscles durant l'exercice. C'était fascinant à observer pour son regard expert sur ces questions-là.

" Si je peux me permettre... " s'incrusta-t-elle dans les explications fournies par Foudre au terme de l'entraînement.
Elle l'avait laissée parler, exprimer à son apprenti comme à son frère ce qui n'allait pas et la soigneuse n'y entendit d'ailleurs pas grand chose. Elle avait remarqué quant à elle une toute petite chose et elle ne pouvait pas la laisser passer.
Aussi se leva-t-elle et vint saisir de ses deux mains fines le poignet droit de Pod sans lui demander son avis. Elle le fit tourner dans un sens puis dans l'autre, notant entre ses doigts l'endroit exact où elle sentait le blocage.
De l'index et du majeur, elle exerça une pression ferme sur l'emplacement tout en reprenant plus lentement la torsion de l'articulation avec son autre main.
" Tu ressentais mal le poids de l'arme lorsque tu mettais sa main dans ce sens, non ? " s'enquit-elle en faisant la démonstration avec sa propre main. " Essaie maintenant. "

Elle se recula pour le laisser expérimenter. L'écuyer était perplexe, bien entendu. Elle n'avait visiblement pas fait grand chose mais son action, si petite soit-elle, était précise et avait soulagé une tension que le jeune homme n'identifiait pas comme un mal. Maintenant qu'il avait retrouvé une mobilité normale à son poignet, il pourrait s'en servir plus efficacement pour bien des choses.

" Tout le monde a des tensions dans son corps. Certaines sont utiles, d'autres passagères et d'autres plus mauvaises car elles peuvent entraîner des mauvaises postures. Et peuvent ensuite amener des véritables gènes, voire des douleurs sur le long terme. " expliqua Grâce en se rasseyant à sa place.
Elle finit par poser ses prunelles d'azur sur chacun d'entre eux avec un sourire. Sans qu'elle ne le calcule sciament, celui qu'elle adressa à son voisin ripponais fut plus doux, alors qu'elle chercha à capter son regard.
" Si je cherche un peu, vous en avez tous. " conclut-elle entre sérieux et amusement alors qu'elle achevait son tour par Roseau.

Ce fut justement le moment que choisit le cuisinier pour signifier que le repas était prêt. Le père d'El fit le service et tout le monde se tut pour savourer la chaleur de la nourriture ingurgitée et du feu.
Grâce profita de ce calme sans se poser de questions. Quand on était à l'aise avec des gens, le silence était sincère et nulle gêne ne l'entravait. Elle était la pièce rapportée de leur mission mais ils ne changeaient pas leurs habitudes pour elle et elle leur en était reconnaissante. Son esprit vagabonda vers les mystères qui l'attendaient au bout du voyage tandis qu'elle piochait, le regard de plus en plus absent, dans son écuelle. Elle se demandait vraiment quel malheur pouvait bien s'être abattu là-bas pour qu'on la dépêcha si promptement.
Une bourrasque la ramena à la réalité. Le ciel se couvrait de nuages, cachant progressivement les étoiles qui peinaient à scintiller dans l'obscurité. Ils ne s'attarderaient pas à veiller de toute manière ; le départ se ferait avant l'aube pour progresser efficacement.

La jeune femme se tourna alors vers Foudre, qui se trouvait toujours être son voisin. Ses cheveux blonds qu'elle avait redétachés tombaient sur son épaule en direction du feu, tandis qu'elle penchait la tête en sa direction. Elle avait une chose à lui demander, en sa qualité de chef. Ses yeux bleus lui souriaient, comme si elle était contente d'avoir une raison de lui adresser la parole.

" J'aurais une requête pour ces prochains jours. Maintenant que je me débrouille assez à cheval... Si le temps le permet, j'aurais besoin de m'arrêter pour cueillir quelques plantes. Mon stock a bien diminué en ville et je préfère les ramasser moi-même. "
Elle aurait bien aimé pouvoir parler davantage avec lui, de tout, de rien, d'autres choses comme avec les autres. S'il voulait se borner à son rôle de superviseur du groupe en sa compagnie, la demoiselle essayerait quand même, en douceur.
" Je peux m'en occuper seule mais si vous voulez que quelqu'un reste avec moi, ce n'est pas un problème.
Grâce se dit qu'il fallait qu'elle lui montre qu'elle n'était pas que la cargaison qu'ils devaient convoyer depuis Castelcerf. C'était peut-être l'occasion de lui tendre la main, de faire le premier pas vers cet homme mystérieux qui l'intriguait.
" Vous même pourquoi pas... Je peux vous apprendre quelques petites choses sur les soins qui peuvent servir à un chef. "
Elle cligna des yeux, un peu anxieuse de la réponse qu'il pourrait lui donner. Pas sur l'autorisation de cueillir les plantes, mais bien sur la proposition de partager un moment privilégié avec elle pour apprendre à la connaître.
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Sam 6 Avr - 18:22
Foudre
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Peu avant de manger, Grâce avait fait montre d'une petite dose de sa science du corps humain et des soins à y apporter en manipulant le poignet de l'écuyer. Son action avait permis au jeune homme de ne plus ressentir la moindre gène en faisant le mouvement à plusieurs reprises. Il regardait la sœur avec gratitude et étonnement. Un merci timide sortit de sa bouche et les frères écoutèrent tous ce qu'elle disait alors qu'elle se remettait à sa place. Tandis qu'elle les regardait à tour de rôle, ils se mirent à réfléchir à ce qu'elle venait de dire. Réflexion qui fut bien vite interrompue par le cuistot qui indiquait que la tambouille était prête. Ventre affamé n'a pas d'oreilles comme disait l'adage et ces hommes avaient faim. Pendant que Foudre faisait le service, il réfléchissait aux paroles de la pratiquante d'Eda. Il se demandait s'il avait des tensions qui l'empêchait d'être à cent pour cent apte à combattre. Il se demandait également si c'était dû à une mauvaise habitude prise en ne faisant pas les mouvements correctement ou des tensions qui étaient simplement due à l'âge. Puis une réflexion en entraînant une autre, alors qu'il était installé pour manger et qu'il regardait le feu au milieu d'eux, ses pensées dérivèrent jusqu'à un souvenir qui lui paraissait venir d'un temps lointain.



* * * * *



La journée avait été éprouvante comme celle d'hier et encore celle avant. Frère Foudre s'était retiré dans sa chambre pour profiter d'un bain au calme. Il faut dire que sa mission actuelle lui demandait beaucoup de sang froid dans un endroit qui n'était pas réputé pour qu'il le reste longtemps. Pourquoi était-ce tombé sur lui ? Que faisait-il dans un endroit pareil ? Pourquoi un guerrier d'El devait-il apprendre à des femmes travaillant dans un bordel à se défendre ? Il ne remettait pas en cause le fait que les femmes devaient savoir se défendre. Il imaginait très bien que certains clients pouvaient profiter du fait de se retrouver devant des femmes pour tenter d'avoir plus que ce pourquoi ils avaient payés. Mais  ce qu'il ne comprenait pas, c'était pourquoi un homme du clergé ? Pourquoi pas un mercenaire ou encore un maître d'armes ? Ça devait courir dans la région ce genre de profil.Lui n'en pouvait plus de devoir remettre à leurs places toutes ces femmes qui certes se montraient appliquées mais elles se montraient également motivées par une autre sorte de style de combat.

Il s'abaissa dans sa bassine d'eau chaude pour pouvoir mettre sa tête dans l'eau. Ses jambes sortaient de part et d'autre du récipient mais il était sur le dos avec juste le nez qui dépassait. Là, les bruits semblaient plus lointain. Il y avait un calme relatif, il se retrouvait avec lui-même entendant bien mieux sa respiration. Il prit un moment à y faire attention. C'était un moment à lui et rien qu'à lui. Personne dans la pièce, pas de rires, de cris juste du calme. Puis, un bruit se fit entendre. C'était sourd, bref mais reconnaissable tout de même. La porte venait de se refermer. Foudre se redressa, sans se lever, permettant à ses jambes de se réchauffer dans l'eau et tourna la tête vers la source du bruit. Lui était dans sa bassine se trouvant dans la salle d'eau de sa chambre. Quelqu'un venait d'entrer mais n'était pas encore arrivé jusqu'à lui.Il ne mit pas longtemps à voir qui était ce quelqu'un. C'était une demoiselle, une de ses élèves.

« Qu'est-ce que vous faites là ?! »

« On se calme mon joli. C'est Dame Suave qui m'envoie. Elle m'a demandé d'apaiser vos muscles. Je suis sûr que vous avez des tensions, un petit massage ?. »

« Je... Quoi ? Un... Non ! Je... Sortez ! »

« Oh c'est mignon, il a l'air gêné. »

Foudre avait attrapé la serviette qui se trouvait près de sa bassine tout en se redressant. Elle ne vit qu'un morceau de fesse avant qu'il ne soit caché par le linge. Le Frère d'El le mit autour de lui comme un pagne et sortit de l'eau. Il ne savait plus où se mettre ni que faire pour faire comprendre à la demoiselle qu'elle devait sortir de la pièce.

« Je n'ai pas besoin.. Euh.. Besoin.. Oui, c'est ça.. Besoin de rien.. Je... »

« Je suis sûr que vous avez besoin d'un bon massage mon petit Foufou... »

« Je.. Non ! Je m'appelle Foudre. Pas Foufou. Je.. Sortez ! »

La demoiselle n'en faisait rien. Elle était dans l'embrasure de la porte s'il y en avait eu une. C'était juste un espace dans le mur qui donnait accès à la chambre. Elle restait là. Elle n'avançait pas vers l'homme, elle ne faisait que l'asticoter verbalement tout en regardant son torse. Puis, elle s'avança...

