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Une longue journée de fiançailles [PV Courtois - Aurore]

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Mar 21 Jan - 22:34
Aurore de Vincôte
"Héritière" d'Altier de Beaulieu
Aurore de Vincôte
Messages : 210
Localisation : Castelcerf
6 Grain 1045



Voilà. C'était le grand jour. Enfin pas le plus important mais si on devait jauger l'ampleur de l'événement à la frénésie qui habitait les convives d'aujourd'hui, on aurait presque pu croire à des fiançailles de ducs. Et non pourtant, il ne s'agissait que des miennes avec le seigneur Lembrun, amiral de sa Majesté. Était-ce d'avoir fait durer l'attente depuis que les premières messes basses à ce sujet avaient circulé ? J'en doutais fortement même si j'avais surpris à plusieurs reprises des questionnements concernant le long célibat de Sévère. Au moins s'arrangeait-il enfin un avenir et une descendance en prenant femme, disaient les commères médisantes. D'autres le défendaient en glorifiant ses actions militaires et en affirmant qu'il n'avait guère eu le temps de se préoccuper de ce genre de friloles choses avec les guerres qui l'avaient occupé. Quelles gentilles langues qui avaient perçu ma présence dans la pièce dans laquelle elles discouraient alors ! Très sincèrement, ce qu'elles pouvaient bien penser de mon futur époux ne me faisait absolument rien. Je n'escomptais pas le défendre ni même lui rapporter les racontars des salons. Il n'en avait strictement rien à faire et assurément, tout ce cérémoniel autour de ce mariage l'emmerdait autant que moi. Ces braves et bavardes pipelettes seraient tellement déçues d'apprendre que cette union ne serait pas consommée. A l'heure actuelle, je n'en avais strictement aucune envie et même s'il présentait bien mieux que feu Lestur, Lembrun restait trop vieux à mon goût personnel.


A bien y regarder, je penchais plutôt que ces fiançailles étaient un prétexte pour contrecarrer la morosité de l'existence telle qu'elle se présentait actuellement. Ils avaient tous revêtus des atours de printemps, faisant fi des températures plus qu'anormales pour la saison. Ces dames avaient déposé des capes chaudes sur leurs robes aux larges décolletés et aux couleurs vives. Avant de quitter les intérieurs chauffés, elles avaient pris le temps de montrer leurs belles toilettes à leurs amies comme à leurs rivales. Et toutes avaient jugé la mienne. Sévèrement j'en étais sûre. Mais moi j'avais froid. C'était mon premier hiver en Cerf et il avait décidé de se prolonger... Je n'allais pas attraper la mort pour leur faire plaisir. Aussi avais-je choisi une robe plus épaisse et couvrante que les leurs ; sa couleur rouge et son tissu lourd la rendaient douce et chaude aux regards et nullement pétillante comme celles que ces dames avaient choisi. Elles fêtaient un printemps qui n'existait pas ; j'affichais l'hiver qui continuait. La cape courte que j'avais choisi pour monter était d'un gris sombre bordé d'hermine. Je n'avais pas l'air à la fête avec mes atours hivernaux et mes sourires n'étaient bien qu'une façade. Je jouais le jeu, le rôle qui devait être le mien aujourd'hui. Que je n'en ai guère envie, que je ne me réjouisse de cette journée, ni pour sa chasse, ni pour le prélude qu'elle représentait, n'avait aucune importance. Mon sourire devait être radieux, comme une jouvencelle naïve. J'étais loin de l'être par l'âge comme par l'expérience mais voilà ce qu'on attendait de moi.


" Aurore ?
La voix d'Espoir me ramena au moment présent. Il était arrivé voilà trois jours, spécialement pour être le représentant masculin de ma famille. Notre oncle se remettait encore tranquillement des effets de l'onde sonore qui avait accompagné l'éruption et avait de toute manière fort à faire en Bauge depuis des lunes.
J'étais ravie de retrouver mon cadet mais nous n'avions guère à nous dire. Il fit mine de s'intéresser aux enfants, continuant de fuir les regards de Zéphir comme tant de monde... Mais découvrit avec délice le faste de la cour. Il passa de longues soirées à jouer et boire avec d'autres nobles qu'il rencontrait pour la première fois, refaisant le monde à leurs côtés en enchaînant les verres de vin baugien. J'assistais à la première de ses soirées au château et lui trouvai un air désagréable sous le coup de l'alcool. Je n'avais que peu fréquenté mon frère depuis des années, mon mariage en Labour m'ayant privée de contact avec ma famille. J'ignorais beaucoup de choses de lui finalement, me rendis-je compte en l'écoutant rire et parler fort.


