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[Event 1, chapitre 2] Et la neige était grise de sang

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Mar 7 Aoû - 16:57
Le Ménestrel
Celui qui sait...
Le Ménestrel
Messages : 251
Après la débâcle de la matinée, la question du maintien de la crémation en public se posa. Finalement, Juste décida avec sa Garde Personnelle de n’autoriser que les résidents du Château de Castelcerf et la noblesse qui s’était déplacée exprès à assister à ce sombre événement. Pas qu’il en veuille à son peuple : il savait son épouse aimée des Castelcerviens, car il n’était pas rare qu’elle descende dans le bourg avec seulement une frêle escorte, accessible et souriante à tous. Notamment pendant la guerre, où elle avait initié la construction d’un hôpital de fortune pour les civils blessés et la construction de logements pour les réfugiés les plus dans le besoin : veuves avec enfants, orphelins…

Peut-être que, comme le lui avaient soufflé certains de ses conseillers, cela lui permettrait de se rallier une populace fatiguée des conflits. Peut-être cela pousserait-il les Pies à commettre quelqu’erreur fatale, permettant de remonter jusqu’à leur tête pensante. Qu’importent les conséquences, pensait le roi, car le prix à payer était trop élevé. L’abattement se disputait à la colère. S’il n’était roi, contraint à une certaine impartialité, à une certaine justice dans ses actes, il appellerait volontiers à la vengeance.

L’homme affalé dans son fauteuil royal, dans la salle du conseil, n'avait pas grand-chose d'un roi. Rien qu'un instant de calme, de solitude, de deuil. C'était trop demander, cependant. Un soupir, il passa une main lasse sur son visage et se releva, remercia l’Amiral Lembrun qui la lui tendait, stoïque face à cet accès de faiblesse. L’homme serait à ses côtés, comme d’autres militaires, cet après-midi. Chargés en personne de garder la personne du Roi, de plus en plus menacé par ses propres sujets.

Au sortir de ses appartements, tout un cortège se rassembla autour de Juste. Les hauts-gradés de l’armée, son clan d’Art et Puissante, juste derrière, avec ses apprentis. Les artiseurs étaient également sous bonne escorte : il ne tenait pas à en perdre de nouveau. D’autant que les apprentis étaient des cibles faciles, certains, la plupart, n’ayant pas une once d’entraînement aux armes. Puis venaient les émissaires des différents Ducs, excepté Labour puisque l'Héritière Sangréal avait disparu, la noblesse selon leur rang... Ils traversèrent le château pour rejoindre la Cour d'Honneur où déjà une foule s'était amassée : gardes, serviteurs, bourgeois et nobliaux qui n'auraient pas tous dû être là.

Il était seize heures trente. La herse fut baissée, pour éviter les troubles : ceux qui, plus malins que d’autres, avaient réussis à entrer pour assister au bûcher seraient prisonniers des lieux jusqu’à nouvel ordre. La neige tombait dru, accrochait désormais et recouvrait pelouse comme pavés de sa masse collante, glissante et d’un blanc qui n’avait rien d’éclatant avec le passage des uns et des autres.

Face aux herses, le bûcher, immense, de bois et de paille enduit d’huile et d’une substance inflammable que son intendant avait achetée il-ne-savait-où. Des mains du Capitaine Lamacier, Juste prit la torche et s’avança, seul, face au bûcher. Il y eut un geste de protestation vite avorté face au visage fermé du Roi. Inutile de faire trainer les choses, résigné, il jeta un regard intense au cercueil de Prudence, son bras s'affaissant une seconde. Pas de geste d’au-revoir, pas de discours. La lassitude avait effacé toute velléité d’un dernier hommage qui ne rendrait pas justice à l’affection qu’il avait pour son épouse et cet enfant qui n’avait pas même vécu.

D’un geste ferme, il lança la torche et le bois s’embrasa. Plus qu’à attendre dans le froid et l’odeur pestilentielle de chairs brûlées que tout cela ne soit plus que cendres.
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Jeu 9 Aoû - 10:32
Clément de l'If
Preux Chevalier
Clément de l'If
Messages : 81
Localisation : Bourg-de-Castelcerf
Trois officiers de la Garde Royale avaient été affectés à la sécurisation et l’organisation de la Cour d’Honneur. Finalement, cela signifiait juste que nous restions postés là toute la matinée dans le froid et que le véritable travail de garde débuterait dès la herse retombée. Seuls les résidents du Château et la noblesse étaient autorisés à assister à la crémation de la défunte épouse du roi Juste. Faisant partie des derniers nommés au grade d’officier, j’étais de ces trois qui se gelaient les pieds et le visage aux côtés d’une troupe de gardes.

Je m’étais habillé chaudement, ajoutant une peau tannée sur mes épaules, juste en-dessous de la cape des officiers de la Garde qui devait rester apparente étant donné les circonstances. Mais j’avais tout de même les pieds engourdis par le froid et l’immobilité. Dans la cour, la foule se réunissait déjà. Bien sûr, j’avais transmis l’ordre du Capitaine Lamacier de ne laisser entrer que les résidents du Château et invités de la famille royale, mais je savais que certains visages n’avaient pas leur place ici. Comment les reconnaître et s’assurer de leur identité sans faire de vague après les événements de la matinée ?

Je me tenais tout près de la herse et je fus le premier à voir le cortège suivant Juste se diriger vers nous. J’alertai mes camarades, leur intimant un garde à vous irréprochable. Le Roi, les chefs d’armée, le clan d’Art, ces grandes personnalités des Six-Duchés seraient réunies autour du bûcher, dans un même lieu restreint. Cela faciliterait grandement une attaque des Pies si nous les avions laissés entrer. Or, ce ne pouvait être le cas, et quand bien même cela arriverait, nous serions prêts à défendre chèrement la vie de ces gens. Une fois le cortège entré dans la Cour d’Honneur, je fis signe à deux gardes d’abaisser la herse. Ainsi, le huis-clos pouvait se jouer.

Je restai en poste près de la herse, ayant une vue sur le foule, silencieux et droit comme un i malgré la neige qui tombait sur mon visage, aussi glaciale que le vent qui s’engouffrait dans la cour. Le Roi lança la torche et, lentement, le bois s’embrasa. Loin du bûcher, je n’en sentirai la chaleur qu’une fois les flammes montées.
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Jeu 9 Aoû - 12:06
Lune de Forge
Forgienne en pleine reconstruction
Lune de Forge
Messages : 446
Localisation : Castelcerf
Elle avait délaissé Franc pendant quelques jours. Elle l'avait délaissé pour prêter main forte à ses consœurs et frères lors de la préparation de la cérémonie funéraire. Et elle avait failli être déshonorée, violée par quatre pauvres erres parce qu'elle espérait encore pouvoir contenter tout le monde. Dans sa miséricorde pour sa fille, Eda l'avait aidée à s'en sortir mais la prêtresse avait compris le message que la déesse lui avait adressée. Il ne fallait pas qu'elle se disperse de trop, sous peine de mettre à mal la santé de ceux qui comptaient sur elle, mais également la sienne propre.
Alors ce matin, elle était restée auprès de son patient. Tandis que le château s'était muré dans le silence, elle l'avait promené dans les jardins, lui racontant l'innocence du monde pour ne pas qu'il sente le poids du deuil des autres sur son cœur déjà fragile. La reine était morte. Son enfant était mort sans avoir connu le bruit du monde et l'air de la vie. Grâce ne pouvait pas faire celle qui ne ressentait rien mais la mort était si quotidienne dans l'univers qu'elle avait choisi de servir qu'elle pouvait aisément mettre ça de côté pour ne penser qu'à la vie. Celle du jeune soldat à l'esprit brisé par la torture était sa priorité. Les progrès venaient au compte-goutte mais elle s'y accrochait comme un marin à la bouée qu'on lui lançait dans la tempête.
Alors, elle resta avec lui, lui faisant sa toilette, appliquant des onguents pour calmer ses escarres, lui donnant à manger avec la patience d'une mère. Elle n'assista pas à la cérémonie au temple. Mais quand elle apprit ce qu'il s'y était passé, elle se dit qu'elle avait bien fait... Assise face à Franc, dans le calme de la chambre de celui-ci, elle se laissa aller à pleurer sur ces hommes et ces femmes qui souffraient tant en leur cœur pour ne pas voir les petites étincelles de bien et de bonheur que la vie leur réservait. Qui préféraient la haine parce qu'elle était plus simple à accueillir. La haine, c'était facile à alimenter ; on avait même pas besoin de la comprendre. Elle partait de ce petit soupçon de peur et d'un coup, le feu s'embrasait.
" Pardon. Je suis là pour t'aider à aller mieux... Mais parfois,c'est dur de sourire. J'aimerais tant que plus personne n'ait peur de ce qu'il ne comprend pas... Rien ne te serait arrivé si cela avait été le cas... "
Grâce s'était excusée une fois de plus, avait séché ses larmes puis avait repris son entrain habituel, continuant son office jusqu'à l'heure de la crémation.

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Ses longs cheveux d'or étaient noués en chignon, duquel retombait un ruban noir. Elle avait revêtu la robe blanche immaculée de cérémonie des prêtresses d'Eda. A sa taille, elle avait ceint une large bande noire en signe de deuil. Malgré le froid et la neige désormais du ciel, elle n'avait rien mis revêtu de plus. La simple robe d'hiver lui convenait d'autant mieux qu'entourée ainsi de monde, la Béarne n'avait guère froid. Elle se tenait parmi les serviteurs, soutenant Muscade, la cuisinière en chef, qui retenait difficilement ses larmes à voir les cercueils surmontés le grand bûcher.
Tandis qu'il avançait, Grâce regardait le roi, uniquement lui. Les événements du temple devaient l'avoir bien secoués. Les années semblaient s'être soudainement abattues sur lui et lorsqu'il lança la torche en bas du tas de bois, il semblait absent, pressé que tout cela finisse. Comme si cela lui permettrait d'être un peu en paix...
En son cœur, la prêtresse adressa cette même prière, non seulement à Eda mais au monde entier.