« Un massage mon petit Foufou. C'est que vous devez être épuisé après une journée pareille. Il a fait bien chaud en plus. Laissez-moi faire, ça ne peut pas vous faire de mal. »

Foudre ne savait plus quoi faire, il reculait tandis que la demoiselle avançait. Il se retrouva bien vite coincé contre un mur.

« C'est fou ma parole. Eda m'en est témoin, vous êtes d'une assurance folle quand vous nous apprenez les armes et là, on dirait un chérubin qui a besoin de sa mère. »

Parfois il arrive que l'on sorte une phrase malheureuse et que l'on déclenche une réaction en face qui n'était absolument pas prévue au programme et qui, bien souvent, prend l'interlocuteur complètement au dépourvu. Parce qu'elle ne pouvait pas savoir. Elle était à cent lieux de connaître la vie de l'homme qu'elle avait en face d'elle. Elle ne connaissait rien de lui et lui n'était pas là pour apprendre à connaître ces femmes. Le rouge de la gène fut bien vite remplacé par le rouge de la colère. Son regard changea également du tout au tout. La demoiselle devant ce déferlement d'émotions battit bien vite en retraite pour aller se réfugier dans sa chambre de peur de voir débarquer cet homme pour lui en coller une, chose qu'il n'aurait jamais fait mais ça encore, elle l'ignorait.



* * * * *



Ce furent les paroles de la jolie Grâce qui sortirent le Père de ses souvenirs. Elle semblait avoir besoin d'un service, du moins  c 'est ainsi que Foudre le comprit. Elle avait besoin de remplir sa besace de plantes et autres simples parce que son stock avait diminué. Elle argumentait qu'elle pouvait le faire seule mais que s'il le voulait, quelqu'un pourrait l'accompagner. Et elle proposa également que ce quelqu'un pouvait être lui et qu'à ce titre, elle pourrait lui apprendre certaines choses sur les soins. Cette dernière phrase ne fit pas encore écho dans l'esprit du Champion d'El. Il voyait toute la logistique qui s'était mise en place et celle qui resterait encore à mettre en place. Tandis qu'ils étaient là, autour du feu, il savait que leurs Ordres respectifs bougeaient pour organiser au mieux la mission à venir. Le chariot qui suivait la troupe était la preuve de cette préparation. Il y avait des vivres, des tentes et tout un tas d'autres trucs qui serviraient une fois sur place. Ils n'avaient pu embarquer grand chose vu qu'ils n'avaient qu'un seul chariot. C'était autant par rapidité que nécessité. Plus de chariots demandait plus de temps pour arriver à destination mais attirait également l'attention. Foudre aurait préféré ne pas avoir ce chariot avec eux pour pouvoir arriver plus vite sur place. Il avait été obligé de le prendre, le Père Dévot voulant apporter sa maigre contribution. Et voilà que la sœur d'Eda lui demandait, si cela était permis, de prendre le temps de remplir son stock.

« Vous n'avez plus assez de stocks ? C'est ainsi que vous vous préparez pour vos missions ? Et vous comptez sur moi pour vous aider à combler votre négligence ? »

Aucune colère dans sa voix, il parlait comme le chef de mission qu'il était. C'était un peu froid mais direct. Pas de fioriture. Grâce aurait fait partie de l'Ordre d'El, il se serait permis de la sermonner vertement parce qu'il ne tolérait pas l'à peu près dans son unité. Roseau et Rutilant bien que coutumier du fait furent néanmoins étonnés d'entendre leur supérieur répondre de la sorte à la demoiselle.

« Le temps est quelque chose qu'il nous manque justement. Mes ordres sont clairs. Arriver le plus rapidement sur place afin de nous mettre au service de nos Ordres respectifs ma sœur. La situation, bien que je ne la connaisse pas dans son ensemble, mérite apparemment notre plus vive intervention. Je ne peux permettre à ce groupe de perdre du temps à rechercher des racines. Il faut que j'amène ce chariot à destination dans les délais les plus courts. Nous avons déjà dû faire un léger écart pour vous permettre de vous améliorer à cheval. Calcul qui me semblait le plus payant afin de gagner du temps par la suite. Vous comprendrez que votre demande, je ne puis la satisfaire compte tenu de la situation. N'y voyez rien de personnel. »

Il se leva d'un coup et se dirigea vers sa tente. Il était plus que temps d'aller dormir. Un peu de repos avant de devoir à nouveau chevaucher toute la journée pour se rapprocher du but de leur mission. Voyant leur chef partir sans autre explications, ils se levèrent à leur tour. Rutilant dit à Roseau et Pod qu'il prenait le premier tour de garde et qu'ils n'avaient qu'à aller dormir. Ils souhaitèrent bonne nuit à la jeune femme avant de disparaître également.
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Dim 7 Avr - 11:08
Aurore de Vincôte
"Héritière" d'Altier de Beaulieu
Aurore de Vincôte
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" Pardon ?! " répondit-elle de premier abord. Son regard avenant s'assombrit sous la colère. Se faire rabrouer, la prêtresse pouvait l'entendre mais son ton froid et les paroles dites étaient blessantes. Négligente et pas préparée, disait-il. Mais il se prenait pour qui à la discréditer ainsi ? Il n'avait pas la moindre idée de sa vie, ni de sa façon de travailler. Elle ne comptait pas le laisser s'en tirer comme ça.

Sans avoir prêté la moindre attention aux autres prêtres qui lui souhaitaient bonne nuit, Grâce emboita le pas à Foudre jusqu'à sa tente. La soigneuse était obstinée ; pour un patient récalcitrant, elle pouvait se fâcher réellement et s'entêter jusqu'à lui faire entendre raison. Elle était physiquement capable de retenir quelqu'un qui se débattait si elle le jugeait nécessaire à sa santé. Elle n'allait donc pas se laisser dire qu'elle n'était pas une bonne pratiquante simplement parce qu'elle n'avait pas eu les moyens de se refaire un stock.

Le Père ayant des jambes plus rapides et ne se souciant pas de savoir s'il était suivi , il avait déjà regagné sa tente quand la jeune femme y arriva à son tour. Elle en souleva le pan d'ouverture et se glissa à l'intérieur sans y avoir été invitée.
" Foudre, écoutez-moi. "
La blonde tiqua un instant au fait que le prénom du prêtre sortit ainsi simplement de sa bouche. Elle qui évitait toujours soigneusement d'avoir à les énoncer car elle ne les retenait pas, se surprit à l'avoir dit sans réfléchir. Était-ce la situation qui voulait ça ? Elle n'était plus en colère car elle ne le restait jamais bien longtemps. Mais assurément, elle avait été blessée et comptait bien le lui faire comprendre.

Elle lui laissa simplement le temps de se retourner vers elle avant de commencer. Sa voix était posée, mélodieuse comme à son ordinaire, et ses yeux bleus captèrent rapidement ceux de son confrère d'El. Elle ne parlait pas fort mais la promiscuité que leur offrait la tente amenait à ce ton presque intimiste.
" Vous avez peut-être eu le temps de vous préparer. Le temple vous aide et j'en suis contente pour vous. Moi je suis seule. Seule avec des patients qui ont eu besoin de moi jusqu'à la dernière minute avant que je parte du château. Vous avez surveillé l'écoulement d'un furoncle à plus de minuit hier ? Panser une cheville foulée, contrôler une cicatrice et nettoyer un œil collé, en avalant votre morceau de pain ce matin ? Donner des instructions pour qu'on s'occupe à votre place d'un patient traumatisé et le quitter la boule au ventre en se demandant si c'était une bonne idée ? "
Elle marqua une pause, reprenant son souffle. Laisser un patient aux bons soins d'autres gens était la partie la plus difficile pour un soigneur. Ses mains posées sur ses cuisses se serrèrent un peu en pensant à cela. Le cas du vifier était particulier et elle se raccrochait à l'idée que Clément aurait toujours un œil sur lui et sa sécurité.

Le temps d'une respiration et elle enchaîna sans lui laisser la possibilité de rétorquer.
" Dites-moi juste qu'on n'a pas le temps de s'arrêter. Ça, je l'entends, je le comprends. Mais je ne vous permet pas de juger mon travail et la façon dont je m'organise. C'est moi et moi seule qui ait été appelée pour cette mission. Je n'appartiens à aucun temple et à tous à la fois. De fait, personne ne m'aide et je ne leur demande pas de le faire. "

Elle n'avait aucun pécule personnel et se procurait ses simples par cueillettes ou grâce aux trocs. Les patients qui en avaient les moyens achetaient pour elle ce dont elle avait besoin pour les soigner mais la plupart du temps, elle se débrouillait avec son stock personnel qu'elle devait reconstituer régulièrement. Après des semaines passées à Castelcerf, il était logique qu'elle ait vu ses réserves personnelles diminuer sans avoir trop la possibilité de les refaire.

Elle s'arrêta là, pinçant sa lèvre inférieure, le fixant droit dans les yeux, cherchant à savoir si le message était clairement passé.
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Jeu 11 Avr - 15:35
Foudre
La Hache d'El
Foudre
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Le message de Foudre n'avait pas plu à la demoiselle. En soi, rien de neuf sous le soleil d'Eda, le Père était coutumier du fait. Il ne mâchait pas ses mots et n'épargnait personne. Pas même ses supérieurs ou les nobles. Mais jamais il n'aurait pensé qu'elle l'aurait suivit jusqu'à s'introduire dans sa propre tente. En général les gens ruminaient et quand ils recroisaient le Champion d'El, ils attaquaient. Là, Grâce réagit directement en se permettant d'entrer dans son espace personnel.