" C'est à toi de donner le départ ma sœur." fit-il en serrant la main que j'avais déposé sur son avant-bras pour sortir dans la grande cour, rejoindre les bêtes et les serviteurs en vue du départ.
Je ne pouvais soupirer pour manifester mon sentiment profond à l'idée de cette chasse. Je supposais que l'idée avait été soufflé à Sévère par quelques uns de ses amis plus mondains que lui. Le fiancé était absent, excusé par les charges qui étaient les siennes mais la sortie prévue était maintenue.
Un sourire habilla mes lèvres laissés au naturel. Je haussai légèrement le ton de ma voix pour déclarer à la cantonade. " Mes dames, mes seigneurs, si vous voulez bien vous donner la peine... "


Chacun gagna alors son cheval, jusque là tenus par la bride par des serviteurs discrets, et y monta. Les chiens s'impatientaient, les chevaux trépignaient également, sentant la tension nerveuse des prédateurs canins. Les oiseaux affaités étaient bien plus calmes, encore chaperonnés et sanglés au poing de leur propriétaire sitôt celui-ci monté. Comme si l'excitation des hommes et des autres bêtes ne les concernait pas. J'appréciais leur sérénité mais n'en possédais aucun pour orner mon bras. J'étais l'exemple de la potiche dans cette chasse. Celle qui ne servait à rien mais qui se devait d'être présente.
Espoir m'aida à m'installer. Qu'il n'était guère pratique d'avoir autant de volumes pour s'asseoir convenablement en selle. J'avais demandé une selle ordinaire car j'y étais malgré tout plus à l'aise qu'assise en amazone. Si la chasse devait s'éterniser, cela me ferait finalement moins mal au dos et aux jambes. Puis mon frère s'installa à son tour et sur un signe de moi, il donna le départ avec entrain et entraîna tout ce petit monde à sa suite. Je commençai en trottant à ses côtés pour la forme puis laissai ce petit monde me doubler tranquillement. La journée s'annonçait bien longue...

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Mer 22 Jan - 15:27
Courtois Rivenoire
Banneret au Vif
Courtois Rivenoire
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Une invitation à la chasse lui était parvenue pour ce jour, en raison des fiançailles du seigneur Lembrun. Ce dernier avait déjà donné réception en sa demeure, il y avait de cela quelques temps. Courtois y avait également été convié. Il s’y était rendu plus par correction et respect de l’étiquette, que par gaieté de cœur. En effet, il n’était pas très amateur des soirées mondaines. D’un naturel peu loquace, cela pouvait rapidement devenir une corvée que de se retrouver au milieu de la foule. Néanmoins, il avait accepté le titre de banneret, faisait partie maintenant de la cour du château et en restait honoré. Il devait alors se plier aux convenances et se sociabiliser en prenant part à ce genre de festivités.

Après la soirée mondaine, venait donc cette journée de chasse. Courtois s’était habitué depuis l’enfance à cette pratique, bien qu’il fut difficile pour lui au début d’accepter d’entendre et de ressentir la souffrance des animaux. Cela avait aussi contribué à forger et durcir son caractère. Se fermer aux émotions qui rendaient plus faible et faire simplement ce que l’on attendait de lui, ce que l’on attendait d’un homme, d’un noble, d’un guerrier. La chasse le maintenait aussi en forme physique, de par son entraînement à cheval, aux exercices de vivacité de corps et d’esprit, loin des combats. À force, cela devenait plus une habitude qu’un loisir, de toute façon. Il avait tant chassé. Les terres du duché de Cerf étaient riches en gibier, les cerfs et aussi les sangliers, les plus belles prises. En ces temps troublés, plus également qu’un loisir, la chasse en devenait une très grande nécessité. Les mauvaises récoltes, dues au rude climat ne suffisaient plus à nourrir la population. Une chasse abondante ne serait en aucun cas vaine.
Beaucoup d’animaux se joignaient aux présents, des chevaux pour la chasse à courre, une meute de chiens efficacement dressés par les veneurs. Puis quelques oiseaux, comme c’était le cas pour Ombre, qui était encore maintenu sur le bras de Courtois. Bien que cela ne soit pas nécessaire entre eux, vu qu’ils étaient tous deux liés. Mais plus encore maintenant, le banneret au vif ne devait rien laisser paraître. Il devait s’évertuer à tenter de fermer son esprit à l’ensemble des animaux présents ici, ne pas hurler ses pensées non plus, à quiconque étant susceptible de les entendre.