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Paroles en teal
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Jeu 9 Aoû - 17:57
Eclat Tombetoile
Maquerelle Pie
Eclat Tombetoile
Messages : 175
Localisation : Cerf
Quelle tannée ! Dormir dans ces petites chambres sous les combles, être affublée de frusques de domestiques, un foulard sur les cheveux pour en cacher la longueur, pour seul maquillage de la poudre grise pour amplifier des cernes qu'une nuit sur un matelas inconfortable avait faites apparaître... décidément, cette journée allait être longue.
Et en plus de tout cela, il lui avait fallut arborer un air triste et contrits depuis la veille. Même avec ces fichus domestiques, elle avait du jouer le jeu de « Oh la pauvre reine, elle était pourtant tellement aimée ». Quelle bande d'hypocrites ! Et ces fichus nobles à qui il fallait servir du « Oui Monsieur », « Comme il vous plaira Monsieur »... pauvres imbéciles suffisants et malsains !

Il lui faudrait un réservoir immense de patience pour venir au bout de cette mission.
Le seul avantage de ce petit jeu était qu'elle était tout bonnement transparente aux yeux de ces égocentriques dépravés. Elle pouvait les observer à la dérobé, rire sous cape de ceux dont elle connaissait les penchants les moins avouable et récupérer quelques informations pour trouver comment approcher et harponner ceux qui n'étaient pas encore client de sa petite affaire. Cette journée à jouer les larbins lui faisait regretter son métier de catin, elle avait hâte de retourner aux Fleurs du Délices pour user de son outil préféré : son corps.

Au moins, ses filles et ses garçons avaient pu profiter de l'occasion pour se reposer. Elle avait fermé la maison soit disant par respect pour la défunte... Un respect plus utile que sincère. Elle espéra néanmoins qu'aucune de ses fleurs n'avaient eu d'ennui s'ils étaient allés au temple, les choses avaient dégénérés là bas, si elle en croyait les rumeurs.

Elle était maintenant avec Amande et nombre d'autres domestiques réunis au fond de la cour pour assister au bûcher. Les nobles se pressaient autour de ce spectacle macabre, soucieux de se montrer triste et surtout présent aux yeux du roi. Pauvres hères, plus creux qu'un coquillage !
Il était seize heure, le cérémonie n'allait plus tarder. C'est à ce moment que les herses furent baissées. Même si Eclat n'avait pas prévu ce chemin pour quitter le château, elle voyait tout de même un échappatoire potentiel se fermer à elle et ce n'était jamais bon signe.

Elle reporta son attention sur le parterre de nobliau et dut prendre une profonde inspiration pour calmer la sourde colère, qui montait en elle  de voir ces marionnettes, qui décimaient les siens. Elle fit passer ce soupir pour de la tristesse alors que le roi Juste et sa suite entraient dans la cour d'honneur. Le premier cercueil fut installé sur le bûcher, bientôt suivi du deuxième beaucoup plus petit.

Elle se refusa à tout sentiment de compassion pour ce roi qui faisait brûler les vifiers pour leur seule différence, mais lorsque les premières flammes vinrent lécher le bois du plus petit cercueil, ses mains se crispèrent quelques secondes contre son ventre.
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Ven 10 Aoû - 20:31
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Perse n’avait pu participer à la cérémonie, au temple. Elle aurait aimé voir le deuil sublimer feuilles d’or, cierges et statues en faste affligé. Mais il y avait trop à faire. Avec deux autres apprentis, elle avait été désignée pour assister le clan d’Art de Puissante à mettre en place les différents expédients anti-vifiers.

Des maîtres chien, supervisés par l’officier veneur, patrouilleraient le long des différents remparts et chemins de ronde, mais pas avant que Sa Majesté ne soit rentrée dans la cour intérieure avec son cortège. Aucun animal, compris ses limiers de garenne, n’était permis à moins d’une portée de flèches du roi. Sa Majesté était en permanence accompagnée du sieur Lembrun et de ses hommes, tous de plate vêtus  - visière toutefois levée, afin que chaque visage soit identifié - prêts à mettre au clair à la moindre originalité. Puissante – sévère et digne (dans cet ordre) – précédait son clan d’Art aux cernes creusées. Quatre jeunes filles pures qui apprenaient au temple d’Eda balançaient – deux devant le roi, deux derrière – des encensoirs qui se voulaient rituels mais s’avéraient en réalité emplis d’épices et d’herbes insectifuges (une idée de Perse), quoique que ce fût l’hiver et que la crainte n’était pas à ces minuscules assassins. Des arbalétriers scrutaient le ciel à la recherche de quelque rapace malveillant. Même Calliphilos, l’ambassadeur de Chalcède, avait dû laisser la majorité de sa garde personnelle dans ses quartiers.
Des braseros et lanternes avaient été allumées aux quatre coins de la cour afin qu’il ne restât point une seule ombre présente où quelque mesquin soudard eût pu se tapir ; mais nombre d’entre eux furent éteints à l’instant du bûcher.

Et dans tout cela, à peine Perse avait-elle eu le temps de se faire raccourcir les cheveux ; les mèches qu’on eut volontiers dits d’une pauvresse virevoltaient au vent. Elle avait beau se protéger du froid hivernal dans une épaisse robe de laine crochetée et une pelisse d’hermine douce comme un nuage, elle ne pensait à rien d’autre qu’au vent et à sa chevelure massacrée.

Elle se dirigea vers un chevalier du nom de Clément de l’If.
"Sir, maîtresse Puissante souhaite que la garde concentre sa vigilance sur les domestiques et les nobliaux ayant des épousailles dans la bourgeoisie. Elle reste cependant persuadée que messire y aura déjà songé et ne m’a envoyé que pour vous assurer de son soutien." Transmettre les messages sans ambages de maîtresse Puissante était si embarrassant que Perse avait cru bon de confectionner cette seconde phrase.
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Sam 11 Aoû - 10:24
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La journée avait débuté très tôt pour Amande. Préposée à la cuisson du pain, elle avait dû être sur le pied de guerre dès cinq heure pour affronter ce jour marqué par le deuil. Une fois cette tâche terminée, cela avait été au tour de la préparation des garnitures qui seraient servies pour la noblesse lors du dîner. Cela serait un repas simple, composé d'une seule entrée, de deux plats, l'un de volaille, l'autre de poisson, avec des garnitures de légumes cuits. On lui avait assigné deux commis, venus prêter main forte dans les cuisines. L'un d'eux était une belle jeune femme aux longs cheveux bruns, qui n'avait pas l'air de s'y connaître vraiment dans le domaine. Cela importait en vérité assez peu, puisque les tâches confiées étaient vraiment très simples, il s'agissait en général d'éplucher ou de couper des légumes. Une ambiance lourde régnait dans les lieux, la bonne humeur habituelle éclipsée par les pensées de  chacun, focalisées sur le drame qui avait conduit au décès de la reine et de son nourrisson.

En milieu d'après-midi, la cuisine devint pourtant bruissante de murmures tantôt d'excitation, d'interrogation ou de colère contenue. Sans en avoir l'air, la jeune servante laissa traîner ses oreilles vers les discussions. En rassemblant les bribes de conversations glanées, elle parvint à en saisir le sujet : des incidents s'étaient déroulés lors de la cérémonie du temple. Cependant, personne ne paraissait d'accorder sur l'origine des troubles. Cannelle, la seconde de cuisine maintenait qu'il s'agissait d'un coup des Pie : son cousin avait aperçu un chien enragé attaquant tous les badauds passant à sa portée. Le saucier en chef quant à lui, affirmait qu'un homme à la solde d'un royaume étranger avait voulu s'en prendre aux personnes massées dans le temple en usant de magie, mais avait été neutralisé par la garde, sa belle-sœur l'ayant vu de ses propres yeux. Les rumeurs finirent par arriver aux oreilles de Muscade, dont chacun savait qu'elle avait été grandement affectée par la perte de sa souveraine. Rouge de colère, elle fit taire les conversations en annonçant que si elle entendait encore ce genre de bêtises, elle mettrait le colporteur de ragots immédiatement à la porte. Peu habitués à ce genre de réaction de la part cette femme dont la patience et la bienveillance n'étaient plus à prouver, chacun se remit au travail dans un silence pesant.

Il fut bientôt l'heure d'assister au bûcher funéraire. Amande se rendit dans la chambre d'Elégance de Vinéor pour s'assurer qu'il n'avait besoin de rien.  Elle l'avait aidé à ajuster les derniers détails de sa tenue portée pour l'occasion, puis était partie dans la cour se rassembler avec le petit personnel du château. Chacun avait pris grand soin de rajuster ses vêtements, sa coiffure et soigneusement lavé son visage et ses mains de travailleur. Tous voulaient se montrer dignes pour ce dernier hommage à leur souveraine. L'émotion était palpable dans l'assistance pendant la lente crémation des cercueils et des corps. L'ambiance était pourtant également oppressante, avec les gardes qui patrouillaient depuis le matin, certain accompagnés de chiens, les arbalétriers postés sur les créneaux en haut des murailles et les membres du clan d'Art sur le qui-vive. Amande essayait de ne pas trop y penser, mais il était évidemment difficile de faire abstraction du fait que les Pie pouvaient les attaquer à tout moment. Comme la plupart des petites gens travaillant au château, la peur, se disputant à la haine de ces monstrueuses personnes, commençait à s'insinuer dans le cœur de la Baugienne. Personne n'était à l'abri, le pire étant que sous le masque d'un proche, d'un collègue, d'un ami, pouvait se trouver l'un de ces meurtriers....
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Dim 19 Aoû - 19:31
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Postés sur l’un des murs d’enceinte ceinturant la cour d’honneur, Grisant et Faquin, l’un archer l’autre arbalétrier, ne pouvaient s’empêcher d’observer la scène qui se déroulait en contrebas. Oubliant quelques secondes leur mission de surveillance à la fois de la cour, mais aussi de l’extérieur du château, tous deux se tenaient côte à côte et posaient leur regard sur le roi allumant le bûcher dressé en l’honneur de sa défunte épouse et de son fils.

La scène était désolante. Pourtant les deux gardes n’avaient pas la même manière de réagir face à cette dernière. L’arbalétrier était agité et semblait danser sur place. Visiblement plus sensible au froid et à la neige tombante qu’au deuil de son roi quelques mètres plus bas.