Comme la tente n'était pas très grande, il était à genoux pour se déplacer à l'intérieur. Entendant son nom, il se retourna et fut quasi nez à nez avec la soigneuse du temple d'Eda. La colère le gagna en un dixième de seconde mais la gène également. La Béarnoise était très proche, trop proche. Une perte d'équilibre de sa part et elle pouvait toucher la tête de Foudre dans sa chute. L'homme n'était pas à l'aise d'avoir une personne aussi près de lui. Ce qui annula son envie de crier directement pour la faire sortir de sa tente. Il voyait son beau visage, ses jolis yeux et sentait son odeur. Tous ces éléments ajouté à la promiscuité due au lieu ne le mettait clairement pas en situation de force et il détestait ça. La sœur fit son sermon sans laisser un instant au Ripponais pour répondre. Elle ne parlait pas de manière agressive, elle cherchait simplement à se justifier et à montrer qu'elle n'était pas en accord avec ses paroles, qu'elle avait été blessée quelque part. Puis, elle cessa de parler et regarda Foudre dans les yeux pour vérifier que son message était passé. Et il était passé.

« J'ai entendu ce... ce... que vous aviez à dire, à me dire. Maintenant, euh... sortez de ma tente ! »

Elle était vraiment trop près de lui et il avait du mal à garder ses idées claires. Ses pensées étaient bloquées et il ne voyait que le problème le plus immédiat. Grâce devait sortir de sa tente parce qu'il n'arriverait à rien si elle restait là. C'était son espace et il ne le partageait avec personne et encore moins une femme. Du moins, pas sans l'avoir décidé lui-même et là, il n'avait rien décidé. Son cœur s’accélérait sous l'effet du stress et il faisait tout son possible pour garder un air fermé, concentré afin qu'elle ne voit pas son malaise. Mais il n'était clairement pas bien. Il avait des sueurs froides qui lui coulaient dans le dos. Il tentait de rassembler ses idées mais rien n'y faisait, il n'y arrivait pas. Un homme aurait fait pareil, il se serait déjà retrouvé dehors les quatre fers en l'air avec un beau coquard en prime. C'était un sanguin par moment mais pas un sauvage, il avait quand même des manières et l'une d'elles était que l'on ne frappait pas une femme, du moins pas sans raison.

« Cette discussion n'est pas terminée... Pas finie, euh je viens de le dire... On en reparlera plus tard... Pas maintenant... Euh oui c'est ce que ça veut dire. Je me répète, c'est la fatigue. »

Grâce semblait satisfaite, son message était passé. Elle ressortit donc de la tente comme elle était arrivée. D'un seul coup, la tension redescendit d'un cran. Foudre souffla comme s'il avait retenu sa respiration tout du long. Il était accroupi dans sa tente et descendit sa tête à hauteur de ses genoux pour se calmer. Il était en position fœtale ou presque essayant de rattraper un rythme cardiaque normal. Il faisait de grandes inspirations, il bloquait et de grandes expirations et il bloquait également. Ce petit manège recommença plusieurs fois jusqu'à ce qu'il fut à nouveau calme. Tandis qu'il faisait son petit exercice, son esprit refonctionnait à plein régime. Il repensait aux paroles de la soigneuse et d'un coup sa colère monta. Impossible de dormir après ça, il était trop en colère contre lui-même pour ne pas avoir réussi à répondre immédiatement mais également contre la demoiselle pour s'être permis quelque chose que ses hommes n'auraient jamais osé.

Tout le monde s'installait pour dormir, à l'exception de Rutilant qui officiait comme premier guetteur, quand Foudre sortit de sa tente et ordonna :

« REPLIEZ-TOUT, ON S'EN VA ! »

Les têtes de Pod et du conducteur de chariot sortirent de derrière le chariot tandis que celle de Roseau sortit de la tente qu'il occupait avec Rutilant. Tous étaient étonnés. Rutilant qui était le plus près de son supérieur demanda :

« Pardon ? Mais je pensais que l'on devait s'arrêter ici pour la nuit. »

Foudre s'approcha de son ami mais néanmoins subalterne. On pouvait voir qu'il y avait une tête de différence entre les deux.

« T'es pas là pour penser mais pour faire ce que je te dis de faire. On remballe et on continue notre chemin, ce chariot n'arrivera pas à destination tout seul, AU BOULOT ! »

Inutile de discuter avec Foudre quand il était dans cet état là, mieux valait encore suivre ses ordres. Les hommes se mirent donc à démanteler le camp pour ranger tout dans le chariot ou sur leurs chevaux pour les plus petits paquets. Une fois terminé, ils reprirent donc la route de nuit. Le chef d'expédition étant en pétard, il voyageait seul devant à ruminer ses pensées. Les autres étaient non loin du chariot comme une sorte de filet protecteur. La majorité de la nuit passa ainsi. Certains somnolaient sur leur monture, d'autres regardaient le paysage sans vraiment y faire attention. Au petit jour, Foudre fit faire demi-tour à son cheval et dit :

« Pod, tu vas accompagner la sœur pour qu'elle récolte ce dont elle a besoin. Nous continuions notre route, vous n'aurez qu'à nous rattraper. »

Son ton était calme. Il ne hurlait pas, ne parlait pas de manière agressive, il donnait juste ses instructions sur le ton qu'un chef devait avoir.

« Ma sœur.. Concernant notre discussion... C'est votre choix de travailler seule. C'est une décision courageuse, que je respecte et félicite, mais qui demande également plus d'organisation vu que vous ne recevez pas d'aide. Je vais me répéter et quelque part insister. C'est votre choix et donc votre responsabilité. A vous de tout faire pour que ça n'arrive plus. Je ne juge absolument pas, je ne fais qu'énoncer une vérité. Mon rôle est de pousser chacun à donner le meilleur de lui-même. Ce n'est peut-être pas très pédagogique, mes méthodes manquent peut-être de finesse mais je ne suis pas là pour materner, je suis là pour garder tout le monde en vie et les amener à donner le meilleur d'eux-mêmes.

Votre rôle n'est pas facile, j'en suis conscient mais vous l'avez choisi et devez donc faire avec la difficulté que cela comporte. Il n'y a pas de place pour se plaindre, ça ne fait pas avancer les choses et personne ne s'arrêtera pour écouter les désagréments que vous rencontrez dans votre métier. Les gens sont égoïstes, ils feront les beaux pour obtenir quelque chose de vous et une fois cette chose obtenue, ils vous oublieront. Vous seule pouvez vous venir en aide.

Et une dernière chose, nous voyageons ensemble à la demande de nos ordres respectifs, ce qui fait de moi le responsable de cette mission pour votre plus grand malheur à tous. Tout comme un capitaine de navire est seul maître à bord, il en est ainsi pour ce convoi. Donc, je peux me permettre de juger tout ce qui touche de près ou de loin à cette mission.Cela fait bien longtemps que vous voyagez seule et donc n'avez plus l'habitude, je le comprends. Malheureusement, il faudra vous y faire. »


Toute la nuit, il avait réfléchi à la demande de la demoiselle. Il avait fini par trouver cette solution mais avait préféré charger Pod de l'accompagner. Lui, impossible. Il avait encore en tête ce qui s'était passé dans la tente et son malaise. Il ne voulait pas se retrouver seul avec elle. Trop dur. Toute colère ayant quitté son esprit, il avait parlé tout simplement. Cela n'était sans doute pas plaisant pour Grâce de devoir se plier aux ordres de quelqu'un d'autre surtout quand l'on était habitué à voyager seule depuis très longtemps mais à événement exceptionnel mesures exceptionnelles.
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Lun 22 Avr - 20:04
Aurore de Vincôte
"Héritière" d'Altier de Beaulieu
Aurore de Vincôte
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Naïvement d'abord, elle crut que tout était réglé. Foudre avait entendu ce qu'elle avait à dire et elle n'en attendait pas davantage. La prêtresse n'espérait pas le faire changer d'avis sur la décision qu'il avait prise. Elle n'avait pas été lui tenir ce discours dans ce sens. Non, elle tenait simplement à lui préciser qu'elle n'avait pas été en mesure de se préparer pour cette mission comme eux avaient eu le temps de l'être.
Grâce remarqua bien entendu l'hésitation dont il fit preuve à son encontre et elle se rendit compte de l'incongruité de son intervention dans la tente. Maintenant qu'elle s'y trouvait, elle ne pouvait faire demi tour... Il fallait aussi dire qu'elle n'avait pas la même notion d'intimité que bien des gens. C'était comme la pudeur. Son métier l'emmenait à être au plus proche de l'autre, à entrer dans l'intimité de ses maux. Elle l'avait finalement acquis pour elle, sa vie de tous les jours et sa relation aux autres d'une manière générale. D'autant qu'elle était naturellement sincère dans tout ce qu'elle disait ou faisait.


Un peu chamboulée d'avoir provoqué ce malaise chez son interlocuteur, la jeune femme quitta la tente et se dirigea vers celle qui lui était attribuée. Elle s'apprêtait à y entrer quand Foudre ressortit de la sienne et injoncta à plier les bagages et reprendre la route. Ce brusque revirement surprit tout le monde et Grâce ne put que s'en vouloir d'être à l'origine de cette décision. Bien qu'elle n'en comprit pas bien la raison, il semblait évident que son intervention avait fait changer d'avis le chef d'expédition. Cela lui tourna en tête la nuit durant, montée sur son cheval qui avançait seul en suivant les autres. Tous étaient fatigués et aspiraient au repos. Il n'y eut bien qu'elle pour ne pas ressentir la fatigue mais elle se laissa aller à mille pensées qui occupèrent les heures nocturnes. Elle passa ainsi de Foudre et sa manière si particulière de réagir, à Clément et sa retenue de soldat, à Roseau et sa facilité à parler, à Franc et sa détresse, à tous ses derniers patients dont les noms lui échappaient mais qui avaient chacun une particularité qui l'avait marqué le temps qu'elle les avait fréquenté.


