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"Vous avez ma pleine attention enfant" [PV Izolde, Clément]

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Lun 5 Aoû - 19:05
Sans Nom
PNJ
Sans Nom
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Ses yeux se brouillaient à mesure de sa lecture. L'unique bougie qui éclairait la table n'était plus suffisante à cette heure du jour pour qu'il puisse se concentrer efficacement sur les courriers qu'il lisait. Il le savait qu'avec l'âge, sa vue n'était plus aussi assuré que par le passé et pourtant le Labouran continuait à faire comme si de rien n'était. Jusqu'à ce qu'il soit trop fatigué et qu'il n'arrive plus à mémoriser le moindre mot qu'il arrivait à lire.
Le voilà âgé de soixante-deux ans, assis dans le petit salon de son appartement. Il occupait celui-ci depuis tellement d'années qu'il ne souvenait plus en quelle année du règne du père de Juste, il était arrivé à la cour. Baugien par sa mère, il avait passé une bonne partie de son âge d'homme à parcourir les Duchés de l'Intérieur. Sous couvert d'activités commerciales, le petit noble qu'il était avait ainsi vu du pays et côtoyait du beau monde, car parfois le roi lui confiait des missives à remettre en main propre. Son propre domaine, celui que son père lui avait légué à sa mort, n'existait plus depuis longtemps, si l'on pouvait dire qu'il en subsista réellement quelque chose à son legs. Aujourd'hui Humble d'Ovilier n'était plus qu'un vieil homme de lettres. Il n'avait pas spécialement la faveur du roi Juste, ni sa défaveur non plus. Il menait sa vie paisiblement, prenant plaisir à la plume pour consigner certains événements qui lui semblaient importants. Il en voyageait guère plus mais écoutait avec attention les récits des ménestrels qui se présentaient à la cour. S'il jugeait leurs histoires intéressantes, il se renseignait, les complétait et les inscrivait sur le papier.


Ce qu'il faisait de son temps libre n'était un secret pour personne mais on le laissait tranquille dans son coin la plupart du temps. Les ragots, c'était bien pour les bruits de couloirs, parfaits pour faire rougir ou glousser les dames mais aucun n'avait véritablement envie de finir gratter sur ses velins pour l'éternité. Le vieil homme ne s'y intéressait pourtant guère, bien qu'il ait pris des notes concernant l'affaire de la maîtresse d'art et de la jeune Liberté Sangreal. Mais n'ayant pas le fin mot de cette histoire, cela restait pour l'instant à l'état de spéculations et de notes éparses dans une pochette de cuir.
Cela faisait de très nombreuses années qu'il était donc domicilié à Castelcerf mais ses racines le portaient à écouter avec une sorte d'affection les récits qu'il pouvait entendre concernant les Duchés de l'Intérieur. Il avait essayé de comprendre quelque chose dans cette série de disparitions au sein de la famille Aiglevif mais cela lui sembla non seulement compliqué mais aussi dangereux. Il s'était donc abstenu comme il ne disait rien en public sur ses doutes quant au duc Narcisse.


Voici l'homme que s'apprêtait à rencontrer la ménestrelle Izolde.
En cette fin d'après midi, il fit allumer le feu de sa cheminée pour apporter plus de clarté à son salon. Son serviteur, un homme au visage plus buriné que le sien et au silence tout aussi précieux, finissait d'installer sur une table les friandises dont il raffolait tant, ainsi qu'une carafe de vin doux.
En serrant ses mains l'une dans l'autre, calé dans son large fauteuil, il attendait. Il avait prié le chevalier de l'If, qui lui avait rapporté si brièvement l'histoire de rester pour soutenir la jeune femme durant son récit.
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Dim 18 Aoû - 19:04
Izolde
Ménestrelle en quête de justice
Izolde
Messages : 187
Localisation : Castelcerf
Après sa rencontre avec le chevalier de l’If, Izolde avait été en proie à autant d’espoir que de dépit. Les premiers jours, elle était portée par les promesses et l’écoute qu’il lui avait accordées. Enfin, elle avait pu rapporter son histoire, elle avait trouvé quelqu’un qui ne se contentait pas de la rejeter au loin comme une source de problèmes à venir. Et ce quelqu’un avait des relations, il avait promis de l’aider, de trouver un intermédiaire plus qualifié que lui pour savoir quelles démarches entreprendre. Enfin, enfin… justice allait être rendue à Probe.