“Ça prend bien. Au moins ils ne vont pas avoir froid en bas ! …”

À l’entente de cette remarque d’un mauvais goût certain, Grisant, “le mal nommé”, n’esquissait même pas un sourire. Lui, semblait beaucoup plus réceptif à la peine que pouvait éprouver Juste Loinvoyant ainsi que l’ensemble du peuple derrière lui. Aussi restait-il comme hypnotisé par les évènements en contrebas sans daigner accorder un seul regard à son collègue, qui de son côté, semblait bien vouloir obtenir une réaction.

“Tu parles d’un barbecue... J’échange volontiers ma place avec le roi si ça peut m’éviter de crever ici en me gelant les oreilles et le reste !”

“Ferme là Faquin !”

Cet ordre sec et net, donné par Grisant avait suffi pour faire taire le trublion, dont l'expression changea du tout au tout, se souvenant alors à qui il s’adressait.

Il faut dire que l’Archer ne connaissait que trop bien les sentiments par lesquels passaient Juste. Il n’y a pas si longtemps, lui-même n’était qu’un chasseur vivant dans les faubourgs de la capitale. Sa vie était simple et heureuse, partagée entre un métier qu’il aimait, une jeune épouse enceinte et son chien affectueux. À cette époque, Grisant était exalté et avait toujours le sourire aux lèvres. Et puis il avait suffi d’un mauvais jour…

Un soir, alors qu’il rentrait d’une chasse, l’horreur était entrée dans sa vie. C’était peu après l’assassinat de la maîtresse d’Art.

Jamais il ne pourrait oublier l’image du corps nu de sa femme, atrocement mutilée, et le ventre ouvert, attaché au pilier de la pièce principale de sa maison. Là où aurait dû être sa tête se trouvait celle du chien. Sur le mur, peint avec le sang de la victime, était écrit “Vifière”.

Des inconnus avaient profité des troubles liés à l’assassinat d’Eliée Ormeblanc pour pénétrer chez eux et se faire justice eux-mêmes. Sur un simple soupçon. Des rumeurs de voisinage. La garde, déjà débordée et elle même confrontée aux excès dans ses propres rangs n’avait rien pu faire.

Depuis ce jour maudit entre tous, Grisant ne riait plus. Il crut bien ne jamais s’en remettre. Heureusement le reste de ses proches ne l’avaient jamais abandonné. Par leur intermédiaire, il avait trouvé la force de donner un sens nouveau à sa vie. Au-delà de son malheur, ce qu’il avait vu avant tous les autres, c’était la guerre qui était en sommeil. Pour faire la guerre, il faut des soldats. Pas seulement pour se battre, mais pour protéger à tout prix ceux qui ne peuvent se défendre et éviter que d’autres ne subissent le drame qu’il avait subi.

Alors il avait rejoint l’armée. De longs mois pour se reconstruire et pour se lier avec d’autres, même s’il portait désormais le surnom de “Mal nommé”. Tous dans sa garnison connaissaient son histoire et même les plus imbéciles comme Faquin faisaient preuve envers lui d’une certaine bienveillance.

Ainsi, lorsqu’il avait compris qu’il avait été trop loin, l’arbalétrier avait laissé passer de longues secondes avant de l’ouvrir à nouveau. Sur un tout autre ton cette fois.

“Je… Je suis désolé Grisant. J’oubliais que… Enfin, tu me connais ?”

Grisant baissa les yeux et poussa un soupir. Puis il posa la main sur l’épaule de son compagnon dans un geste amical.

“C’est bon Faquin… Ne t’en fais pas. En effet, on se connait bien toi et moi.”

Le visage de Faquin s’illumina alors d’un sourire fraternel. Rassuré de ne pas avoir blessé trop profondément son camarade.

“C’est plutôt moi qui suis désolé... Pour ce qui va arriver.

L’expression joyeuse de l’arbalétrier s’effaça alors aussitôt, pour laisser place à une expression surprise. Un filet de sang s’échappa de la commissure de ses lèvres, résultat de la dague de Grisant qui lui traversait les entrailles. Son camarade le regardait droit dans les yeux, avec un visage fermé, comme s’il s’était libéré de toute émotion humaine.

Grisant étreignit quelques instants son compagnon. Mais nullement pour accompagner la mort de ce dernier. Juste pour le retenir le temps de lui prendre son arbalète. Puis, d’un geste ferme, il le repoussa. Faquin bascula alors dans le vide avant de tomber lourdement au sol, ce qui eu pour effet d'interrompre de manière brutale le recueillement de tous.

D’en bas, on pouvait voir que Grisant avait déjà armé l’arbalète de son camarade et alignait sa cible. Puis le coup partit, bientôt suivi de plusieurs cris d’horreur lorsque Juste Loinvoyant tomba en arrière pour disparaître derrière les plus courageux de sa suite, faisant spontanément barrage de leur corps.

Grisant lâcha alors son arbalète, trop encombrante et trop lente à recharger. Sa cible étant atteinte, il ne pouvait plus faire machine arrière. Il dégaina son arc puis prit un groupe de flèche dans son carquois. Il commença alors à tirer au hasard sur la foule qui s’éparpillait en désordre.

Un cri de faucon alerta alors ses oreilles. Sur sa gauche, un garde était aux prises avec un rapace qui venait tout juste de le stopper dans sa course.

“Merci Duriel !”

Le malheureux garde héroïque n’eut pas le temps de réaliser que déjà une flèche le traversait de part en part. Grisant prit alors la fuite pour tenter de changer de point de vue.
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Jeu 23 Aoû - 20:55
Le Ménestrel
Celui qui sait...
Le Ménestrel
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Juste tituba, porta avec surprise sa dextre à sa poitrine et tomba à genoux alors que l’Amiral Lembrun ainsi que la garde personnelle de Sa Majesté se précipitait vers lui. Manu militari, les soldats détachèrent leurs écus et firent un écran tout autour du Roi. L’amiral, lui, pinça les lèvres et passa le bras droit du blessé par-dessus ses épaules, le soutenant au milieu du cercle de soldats jusqu’à la porte du Hall. Puissante, inquiète pour les siens, lança à tous les artiseurs l’ordre de se mettre à couvert. Cela valait surtout pour les apprentis. Elle intima donc à Perse de rester sous la protection du sieur de l’If, à l’abri des flèches. Azur Lamacier tirait péniblement Humble et Gaillard, momentanément hagards, au milieu de la garde pour qu'ils rejoignent le Roi.

Parmi les domestiques comme la noblesse assemblée là, c’était la panique. Les pies attaquaient ! Les uns et les autres courraient dans tous les sens, se bousculant pour quérir l’abri qui d’une tourelle, d’un porche, les plus sensés emmenant leurs congénères vers les portes des baraquements des gardes, de l’autre côté de l’aile des appartements royaux.

Mais le plus choquant restaient les blessés. À côté d’éclat, un petit page d’une douzaine d’années se vidait de son sang, un carreau d’arbalète lui ayant traversé la gorge. Les yeux exorbités, il tendait la main vers l’inconnue qu’elle était, demandant une aide vaine. Derrière lui, une petite femme aux couleurs de Bauge rendait son dernier souffle, l’arme s’étant fichée dans son cœur. Muscade, la cuisinière, reprit vite ses esprits. Craignant que la jeune prêtresse ne veille rester au clair à aider les blessés et risquer sa vie, elle la tira vers elle jusqu’à tomber nez à nez avec le spectacle navrant.

Amande, elle, fut entraînée de grès ou de force vers l’entrée du grand hall par un valet d’une quarantaine d’années, qui sur sa livrée bleu de cerf portait les armoiries de Sablevive, domaine dont feue la souvenaire était originaire. « Cours gamine, baisse-toi et cours, » lui criait-il. Mais l’homme buta dans un corps, bousculé par une noble Dame qui avait la bonne idée d’avoir ses vapeurs à ce moment. Finalement, un garde prit la jeune fille à bras le corps et courant vers Clément, il la déposa à coté de Perse.

« Restez à l’abri, dans la tourelle. »

A l'abri, parmi ces gardes, dont l'un avait tiré sur le Roi. Comment savoir à qui faire confiance ?
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Lun 27 Aoû - 19:29
Clément de l'If
Preux Chevalier
Clément de l'If
Messages : 81
Localisation : Bourg-de-Castelcerf
La femme qui s’était approchée de moi d’un pas assez sûr était vêtue d’une robe de laine. Je l’enviais presque, l’épais tissu gardant bien plus la chaleur que ma tenue de guerrier. Il s’agissait d’une dame assez grande, aux cheveux blonds assez courts et aux yeux pers. Elle se disait envoyée par Puissante de Brumebaie, la Maîtresse d’Art du Roi. Celle-ci avait une réputation de vieille femme aigrie, râleuse et exigeante au château. Je ne pouvais l’attester moi-même, n’ayant jamais fait la rencontre de l’artiseuse. Cependant, je prêtais toujours attention à ce genre de rumeurs et visiblement elle était assez fondée. La jeune femme qui me faisait face m’apportait les doutes que Puissante de Brumebaie avait envers les domestiques et les bourgeois présents aux funérailles. Je hochai la tête d’un geste assez militaire, montrant que j’avais bien pris en compte ses paroles.

« Madame, les ordres reçus par la garde concordent avec le souhait de Dame Puissante. Nous faisons le nécessaire. »

La chaleur du bûcher n’avait pas eu le temps de me parvenir que la situation virait déjà à la tourmente. Un corps s’était effondré. Tous les regards s’étaient portés sur lui et étaient remontés le long de la paroi de pierre pour voir un trait tiré depuis les hauteurs se ficher dans la poitrine de Juste Loinvoyant. En quelques secondes, tout avait basculé. Le calme du recueillement avait laissé place à l’agitation due à l’attaque. Je m’étais aussitôt mis en position de défense, prenant le bras de l’apprentie de Puissante de Brumebaie pour la placer en retrait, derrière mon écu que j’avais débouclé et fait glisser le long de mon bras.

Je vis les soldats de la Garde se rassembler autour du Roi afin de lui porter assistance et l’évacuer dès que possible. La rapidité avec laquelle ils respectaient la procédure était impressionnante mais je n’eus pas le temps d’être fier de ces hommes. Je cherchais des yeux le tireur. D’où provenaient donc ces carreaux mortels ?

Je ne parvenais pas à le trouver sur les créneaux, gêné par l’assemblée devenue troupeau furieux et angoissé. Le Roi était bien entouré et je ne pouvais dénicher ce tireur, le mieux que je pouvais faire était de protéger les personnes assemblées ici.