La prêtresse sursauta quand le Père vint à ses côtés pour lui parler. Elle pensait qu'il ne voudrait plus lui adresser la parole. Elle ne put alors s'empêcher de sourire. Il demandait d'abord à Pod de l'accompagner pour qu'elle ramasse ce dont elle avait besoin. Ses yeux bleus s'arrondirent de surprise. Elle s'était faite à l'idée qu'elle aviserait une fois sur place ou qu'elle profiterait des haltes de midi ou du soir pour tenter de trouver des choses aux alentours de leur campement.


" Merci... " commença-t-elle avant de recevoir le discours qu'il lui réservait. Il n'avait pas compris l'ensemble du message qu'elle lui avait destiné la veille. A aucun moment, elle n'était venue pour se plaindre. A aucun moment, elle n'avait attendu de lui un quelconque changement dans ses plans. Elle avait tenté sa chance et elle n'avait pas réussi. C'était normal d'essayer et jamais l'échec n'avait eu raison de sa motivation à avancer. Mais il n'avait pas compris cela et la prenait pour une jeune femme qu'elle n'était pas. Encore. Elle avait néanmoins compris qu'il lui faudrait être plus patiente pour réussir à l'approcher et avoir une vraie conversation avec lui.
La jolie blonde se contenta d'acquieser à ses paroles, gardant son sourire. Elle avait un peu mal au cœur encore d'être vu comme une personne plus faible qu'elle n'était mais elle le garda pour elle cette fois-ci.


La cueillette en compagnie du jeune écuyer fut l'occasion pour lui apprendre à reconnaître quelques plantes et arbres. La jeune femme aimait distiller son savoir à qui voulait bien l'entendre ; sa patience et sa douceur faisaient d'elle un professeur bien différent que celui que le jeune garçon fréquentait actuellement. La nature était certes encore endormie en cet hiver mais il était possible de voir les prémices de sa beauté. Les racines intéressaient essentiellement la soigneuse mais il fallait de bons yeux pour reconnaître à la surface celles qu'il lui fallait. L'entraînement seul était la clé, assura-t-elle à Pod. Comme dans toutes choses, il fallait essayer encore et encore, pratiquer, s'exercer, rater et recommencer pour finir par réussir. Un coin de sa tête n'arrêtait pas de penser à Foudre et aux raisons de son comportement à son égard. Il lui avait laissé une chance alors qu'il prêchait qu'il ne fallait rien attendre des autres et qu'elle devait se débrouiller par elle-même car c'était une vie de solitaire qu'elle avait choisi. Qu'il soit dur envers lui-même et ceux qui l'entouraient n'était pas surprenant à bien y réfléchir. Son existence n'avait pas été facile dès son commencement d'après ce que lui avait appris son compagnon. Il avait aussi cette charge de responsabilité sans cesse visée sur les épaules qu'il le veuille ou non ; elle faisait partie de l'image qu'il renvoyait aux autres et il ne pouvait s'en défaire sous peine de décevoir ceux qui croyaient en lui.


" Rejoignons les autres... Cela sera suffisant. "
Cela ne l'était assurément pas mais elle n'avait pas envie de priver le jeune homme qui l'escortait de toute nouvelle pause par sa faute.
Ils arrivèrent à rattraper le groupe quand celui-ci se fut arrêté pour déjeuner. Grâce avait partagé son pain avec l'écuyer en chemin, voyant l'heure du zénith se rapprocher. Qu'il ait un petit quelque chose dans le ventre au cas où ils repartent rapidement.


La demoiselle de Béarns s'approcha de Foudre, alors que celui-ci allait remonter en selle après avoir ordonné le départ. Elle était arrivée de manière à ce qu'il la vit, afin de ne pas le surprendre une fois de plus.
" Je suis désolée pour hier soir. J'aurais dû m'annoncer avant de vous déranger mon Père. "
Ses beaux yeux d'azur avaient un petit grain de tristesse qui ne leur seyait guère. Elle ne savait pas comment s'y prendre avec ce curieux personnage sinon avec douceur et patience. Cela serait-il suffisant néanmoins ?
" Merci encore pour m'avoir permis cette digression. Il n'était pas nécessaire de satisfaire à ma requête. Les ordres sont les ordres et je sais m'y plier. "
Elle inclina la tête pour appuyer ses dires. Puis la releva en souriant, ses yeux pétillant de leur bel éclat de vie. Elle ne voulait pas rester sur cette note solennelle. Elle n'était pas ainsi à s'apesantir sur le négatif.
" Menez-moi à bon port et vous verrez qu'une soigneuse peut être aussi obtinée qu'un soldat quand il s'agit de bien faire les choses. Peut-être même plus. " s'amusa-t-elle à conclure avant de tourner les talons en une jolie pirouette gracieuse pour trotiner vers sa propre monture. Pas question qu'il dise, ou se dise, qu'elle les mettait en retard encore une fois.
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Jeu 2 Mai - 0:40
Foudre
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Grâce partit avec Pod à la recherche de ce qui lui manquait tandis que les autres continuaient leur chemin. L'homme de Rippon était content de voir que la sœur n'avait rien répondu. Elle s'était contentée d'écouter et d'acquiescer, une vraie attitude de soldat même si elle n'en était pas un. Était-ce la solution à adopter pour lui parler ? Certes, elle n'était pas habillée comme tel mais la relation n'en serait que plus facile pour Foudre. Il n'avait aucun soucis à parler avec un soldat de sexe féminin. Il donnait ses ordres et son interlocutrice exécutait ses ordres. Simple, efficace, chacun restait à sa place. Devait-il considérer la sœur d'Eda comme un soldat ? Est-ce qu'elle l'accepterait ? Elle semblait avoir un caractère bien affirmé. Vu qu'elle travaille seule, il valait mieux, pour elle,  qu'elle sache se faire comprendre, se faire obéir et faire valoir son point de vue.

Tandis que le groupe continuait sa route, Foudre était en train de cogiter tout cela. Il n'était pas sûr que cela soit la meilleure solution et il avait beau retourner la question dans sa tête, il ne voyait pourtant pas comment faire pour éviter de voir la femme qu'elle était. Quelque part, la voir comme un homme d'arme était une manière d'oblitérer toute trace de féminité. Fini de voir ses yeux pétillants, sa bouche délicate et ses longs cheveux blonds. Le Ripponais ne verrait qu'une femme lambda ne sortant pas du lot. Rien que de penser à ses traits physiques, il eut des frissons.

*Mon pauvre vieux, comment veux-tu voir cette femme comme étant banale ? Impossible ! Rien que son parcours en fait quelqu'un sortant du rang. Puis c'est l'incarnation d'Eda sur terre. Elle a un tel charme que ça n'en est pas humain...*

De plus, la considérer comme un soldat était une manière de marquer la différence de classe. Bien sûr, il y avait une différence ; Foudre avait été élevé au rang de Père alors que Grâce n'était toujours qu'une sœur. C'était comme si le Champion d'El était officier et la soigneuse, un simple planton. Pas sûr qu'elle apprécie ce genre de traitement. Il fallait qu'il pense au fait que cette demoiselle n'avait plus l'habitude de travailler en groupe. Elle était seule pour soigner ses patients. Elle décidait donc seule de son emploi du temps, des soins à apporter et d'un nombre incalculable d'autres facteurs dans sa vie de tous les jours. De se voir catapulter dans un groupe même pour une période temporaire, cela devait la chambouler un petit peu.

Il était tellement dans ses pensées qu'il ne vit pas le temps passer. C'est Roseau qui sortit Foudre de ses réflexions en lui apprenant qu'il était temps de faire une pause pour abreuver les chevaux parce qu'il était déjà midi. Pod et Grâce n'étaient toujours pas revenus. Les hommes s'occupèrent des bêtes tandis que le conducteur du chariot sortait ce qu'il fallait pour manger. Pas le temps de faire de repas chaud, ils devraient donc se contenter de pain, de fromage et divers fruits. Le repas se passa plutôt silencieusement. Rutilant ruminait toujours dans son coin parce que son supérieur lui avait sèchement rabattu le caquet à cause de la sœur d'Eda. Roseau de son côté était trop fatigué pour parler et n'avait pas envie d'entendre le Béarnois rouspéter. Alors que la pause de midi arrivait à son terme, des sabots se firent entendre. Grâce et Pod finirent pas rattraper le groupe. Tant mieux, le groupe était à nouveau au complet, c'était le bon moment pour lancer le départ.

Un dernier regard en arrière pour s'assurer que tout était prêt et Foudre vit la sœur s'avancer vers lui.

« Je suis désolée pour hier soir. J'aurais dû m'annoncer avant de vous déranger mon Père. »

« En effet, vous auriez dû ! »

« Merci encore pour m'avoir permis cette digression. Il n'était pas nécessaire de satisfaire à ma requête. Les ordres sont les ordres et je sais m'y plier. »

« C'est ce que nous verrons. »

« Menez moi à bon port et vous verrez qu'une soigneuse peut être aussi obstinée qu'un soldat quand il s'agit de bien faire les choses. Peut-être même plus. »

« Si vous le dites. »

La demoiselle retournait vers sa monture tandis que Foudre se rendait compte qu'il lui avait répondu sans son malaise habituel. Des phrases courtes, certes mais c'était déjà un mieux. Était-ce la solution ? Peut-être. Lui, il l'espérait. Il y avait encore toute cette journée et celle de demain avant d'arriver à bon port. Il fallait qu'il trouve absolument un moyen de ne pas se rendre ridicule comme cela avait été le cas la veille au soir quand la soigneuse s'était retrouvée quasi nez contre nez avec lui.