Elle s’était attelée avec grand soin à consigner les faits par écrit, ainsi qu’elle s’y était engagée, en détaillant du mieux qu’elle le pouvait – ce qui ne faisait pas grand-chose de plus que ce qu’elle avait raconté au militaire, car elle en savait trop peu, mais, contrairement à ses tendances naturelles plutôt impulsives, elle en était passée par un brouillon qu’elle avait amplement raturé pour organiser le récit au mieux, avant de le remettre au propre dans une graphie soignée de gentille prêtresse bien appliquée. Elle avait juste tu son sentiment personnel, et la vision qui l’avait jetée, paniquée, sur les routes baugiennes en ce jour de printemps.

Une fois le document transmis à l’adresse de Clément de l’If, il ne lui était resté que l’attente. Rapidement, les doutes étaient revenus à la charge. Pourquoi, après tant de chemin parcouru et tant de temps écoulé, cette affaire aurait-elle brusquement trouvé une amorce de solution ? Cet homme n’allait-il pas, comme les autres, l’oublier, l’ignorer, la rejeter de côté ? Devait-elle vraiment croire en ses promesses, au risque de tomber de haut lorsqu’elle réaliserait que, finalement, elles étaient soit infondées, soit inutiles ? Car, même s’il avait semblé sincère, restait la possibilité qu’il ne puisse rien de plus pour elle…



En proie à ces sentiments contradictoires qui la faisaient passer du chaud au froid en un rien de temps, la ménestrelle reçut, alors que la fin du mois approchait, un message de la part de son bienfaiteur. Le chevalier disait avoir trouvé une oreille plus compétente que la sienne pour écouter son récit, et l’invitait à se présenter à l’entrée du château quelques jours plus tard, peu avant la tombée de la nuit hivernale. Il l’y retrouverait, et l’accompagnerait jusqu’aux appartements de messire Humble d’Ovilier.

Cachant son appréhension sous les dehors d’une énergie retrouvée, Izolde patienta – difficilement – jusqu’au moment indiqué, où elle gravit la longue pente menant aux portes de la citadelle. Elle était apprêtée modestement, ses cheveux sombres bien lissés, et toujours rabattus au haut de son crâne, en un rappel, peut-être compris d’elle seule, de ce deuil qu’elle ne pouvait se résoudre à faire. Quelques rubans maintenaient et ornaient sa coiffure, assortis à la robe de coupe ordinaire, mais fraîche et bien ajustée, qu’elle avait revêtue. Par-dessus, sa belle cape, indispensable pour se protéger des éléments qui risquaient à tout moment de déferler du ciel, et du froid encore bien présent, surtout lorsqu’elle ressortirait de l’entrevue. Pas question de risquer une extinction de voix...

C’est dans ce costume de jeune fille bien mise, malgré des origines évidemment populaires, qu’elle rencontra de nouveau Clément de l’If. Elle le salua fort poliment, et le remercia pour ses démarches, sincère : elle avait douté, mais maintenant, elle voulait continuer à croire que tout ceci ne se résumerait pas à rien. Tout en le suivant vers le lieu du rendez-vous, elle lui demanda de lui parler de l’homme qui avait, à son tour, accepté de l’écouter.