Il restait alors naturellement en retrait, attendant le départ, restant dans la file, mais un peu plus distrait que les autres. Il était moins emballé par l’idée, moins enthousiaste, mains ainsi il ne paraissait pas louche pour autant. Après tout, il prenait part aux festivités, c’était bien là ce qu’on lui demandait.  

Les extérieurs du château renfermaient un esthétisme pur et agréable, bien que le décor fut entaché par l’absence de ce printemps qui rendait la nature luxuriante. Les collines n’étaient guère bordées par les lueurs d’un soleil printanier, les bourgeons demeuraient latents. Courtois imaginait les choses différemment, comme si les conséquences de l’éruption s’étaient estompées. En fermant les yeux un instant, il pouvait voir ce qu’aurait dû être le paysage à cette époque. Mais il fut rapidement tiré de sa rêverie par l’aboiement de quelques chiens, puis par ce vent frais, constant.

En restant plus vers l’arrière du groupe, il remarqua que la dame qui était à l’honneur en ce jour, se mettait elle aussi en retrait. Il décida alors que cela faisait un bon prétexte de s’éloigner quelque peu de la cohue pendant un temps. Il était fort peu courant de le voir aller à la rencontre de quelqu’un de son propre chef, encore moins lorsqu’il s’agissait d’une dame. Mais qu’importait, les habitudes existaient parfois pour être détournées. Puis par chance, il se pouvait même que la rencontre en soit agréable. Il dirigea alors sa monture vers celle qui était vêtue de rouge, d’une main habile et sûre.

- « Bonjour, ma dame. Courtois Rivenoire. J’étais présent également à la soirée organisée par votre futur époux, je n’ai hélas pas eu le plaisir de vous saluer. Je voulais réparer mon impolitesse et aussi vous féliciter de vive voix pour vos fiançailles. Celles-ci sont donc officielles ? »

Il ponctua sa question d’un mince sourire, ne souhaitant pas risquer d’être impoli en l’interrogeant ainsi. Deux festivités avaient été organisées pour acter ces fiançailles, donc sans doute était-ce à présent le cas.

- « Vous ne prenez pas part à la chasse ? » L’oiseau restait docilement sur la main gantée de Courtois, il l’observa un instant, avant de reposer le regard sur la brune. « Je peux vous tenir compagnie, le cas échéant. »

Il proposait, mais n’imposait pas sa personne. Si la dame voulait être seule, il le comprendrait bien rapidement, prendrait congé sans s’en formaliser. Étrangement, elle semblait elle aussi fuir l’instant de manière volontaire. Sa passivité dans cette activité serait, quant à lui, excusée par une conversation avec la meneuse de l’évènement.
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Jeu 23 Jan - 22:33
Aurore de Vincôte
"Héritière" d'Altier de Beaulieu
Aurore de Vincôte
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Localisation : Castelcerf
Ils me dépassaient sans s'en rendre compte, portés par un élan qui ne m'inspirait vraiment pas. Espoir ferait très bien l'affaire comme meneur ; il avait toujours beaucoup aimé la chasse et il se trouvait une place éphémère dans cette cour qui lui seyait parfaitement. Je n'allais pas l'en priver car je pouvais alors me contenter de suivre le groupe, de loin, profitant davantage de la promenade pour elle-même.
Je constatais que la poussière que les montures soulevaient sous leurs sabots n'était guère volatile, ni épaisse comme j'avais pu déjà en respirer. Il avait encore plu l'avant-veille, de cette pluie froide parsemée de neige qui me glacait le sang et les os ; le soleil, dissimulé par ce triste et constant voile, n'apportait aucun bénéfice à la terre, ne parvenant même pas à l'assécher convenablement. J'en étais à ce constat navrant quand je sentis une présence se rapprocher de moi. Je tournais la tête dans sa direction alors qu'il me saluait, et le gratifiai d'un sourire en essayant de l'identifier.