« Le danger vient d’en-haut mais je ne le vois pas ! Pouvez-vous le trouver ? »


Je m’étais adressé à l’artiseuse d’un ton involontairement trop autoritaire. A travers le chaos qui régnait, un garde déposa une jeune domestique aux cheveux châtains près de l’artiseuse. Une flèche vint se ficher dans le corps déjà tombé d’une servante près de la herse qui avait tenté de fuir. Le garde avait mentionné la tourelle qui se trouvait non loin de nous. Rengainant mon épée, je saisis d’une main celle de la domestique.

« Ne me lâche pas, et tout ira bien.»

De l’autre main, celle qui tenait toujours mon écu, je pressai l’artiseuse à courir pour se mettre à l’abri dans la tourelle. Heureusement, elle n’était pas loin. Une fois mes deux protégées ayant franchi le seuil de leur défense de pierre, j’essayai de trouver de nouveau la position du tireur. Là-haut, sur les créneaux, comment pouvait-il s’agir d’un Pie ? La sécurité était maximale. Je réfléchissais à voix haute, pour moi-même.

« Les Pies ont sûrement infiltré la Garde ! Tous nos hommes sont présents... Aucun étranger n’aurait pu monter sur les créneaux. Ces sauvages ont certainement tué et pris la place des nôtres au moment où tous les regards étaient tournés vers le bûcher. Je ne vois pas d’autre possibilité... »
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Mar 28 Aoû - 8:27
Lune de Forge
Forgienne en pleine reconstruction
Lune de Forge
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Muscade avait raison. La prêtresse ne pouvait pas juste penser se mettre à l'abri, sans se préoccuper d'abord des autres.

Les flèches pleuvaient et les gens paniquaient. Le roi, premier touché, seul vraiment visé, avait été rapidement protégé par sa garde et ramené à l'abri. L'assassin n'avait plus rien à perdre et tous étaient maintenant des cibles intéressantes pour lui. Grâce avait eu bien du mal à détacher son regard de ce qui s'était joué devant elle ; c'était donc cela la tactique des Pies... Chercher à abattre la tête pensante puis faire des victimes simplement pour faire couler le sang. La prise de la cuisinière sur son bras la ramena à la réalité et elle ne pouvait que constater le massacre qui se jouait autour d'elles. Elle tenta de se libérer de son emprise pour aller porter secours à qui en avait besoin mais la poigne était trop ferme pour qu'elle s'en libère aisément.
Ici elle ne respirait déjà plus. Là il se mourrait. Les regards, les cris, l'odeur dans l'air glacé du sang versé. Le cœur de la soigneuse se serrait, lui donnant la nausée, lui coupant le souffle. Elle n'avait jamais connu pareille situation. La panique était générale et les bousculades se succédaient. Certains ne savaient pas où aller, faisaient brusquement demi-tour et se rentraient dedans. D'autres trébuchaient bêtement et avaient du mal à se relever.
" Mettez-vous là-bas et appelez-les ! " intima-t-elle à Muscade en lui désignant l'abri le plus proche. La soigneuse savait qu'elle avait la voix suffisant forte pour se faire entendre. Au regard de la cuisinière en chef qui se demandait ce que la jeune femme avait en tête, Grâce répondit rapidement.
" Je vous les envoie et j'arrive. Promis ! "

Elle se précipita auprès des plus proches et leur désigna la même direction qu'à Muscade. Elle remarqua Clément plus loin avec deux jeunes femmes mais ne tenterait pas d'aller jusqu'à lui. Ils avaient l'air d'aller bien. Elle releva une jeune servante qui avait chu et l'aida à regagner le couvert d'un auvent. Les gens qui se trouvaient là avaient triste mine. Ils craignaient pour leur vie et regardaient leur voisin avec cette pointe de suspicion qui aurait déjà pu être fatal au temple plus tôt dans la journée. On leur tirait dessus depuis les fortifications ; c'était un garde qui oeuvrait. A qui donc pouvaient-ils se fier ?

Tandis qu'elle examinait rapidement la cheville de la servante qu'elle avait aidé à marcher, Grâce effleura l'esprit des personnes autour d'elle. Elle n'avait pas la puissance de la maîtresse d'Art ou d'un autre artiseur pour leur transmettre le moindre ordre d'Art. Elle cherchait plutôt à percevoir l'état psychique ambiant et à pouvoir réagir au plus vite en cas de crise de panique ou quelque chose du genre.

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Jeu 30 Aoû - 19:19
Eclat Tombetoile
Maquerelle Pie
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Le feu avait bien pris, et la chaleur leur parvenait progressivement. Bien que le châtiment fut mérité, le spectacle d’un bûcher n’était jamais des plus réjouissant ce qui aida Eclat à conserver une mine maussade sans trop d’efforts.

Les choses se bousculèrent tout à coup, le son d’un carreau traversant les airs, suivi de cris de stupeur. Le roi Juste était tombé!
A cette distance, elle ne pouvait voir s’il était gravement touché ou non, ses hommes faisant barrage de leurs corps et la foule mue par la panique, lui bouchaient la vue.

Sa satisfaction fut de courte durée. Elle se fit bientôt bousculée par des larbins affolés par les flèches qui tombaient à l’aveugle dans la foule.
Un grouillot la heurta violemment de l’épaule et la fit trébucher, tombant nez à nez avec un jeune page qui était à ses côtés quelques secondes plus tôt.
Il avait les yeux exorbités et tendait la main vers elle. Ce visage, si jeune... Eclat fut prise au vif, elle ne savait quoi faire pour l’aider, ses mains se portèrent d’abord à la gorge de l’enfant pour endiguer le flot de sang mais en vain. Sa main poisseuse agrippa alors celle du petit, elle sentait la vie le quitter petit à petit dans des gargouillis infâmes.
Elle voulut essayer de l’apaiser à l’aide du vif pour ses derniers instants, mais elle n’avait jamais été très douée en ce domaine et la colère qui montait en elle était trop forte.
Elle porta alors son regard vers les murs d’où semblaient provenir les flèches. On entendit le cri d’un rapace, était ce un oiseau du château ou celui du Pie qui avait provoqué tout ceci... elle n’aurait su le dire, mais elle lança néanmoins par le vif un message:

Stop!

La cible était le roi et il était touchée et probablement hors d’atteinte maintenant, à quoi bon s’en prendre à la foule! Les Pies de Cerfs étaient ils à ce point sans coeur? Sans finesse, sans remords ?

Qu’on s’en pris au roi, à la noblesse, soit, aux domestiques adultes, passe encore... mais aux enfants! Eux pouvaient encore être sauvés, ils pouvaient être éduqués à la tolérance des vifiers.

Toute à sa colère, elle ne sentit qu’à peine qu’on la soulevait de terre, et ce n’est qu’en pur réflexe que son corps réagit en suivant la prêtresse qui l’emmenait à l’abris alors que la main du page retombait mollement sur sa poitrine.

La jeune femme blonde l’avait mise à l’abris d’un auvent et examinait à présent sa cheville. Eclat repris doucement ses esprit, réalisant à peine qu’il aurait suffit d’une petit bourrasque pour que la flèche qui s’était fichée dans le cou du page, où celle qui avait atteint la baugienne derrière elle en plein coeur, vienne se ficher dans sa propre poitrine.

Elle tourna lentement sa cheville endolorie.
- Merci, mais je crois que ça va aller. Il faut aider les autres.

Elle chercha du regard et du vif toute activité suspecte. Des hauteurs des murailles à la foule de la cour, elle espérait bien trouver trace de ces Pies. Bien que ce fût contraire à ses ordres, elle aurait deux mots à leur dire.
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Lun 3 Sep - 20:46
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Les événements se déroulèrent rapidement. Perse s’engonça derrière le bouclier de Sir de l’If pour se protéger de quelque attaque que ce fût. Tous deux furent rapidement rejoints par Amande, une domestique qu’elle avait rencontrée il y avait de cela quelques mois et avec laquelle elle avait une affaire en cours. Elle se demanda si cette dernière ne pouvait pas avoir un rapport avec tout cela, mais savait en tout cas qu’elle n’était pas suffisamment concentrée pour entrer dans son esprit. De plus, ils n’étaient pas à couvert et l’opération aurait été trop risquée.

"Le danger vient d’en-haut mais je ne le vois pas ! Pouvez-vous le trouver ?
- Pas ici !
" Fut tout ce qu’elle put répondre. Elle ne s’était jamais retrouvée en situation de crise comme celle-ci et avait besoin de pouvoir rassembler ses esprits pour agir. Se savoir à découvert doucherait à coup sûr tous ses efforts.

Le chevalier les protégea donc de son bouclier le temps qu’ils atteignent la tourelle. Elle s’accroupit dans un coin particulièrement protégé de la fortification, comme si des catapultes généreusement chargées en avaient après eux. Elle écoutait néanmoins Sir de l’If qui avait repéré l’assassin à travers une des meurtrières.

"Les Pies ont sûrement infiltré la Garde ! Tous nos hommes sont présents... Aucun étranger n’aurait pu monter sur les créneaux. Ces sauvages ont certainement tué et pris la place des nôtres au moment où tous les regards étaient tournés vers le bûcher. Je ne vois pas d’autre possibilité...
- Impossible : ils sont infiltrés depuis bien plus longtemps ; la fréquence des rondes est trop resserrée pour de tels desseins. Mais le moment n’est pas aux hypothèses. Laissez-moi un instant, et je pourrai vous mener plus sûrement à lui.
"

Elle ferma les yeux et se concentra. La pensée qu’il pût y avoir d’autres assassins attendant leur heure dans cette cohue en panique l’empêcha de se concentrer un instant, mais elle finit par entrer en contact avec un des membres du clan de Puissante. Celui-ci était passé maître dans l’art de dissimuler la réalité aux yeux des autres ; une prouesse bien difficile à réaliser pour un artiseur à la vérité, puisqu’elle ne ciblait pas un esprit en particulier mais indifféremment tout esprit qui le percevait.

Le confrère était en sécurité, auprès de ses pairs, mais il n’avait pas de visuel sur l’assassin, ce qui était préférable pour ce que Perse avait l’intention de faire. Elle lui demanda alors par la pensée s’il pouvait se rendre le plus vite possible vers un point d’observation qui lui permît de déceler le plus aisément possible la cible sans se faire voir et de l’en prévenir une fois fait. Il y eut une présence impressionnante pendant quelques secondes – sans doute Puissante qui s’était liée à eux pour avoir un aperçu du plan avant d’apporter son consentement au chimériste - puis il acquiesça mentalement.