Après des montées d’escaliers et passages de couloirs où la baugienne ne se serait jamais retrouvée seule, dans l’obscurité grandissante de ce début de soirée, ils arrivèrent à destination. Elle laissa son guide toquer à la porte, tout en s’efforçant de calmer les battements de son cœur. Eda fasse que, derrière ce battant, se tienne quelqu’un qui pourrait véritablement faire avancer sa cause…

Une fois l'huis ouvert par un serviteur silencieux, elle découvrit, bien installé dans un fauteuil, un personnage d’âge tout aussi avancé, à l’air bon, et un rien curieux, dans le bon sens du terme. Soucieuse de faire bonne impression et conservant son rôle de gentille petite, elle exécuta une révérence, pour une fois dénuée de toute exagération dans ses gestes, même s’ils dénotaient certainement de ses origines campagnardes aux yeux d’un habitué de Castelcerf.
« Messire, avant toute chose, je souhaite vous remercier pour le temps que vous avez accepté de consacrer à… à mes dires. Sachez que, par avance, vous avez toute ma reconnaissance. »
Elle se fendit d’une nouvelle révérence, et attendit que l’un ou l’autre des hommes présents l’invite à entrer avant de passer le seuil.
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Mar 27 Aoû - 17:27
Clément de l'If
Preux Chevalier
Clément de l'If
Messages : 75
Localisation : Bourg-de-Castelcerf
Les nuit et les jours avaient passé depuis que la ménestrelle, Izolde, était venu frapper aux portes du château de Castelcerf, le coeur tourmenté par sa soif de justice. Une justice saine, une justice qui devait être menée à bien. Je l’avais écoutée avec soin et sa requête m’avait touché. Mon désir d’aider les autres du mieux que je le puisse, malgré la bassesse de leur rang, m’avait de nouveau entraîné dans une énigme à s’en arracher les cheveux. Qui donc écouterait l’histoire de la malheureuse Izolde qui frappait à toutes les portes des Seigneurs à qui pourrait bien punir les bourreaux de son ami défunt ? J’avais demandé à la demoiselle de consigner par écrit les moindres faits et portraits de son récit. Ainsi, son histoire aurait plus de poids. Du moins l’espérais-je.

Elle avait fait le nécessaire et le temps était venu d’acter ma promesse. J’avais rôdé dans les couloirs du château lors de mes services de garde et mes allers et venues quotidiens, l’oreille tendue vers qui que ce soit capable de prêter attention à la requête d’Izolde. Des questions bien posées m’avaient mené tout droit vers un nom : Humble d’Ovilier. Ce sexagénaire originaire de Labour était un homme de lettres. Je l’avais croisé à plusieurs reprises dans la grande bibliothèque du château, alors que j’effectuais des recherches de manuscrits. Son intérêt pour les duchés de l’intérieur était de notoriété publique et j’avais sauté sur l’occasion, à la bibliothèque, pour aborder le sujet du drame du frère Probe avec lui. J’avais dressé un bref tableau de la situation, ménageant les détails croustillants pour l’inciter à prêter plus d’attention à ce récit et proposer une rencontre avec Dame Izolde. Il avait accepté, ses petits yeux brillants d’intérêt ou de vieillesse, je ne le sais toujours pas.

J’avais alors envoyé une missive à la ménestrelle aux cheveux de jais, la priant de me retrouver à la date indiquée devant le château, pour une rencontre avec Humble d’Ovilier. La nuit tombant, je la rejoignis au pied des portes. La demoiselle s’était apprêtée avec simplicité sans déshonorer pour autant l’hôte qui la recevrait. Sa robe était ordinaire mais surmontée d’une jolie cape. Je notai à part moi l’effort vestimentaire qu’elle avait fait malgré les circonstances qui devaient être pesantes pour elle. La jeune fille avait attendu quelques semaines et avait visiblement eu le temps de préparer sa tenue pour entrer à Castelcerf et rencontrer un noble. Je fus soulagé de ne pas avoir à lui expliquer comment se conduire. Manifestement, elle avait les codes du comportement à adopter dans ce genre de situations.