" Enchantée, seigneur Rivenoire. Vous m'excuserez mais je ne me souviens guère de votre tête... Il y en avait tellement de nouvelles que j'en avais presque le tournis ce soir-là. "
C'était on ne peut plus exact ; je m'étais couchée avec une forte migraine nullement due à la quantité de vin ingurgitée. J'avais fait des efforts pour enregistrer les visages et les noms de ceux qui feraient un jour partie de mon quotidien et j'en étais ressortie plus désespérée qu'avancée. Il avait fallu recroiser le sieur de Bonne-Eau à la dernière lune pour que je prenne enfin le temps de me renseigner un peu plus sur ces Cerviens que je serais amené à fréquenter.
" Quand aux fiançailles en elles-même, elles seront officialisées ce soir lorsque l'amiral Lembrun sera déchargé de ses obligations. Assurément certains aiment faire compliqué... Cela doit être un jeu de cours qui m'échappe encore... "


Je n'arrivais qu'à peine à manifester mon allégresse à cette perspective de mariage, aussi me gardais-je au maximum de remercier ceux qui prenaient la peine de me féliciter. Je savais que je devais me forcer davantage pour donner le change. Pourtant j'avais peine à croire qu'ils soient tous aussi naïfs. Je n'avais aucune raison d'être spécialement enchantée, ni emballée, ni émoustillée. Je n'avais plus 17 ans comme à mon premier mariage et aucune des personnes ici mariées ne l'avaient été de gaieté de cœur. Ainsi était-ce la norme dans notre monde. L'amour n'y avait pas sa place, ou alors, avec de la chance, au bout de quelques années de mariage. Je n'attendais rien de la sorte avec Sévère.


En revanche, je n'eus aucun mal à sourire franchement à la proposition de Courtois de me tenir compagnie. Une promenade en solitaire avait ses avantages mais dans pareil contexte, je n'en avais finalement pas vraiment envie.
" Si vous m'assurez que cela ne vous dérange pas de rater la chasse, j'en serais ravie. "


Je l'observais du coin de l'œil, ce cervien, et j'essayais de me rappeler ce dont je me souvenais sur lui. Cela se résumait à bien peu de choses : c'était un banneret du roi, veuf depuis plusieurs années. Un homme discret en tous les cas, car c'étaient là les seules informations que j'avais sur lui. Je trouvais étrange qu'il soit encore célibataire car il devait faire un parti intéressant, au delà du simple fait qu'il n'était pas désagréable à regarder. J'aurais pu tomber bien plus mal pour compagnon de balade.


" Je ne goûte guère à la chasse. Mais les hommes de ma famille y ont toujours pris plaisir alors j'ai appris à les suivre. " Je concentrais mon attention sur Courtois, quittant des yeux la piste et l'excitation qui nous précédait. Mon sourire se fit amusé pour la suite. J'étais curieuse d'en apprendre plus sur ce mystérieux homme qui me gratifiait de sa compagnie alors que l'action attirait généralement les hommes : " On aurait pu croire qu'avec votre rapace au poing, vous seriez en première ligne avec eux. "

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Lun 27 Jan - 19:52
Courtois Rivenoire
Banneret au Vif
Courtois Rivenoire
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Bien sûr, Courtois n’allait pas se formaliser du fait qu’elle ne le remettait pas, depuis la soirée donnée par son futur époux. Il lui sourit très légèrement, avant de répliquer posément.