Pendant qu’il courait dans les coursives des remparts, elle se redressa et se tourna vers Sir de l’If :
"Écoutez, je vais rester en lien d’Art ouvert avec un des membres du clan tout en me tenant derrière vous. Il investira mon esprit et nous rendra négligeable aux yeux de l’assassin. Ma main sera posée sur votre dos. Ne rompez pas ce contact physique, ne faites pas de gestes brusques en vous déplaçant et nous serons pour ainsi dire comme du vent : invisibles. Vous aurez alors l’occasion de vous rapprocher assez de lui pour le défaire. S’il est vivant, c'en ne sera que mieux."

Elle sentit la pensée de son confrère qui lui assura être en place. Elle se plaça derrière le chevalier tout comme elle l’avait dit, posant sa main sur son dos.
"Prêt ? C’est quand vous le sentez."
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Sam 8 Sep - 18:00
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Tout s'enchaîna trop vite pour qu'Amande put saisir immédiatement la portée des évènements qui se déroulaient autour d'elle. La panique et la confusion régnaient parmi l'assemblée des domestiques, qui était encore en plein recueillement quelques instants plus tôt. La jeune femme se fit violemment bousculer à plusieurs reprises et manqua de perdre l'équilibre, risquant de s'affaler sur le sol et de se faire piétiner par ses congénères qui ressemblaient plutôt en cet instant à un troupeau de proies menacées par un prédateur qu'à des humains civilisés. Incapable de localiser un abri, sa main droite fut soudainement happée par celle ferme et puissante d'un homme, dont elle ne vit pas le visage. Elle n'entendit que son conseil avisé l'enjoignant à courir et à se baisser. Entraînée à sa suite, devant à chaque instant s'assurer de ne pas tomber, elle remarqua la livrée bleue portée par son sauveur. Il devait s’agir d'un domestique de la maison de la Reine, pensa-t-elle tandis qu'ils se rapprochaient du grand hall qui devait être leur destination finale. Alors qu'ils touchaient au but, l'homme trébucha violemment et s'affala sur un corps de femme, mettant fin à leur course effrénée. Amande réussit miraculeusement à conserver l'équilibre. Elle pensa aider le malheureux à se relever, mais elle fut attrapée par les hanches et soulevée de terre comme si elle n'était qu'un vulgaire sac de vivres. Elle songea un instant à se rebeller contre ce manque de délicatesse à son égard, mais les images qui tourbillonnaient devant ses yeux et les cris qui lui parvenaient de tous côtés ne lui permettaient pas de réagir. La poigne de l'homme qui la tenait empêchait de toute façon la moindre tentative de sa part pour se libérer.

A peine revenue sur la terre ferme, elle fut à nouveau entraînée par un garde du château, sans même avoir pu remercier son deuxième protecteur. Sa main était broyée par l'homme, mais elle préférait cela au risque de subir la triste fin qui avait frappé les multiples cadavres qui jonchaient leur parcours. Enfin à l'abri dans la tourelle, ce qu'elle vit autour d'elle l'effraya. La cour n'était qu'un chaos où se mouvaient des corps indistincts, où les cris d'agonie des blessés se mêlaient à ceux des défenseurs ; il lui semblait également entendre les rires démoniques des assaillants. D'autres personnes réfugiées au même endroit murmuraient entre elles, maudissaient les Pies, priaient ou affichaient un air hagard. Renseignée par les conversations qui allaient bon train, elle comprit que les Pies étaient à l’œuvre. La colère et la peur se disputaient en elle. Comment pouvait-on provoquer de telles horreurs ? Désœuvrée et à deux doigts de céder à la panique ambiante, la jeune domestique rejoignit un groupe de femmes qui priaient avec ferveur, pensant que c'était de toute façon ce qu'elle avait de mieux à faire à cet instant. Elle plaça sa main glacée par la peur dans celle de l'une de ses compagnes d'infortune et mêla sa voix claire à celles du groupe. Fermant les yeux, elle tenta de se concentrer uniquement sur le chant et d'oublier ce qui se jouait autour d'elle. Peut-être n'était-ce qu'un mauvais rêve et au moment où elle les rouvrirait, toute cette folie se serait arrêté.
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Dim 9 Sep - 17:28
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Grisant avait fait son choix et il ne pouvait plus revenir en arrière. Il était devenu le Mal. Le mal absolu... avec tout son cortège d’absurdité.

Absurdité de la mort donnée gratuitement... Aussi bien à des coupables qu’à des innocents.
Mais absurdité nécessaire.

La guerre était désormais inévitable. Fini les tergiversations, les fausses promesses et les vraies tragédies. Le monde avait besoin de s’embraser.

À l’issue de ce conflit, les artiseurs devront reconnaître les vifiers ou disparaître. À l’issue de ce conflit, les vifiers devront apprendre à vivre libres ou mourir.

L’archer se sentait désormais comme un ange exterminateur au service d’une cause qui le dépassait.

“Du chaos naîtra l’ordre. C’est la seule voie possible.”



Grisant ne tirait pourtant aucun plaisir, ni aucune satisfaction personnelle de ses actes. Il éprouvait de la compassion pour le Roi qu'il pensait avoir tué, mais l’avènement d’un nouvel ordre passait par son sacrifice.

Homme, femme, enfants, artiseurs ou non… Il entendit même un message de vif. Un appel instinctif à stopper cette folie…

Il y avait des vifiers parmi ses victimes. Il avait anticipé cette possibilité… Cela n’empêchait pas cet appel de lui déchirer le coeur.

“Duriel. Fais-les taire s’il te plaît.”


Il n’y aurait pas de pitié aujourd’hui... Tous allaient être égaux dans la mort. Les vifiers dissimulés dans la foule allaient devenir des martyrs de la cause. Un immense honneur dont ils n’avaient simplement pas conscience.

Obéissant à son partenaire de vif, Duriel plongea en piqué, avant de disparaître sous un auvent. Ce dernier brandit alors ses serres acérées pour foncer droit vers la femme [Eclat] à l’origine de l’appel qui perturbait tant son compagnon de lien.

De son côté, Grisant continuait à tirer. Avec une vitesse et une précision diabolique. Ils tombaient comme des mouches... Autant les civils en bas, que les gardes déjà en haut du mur d’enceinte qui tentaient de l’atteindre. Il était le chasseur, ils étaient les proies. Le monde était devenu d’une simplicité enfantine. Il était simplement trop rapide et trop précis... Y compris pour les quelques archers parmi les gardes qui tentaient de l'atteindre.

Il cessa un moment ses tirs afin de courir le long du chemin de ronde et atteindre le prochain point de ravitaillement pour se réapprovisionner en flèches. Sous ses yeux, la garde commençait à se réorganiser et ils n’allaient pas tarder à monter et venir en force pour le tuer. Il devait trouver un moyen de semer davantage de Chaos avant ça.

Il augura un petit escalier de bois qui descendait le long du rempart et sur lequel montait une série de soldats prêts à en découdre. Profitant de sa position dominante, il tira une volée de flèches dans le tas pour espérer dégager le passage, ce qui pourrait alors lui permettre de descendre pour aller attaquer les civils au corps à corps quand il serait à court de munitions.
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Lun 17 Sep - 13:14
Le Ménestrel
Celui qui sait...
Le Ménestrel
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C’était la panique dans toute la Cour. La plupart des nobles essayèrent de suivre les soldats protégeant le Roi, les gardes personnelles des uns et des autres se regroupant autour des personnalités à préserver des Flèches : conseillers, Ducs ou leurs représentants, haute noblesse, ambassadeurs… Juste, lui, fut simplement allongé dans le premier petit salon adjacent à la grande entrée, Puissante organisant les soigneurs autour de lui. Elle allait s’ajouter en bout de chaîne, vérifiant avant tout mentalement que tous les apprentis étaient saufs, quand le Roi lui demanda, le souffle rauque car le sang s'infiltrait dans ses poumons :

« Ma Dame, l’Art seul saura lui faire faire une erreur critique. »

L’aïeule hocha gravement la tête.

« Au travail vous-autres. Restez calmes, concentrés. Perse est encore dehors, je la rejoins.Mais avant... »
Concentrée, calme malgré l’environnement peu propice, forte de l’habitude d’une pratique quotidienne longue de plusieurs décennies et de deux guerres, elle chercha Grâce par l’Art. ‘Prêtresse, nous manquons de soigneurs. Essayez de rejoindre le roi, le petit salon à dextre de l’entrée. Réquisitionnez des gardes.’ Son ordre donné, elle coupa le contact d’Art, restant accessible mais pas au point que cela puisse entraver ses mouvements puis elle se tourna vers les gardes. « Vous deux, suivez-moi. »

Sans ménagement, elle releva ses jupes et les coinça dans sa ceinture. Petite et ridée mais droite comme un ‘i’, toujours vive, elle traversa la Cour en sens inverse vers Clément de l’If et Perse, protégée des écus des deux soldats recrutés pour sa protection. Arrivée en sécurité dans la tourelle, elle les envoya à Grâce, qui devait de toute urgence rejoindre Sa Majesté.

Éclat se retrouva donc séparée de la prêtresse, envoyée se mettre à l’abri dans la tourelle. Mais à peine fut-elle à découvert que le rapace l’attaqua. Même pour un non-vifier, il était évident qu’il s’agissait d’un compagnon de lien. L’abattre détruirait sans doute son humain, le plongeant dans le désespoir.

Dans la tourelle, Amande fut prise en charge par ceux qui priaient Eda pour que tout cela cesse. Une vieille femme, égratignée par une flèche à la joue, retira son châle pour le mettre sur les épaules de la petite baugienne avec un doux sourire. « Calme-toi, ma fille, tout ira bien. Sais-tu donner les premiers soins ? Nous allons avoir besoin de mains pour les blessés que les soldats nous apportent. » Elle désigna des corps déposés avec soin par la garde le long du mur.