Je la guidai silencieusement dans un dédale d’escaliers et de corridors seulement éclairés par quelques torches et chandelles. A mesure que nous approchions de l’aile réservée à la petite noblesse installée là depuis longtemps, la décoration et l’éclairage se firent légèrement plus riches. Nous approchions. Je me stoppai enfin et toquai à la porte. Je jetai un dernier regard à Izolde et lui adressai un sourire d’encouragement. Le battant s’ouvrit sur le serviteur fort discret d’Humble d’Ovilier. Ce dernier était assis dans son fauteuil. Le feu dans l’âtre projetait une lumière douce et chaleureuse dans le petit salon. Sur une table, quelques friandises et gâteaux, une carafe de vin doux fort alléchante. Je pénétrai dans la pièce et me retournai, surpris d’entendre si vite la voix de la ménestrelle. Je la laissai remercier son hôte d’une révérence et de quelques mots, puis l’invitai à entrer à son tour. Le serviteur referma l’huis derrière nous. D’une voix grave, je m’exprimai ainsi à l’intention d’Humble :

« Messire d’Ovilier, me voici comme convenu accompagné de la ménestrelle Izolde. Elle désire obtenir justice pour le Frère Probe ou, tout du moins, en apprendre davantage sur les étranges faits qui sont survenus ce jour-là. J’espère que nous pourrons éclaircir ensemble ce récit. »

Je n’avais fait que raviver poliment les faits à un vieil homme, d’une manière militaire sans doute, mais d’un ton tout à fait bienveillant à l’égard de la mémoire peut-être usée d’Humble d’Ovilier.
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Jeu 5 Sep - 22:37
Sans Nom
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Sans Nom
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Lorsque la porte s'ouvrit, le labouran se redressa d'abord dans son fauteuil, abandonnant sur ses genoux le manuscrit qu'il lisait. La petite ménestrelle Baugienne l'intriguait autant que son récit. Elle aurait pu faire une chanson de cette histoire mais elle lui tenait vraisemblablement trop à cœur ; c'était là trop personnel pour qu'elle s'en serve pour se faire un nom. Le peu que le capitaine lui avait rapporté, puis la retranscription papier qu'elle en avait faite, était un terreau de curiosité pour le vieil homme.


La jeune femme ressemblait à une enfant. Elle portait ses cheveux noirs relevés encadrant un visage presque poupon aux grands yeux sombres. Elle avait revêtu une robe sobre pour le rendez-vous. Ses révérences étaient malhabiles, témoins de son manque d'habitude au grand monde mais Humble ne se formalisait pas de ce genre de détails. Il fut néanmoins surpris de l'entendre prendre la parole en premier pour le remercier de sa sollicitude. L'homme se leva alors tout à fait tandis que le chevalier de l'If faisait officiellement les présentations.


" Je ne peux qu'espérer que ma contribution aura quelque impact sur la suite de cette affaire, demoiselle Izolde. Soyez assurée que je suis homme à écouter et croire ce qu'on me rapporte avec le cœur. Mais prenez d'abord place tous deux. "


Le sexagénaire se rassit, invitant de la main ses invités à se joindre à son salon. Lorsqu'ils furent installés, son serviteur leur servit du thé noir parfumé dans de fines tasses aux motifs végétaux.
" Le sieur de l'If m'a confié que votre requête n'avait abouti nulle part. La justice de Bauge est... narcissique dirais-je ; cela n'est guère plus un étonnement pour personne depuis quelques années... Mais qu'a fait le temple d'Eda en apprenant la mort suspecte et violente d'un de ses frères ? "
Il n'allait pas lui redemander de raconter son terrible récit. Il l'avait encore assez en tête pour lui épargner cette peine mais il avait néanmoins quelques questions pour étoffer sa compréhension des faits.
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Dim 22 Sep - 14:08
Izolde
Ménestrelle en quête de justice
Izolde
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Confortée par le soutien muet du chevalier, la brunette pénétra dans l’antre de l’historien, et laissa le premier résumer la raison de leur présence, alors que le second s’était levé. C’était étrange de voir ces inconnus se pencher sur l’affaire qu’elle avait si longtemps portée seule, étrange et presque déplaisant : elle devait faire effort pour partager ces faits terribles, et s’en dessaisir un peu, ce qui revenait à lâcher un peu du souvenir de son cher Frère… mais il n’y avait pas d’autre solution, elle en était bien consciente.