*De la distance et des phrases courtes. Oui, ça doit fonctionner !*

Le convoi se remit en route. Rutilant à l'arrière toujours en train de bouder, Roseau à côté du chariot en train de somnoler à moitié tandis que Pod se trouvait à l'avant avec Foudre.

« Tout s'est bien passé ? »

« Oui Mon Père. Sœur Grâce a trouvé son bonheur. »

« Bien. »

« C'était intéressant, elle m'a appris quelques trucs sur les racines et les plantes. »

A ces mots, Foudre eut un timide sourire car cela lui rappelait sa propre expérience à l'époque où il avait côtoyé les membres du clergé d'Eda.

« Bien, très bien. C'est toujours bon à prendre. J'ai également eu le privilège de recevoir ce genre de leçons. Ne perd jamais une occasion d'apprendre Pod. Le savoir est une richesse bien plus importante que ce que le commun des mortels en pense. L'argent aide peut-être un homme à s'élever dans la société mais le savoir élève l'âme et agrémente les conversations. Je t'encourage à en apprendre plus sur les soins ainsi que sur tout autre domaine que tu jugeras bon de connaître. Frère Roseau est pour cela une mine d'informations conséquente. N'hésite pas à lui parler et à apprendre à ses côtés. »

L'écuyer était content de cet échange avec son instructeur. Cela lui changeait des entraînements où il se faisait taper dessus et des moments où il se faisait enguirlander parce qu'il n'avait pas effectué une tâche correctement.
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Sam 4 Mai - 12:52
Lune de Forge
Forgienne en pleine reconstruction
Lune de Forge
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Des phrases courtes où perçait une certaine distance furent les seules réponses qu'elle reçut. Elle les accueillit d'abord sans y réfléchir puis une fois en selle, à contempler le paysage qu'ils traversaient, silencieusement, Grâce ne put s'empêcher d'y repenser. Elle eut un sourire amusé pour elle-même. Son obstination à se rapprocher du guerrier n'était pas uniquement lié à sa grande curiosité. Des gens mystérieux, réservés ou timides, elle en avait fréquentés. Des patients à qui elle avait dû tirer les vers du nez pour qu'ils acceptent de lui dire quelques mots, elle en avait eu et en était venue à bout à force de patience, de négociations, d'obstination. Car assurément, la prêtresse l'était pour le bien de son œuvre. En quoi réussir à établir un lien avec Foudre était nécessaire à sa charge sur cette terre ? Un coin de sa tête lui disait qu'elle n'avait pas le temps pour ce genre d'histoire. Elle pourrait simplement le laisser à sa place de chef, suivre ses ordres comme jadis elle suivait les instructions des sœurs au temple ou de son supérieur en mission. Ça serait le plus simple pour tout le monde.
Mais le grand ripponais l'intriguait autant qu'il lui plaisait. C'était même sûrement cette aura de mystère qui l'amenait à s'intéresser autant à lui. Des hommes qui correspondaient physiquement à ses goûts, il y en avait bien d'autres mais elle ne se permettait pas de digresser en leur présence pour autant.

Il restait une journée et demi avant qu'ils n'arrivent à destination et la Béarne savait qu'une fois là bas, elle ne serait plus disponible pour rien d'autre que sa mission. Posant son regard sur le dos de Foudre qui avançait en tête, elle s'en sentit un brin triste. Peut-être était-ce mieux ainsi ? Elle ne put s'empêcher de détailler sa nuque, la force de ses épaules, les muscles de son dos avant de secouer la tête et de détourner les yeux vers le paysage. Elle entoura la longe autour de ses doigts en soupirant. Qu'Eda lui vienne en aide !


La fin de la journée arriva vite. Tous étaient fatigués et les chevaux traînaient les pattes, la tête basse pour signifier qu'ils en avaient marre. Seule la prêtresse semblait bien au terme de ces 2 jours sans sommeil. C'était tellement routinier pour elle que son corps s'habituait à tout ce qu'elle lui faisait subir. L'Art et une grande force mentale l'empêchaient de tomber malade.
Durant le trajet, elle avait finalement occupé son esprit à envisager tous les cas de maladies contagieuses qu'elle connaissait, ainsi que les mesures de quarantaine à mettre en place. Cela lui avait évité de s'apesantir sur le Père d'El, en étant arrivée à la conclusion que les dieux ne les avaient pas fait se rencontrer pour rien et qu'elle continuerait à être elle-même en sa présence.


Le campement fut installé dans un espace validé par le chef du convoi et ce soir encore, la fille d'Eda s'occupa de ramasser le bois. Tout le monde était silencieux autour du feu et ils ne veillèrent pas tard après que le repas fut servi et avalé. Aucun ne semblait cependant motivé à prendre le premier quart de garde, tant la fatigue embrumait leur volonté.


" Allez vous reposer mes frères. Je crirai en cas de problème. " proposa-t-elle avec un grand sérieux. Ils avaient tous besoin de dormir et elle se sentait assez en forme pour tenir ce rôle.
Évidemment, la stupeur passée de l'entendre faire une telle proposition, les réactions ne tardèrent pas à se faire entendre. Roseau fut le premier à parler. Il argumenta que ce n'était pas à elle de faire cela, car elle était un peu leur hôte durant ce voyage. L'offre était appréciée mais elle ne pouvait pas prendre leur place. Rutilant acquiesça immédiatement aux propos de son confrère mais ce fut Pod qui se lança réellement en offrant de prendre le tour de garde.


" Tu mérites le repos comme les autres Pod. Ce premier quart est pour moi, allez vous reposer. "
La voix grave du Père s'éleva finalement mettant un terme à la discussion. Il avait tranché pour eux.


Mais alors qu'ils se levaient tous, la petite prêtresse resta assise où elle se trouvait. Elle fixait les flammes dansantes et celles-ci créaient des reflets brillants dans ses yeux pâles. Un sourire apaisant visé sur ses lèvres, elle s'étira légèrement puis rajusta sa robe sur ses jambes qu'elle croisa pour s'asseoir en tailleur, le dos bien droit. Elle pencha alors la tête en direction de Foudre et lui sourit.
"Ça vous embête que je reste vous tenir compagnie ? "
Elle ne lui laissait pas réellement le choix. Car elle n'avait pas envie d'aller se coucher.
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Jeu 9 Mai - 15:04
Foudre
La Hache d'El
Foudre
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Le paysage avait changé petit à petit à mesure que la fin de journée approchait. Fini les forêts interminables ponctuées de quelques vallées éparses. Ils étaient entrés en Rippon plus tôt dans l'après-midi et les forêts avaient laissé place à la lande et un peu plus de rochers. A mesure qu'ils se rapprochaient de leur but, le cœur de Foudre battait plus vite car il était excité de revenir dans son duché de cœur mais également intrigué par la mission. Demain soir, ils seraient fixés. Les membres du clergé d'El allaient revoir leurs frères de Forbaie et d'autres temples du duché côtier. Des camarades pour certains des amis pour la plupart. Oui, qu'il était bon de rentrer à la maison. L'humeur de Foudre était à la joie de rentrer dans son foyer même si ça n'était pas la ville du temple où il officiait. Rippon était son foyer, il se sentait chez lui partout dans ce duché. Il aimait ses habitants et le courage dont ils faisaient preuves pour braver les conditions de vie difficiles dues aux conditions climatiques notamment.

C'est ainsi que l'après-midi passa avec un Père ravi d'être là avec ses amis, une invitée et son écuyer. D'ailleurs, Pod passa son temps jusqu'à l'arrêt du soir en compagnie de son mentor à parler de la vie d'un frère au service du dieu belliqueux, de la propre expérience de Foudre, des aspirations de l'écuyer et de tout un tas d'autres sujets. Le futur membre du Bras d'El apprit ainsi que c'était l'actuel Père Ducal de Rippon qui avait été et était encore le mentor du chef de l'expédition à l'époque où il n'était que Père du Temple de Forbaie mais que Foudre avait un profond respect pour le courage de l'actuel chef du corps militaire du temple ainsi que la sagesse de celui qui dirigeait ce même temple. Pod fit remarquer tout de même qu'il avait déjà vu son mentor répondre de manière colorée à ces deux hommes qu'il respectait pourtant. Le chef du convoi ne s'en offusqua même pas, il répondit avec le sourire que certes il respectait ces hommes mais que ça n'en faisait pas pour autant des hommes sans défaut. Qu'il arrivait qu'ils aient tord et qu'il était de son devoir de leur montrer où. Pod voulut répliquer quelque chose mais s'abstint, il était vraiment trop heureux de voir cet homme dans de bonnes dispositions, il n'avait aucunement l'envie que cela change.

Plus en arrière, Rutilant fini par arrêter de ruminer dans son coin et se mit à parler avec Roseau. Ce dernier d'ailleurs taquina le Béarnois en lui demandant s'il avait fini par arrêter de bouder comme un enfant. Le roux baragouina quelque chose dans sa barbe ce qui fit rire son ami et l'incident fut clôt. La bonne humeur regagna peu à peu l'ensemble du groupe. Tout le monde était content de revenir à la maison. Tout le monde était content, de manière inconsciente, d'être loin de l'influence du Père Dévot. Ce dernier avait bien trop peur de son confrère Ripponais pour oser quoique ce soit contre le groupe. La halte du soir, au grand souladement de tout le monde, fini par arriver. Les hommes et les chevaux étaient fatigués comme ça n'était plus arrivé depuis un moment. La mauvaise humeur du chef du convoi avait laissé des traces sur les visages harassés de ses hommes. Le campement se monta en silence et le repas également. Tous aspiraient à retrouver leur couche mais il fallait un courageux pour veiller sur le sommeil des autres. Qui ? Personne n'en avait envie et pourtant c'était nécessaire. Grâce se proposa, ce qui mit mal à l'aise tous les hommes. Ils déclinèrent son offre et c'est l'écuyer qui se proposa. Foudre était fier de lui même s'il ne le montrait pas autant que ce jeune homme le mériterait. Non, il était encore jeune et aurait beaucoup d'occasions de veiller pour les autres. Foudre finit par envoyer tout le monde se coucher. Lui allait rester. Ses hommes méritaient de se reposer. Il était conscient de ne pas être un homme simple à vivre et qu'il exigeait beaucoup de ceux qui étaient en-dessous de lui. Bien sûr qu'il était fatigué comme les autres mais il n'avait jamais renoncé à montrer l'exemple quand il en avait l'occasion.