Enfin, Puissante, délestée de ses gardes, interrompit le contact d’Art de Perse avec le reste des apprentis qui étaient parvenus à rejoindre le Roi. Elle posa une main sur son épaule. « Tu vas travailler avec moi. Je suis une spécialiste de la manipulation des esprits, toi une rêveuse. Changeons sa réalité. » Elle leva les yeux sur Clément. « Messire de l’If, pour le moment, nous avons seulement besoin de protection, préparez un groupe pour le prendre en tenailles. Nous vous guiderons. » Ni sèche, ni hésitante. Au final, sous ses dehors de pie grièche, Puissante restait une artiseuse de guerre.

Et bientôt, comme promis, elle lia son esprit à celui de Perse, lui faisant goûter à ce qu’une maîtrise pointue de leur magie pouvait être. Puissante portait bien son nom : elle porta avec elle, en douceur, la magie de son apprentie jusqu’à localiser Grisant. Toujours en douceur, elle ouvrit une brèche dans son esprit. Alors, ce fut à Perse de lui créer un environnement totalement différent, un rêve éveillé. Et pour Grisant, la réalité changea du tout au tout.  
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Mer 26 Sep - 13:17
Clément de l'If
Preux Chevalier
Clément de l'If
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Une fois parvenus à la tourelle, l’artiseuse sous la coupe de Puissante s’accroupit dans un coin , tandis que la domestique rejoignait un groupe de femmes qui, pour ne pas céder à la panique, priaient avec ferveur. La jeune femme accroupie m’affirma que la présence des Pies dans la Garde durait depuis longtemps. Ils avaient infiltré les hommes les plus proches du Roi. Bien sûr, les rumeurs avaient circulé, mais elles n’étaient jamais fondées. Et quand bien même les officiers auraient dû les prendre au sérieux, cela n’aurait amené que la discorde au sein de notre organisation, au moment où elle avait le plus besoin d’unité pour accomplir sa mission première : protéger et servir la famille royale.

Ce n’était pas l’instant idéal pour repenser aux dernières semaines. Toujours tourné vers la cour d’honneur, je cherchais des yeux la solution qui me mènerait tout droit à cette furie décimant hommes et femmes. Heureusement, Perse avait trouvé une voie. Alors qu’elle m’exposait son plan de nous masquer aux yeux du tireur par le biais de l’Art, je songeais que cette entreprise était purement folle. Au moindre mouvement qui me détacherait de cette femme, tout espoir de surprise disparaîtrait. Le coup était ambitieux, il valait la peine d’être tenté. Dès qu’elle fut positionnée dans mon dos, sa main fermement posée sur mon dos, je jetai un dernier regard sur la cour jonchée de corps ensanglantés et agités de spasmes, avant de m’élancer.

Ce que je ne fis pas lorsque je vis Dame Puissante entrer dans la tourelle accompagnée de deux gardes qui disparurent aussitôt pour protéger d’autres personnalités sans doute. La vieille maîtresse d’Art s’adressa à Perse, puis elle se leva ses yeux vers moi. L’aïeule était petite, mais son ton ne tolérait aucun refus, davantage en raison de la situation et de son statut que par l’autoritarisme dont elle pouvait parfois user. Je hochai la tête, signifiant que j’avais compris. Je rassemblai sept hommes de la Garde Royale qui se tenaient dans la cour d’honneur, leur ordonnant de rejoindre la tourelle et de se placer à la disposition de Dame Puissante. Lorsque je fus certain d’avoir réuni la bonne compagnie pour intervenir, des braves de confiance (du moins je le croyais), je retournai moi-même auprès des deux artiseuses. Cela n’avait pris que quelques minutes durant lesquelles les flèches pleuvaient encore sous les cris stridents d'un rapace.

« Dame Puissante, nous attendons vos ordres. »


Chaque Garde portait à son bras un écu qui permettrait d’assurer une protection renforcée lors du trajet jusqu’à l’assassin. Nous étions prêts à agir et risquer nos vies. Au fond de moi, je pensais que les Pies permettaient à deux types d'armes de se lier pour vaincre : l'Art et le fer, pour le Roi.
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Mer 26 Sep - 20:28
Lune de Forge
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Lune de Forge
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La voix de Puissante l'enjoignit à rejoindre le roi au plus vite. Ils avaient besoin d'aide. Son état de santé était donc bien plus préoccupant que ce qu'elle avait cru. Bien entendu, la soigneuse n'allait pas rester ici alors que ses compétences étaient requises. Ici, les gens étaient à l'abri des tirs meurtriers. Elle-même devrait en revanche traverser la cour pour se rendre de l'autre côté. Laissant la servante dont elle examinait la cheville un instant plus tôt -celle-ci lui assurant que tout allait pour le mieux, Grâce jeta un rapide coup d’œil autour d'elle, vérifiant que personne ne nécessitait de soins d'urgence avant de trouver un moyen de rejoindre le roi.
Elle rejoignit l'orée de sa protection, avisant deux gardes qui venaient vers elle, après qu'ils aient escorté la Maîtresse d'Art à sa propre destination. Elle remarqua que celle-ci se trouvait là où elle avait vu son ami le chevalier un instant plus tôt.
Mais, elle chassa la petite pointe d'inquiétude qu'elle sentait chatouiller son cœur ; elle ne pouvait pas prendre le temps de se faire du soucis pour lui. Une mission l'attendait et son devoir de prêtresse était de s'y hâter.
" Amenez-moi jusqu'au roi."

La protégeant de leurs boucliers, ils s'exécutèrent. Après le pas rapide de Puissante, ils eurent droit à celui de la suivante d'Eda. Outre le danger qui les entourait, le temps pressait et si ses jambes avaient été plus longues, elle aurait gagné encore plus rapidement sa destination.
La guérisseuse perçut l'odeur du sang en passant simplement la porte du petit salon. Un étrange silence régnait en ces lieux, comme dans le hall qu'elle dut traverser. La peur bien entendu mais aussi la concentration. Les soigneurs étaient regroupés autour du souverain. Celui-ci était à peine perceptible derrière tous ces corps qui l'entouraient mais elle entendit rapidement son souffle rauque. Il était faible. Un poumon, au moins, était touché et le sang s'y était engouffré.

" Pardon. " Profitant de sa petite taille, elle se fraya un passage parmi les artiseurs pour aller au chevet de sa majesté. En un coup d’œil sur le patient, elle eut confirmation de son diagnostic. Les blessures de ce genre, elle en avait bien trop vu à son goût au glacier. Voilà qu'elle les reconnaissait à l'oreille maintenant... Triste monde.

" Vous savez ce que vous devez faire ou vous voulez mon aide pour ça aussi ? " demanda-t-elle avec assurance. " Artisez tant que vous pouvez, je peux m'occuper de l'enveloppe physique d'abord puis vous rejoindre. "

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Mer 3 Oct - 15:30
Eclat Tombetoile
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La jeune prêtresse aux cheveux clair laissa sa cheville. Eclat n'avait pas mentit, même si elle était un peu douloureuse, elle ne pensait pas avoir de foulure ou quoique ce soit de plus grave.

L'atmosphère autour d'elle était des plus angoissante. Sous l'auvent, plusieurs personnes se serraient les unes contre les autres, perdus entre cris et sanglots. La pluie de flèche n'avait pas cessé, et ce, malgré son appel de vif à arrêter ce massacre aveugle.

Un peu plus à sa gauche, elle entendit Grâce demander à deux gardes de l'escorter jusqu'au roi. Cette jeune femme était donc plus importante qu'Eclat ne l'avait pensé. Elle avait ses entrées à la courre et pas en tant que domestique. Il fallait qu'elle essaie de s'inviter avec elle pour rejoindre le roi et en savoir plus sur son état: son commanditaire serait sans doute heureux d'avoir des précisions sur ce point.
Elle s'apprêtait donc à sortir de sa cachette lorsqu'un faucon fondit sur elle, toutes serres devant. Elle n'eut que le temps de se baisser pour éviter l'attaque fulgurante. Elle glissa au sol et se recula sur ses mains, regardant le rapace reprendre son vol pour une nouvelle attaque. Aucun doute possible, c'était elle qui était visée, ce ne pouvait être que le compagnon de Vif de l'assaillant ou d'un de ses complices qui n'avait pas apprécié son intervention.

Elle était assise par terre, s'aidant de ses mains pour reculer au sol. Elle tenta de se relever pour pouvoir courir loin de l'oiseau de proie mais sa main glissa sur un cadavre. Elle était à la merci de l'animal qui tentait un nouveau piqué pour l'attaquer. Sa respiration s'accéléra et les battements de son coeur s’emballèrent. Elle n'avait pas d'arme sous la main, il ne lui restait que le Vif.
Ce n'était pas très prudent de l'utiliser ainsi à découvert mais elle n'avait d'autres choix si elle voulait gagner du temps pour fuir le faucon, elle saisit alors les forces que lui conféraient son état de panique pour tenter de repousser l'animal.

Si cela fonctionnait, elle espérait bien trouver une arme lui permettant de tenir l'animal en respect et d'essayer de contacter son compagnon par son biais pour le ramener à la raison. Il lui restait aussi la solution de frapper l'animal... ou de le tuer mais elle ne connaissait que trop bien ce qu'on ressentait à la perte de son compagnon, pour ne l'infliger qu'en dernier recours.
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Jeu 11 Oct - 18:06
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Perse sentit l’équivalent d’une énorme bouffée d’air frais pour qui suffoque. L’Art venant de Dame Puissance était torrentiel, pur, sans être toutefois brut. Elle désirait toujours prendre l’individu vivant, c’est pourquoi elle ne changea pas sa réalité de façon trop radicale, mais plus subtilement.

Dans l’esprit de Grisant, les soldats royaux se décalaient en des lieux qu’ils ne peuplaient pas à la réalité. Lorsqu’il leur décochait une flèche, il pouvait les voir se tordre de douleur et se cacher de plus belle derrière leur bouclier, tentant d’approcher sans pourtant y parvenir, alors qu’en réalité, il tirait contre la pierre des fortifications ou dans le vide.

