Mer 15 Jan - 20:20
Izolde
Ménestrelle en quête de justice
Izolde
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[début Croissante 1045]

Du temps avait passé depuis la destruction des halles, presque une lune. La jeune musicienne avait été obligée d'interrompre ses cours à Eclat, le temps que ses blessures cicatrisent et que ses doigts retrouvent leur souplesse. Ce dernier point n'était pas encore totalement résolu, et ce ne serait pas aujourd'hui qu'elle se lancerait à jouer une danse endiablée, mais elle pouvait déjà donner la tonalité, et offrir un accompagnement léger : cela suffirait pour l'apprentissage du chant de la courtisane. Il avait aussi fallu que le bâtiment où elle logeait, et dont elle partageait l'étage avec la famille de potiers qui tenait l'échoppe du rez-de-chaussée, retrouve sa solidité bien entamée par le tremblement de terre. Un pan de mur s'était retrouvé zébré d'une large lézarde, laissant passage aux quatre vents dans la pièce qu'elle-même occupait, ainsi que dans l'atelier de fabrication. Naturellement, la plupart des objets prêts à la vente avaient été perdus, qu'ils aient chuté de leur étagère ou été percutés par des débris, et les quelques vitres étaient parties en éclats.

Les jours suivants, la jeune femme avait donc aidé au déblaiement, pour s'écrouler au soir dans un coin un rien épargné de la boutique, en serrant contre elle son unique trésor : le violon de son père. Il avait fallu attendre la venue des ouvriers débordés par le nombre de chantiers, avant de pouvoir reprendre l'activité artisanale, et investir de nouveau l'étage. La plus grande pièce avait été réparée en priorité, afin que tous puissent se reposer dans un lieu chauffé et abrité, mais pour le reste, il faudrait attendre encore : il n'était pas temps de se soucier d'autre chose que l'essentiel. Les potiers et Izolde s'étaient donc répartis l'espace, de part et d'autre d'une cheminée miraculeusement en état, avec de lourdes tentures pour délimiter les espaces privés de chacun. Pour le moment, tout le monde s'en arrangeait... La baugienne avait de la chance d'être tombée sur des gens qui appréciaient son art et qui, quand ils se concentraient sur l'incessant chuintement de leur tour, se fichaient bien qu'elle répète inlassablement les mêmes exercices.

Quelques jours plus tôt, décidant qu'il était temps de reprendre son activité d'enseignante, la brunette s'était risquée jusqu'à l'établissement de son élève. Le personnage d'apparence peu bavarde (Sureau), mais pas désagréable à regarder, qu'elle avait alors trouvé à proximité de l'entrée, avait accepté de recevoir son message, et assuré qu'il le délivrerait à la tenancière dès que possible. Elle s'était donc rapidement éclipsée, pas bien à l'aise en ce lieu offrant pourtant au monde un visage fort distingué. Et encore, elle avait naïvement supposé qu'elle s'était adressée à un genre de garçon de courses, un homme à tout faire comme il devait forcément y en avoir là-dedans : elle ne soupçonnait pas un instant l'existence de fleurs masculines. Quoi qu'il en soit, elle proposait à la maquerelle de recommencer les cours quelques jours plus tard, et l'invitait à se présenter à l'échoppe des potiers, à l'heure habituelle, si elle y était prête. Ou à lui faire savoir si et quand elle souhaiterait reprendre ultérieurement.



Le moment venu, Izolde était descendue bavarder un moment avec les artisans, en attendant de voir si elle se présenterait. Elle s'était gardée de leur faire part de l'identité de son élève, préférant éviter regards en coin et préjugés. Heureusement, il s'agissait de gens bien trop simples et modestes pour avoir eu vent du luxueux bordel... Et la musicienne n'eut pas à attendre bien longtemps avant que la concernée n'apparaisse. Elle l'accueillit avec un enthousiasme réel, et la précéda dans l'escalier - jusque-là, le trajet ne changeait pas des leçons d'avant la catastrophe - pour ouvrir une porte qui n'était pas celle à laquelle elle avait été habituée.
" L'autre pièce n'est pas encore consolidée, "
expliqua-t-elle en entrant dans ce qui servait de salle commune et unique lieu d'habitation.
" Mais nous ne serons pas dérangées. Ils sont tous soit en bas, soit sortis. On s'est mis d'accord là-dessus, le temps du cours. "