Les frères ne demandèrent pas leur reste et se levèrent pour rejoindre leur couche. Il ne restait plus que Grâce et Foudre autour du feu. Cette dernière tourna son doux visage vers lui pour lui demander si cela l'embêtait qu'elle reste un moment à ses côtés. Quelque chose dans son ton ou sa posture indiquait qu'elle ne semblait pas vouloir bouger et que donc sa question était plutôt rhétorique qu'une véritable demande.

*Bon sang El, pourquoi me tortures-tu de la sorte ?*

Foudre regarda le beau visage de la sœur d'Eda puis le feu et répondit de manière saccadée :

« Nous sommes dans un pays libre... »

Petit silence puis il reprit :

« Vous êtes assez grande pour poser vos propres choix. »

Petit silence et il conclut :

« Rien ne m'autorise à vous en empêcher. »

Il bougea pour se remettre mieux, il avait mal aux jambes. Il avait l'impression que ses réponses voulaient dire qu'il n'avait pas forcément envie d'avoir sa compagnie mais qu'il ne pouvait pas l'empêcher d'être là. Ce qui n'était pas forcément ce qu'il avait envie de lui dire. En fait, il ne savait pas vraiment ce qu'il voulait lui dire... Probablement rien mais il devait réparer son erreur.

« Euh... Votre présence n'est pas dérangeante... Enfin.. Euh... C'est juste que... Vous faites ce que vous voulez... Pas besoin de me demander... Je... Fin voilà quoi... »

*Oh mais quel boulet tu fais mon pauv vieux. Sérieux ? C'est quoi ça ? Bégaie tant que tu y es... Dis quelque chose d'autre ou tu vas passer pour un bouffon.*

« Hum.. Vous êtes prêtes pour demain ? »

N'osant pas regarder en direction de la soeur tellement il était gêné, Foudre se contenta de tendre l'oreille aux bruits extérieurs tout en regardant autour d'eux.
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Sam 11 Mai - 15:39
Aurore de Vincôte
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La Béarne l'écouta mais surtout le regarda avec cette douce bienveillance qu'elle avait sur les autres. Foudre la fuyait du regard. Tout dans son attitude démontrait sa gêne de se retrouver seul en sa compagnie. Il semblait soudain mal assis alors qu'il n'avait pas bougé et fut visiblement obnubilé par la danse des flammes pour ne pas se concentrer sur elle. Grâce sourit tendrement. Son hésitation était touchante. Les phrases qu'il prononça d'abord se voulaient distantes et brèves mais il en rajoutait encore comme s'il cherchait à justifier quelque chose. Il semblait avoir compris que la jeune femme n'avait pas envie de partir et n'arrivait pas à savoir ce qu'il en pensait vraiment. Une part d'elle avait envie de le prendre dans ses bras pour le rassurer. La prêtresse savait pourtant en son for intérieur que ce n'était pas la bonne solution. C'était elle son problème, bien qu'elle n'en saisisse pas la raison ou l'origine. Lui faisait-elle penser à quelqu'un d'autre ? Avait-elle fait quelque chose ? Oh, elle aurait pu avoir la réponse facilement en allant la chercher directement dans sa tête mais jamais l'idée ne lui traversa l'esprit. L'Art était son pouvoir pour soigner les gens. Eda le lui avait confié pour cette unique raison et à aucun moment, elle n'en usait pour son propre intérêt.

Puis, après une dernière série de euh, à laquelle elle ne répondit pas davantage pour ne pas rajouter à son embarras, le frère d'El préféra changer de sujet. Était-elle prête pour demain ? demanda-t-il.

" Autant qu'on peut l'être quand on ignore tout de ce qui nous attend. "
Un franc sourire étira ses lèvres tandis qu'elle fixait le feu, les yeux pétillants.
" Mais je suis impatiente de découvrir le défi qui m'attend. "

La prêtresse secoua alors légèrement la tête, faisant voleter les mèches blondes qui entouraient son charmant visage. Elle joignit ses mains entre ses cuisses croisées et soupira légèrement.
" Ça peut paraître fou, vu qu'il y a certainement des morts et des gens qui souffrent... Mais les défis sont stimulants. Quand la situation semble désespérée, il faut savoir se dépasser, réfléchir efficacement et rapidement, réagir et agir pour le bien de tous en essayant de n'oublier personne... C'est... "
Épuisant. Stimulant. Éreintant. Passionnant. Effrayant. Magnifique... Ne mettre qu'un mot sur ce sentiment qui l'envahissait dans les moments de rush et de difficultés était terriblement réducteur. Être au cœur de l'action, de quelque chose de tellement grand que cela dépassait nécessairement les hommes et les femmes qui s'y trouvaient confrontés, c'était une expérience indescriptible.

La jeune femme s'oubliait complètement quand elle oeuvrait dans des situations comme celle-ci. Elle se donnait à fond des heures et des jours entiers sans compter, sans réfléchir, sans penser à elle. Sur le glacier, à soigner tous ces hommes blessés, elle avait réussi à dépasser ce qu'elle pensait être ses limites. Elle en ferait autant dès le lendemain si cela était nécessaire. Elle se battait et se battrait toujours pour les autres. A sa manière.
" Eda m'a donnée un don. Je me dois de tout faire pour en rester digne, pour ne pas la décevoir. "

La jolie tête blonde se tourna de nouveau vers Foudre, délaissant l'entêtant ballet du feu pour poser ses yeux d'azur sur son visage volontaire. Il était un chef de guerre, un héros, un meneur au caractère bien trempé et aux compétences indiscutables d'après ce qu'elle avait entrevu jusque là. Ses hommes le respectaient, l'aimaient et le craignaient tout à la fois. Le récit de Roseau lui avait apporté des précisions sur cet homme qui l'attirait, confirmant qu'il était plus intéressant que la distance qu'il gardait entre eux comme une barrière.

" Vous comprenez, n'est-ce-pas ? "
Était-ce nécessaire d'en dire davantage ? La responsabilité de la vie d'autres personnes, il connaissait. Le frisson de l'inconnu, assurément aussi. Le danger, l'incertitude, les questionnements qu'on se devait de garder pour soi car on était celui sur qui les autres comptaient... Grâce n'était pas une guerrière ; son combat était de préserver la vie et non de l'ôter. Pourtant elle savait qu'ils avaient des points communs. L'un d'entre eux, elle ne pouvait lui révéler sans compromettre sa parole donnée au frère ripponais la veille.

Ce fut à son tour de changer de sujet. Ou plutôt de se reconcentrer sur ce qui les amenait l'un et l'autre à se fréquenter. Même si elle aurait aimé pouvoir créer plus d'intimité avec le grand serviteur d'El, la soigneuse savait qu'il fallait y aller en douceur. Ce début de soirée serait l'occasion d'échanger plus que quatre mots sans avoir les regards et les oreille des autres frères. Grâce saurait s'en contenter car elle aimait les choses et les instants simples.

" D'ailleurs vous avez eu quelques informations sur 'à situation là-bas ? Mon message était plus que sommaire. On y réclamait juste mes compétences pour gérer une situation qui dépasse les locaux... "
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Mer 15 Mai - 17:05
Foudre
La Hache d'El
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Quel triste spectacle il devait donner. Triste ? Pas vraiment, plutôt risible. Oui voilà, qu'il devait être marrant pour un œil extérieur de voir ce grand guerrier au courage non négligeable et à la volonté inébranlable se conduire devant une soigneuse comme un enfant fautif devant l'autorité. Le regard fuyant, les phrases coupées par des hésitations tellement le cerveau réfléchissait vite pour tenter de cacher son trouble. Sous couvert d'être de garde, Père Foudre ne regardait que brièvement Grâce quand ils parlaient. Mais était-elle si naïve ? Se demandait-elle pourquoi il agissait ainsi avec elle ou ne le calculait-elle pas plus que ça ? Il aurait certainement préféré la deuxième solution mais alors elle ne serait certainement pas restée près du feu pour avoir une petite discussion.

Il devait vraiment donner l'impression du mec limité avec son flot de parole plus que douteux. Comment avait-il pu devenir chef s'il n'arrivait pas à être plus à l'aise avec les gens ? Est-ce qu'elle se demandait si c'était avec tous les inconnus ou seulement elle ? Est-ce qu'elle se doutait qu'il avait des soucis à parler aux jeunes femmes ? Certainement pas. Ses propres hommes ne le soupçonnaient pas alors une inconnue ? Non, il devait lui sembler étrange mais elle était trop polie pour le lui faire remarquer. Il était le responsable du convoi, demain dans la soirée, elle n'aurait plus à faire à lui. C'était une soigneuse, elle était gentille avec tout le monde. Oui, elle devait prendre sur elle sans le montrer pour papoter avec lui comme elle l'avait fait avec Roseau ou Pod.