Dans l’esprit de Grisant toujours, le Sir de l’If et son groupe n’étaient pas même sortis de la tour et ne lui apparaissaient nullement. Elle ne voulait pas l’effrayer ni le pousser au désespoir, ce qui l’aurait incité à mettre fin à ses jours, en lâche Pie qu’il était. Au contraire, elle tissait progressivement une réalité sur mesure qui ne dépareillait pas de la leur, afin de le mettre en confiance et de permettre aux chevaliers de le cueillir au moment opportun.
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Dim 14 Oct - 17:16
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Sous les flèches de Grisant, les gardes tombaient un à un de l'escalier de bois menant jusqu'à la cour centrale. Profitant de la position plus à découvert du chasseur, quelques archers tentèrent bien d'atteindre ce dernier, afin de lui faire cesser son carnage. Mais à leur grande surprise, tous ceux qui tentèrent virent leurs arcs se fendre en deux, ou leurs cordes lâcher. Il était désormais clair que l'homme avait préparé son attaque et qu'il avait bénéficié de complicités.

La plupart de ses cibles avaient désormais trouvé refuge pour éviter les tirs en provenance du mur d'enceinte. Mais à présent qu'il avait touché terre, la tuerie aveugle allait pouvoir reprendre.  Grisant savait qu'à présent ses minutes étaient comptées. Il n'allait certainement pas pouvoir tenir bien longtemps face aux lames des soldats et aux artiseurs, dont il venait à présent de pénétrer le champ d'action. Sans perdre plus de temps, il se mit alors à tirer sur chaque homme et chaque femme qui croisait son regard.

****************

De son côté, Duriel était parvenu à faire tomber la vifère qui avait osé intervenir. Le volatile se tenait à présent en vol stationnaire face à la femme qu'il tenait à sa merci, la menaçant de ses serres acérées. Ses intentions ne firent plus aucun doute lorsqu'il plongea droit en direction du visage de cette dernière, prêt à la lacérer.

Cependant, un violent appel de vif l'obligea soudainement à changer sa trajectoire. Ses griffes passèrent seulement à quelques centimètres des yeux d'Éclat quand elles s'élevèrent pour l'éviter. L' oiseau fit ensuite un tour de l’auvent avant de se poser sur le genou de la jeune femme, qui était toujours assise au sol, afin de lui faire face.

Dans une posture voûtée, soulevant légèrement ses ailes pour se montrer menaçant, il poussa un cri perçant et empli de haine à l'attention de cette dernière. Il était déjà prêt à fondre de nouveau sur elle, quand son attitude changea soudainement. L'animal se redressa, puis partit sans demander son reste.

Quelque chose n'allait pas du côté de Grisant.

****************

Alors qu'il était encore en plein massacre il y a quelques minutes, le soldat fou était à présent entouré de gardes prêts à le cueillir. Il semblait galvanisé et continuait à tirer des flèches imaginaires, tirées de son carquois désormais vide.

Le rapace n'avait aucun moyen de découvrir qui avait tissé une pareille toile d'Art pour son compagnon, mais au moins pouvait-il tenter une toute dernière chose.

Plongeant en direction de son partenaire, Duriel sortit ses griffes pour atterrir sur le bras de ce dernier. Là, les serres de l'animal s'enfoncèrent sans retenue dans la chaire de Grisant qui poussa un cri de douleur et lâchât son arc.

L'adrénaline montant jusqu'au cerveau de l'archer le tira peu à peu de son rêve éveillé.
Pris d'une migraine épouvantable, il comprit alors qu'il était cerné par les soldats de la garnison. Et qu'il était à présent trop tard pour tenter quoi que ce soit afin de se sortir de ce guêpier.

Grisant regarda Duriel. Ce dernier lui avait été fidèle jusqu'au bout... Il s'adressa alors à lui, les yeux rougis d'émotion.

"C'est fini Duriel. Sauve-toi. Toi tu peux t'en tirer."

L'oiseau ne broncha pas et demeurait au contraire solidement arrimé au bras de son compagnon.

Celui-ci savait déjà que ce n'était même pas la peine d'insister davantage...

Grisant ferma les yeux et transmit un simple *merci* au rapace. Il eut une pensée pour sa femme. Une pensée pour l'enfant qu'elle portait et qui n'avait jamais eu la chance de voir le jour.

Les gardes en le voyant visiblement résigner s'approchaient désormais sans véritable crainte. Pourtant, l'homme venait d'ouvrir la boucle de la petite sacoche accrochée à sa ceinture et c'est dans une expression de défi qu'il venait de relever la tête.

"Arrière charogne ! Vous croyez qu'avec moi s'éteindra la colère des vifiers ? Vous croyez que nous allons gentiment nous soumettre à votre parodie justice ?

Je resterai jusqu'au bout seul maître de mon destin !!"


Face à cette phrase menaçante, plusieurs hommes comprirent qu'il ne fallait pas attendre davantage pour intervenir et se jetèrent sur Grisant.

Trop tard hélas... Alors que l'individu avait disparu sous le nombre, une poudre jaillit et s'éleva du milieu de la mêlée sous forme d'une fumée opaque. En quelques secondes, plusieurs hommes s'effondrèrent.

Quand les gardes qui étaient restés en arrière s'approchèrent, ils ne purent que constater les quelques cadavres, dont Grisant et Duriel, qui gisaient à présent au sol. Morts et l'écume aux lèvres.
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Mar 30 Oct - 17:47
Le Ménestrel
Celui qui sait...
Le Ménestrel
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La vieille artiseuse hocha la tête, grave, à l’adresse du soldat. Ce n’était pas de gaîté de cœur qu’elle faisait ça : elle se doutait bien que l’homme était en mission suicide. Il valait mieux se donner la mort que de subir la torture et le sort réservé aux vifiers. Mais en la matière, Juste était, selon elle, un imbécile inflexible. Il ne saisissait pas la nuance entre fermeté et cruauté… Trop jeune encore ? Ou trop extrême tout simplement, mais comment ne pas comprendre avec le sort qui s’acharnait sur lui ? Laissant là ses pensées parasites, elle se lia à Perse et laissa l’Art courir entre elles, fort mais parfaitement canalisé et maîtrisé.

Là où la jeune femme tissait une autre réalité, elle passait outre les barrières de l’esprit de leur assaillant qu’elle avait enfin réussi à isoler pour lui envoyer cette vision déformée de ce qu’il se passait vraiment. Ensemble, elles accompagnèrent les gardes jusqu’aux remparts. Le froid était mordant, mais elle était assez concentrée ou l’occulter : ses vieux os le lui rappelleraient certainement plus tard.

Grâce fut menée à ce qu’il restait du clan royal (à savoir Gaillard et Humble), secondé des autres apprentis. Ils n’avaient pas encore la compétence nécessaire pour faire mieux que de servir d’hommes liges. En réalité, seul Humble travaillait, Gaillard canalisait le plus d’Art pour son collègue. Le rouquin avait les sourcils froncés de contrariété et de concentration.

« Pouvez-vous refermer la plaie dans le poumon ? Je peine à seulement contenir l’hémorragie. »

La flèche avait été enlevée et s’il y avait assez peu de sang, la plaie était encore béante. Mais au moins le poumon n’était pas noyé. Le Roi, lui, avait perdu connaissance, ce qui était pour le mieux.

Sur les remparts, tout fut bientôt fini. Grisant était encerclé : quand les artiseuses brisèrent leur réalité alternative, il comprit. Et Puissante qui était dans son esprit eut juste le temps de tirer Perse en arrière en criant :

« Reculez ! »

La vieille femme manqua de tomber et de raccrocha à la jeune fille, sonnée par la mort qu’elle venait de vivre dans l’esprit même du criminel. Hagarde, elle resta appuyée contre la pierre gelée, frissonnante.

Du côté d’Eclat, un officier, dans la quarantaine, s’approcha d’elle après avoir traversé la Cour d’Honneur depuis le Grand Hall. Il portait une cape bleu de Cerf fermée d’une fibule d’or en forme de nœud marin. Le regard qu’il posa sur elle était glacial, même si un œil extérieur aurait vu l’inquiétude pour une blessé dans ses gestes mesurés et attentionnés. « A quoi veux-tu servir, si tu ne peux regarder la mort en face ? Debout ! » ordonna-t-il à voix basse en la relevant pourtant doucement avant de la planter là. Sévère ne s’attarda pas et rejoignit ses hommes qui déblayaient les blessés.
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Ven 9 Nov - 19:05
Clément de l'If
Preux Chevalier
Clément de l'If
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Localisation : Bourg-de-Castelcerf
Nous progressions dans le froid mordant, huit soldats de la Garde Royale et deux artiseuses, unis vers un même but. Cela pouvait presque sembler risible tant nous nous apparentions à un banc de poisson avançant vaille que vaille vers les remparts, au milieu d'un océan de neige et sang. Notre trajectoire évitait les corps tombés au sol afin qu'aucun de nous ne trébuche et ne mette en péril notre tentative. Bien vite, je me rendis compte que quelque chose avait changé. Ces réalités évoquées par les deux artiseuses se mettaient en place, l'une prenant le pas sur l'autre. Le rêve insinué dans l'esprit du Pie le poussait à agir de manière insensée.

Parvenus aux remparts, nous laissâmes là les deux femmes pour poursuivre notre montée aux créneaux. L'ennemi bandait son arc sans jamais ne tirer une seule flèche. Il visait des victimes qui n'étaient plus là depuis un moment. Le moment était bien choisi pour passer à l'action. Je donnai rapidement des ordres brefs à mes hommes.

" Encerclez-le, lame au clair ! "

Qui savait combien de temps nous avions ? Le répit offert par les deux influenceuses d'esprit risquait d'être de courte durée. L'Art me semblait être si instable, si irréel et fragile que je ne pouvais vraiment compter dessus comme un élément stratégique. Les sept hommes et moi-même dégainèrent leur arme, épée ou arme d'hast, et entourèrent le rebelle Pie. Le vent soufflait sur les créneaux, accentuant le bruit sec du claquement de la corde de l'arc relâchée. Contre toute attente, c'est le moment que choisit le rapace pour plonger au-dessus de nos têtes et se poser sur le bras de son partenaire. Je vis les serres se refermer sur la chair et l'homme crier sauvagement. Le monstre allait se réveiller et notre répit s'achevait.

Malgré tout, le Pie fit ses adieux au rapace. Si je fus touché par la sensibilité avec laquelle l'homme se dégageait de son compagnon animal, je n'en montrai rien. Il en restait notre ennemi et ils avaient provoqué une tuerie un jour de deuil. Rien ne pourrait pardonner cela. Profitant du désarroi bien visible de l'homme, je fis signe aux soldats de l'approcher pour le saisir et lui passer les fers. C'est alors que l'homme cria. Nous marquâmes un arrêt qui nous fut fatal.