- « Il n’y a là aucun mal, ma dame. Il y avait, en effet, beaucoup de monde. De plus, je ne suis pas de ceux qui se mettent le plus en avant, c’est tout à fait normal alors que mon visage ne vous soit pas connu. »

Elle enchaîna sur l’annonce de ses fiançailles, il répondit par un mouvement de tête poli. Il était intéressant qu’elle parle ainsi de la cour. Il semblait qu’elle n’appréciait pas les jeux qu’elle nommait alors. Le brun savait que la dame n’était pas native du duché de Cerf, elle n’en connaissait pas les courtisans.

- « Que serait-ce une cour, sans ses jeux et intrigues ? » Dit-il, sur un ton légèrement sarcastique. Il ne se moquait pas d’elle, évidemment. Mais plutôt de ce monde curial, qui lui était encore un peu étranger, à lui aussi. Malgré qu’il logeait au château du roi depuis quelques années et son respect des traditions de l’étiquette, les intrigues de cour étaient bien loin de peupler ses préoccupations principales. Il vivait bien mieux loin de ce monde teinté d’hypocrisie et de faux-semblants.
« Néanmoins, j’ose espérer que vous trouverez votre bonheur à la cour royale, il y a bon nombre de choses tout à fait acceptables pour vous divertir. »

Les banquets, les bals, les représentations artistiques. Tout pour développer l’imagination et la créativité. Les meilleurs festivités se faisaient en ce lieu, qui était aussi un puits de culture, propice à diverses découvertes et avancées, dans des domaines divers et variés. La vie des hommes, marquée par l’épée et la politique, paraissait peut-être plus riche. Par ailleurs, les femmes se montrant curieuses et dotées d’une grande intelligence, pouvaient elles aussi trouver leur intérêt et s’illustrer dans un domaine précis.

La dame répondit positivement à l’invitation de Courtois et le gratifia d’un sourire. Il n’en attendait pas tant et en fut de ce fait charmé.

- « J’ai bien des occasions de me rendre à la chasse, mais peu de discuter avec une étrangère. » Il douta alors de la formulation. « Ne vous méprenez pas, lorsque je dis étrangère, ce n’est en rien péjoratif. Je ne quitte presque jamais les terres où je suis né, à part pour faire la guerre... Donc une personne du duché voisin, m’est presque exotique. » Poursuivit-il, en émettant un léger rire à son endroit.

Évidemment, Courtois sentait que son rapace avait envie de se dégourdir un peu les ailes. Pas pour son propre plaisir, mais pour celui de l’oiseau, il décida alors de le libérer.

- « Il n’a pas besoin de moi pour partir en quête d’une proie. Le fauconnier qui me l’a vendu l’a incroyablement bien dressé. » Il détacha alors précautionneusement l’animal de son bras, puis d’un mouvement sec et franc, envoya l’oiseau dans les airs. Celui-ci étendit ses ailes, qui affichaient alors toute leur beauté. « La chasse avec un oiseau de proie est bien différente de la chasse à courre traditionnelle. Cela reste un passe temps tout à fait agréable. De plus, il serait malvenu de priver le fruit de la chasse de ce talentueux faucon. En ces temps troublés, ce n’est plus qu’un simple plaisir. Je me demande jusqu’à quand l’hiver va s’entêter… » Ajouta-t-il en fixant un instant l’horizon et ce ciel, toujours aussi triste et menaçant, ne présageant rien de bon. « Si cela ne dure trop longtemps, je crains une éventuelle famine… Les saisons influent aussi sur les animaux, sur le cycle naturel de toute chose. »

Sa mine s’assombrit quelque peu. Il ne restait guère longtemps enthousiaste, force est de constater que la situation pouvait devenir très délicate, pour le peuple en premier puis pour l’ensemble du royaume.
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Mer 29 Jan - 10:04
Aurore de Vincôte
"Héritière" d'Altier de Beaulieu
Aurore de Vincôte
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Localisation : Castelcerf

Sa question rhétorique sur la cour et ses intrigues me tira un sourire.
" Sûrement très ennuyeuse pour beaucoup. " répondis-je alors avec une pointe d'amusement.
Ces gens n'avaient tellement rien à faire de leurs journées que les médisances, les ragots, les on-dits, les petites combines faisaient partie de leurs activités favorites. J'avais toujours baigné dans une atmosphère de secrets à cause du Vif qui habitait notre famille, du statut et des actions de mon oncle mais cet univers-là me semblait parfois bien morne. Assurément, dans le cas présent, je devais avoir ne surtout pas apprécier de faire traîner en longueur une chose qui n'était pas pour moi une partie de plaisir. Ce qui amusaient et distrayaient les autres restait une corvée à mes yeux et à mon cœur, quoi que je me dise pour l'accepter. Je n'avais pas assez goûté à ma liberté de veuve à mon goût.