Tandis que la servante d'Eda parlait, toutes ces pensées se bousculèrent dans l'esprit du guerrier. Autant dire qu'il carburait à plein régime. Ses doutes étaient omniprésents et se bousculaient avec les informations données par la jolie blonde. Ainsi, elle aimait l'excitation des situations difficiles, servir une cause plus grande qu'elle et se trouver devant un défi qui semble trop grand pour être résolu. D'une certaine façon, elle était aussi accro à l'adrénaline que Foudre. Il n'y a que dans les situations désespérées que certains se révèlent pleinement. Était-ce le cas de la Béarnoise ?

Une phrase parmis toutes les autres attira l'attention du Ripponais. Elle parlait du fait que la déesse lui avait donné un don et qu'elle devait tout faire pour ne pas la décevoir. De quoi parlait-elle ? C'était une soigneuse. Le savoir était le même pour tous. Avait-elle une meilleure mémoire que les autres ? Sans doute que oui vu son jeune âge. Mais devait-elle parler de don pour autant ? Il reviendrait sur ce point après avoir répondu à la question de la sœur d'Eda se promit-il.

« Mes informations ne sont pas très détaillées... Je... Je sais juste que le Bras d'El a été appelé au complet pour sécuriser le périmètre. Il semble y avoir des problèmes avec la noblesse locale... Je... Le problème est situé non loin des frontières des deux autres duchés. C'est tout ce que je sais... »

Mais à y réfléchir, cela devait être plus qu'un petit problème. C'est en en parlant avec sa consœur qu'il se rendit compte que toute la troupe était appelée. C'était rare. La dernière fois que le corps fut au complet réuni au même endroit, ce fut lors de la Guerre Rouge. De s'être rappelé ce passage du message troubla beaucoup le grand guerrier. Beaucoup d'émotions passèrent sur son visage sans qu'il ne cherche le moins du monde à les cacher. De toutes façons, ça n'était pas son fort. La plupart du temps, il cachait ses émotions derrière une intense colère. Là, ça aurait été ridicule de se mettre à hurler à la lune. De plus, ça aurait réveillé tout le monde et ils auraient pensé que le campement se faisait attaquer. Sans parler de la peur qu'il aurait pu occasionnée à Grâce et ce sans raison.

Foudre ne savait pas s'il devait se réjouir d'avoir ses hommes réunis au même endroit. Pourquoi le Duc de Rippon ne s'en chargeait pas lui-même avec ses troupes ? Était-ce une idée du Père Ducal ? Le problème en question se posait-il avec des soldats des duchés voisins ? Allaient-ils devoir tenter de tout faire pour éviter un conflit au sein du royaume ?

Le Champion d'El tourna son attention vers la silhouette de la soigneuse. L'atmosphère qu'il y avait autour d'eux donnait à la scène quelque chose de magique. La nuit qui s'étendait partout coupée seulement par le feu de leur campement. Le jeu des flammes sur son visage et le reflet qu'elles laissaient dans ses yeux. C'était magnifique. Le temps semblait comme à l'arrêt. Il n'y avait pas beaucoup de bruits exceptés les ronflements de Rutilant qui cassaient presque, à eux seuls, la magie de cet instant.

« Enfin bon... Nous serons fixés demain. Je... Hum.. peux.. Enfin, vous parliez tout à l'heure de la déesse... Hum... Et du don... Je... Hum.. Je.. n'ai pas compris... Vous faites allusion à quoi ? »

Les mains de Foudre bougeaient sans cesse comme s'il cherchait quelque chose à leur faire faire. Tantôt les doigts se croisaient ou sa main gauche était sur la droite et vice-versa. Il avait de plus en plus de difficulté à calmer ses gestes de nervosité. Allait-elle pour autant penser que c'était dû à sa présence ? Il espérait bien que non.
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Sam 18 Mai - 10:57
Aurore de Vincôte
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" Tous appelés ? " répéta-t-elle surprise.
Elle vit tous les questionnements passés sur le visage du jeune homme et eut sûrement les mêmes en tête à l'instant. Des problèmes avec la noblesse locale qu'il dit. A la frontière de Rippon et Haurfond. Les soldats d'El dans l'équation et non simplement l'armée locale... La fille d'Eda s'inquiétait vraiment de ce qu'ils trouveraient le lendemain. Comment une épidémie avait-elle réussi à provoquer un malaise aussi grand qu'il faille un corps d'armée neutre pour en encadrer la sécurité ? Ça ne présageait pas une ambiance idéale pour travailler mais il faudrait qu'elle se concentre exclusivement sur les soins et qu'elle laisse le contexte à l'ost d'El. Mais si la demoiselle était capable de faire abstraction de beaucoup de choses quand elle oeuvrait , elle doutait d'arriver à oublier qu'une armée était nécessaire autour d'elle et des autres soigneurs...
Elle ferma les yeux un instant, enlaçant ses doigts, lançant une prière rapide à la déesse. Il fallait que tout se passe bien. Les hommes n'étaient pas prêts à subir déjà une nouvelle guerre, de nouvelles souffrances.


" Alors nous ferons que tout s'arrange. Chacun notre mission pour le bien de tous. El et Eda sont complémentaires et leurs serviteurs également. " conclut le petit brin de femme avec entrain. Ce ne sera pas facile mais elle était d'un naturel optimiste et ne se laissait pas abattre par les difficultés.


Au bout de quelques minutes où ils laissèrent s'installer un doux silence, Foudre la surprit, agréablement, en lui reposant une question. Grâce tourna son regard vers lui et lui sourit avec tendresse.
Chaque mot qu'il lui adressait avait l'air de lui coûter un gros effort et il triturait ses mains avec un embarras manifeste. Il aurait pu se taire mais avait choisi de relancer la conversation. La Béarne était ravie de voir qu'elle suscitait son intérêt. Elle aurait simplement voulu l'aider à se détendre en sa présence, lui prendre les mains, lui dire que tout allait bien... mais pour cela, il faudrait du temps. Elle vit mine de ne rien remarquer pour ne pas ajouter à son malaise.


" Eda m'a donnée l'Art. Je... " Elle se mordit rapidement la lèvre. Un tic qu'elle avait quand elle réfléchissait ou qu'elle était un peu gênée.
" Je n'aime pas m'en vanter car pour l'essentiel, je soigne les gens avec mes connaissances. Mais je peux m'appuyer sur l'Art pour mes diagnostics ou pour des blessures ou des maladies graves. C'est parce que je suis artiseuse que j'ai été appelée à Aslejval... Une simple soigneuse ne les intéressait pas... "
Un bon artiseur ne faisait pas à ses yeux un bon soigneur. Le soin aux personnes allait au delà de l'expérience magique ; soigner, c'était prendre du temps, comprendre l'autre, l'aider à comprendre ce qui lui arrive, être présente pour chaque étape et l'accompagner jusqu'à la fin, que l'issue en soit heureuse ou non. Voilà pourquoi elle était une artiseuse solitaire. Elle ne s'entendait pas avec la façon de faire, supérieure, de ces confrères magiciens.


" La Mère m'a fait un cadeau mais... "
La tête de son frère d'El avait changé quand elle avait prononcé le mot d'Art, comme celle de Roseau la veille.
La blonde soupira. Ses yeux pâles se levèrent vers le ciel. Les étoiles jouaient à cache cache avec les nuages. La lune était discrète cette nuit et sans la lumière des flammes, ils n'y verraient pas grand chose.
" Les gens changent de regard sur moi quand ils savent... Je suis toujours la même pourtant. La magie ne me définit pas. Je ne l'aurais pas, je serais soigneuse tout pareil. Alors souvent je me tais... "


Et malgré cela, comme la prêtresse l'avait brièvement évoqué à son homologue d'El, les gens la posaient sur un piédestal. Son métier était déjà vu comme une bénédiction d'autant qu'elle l'exercait avec passion et qu'elle se donnait sans compter pour les autres. Au début, elle ne s'en rendait pas compte. Depuis le glacier et ces centaines d'hommes qu'elle avait soigné, ceux qui lui devaient d'être restés en vie, ceux qui appréciaient sa présence après qu'elle ait du les amputer, ceux qu'elle avait tenu dans ses bras jusqu'à ce qu'Eda les rappelle à elle... Elle était la jolie petite demoiselle aux longs cheveux d'or et aux yeux envoûtants dont les paroles douces et les sourires apaisaient les cœurs meurtris. Sa réputation s'était construite auprès des soldats à ce moment-là, et elle remarqua alors un peu plus cette même étincelle dans le regard des petites gens qu'elle soignait avant.

_________________
Aurore parle en crimson.

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Mar 21 Mai - 17:17
Foudre
La Hache d'El
Foudre
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Foudre s'en voulait intérieurement d'être comme ça. Voyant le jeu de ses mains, il décida de les mettre en dessous de ses fesses, histoire de contenir les signes extérieurs de sa nervosité. Qu'elle ne fut pas la surprise du Ripponais à l'annonce de son interlocutrice. Elle possédait l'Art, la magie des sang bleus, la magie royale... La magie des Loinvoyants. Oui son visage avait changé parce qu'il ne s'était pas préparé à ce genre de nouvelle mais il ne regardait pas la fille d'Eda de manière différente. Pour cela, il aurait fallu qu'il arrive à la regarder sans rougir comme un adolescent boutonneux ou trembler comme une branche sous le vent. La donne était bien différente pourtant. Son « colis » revêtait une importance plus grande que prévue.

La demoiselle semblait gênée d'en parler. Pour elle, elle avait l'impression que d'en parler serait perçu comme de la vantardise. Elle n'y pouvait rien. Comme Grâce le disait si bien, elle avait reçu le don des dieux. Si Eda avait décidé que sa fille possède la magie, c'était sa décision.