Outre les tentures masquant les zones privées, l'ameublement était spartiate : contre un mur, une solide table de bois que le tremblement de terre n'avait pas pu ébranler, accompagnée de bancs du même type. Près du foyer, un buffet fraîchement rafistolé, qui débordait de matériel de cuisine, et une étagère dont l'état ne semblait pas meilleur. En deux endroits, un large plat recueillait l'eau qui gouttait du toit, où persistaient quelques fuites sans trop de gravité. On se remettait encore des récentes destructions, et les deux priorités avaient été de se loger et de reprendre l'activité de la boutique. Considérant les lieux avec un regard un rien plus distant que d'habitude, et réalisant que les séquelles de la catastrophe devaient sauter aux yeux, elle s'enquit de la situation de l'autre :
" Vous n'avez pas eu trop de dégâts, chez vous ? Ici, les potiers ont perdu tout leur stock, et pas mal d'outils. Mais ils vont bien, c'est l'essentiel. Je suppose que vous n'avez pas trop eu le loisir de pratiquer vos exercices ? "
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Aujourd'hui à 11:00
Eclat Tombetoile
Maquerelle Pie
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Eclat Tombetoile






Bourg de Castelcerf
3 Croissante 1045



Verdissante avait été un mois difficile pour Éclat... pour tous les Duchés certes, mais la maquerelle voyait à son échelle les épreuves qu’elle avait dût traverser et aujourd’hui encore ses nerfs restaient à fleur de peau.
Il y avait eu ce tremblement de terre, ce grondement du destin, les dommages causés à la maison, l’attaque des matelots, la désertion de Iris... et puis ce mot envoyé par Izolde l’informant de son incapacité temporaire à lui donner ses cours de chant. Bref, Eclat avait l’impression de n’avoir pu s’octroyer une seule minute à elle de pause dans le tumulte de ce maudit mois.
Elle devait maintenant gérer et suivre l’avancement des travaux, devant toujours motiver davantage les ouvriers pour pouvoir offrir à la clientèle le lieu de réconfort qu’elle et Aurore souhaitaient, et subir les bougonnements des Fleurs lorsqu’elle leur avait annoncé qu’il faudrait qu’elles donnent de leur personne pour récompenser les hommes qui réparaient la toiture et le conduit de la cheminée principale.

C’est donc un sourire sincère qui illumina son visage à la lecture du mot que Sureau lui apporta. Izolde lui proposait de reprendre leurs cours trois jours plus tard. Eclat soupira de contentement, ses côtes ne lui faisaient plus vraiment mal sauf si elle appuyait sur les hématomes qui marbraient encore son buste, rien qui ne puisse l'empêcher de chanter... et quand bien même elle y serait allé.

Trois jours plus tard, elle se rendit donc à l’endroit habituel, la jeune femme avait réussi à trouver un logement chez une famille de potiers, ils étaient installés dans un quartier simple où l’identité de Eclat n’était pas connue. C’était agréable de pouvoir déambuler en croisant pour seuls regards, ceux de femmes envieuses de ses toilettes, sobre pour l’occasion, mais de belle qualité. La maquerelle savourait cet anonymat et la position de supériorité dans laquelle cela la mettait.

Lorsqu’elle arriva, la jeune et jolie Izolde discutait avec les potiers, elle salua toute la maisonnée avant de suivre sa professeur à l’étage. Celle lui l’introduisit dans une autre pièce, plus grande que celle où elle prenait habituellement ses cours, mais tout aussi sobre bien que les quelques meubles indiquaient qu’ils s’agissait du coeur du foyer.

Comme le souligna sa professeure, le tremblement de terre avait apporté son lot de destruction et de difficultés ici. Ces quartiers très modestes avait subit le plus gros des dégâts, les constructions étant plus précaire, mais c’était aussi les derniers à réussir à faire venir des ouvriers qualifié pour remettre en état leurs logis.

La maison est plus solide que celle ci mais la charpente devait avoir quelques faiblesses et une petite partie du toit s’est effondré sur mes appartements et sur la conduite de cheminée principale. Les ouvriers sont à l’oeuvre et les travaux ne devraient durer longtemps.

Cette famille n’aurait pas une telle chance, et ils devraient sans doute encore longtemps vivre tous dans la même pièce avec un toit percé. Elle choisit de ne pas s'appesantir sur les déconvenues liées à l’éruption. Tout en déambulant dans la pièce afin de prendre possession des lieux, la maquerelle se fit la réflexion qu’elle devrait emmener ses Fleurs ici pour qu’elles voient la chance qu’elles avaient d’avoir des travaux rapidement, et que cela valait bien une passe gratuite.
Quand aux autres événements qui avaient mis à mal le physique et le moral de la femme d’affaire, elle préféra les taire et répondre à Isolde sur ses exercices.

En effet, avec tous ces événements, je n’ai guère eut le loisir de travailler les exercices que vous m’aviez montré... je crains fort que nous devions reprendre de zéro une partie du travail.

Eclay défit son manteau de feutrine mais garda son étole qu’elle plaça comme un châle sur ses épaules. Croissante en s’annonçait pas plus chaud que le mois précédent, et cette couverture nuageuse impénétrable vous glaçait le sang chaque fois qu’on regardait le ciel.

Et vous comment allez vous malgré la situation ?

Elle indiqua d’un geste ample la pièce et les tentures qui y délimitent comme des pièces à l’intimité toute relative.




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