Alors, elle s’inclina de nouveau comme le plus âgé exprimait son espoir de se montrer utile, et s’assit dans l’un des moelleux fauteuils disposés face à leur hôte. Son cœur battait, d’attente et d’appréhension : elle se trouvait enfin en compagnie de personnes qui compatissaient réellement, qui était prêtes à… à quoi, d’ailleurs ? Le sieur Clément avait tenu ses promesses, toujours bien. Une part d’elle-même craignait de voir où leur implication stopperait, où ils l’abandonneraient. Mais elle voulait aussi croire qu’ils l’accompagneraient réellement jusqu’au bout, car elle ne trouverait pas de repos avant.


La boisson qui leur fut servie exhalait un doux parfum, et l’ambiance dans la pièce était raffinée et chaleureuse. Izolde posa ses mains autour de la tasse, pour s’encourager au contact de la tiédeur de l’infusion. Ses lèvres se crispèrent en une moue de mépris partagé lorsque les mots bien choisis d’Humble d’Ovillier révélèrent qu’il comprenait la situation en Bauge avec lucidité. Elle les mordilla un instant, tandis que ses doigts se crispaient sur le contenant : seul un silence répondit tout d’abord à la question. La ménestrelle avait envie de hurler qu’ils n’avaient rien fait, qu’ils s’étaient terrés comme des couards dans leur retraite en se retranchant derrière leur absence d’autorité.

Pourtant, elle se contint, et finit par relever les yeux sur le noble, avant de les rabaisser aussitôt avec humilité, à moins que ça n’ait été pour cacher ce qui s’y mouvait.
« Ceux de Lac Bleu ont prévenu la garde de la ville… et ont informé leurs supérieurs de Beauxcôteaux. Mais d’un côté comme de l’autre... »
Elle lâcha enfin la tasse, écartant les bras en un signe d’impuissance, son regard croisant un instant celui de l’homme aux cheveux grisonnants.
« Rien. Et puis, il n’était pas vraiment de Lac Bleu, il y avait juste passé l’hiver. »
De là à dire que ses collègues d’alors s’en fichaient, l’ancienne prêtresse n’irait pas jusque là, mais qui pouvait savoir comment les choses se seraient passées si Probe avait été plus familier de la petite communauté ?

Sans compter que ses discours faisaient un peu trop de remous au goût de qui appréciait sa tranquillité. Là non plus, elle n’irait pas jusqu’à dire que ceux-là s’étaient réjouis de sa disparition, mais leur passivité pouvait y être liée, consciemment ou non.
« Certains, au temple, trouvaient qu’il posait trop de questions. Il voulait toujours comprendre, et faire comprendre, et faire réfléchir. Je suis sûre qu’aucun serviteur d’Eda ne lui a jamais voulu de mal, mais… il dérangeait parfois, surtout les anciens qui préféraient rester dans leurs habitudes. »
Elle se tut brusquement, et le rouge lui monta aux joues alors qu’elle réalisait que le labouran, plus tout jeune non plus, pourrait bien prendre cela pour lui. Elle s’absorba dans la contemplation de son thé en attendant une réponse, quelle qu’elle soit.
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Dim 29 Sep - 19:21
Clément de l'If
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Clément de l'If
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Localisation : Bourg-de-Castelcerf
Avec toute la bienveillance et la bonté dont il pouvait être capable, le vieil homme nous accueillit dans ses appartements. Il nous invita à prendre place à ses côtés, ce que nous fîmes. Le salon n’était pas très grand, comparé à d’autres logements qu’offrait le château de Castelcerf. En revanche, la disposition du mobilier et l’âtre diffusaient une ambiance chaleureuse qui fit que je me sentis à ma place, malgré le peu de part que j’avais à prendre dans cette entrevue. J’avais permis à ces deux personnes de sphères très éloignées d’entrer en contact pour servir, probablement, une cause commune. La suite, c’était à eux de l’entreprendre. Toutefois, je comptais m’assurer que ma quête auprès d’Izolde se solderait par une réussite et j’allais faire trainer mes oreilles aussi longtemps que possible. Le thé émettait une douce odeur qui me fit abandonner, pour de quelques secondes, cette habitude qu’a un soldat de ne faire que des choses utiles à ses supérieurs, sans prendre le temps de savourer un peu de présent rien que pour soi.