*Qu'elle doit être bien seule cette petite...*

Le Père comprenait un peu mieux le pourquoi Grâce travaillait seule. Il connaissait assez bien le petit peuple et même ceux un peu mieux lotis. Quand l'on parlait d'Art, on touchait pour le commun des mortels à la magie et au divin. Foudre ne voyait pas les choses sous cet angle, c'était certes impressionnant mais c'était une compétence comme une autre. Lui maniait la hache comme personne, elle pouvait s'appuyer sur sa magie pour soigner les gens. Chacun avait ses points forts.

« Ainsi donc vous étiez à Aslejval... »

La mine de Foudre s'assombrit légèrement à la suite de cette phrase. Beaucoup de mauvais souvenirs ressurgirent d'un coup. Il avait commis des choses horribles là-bas. Oui, l'ennemi l'avait mérité parce qu'ils avaient attaqué le Royaume mais quand l'on était au courant de la plupart de l'histoire, ils n'avaient pas eu beaucoup de choix. Ces gens avaient agis sous la contrainte. Du moins, pour certains d'entre eux.

La belle de Béarns semblait tout d'un coup bien nostalgique. Elle donnait l'impression qu'un poids était tombé sur ses épaules. Là, elle fit part à Foudre du fait que le regard des gens changeaient quand ils apprenaient la vérité sur elle. De simple anonyme faisant son boulot, elle devenait héroïne que l'on portait aux nues. Il était bien conscient de ce dont elle parlait. Quelque part, il vivait la même chose. Être mis sur un piédestal par ses pairs et voir qu'ils attendaient que vous fassiez des miracles, c'était plus qu'un homme pouvait supporter.

« Je comprends... Pas droit à l'erreur, des attentes trop grandes pour de simples épaules. L'impression de devoir porter le monde à bout de bras pour que les autres aillent mieux. C'est... » Il se tut un moment et fini par lâcher : « harassant. »

Puis plus rien, il se tût. Combien de temps le silence s'installa ? Nul ne le savait. Chacun était de son côté du feu avec ses pensées. Sans doute de la mélancolie pour les deux. Finalement, le silence se rompit. Qui en fut l'auteur ? Pas important, la discussion continua sur des sujets divers comme le voyage, les gens composant le groupe et les projets d'avenir. Le temps impartit à la garde de Foudre était passée depuis bien longtemps quand il décida de quitter son poste pour aller réveiller Roseau. Foudre ne partit néanmoins pas comme un voleur, il baragouina (comme il l'avait fait toute la soirée) un bonne nuit timide et s'en alla dans sa tente une fois que le grand maigre était à son poste.



* * * * *



Ils arrivèrent en début de soirée. D'innombrables tentes étaient dressées dans ce qui était une plaine herbeuse. Plusieurs feux de camps s'agitaient de part et d'autres. Des servants d'Eda et El parcouraient en tout sens ce campement impressionnant occupés qu'ils étaient par leurs tâches respectives.

*Par la barbe du dieu marin !*

Les gars regardaient bouche bée le monde qu'il y avait rassemblé ici pour une mission qui semblait d'autant plus importante que prévue. Ils se jetèrent des regards comme pour voir si les copains voyaient la même chose qu'eux. Pas de doute, personne ne s'était attendu à une telle logistique.

« Nous allons tenter de nous frayer un chemin dans ce bazar organisé. Grâce voulez-vous vous rendre directement auprès des vôtres ou restez-vous avec nous le temps de rencontrer les têtes pensantes ? »

Pas de doutes possibles. Foudre était en mode concentré. Sa mission reprenait le dessus et son ton redevenait celui du chef assuré qu'il était en général. Qu'il était loin cet homme présent au coin du feu en train d'avoir une conversation plus ou moins normale. Il y avait plus urgent à faire.
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Mer 29 Mai - 15:20
Aurore de Vincôte
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C'était... Impressionnant. Oui, aucun d'entre eux ne s'attendait à tomber sur un campement de cet envergure. Ça grouillait un peu partout : ici, des sœurs à la tenue blanche d'Eda qui s'occupaient à tenir les comptes devant des caisses de vivres, par là des frères d'El qui finissaient de monter une tente ou de ranger du matériel. Grâce vit, au loin, une tête connue, un de ses anciens compagnons de route qui s'était retiré dans une bibliothèque pour y consigner remèdes et plantes. Qu'il veuille bien sortir de ses papiers, c'était soit parce que ses connaissances étaient requises, soit que l'épidémie était assez extraordinaire pour qu'il veuille la consigner. L'ensemble des événements qui se déroulait là semblait mériter qu'on s'y attarde.


" Je vous suis. Il faut que j'en sache davantage. " répondit-elle. Son regard s'activait à enregistrer un maximum d'informations tandis qu'elle emboitait le pas à Foudre.
Que se tramait-il réellement pour qu'autant d'officiants des deux clergés soient réunis ici ? Il lui fallait un exposé clair des événements, un compte rendu de ce qui avait déjà été mené. De plus, la jeune prêtresse n'avait qu'un statut de sœur et elle devait recevoir l'aval et le soutien de ses supérieurs pour pouvoir chapeauter une ou plusieurs équipes de soigneurs. Et pour cela, il lui fallait aller se présenter.


Ils trouvèrent rapidement la tente qu'il conviendrait d'appeler "tente de commandement". Lorsque le père d'El indiqua qui il était, on les fit entrer immédiatement.
Devant le groupe, installé pour l'essentiel autour d'une grande table, Foudre se présenta et fit de même pour elle, puisque sa mission première avait été de la convoyer jusqu'à bon port. La petite prêtresse ne chercha pas à retenir les noms de ceux qui se trouvaient là. Elle retint néanmoins leurs visages et leurs fonctions.
Il y avait le Père Ducal de Rippon pour le temple d'El et celui d'Eda également, plusieurs supérieurs des deux clergés. Certains partaient comme eux arrivaient mais la Béarne avait surtout besoin de s'entretenir avec le Père Ducal de son ordre. Celui-ci lui fit d'ailleurs rapidement signe de venir le rejoindre, tandis que ses compagnons de voyage étaient mis au parfum par leur propre supérieur. Chacun d'eux allait avoir sa mission ici et en les voyant écouter et discourir de leur côté, Grâce se sentit triste de devoir déjà quitter leur compagnie.


" Ah sœur Grâce !" Son visage rond de sexagénaire s'illumina en la voyant approcher. Était-ce du soulagement qu'elle lisait dans se yeux? Lui aussi espérait-il beaucoup de la jeune artiseuse ? Les paroles de la Hache d'El, la veille autour du feu, lui revinrent à l'esprit ; c'était exactement ça...


" Mon Père. Pardonnez mon empressement mais j'aimerais me mettre au travail au plus vite. Expliquez-moi de quoi il retourne. "
Il lui expliqua donc, indiquant qu'elle pourrait obtenir des informations plus précises sur la maladie en elle-même auprès de ses consœurs soigneuses. Lui-même n'y connaissait pas grand chose concéda-t-il et il ne souhaitait pas dire de bêtises.
Cela avait commencé moins d'une demi lune plus tôt, dans un petit village faisant la frontière entre les deux Duchés. L'un des habitants avait contracté une maladie étrange et l'épidémie s'était rapidement étendue au reste des villageois. Les rumeurs parlaient d'une contagion par les animaux, d'autres d'un empoisonnement et les autorités locales se renvoyaient la responsabilité. Les nobles voulaient faire du zèle, dit-il d'un ton qu'il ne put masqué comme condescendant, et parce qu'il s'agissait là d'une communauté composée pour beaucoup d'Haurfondois exilés en terres riponnaises, c'était forcement de leur faute si la maladie s'était autant installée. Grâce le vit jouer d'énervement avec la bague qu'il portait à l'annulaire quand il raconta cela. Une bonne occasion de taper sur les voisins, lâcha-t-il dégouté par la bêtise de certains. Le clergé d'El avait été appelé pour calmer tout ce petit monde, maintenir la paix et sécuriser la zone pendant que les serviteurs d'Eda s'occupaient des populations et de la maladie.
" Au vu de votre état et de vos qualifications, vous avez mon autorisation pour surpasser votre grade et mener toutes les opérations que vous jugerez nécessaires d'organiser avec les servants de Rippon qui seront à votre disposition. Vos consœurs sont au courant et cela ne les dérange pas. "


Il continua avec quelques encouragements et une Supérieure lui expliqua les symptômes de l'épidémie et ce qu'ils avaient mis en place comme procédure jusqu'à présent.
" Il me faut y aller. Au cœur du village. Vous avez combien de soigneurs sur place déjà ? "
Une grimace étira les lèvres de la Mère avant que celle-ci ne réponde qu'ils n'osaient plus envoyer personne là-bas directement. Le premier soigneur à s'y être rendu était mort voilà 6 jours.


La petite voix douce de la soigneuse eut l'effet d'une claque dans cette tente calme quand elle répondit avec aplomb aux hésitations de celle qui avait bien quinze années de plus qu'elle.
" J'irais quand même ! Et j'emmène tous les volontaires qui me suivront. Si on ne trouve pas la cause de la maladie, on ne pourra jamais la soigner efficacement. " Sa détermination faisait briller ses grands yeux bleus. Ils croisèrent rapidement ceux de Foudre quand elle balaya les regards de ceux qui la dévisageaient. Elle lui sourit brièvement.


" Faites passer le mot, je pars dans une heure. Seule ou accompagnée peu m'importe. "
Sur ces mots, la jolie prêtresse quitta la tente et parcourut le campement pour récupérer le matériel dont elle pourrait avoir besoin. Elle espérait bien convaincre quelques personnes de l'accompagner, notamment Saule son ancien ami.
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