" Allez ! Saissez-le ! "


Quatre hommes furent les premiers à bondir vers lui, prêts à abattre leurs lames, mais une fumée opaque s'éleva au milieu d'eux. Peu de temps après, ne restaient que cinq corps étendus sur la pierre, et un rapace quelque peu déplumé. Stupéfait par la rapidité de l'action et l'impuissance dont nous avions fait preuve, je lâchai un juron entre mes dents serrées.

" Par El ! Ce massacre ne lui a pas suffi ? Il a fallu qu'il prenne quatre de nos frères... Ces Pies le paieront et nous leur prendrons les quatre vies volées par ce sale sauvage. "

Puisque le tireur avait été mis à mal, je laissai quelques minutes à mes compagnons d'armes pour murmurer une dernière parole à l'égard de leurs frères tombés sous les armes de la mesquinerie et de la sauvagerie. Puis je donnai les ordres pour porter, d'une part les corps de nos hommes avec les autres défunts, et d'autre part l'assassin et sa bête au Capitaine de la Garde. Pour ma part, je redescendis les créneaux et prêtai main forte à qui en avait besoin.

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Sam 10 Nov - 20:32
Lune de Forge
Forgienne en pleine reconstruction
Lune de Forge
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Localisation : Castelcerf
Grâce acquiesça rapidement. Il lui fallait agir vite et efficacement. Elle connaissait parfaitement la marche à suivre. Elle devait se salir les mains en les plongeant dans la plaie. Il n'y avait que cette option pour ensuite réussir avec l'art à cicatriser la plaie.
Son index pénétra dans la blessure, à l'endroit où la flèche s'était plantée, n'écartant que légèrement les chairs tant ses doigts étaient fins. Elle n'avait pas besoin de sa vision, aussi ferma-t-elle les yeux pour se soustraire à toute distraction extérieure. Il n'avait pas été spécialement malin de retirer prématurément la flèche. Celle-ci colmatait la plaie et empêchait l'épanchement du sang. Avec l'Art, il aurait été d'ailleurs plus aisé de commencer à agir sur la zone touchée avant d'enlever le "bouchon" qui avait libéré l'hémorragie. Enfin l'instant n'était pas à se demander si cela aurait été mieux ainsi ou pas... mais bel et bien à réagir promptement au vu de ce qui était.
Son toucher lui indiqua rapidement ce qu'elle cherchait. Les chairs avaient été découpées proprement au passage de la pointe en métal. Colmatant assez aisément de son doigt la blessure interne la plus profonde, elle se plongea alors dans l'Art pour accélérer le processus de guérison. Chaque fibre du corps du roi vibrait en harmonie avec l'esprit de la prêtresse. Elle ressentait le souffle des apprentis qui lui insuflaient leur énergie magique pour arriver qu'elle arriva à ses fins.


A mesure que les chairs se reconstituaient, elle retirait son index, remontant vers la surface, tout en gardant un point de pression nécessaire sur la plaie. Elle faisait abstraction de tout le reste, laissant à Humble le soin de canaliser l'hémorragie ainsi qu'il l'avait indiqué. L'envie était pourtant forte d'aller "voir" ailleurs mais elle ne s'y autorisa que lorsqu'elle fut certaine que ce qu'il lui restait à reconstruire fut minime et nullement dangereux dans l'immédiateté pour l'état de son illustre patient. Le plus gros était fait, restaient les différentes couches d'épiderme protégeant les muscles. Il lui faudrait finir et pas seulement pour une question d'esthétique. Les infections pouvaient être rapides et aussi dévastatrices que la blessure de départ si elles n'étaient pas traitées à temps. Autant en éviter une, d'autant qu'elle pouvait bénéficier d'aide pour tenir sur la durée.


Aussi effleura-t-elle l'esprit du Compagnon, lui assurant qu'elle avait bientôt fini et qu'elle le rejoindrait au besoin lorsque cela serait le cas.
La jeune femme ne comptait pas à l'économie lorsqu'elle soignait. Qu'elle usa d'Art ou de ses connaissances, elle allait sans se poser de questions au delà des limites physiques de beaucoup de gens. Parce que sa volonté était plus que forte et que son corps résistait bien à l'épreuve. C'était ce qu'elle faisait là, bien qu'elle fut aidée par les apprentis artiseurs. Elle en subirait plus que certainement les conséquences par la suite mais quelle importance quand une vie était en jeu ?!

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Jeu 15 Nov - 17:13
Eclat Tombetoile
Maquerelle Pie
Eclat Tombetoile
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Éclat avait bien cru que son heure était venue, elle retint son souffle lorsque les serres de l'animal passèrent devant ses yeux. Elle avait senti l'odeur du rapace et l'air qu'il déplaça en frôlant son visage, elle n'en revint pas de ne pas avoir sentit de douleur. Son vif avait donc bien agit en perturbant la trajectoire de l'animal, elle put respirer de nouveau. Si le faucon avait réussi son attaque, il en était fini de sa beauté, de son gagne pain et de sa couverture. Elle venait de risquer gros !

Mais elle ne put pas souffler très longtemps, l'oiseau vint se replacer rapidement sur son genou, entrouvrant les ailes en pure provocation. Les mains de la fausse servante cherchèrent frénétiquement une arme improvisée dans son dos mais elles ne trouvèrent que tissus, sang ou des corps mous. Elle se concentra à nouveau sur son Vif, il fallait qu'elle essaie de faire passer un message au compagnon de lien du tueur. Mais l'animal changea soudain de comportement et la délaissa sans autre attaque.

Les épaules d’Éclat s'affaissèrent, elle replia ses genoux contre elle et les enserra dans ses bras. Elle posa sa tête sur ses genoux et pris de grandes inspirations pour essayer de se calmer. Quelques sanglots vinrent secouer son corps mais elle ne pouvait pas se laisser aller maintenant, elle força son esprit à se concentrer sur sa mission et pris quelques grandes inspirations pour sa calmer et reprendre la maîtrise complète de son corps.
C'est alors qu'un homme de belle prestance vint l'aider à se relever. Il avait des gestes lents et une attitude douce au premier abord, mais la poigne qu'il referma sur le bras de la maquerelle était un peu trop forte et le fond de son regard bien trop froid pour qu'elle se méprenne sur son compte.
Les mots qu'il lui glissa avant de la laisser debout entre les corps et l'auvent qui avait servit d'abris, ne lui laissèrent aucun doute, c'était l'un d'entre eux, un Pie de Cerf et qui portait l'uniforme de la marine royale. Cette découverte impliquait beaucoup de choses, sa mission ne sera pas un échec. Mais pour l'heure, il fallait qu'elle se calme, même si ce qu'il lui avait dit lui donnait envie de hurler, de lui coller sa tête de rat dans le sang encore chaud des victimes collatérales de cette attaque.

Elle regarda autour d'elle et ses yeux tombèrent sur le jeune page qui était mort entre ses mains, son visage était figé dans une grimace de stupeur mêlée de douleur, elle sentit les larmes revenir mais elle crispa la mâchoire pour les refouler. Elle retourna et s'agenouilla près du corps de l'enfant, elle put apercevoir au loin les gardes qui encerclaient l'assaillant et son faucon, elle ne pouvait le voir mais elle n'avait pourtant aucun doute sur le sort des deux compagnons, même si l'oiseau avait bien faillit la tuer, elle ne lui en voulait pas, il ne faisait que protéger son compagnon, Brume ne se serait pas conduit différemment dans la même situation. Qu'il était dur de se dire qu'il fallait en passer par ces sacrifices pour venir à bout des exactions contre les vifiers. Cet homme et son faucon étaient des martyrs de plus, des martyrs aux méthodes discutables, mais des martyrs tout de même.
Et cet homme de tout à l'heure, ce Pie en bleu qui l'avait relevé, il devait être au courant de toute l'opération, elle en mettrait sa main au feu, c'était probablement même lui qui avait permis à ce Pie d'intégrer la garde et de donner sa vie à la cause.
Sa colère contre lui reflua soudain dans son ventre, alors elle prit le corps du page dans ses bras et se redressa tant bien que mal pour retrouver l'homme parmi ceux qui étaient resté dehors pour s'occuper des corps.

Lorsqu'elle le trouva, elle s'avança jusqu'à lui, se composant une attitude humble et résignée.

- Excusez moi Messire, où doit on porter les corps ?

Elle redressa légèrement son visage afin de pouvoir croiser le regard de Sévère.

- Ce n'était qu'un enfant encore innocent, il aurait pu être sauvé.

Le ton de sa voix était résigné et las, mais c'était bien du dégoût qu'elle envoyait pas son vif à l'homme devant elle.

Elle allait quitter l'homme, car elle n'attendait pas réellement de réponse, mais ne pu s'empêcher de glaner une dernière information.

- Pardonnez moi encore Messire mais puis je m'enquérir de l'état de notre bon roi ?

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Dim 18 Nov - 23:11
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Le chef lui dansait de gauche et de droite. Elle ignorait tout de sa situation. Peu à peu, les esprits lui revenaient toutefois que l’attaque du poison dans son corps s’évanouissait. Une fois saine, Perse, tremblante de la fièvre du combat et de la mort, rassembla toute son intelligence pour marquer de fer blanc le sentir de l’assassin en sa mémoire. Voilà qui serait utile à toute fin d’examen magistral, lors qu’il faudrait déterminer l’essence du toxique, lui qui fut si meurtrier. Ce concluait le premier affrontement son contre un adepte de Pie et instillait un venin non moins pernicieux en elle : c’était celui de l’inimitié muée en animadversion.

Grâce en soit faite à Dame Puissante, Perse était encore toute gonflée de la vigueur de l’Art et la panique n’avait eu au final que peu de prise sur elle. Mais le reste de la soirée n’en fut pas moins épuisant. On la manda auprès Sa Majesté pour adoucir les agitations de sa convalescence, ce qu’elle ne parvint qu’à grand peine. Il fallut ensuite assister qui s’occupait de transporter le corps du Pie et consigner méticuleusement par écrit ce qu’elle avait ressenti comme elle était boutée hors l’âme du fou, afin que le maître puisse s’y appuyer dans son enquête apothicaire. Ce n’est qu’alors qu’elle retrouva les pas de Dame Puissante pour y quérir  quelque instructions.
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