" Merci bien. " Le cervien me souhaitait de trouver mon bonheur en ce lieu, m'assurant qu'il y avait fort à faire pour se divertir. " Je verrais à la longue ; l'oisiveté n'est pas mon fort. "
Passer d'une vie en province, indépendante et active à une existence cloisonnée entre quatre hauts murs, il n'y avait pas que pour Zéphir que cela était difficile. Heureusement que mes deux précieux trésors étaient là pour éclairer mes journées, et que j'avais des devoirs envers la cause Pie, car je trouvais souvent les journées longues.
Il fallait que je me resaississe ! La perspective de mon mariage plombait mon moral davantage que je ne le pensais. J'avais soudain l'impression de tout voir en noir et en nuances de gris là où d'ordinaire, je laissais couler sur moi. Cela ne me ressemblait pas mais cette comédie me pesait et j'avais hâte que cela soit terminé.
J'étais bien contente de ne pas subir cette chasse seule, à les regarder s'amuser en affichant un regard satisfait que je ne ressentais pas. Au moins, ma conversation avec Courtois était sincère. Et s'annonçait intéressante.

" J'ai donc voyagé plus que vous. " riais-je comme s'il s'était sagit d'une compétition. Je n'avais pas mal pris qu'il m'appela "étrangère", m'amusant même de son explication gênée. " Cerf est le quatrième duché où je réside, même si mon passage en Béarn fut bref. "

Lorsque le faucon prit son envol, je ne pus retenir un sourire à le regarder étendre et battre des ailes pour s'éloigner dans les cieux. J'en connaissais un qui adorait ce genre de spectacle et qui rêvait de s'envoler de la même manière, de goûter la sensation du vent, ce sentiment de liberté infinie qui s'offrirait devant lui. Parfois j'avais peur qu'il ne se lie à un oiseau et qu'il parte ainsi pour toujours en lui pour ne vivre que d'air frais et de ciel... Mon regard se perdit un moment à suivre le rapace et son ballet aérien, écoutant mon compagnon de promenade me parler de la chasse au poing d'abord puis de la météo déréglée ensuite.
Je cherchais le soleil et le retrouvais toujours caché sous ce voile opaque qui ne ressemblait pas réellement à des nuages, ou du moins pas des nuages ordinaires.
" Je l'ignore... " répondis-je finalement. " On chasse pour remplir les greniers de viande, on pêche pour la même raison. Mais si on chasse trop, si l'on pêche trop pour nous sauver nous,... combien restera-t-il d'animaux pour se reproduire l'an prochain ? Et que pourra-t-on manger alors si les récoltes n'ont pas repris ? "
Je pensais aux troupeaux de la propriété de Lestur. Les petits avaient dû naître mais si on les privait de nourriture pour nourrir les hommes, si on les tuait trop tôt pour nourrir les hommes, qu'adviendrait-il dans un an ? Dans deux ans ou davantage ? J'avais fait parvenir une note à mon cousin pour lui recommander la prudence avec la gestion du bétail appartenant au domaine ou géré par lui.

" Je crains que nous ne soyons parfaitement impuissants à comprendre ce changement. Autant que la Nature, nous devrons nous adapter et beaucoup en subiront les conséquences... En premier lieu, les plus fragiles... "
Je trésaillis malgré moi en prononçant ces mots qui me serrèrent la gorge. Mes mains se crispèrent sur les rênes et ma monture secoua légèrement la tête, peu satisfaite de la tension qu'elle sentit en moi.
Pourtant, malgré la noire perspective que nous énoncions ici, malgré la peur légitime que j'éprouvais pour l'avenir de mes enfants, je préférais avoir ce genre de conversation que d'évoquer quoi que ce soit en rapport avec ma future union.

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