Les propos que tint Humble d’Ovilier piquèrent ma curiosité. Le salon était clos et les paroles prononcées ici ne franchiraient pas ces murs. Critiquer ainsi la justice de l’un des six duchés était osé. Cependant, il avait parfaitement raison. Tout le monde savait, et personne ne faisait rien. Sa question était pertinente et, alors que je buvais un peu de ce thé noir, je me tournai vers la ménestrelle pour écouter ce qu’elle avait à répondre, bien installé dans ce fauteuil. Le silence et les lèvres crispées de la demoiselle me firent froncer les sourcils. Je l’avais reçue dans une petite salle de guet, en proie à de fortes émotions, clamant colère et tristesse. Elle se contenait, je le savais. Cela devait être dur pour elle et j’éprouvais de la compassion à son égard. Je connaissais la réponse qu’elle allait donner. Rien. Personne. Le néant avait suivi cette affaire et chacun avait repris le cours de son existence. Mais le temps n’efface pas tout pour tous. Izolde avait continué à chercher, à enquêter, à lutter. Sa dernière phrase pouvait être perçue comme une pique à l’égard du labouran. Le silence gêné d’Izolde qui s’en-suivit me donna l’occasion d’intervenir pour la tirer de ce piètre malaise.

« Il apparaît bien souvent que ceux qui cherchent la vérité dérangent. Même s’ils ne la trouvent pas, leurs simples questions soulèvent la colère de ceux qui préfèrent se terrer dans l’ignorance ou pire… le mensonge. De toute évidence, aucune accusation ne peut être menée envers la communauté d’Eda mais il y a peut-être d’autres suspects à soulever. Qu’en pensez-vous Sire Humble ? Une conspiration aurait-elle pu être menée par des habitants à l’encontre de ce Frère pour éviter qu’il ne dérange davantage les baugiens du coin ? »

A mon tour, je prenais part à ces interrogations, cherchant à dénouer le vrai du faux. Ou bien cherchais-je à tout prix un coupable pour apaiser les pensées agitées d’Izolde ?
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Mer 2 Oct - 21:40
Sans Nom
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" Hm... " réagit-il tout d'abord. La réponse de la baugienne le laissait perplexe. Le frère qu'elle défendait était du genre à poser trop de questions, à réfléchir et faire réfléchir les autres. Assurément, ce genre de comportement n'était pas du goût de tout le monde.
Avant qu'il ait pu achevé ses réflexions sur ces déclarations concernant le temple d'Eda du Duché de Narcisse Aiglevif, le chevalier de l'If s'interrogea à son tour sur une sorte de conspiration qui aurait pu s'étendre au delà du simple cercle des prêtres. Un homme de la trempe de ce Probe ne faisait forcément pas l'unanimité au sein de son ordre comme de la communauté d'une manière générale. De là à imaginer sa mort comme prémédité, il n'y avait guère qu'un pas...


" J'ai les moyens de mener ma propre enquête au sein du temple de Lac Bleu. J'y ai une bonne amie qui sera capable de m'en dire davantage sur la perception qu'avaient les supérieurs de votre compagnon. "
Humble se leva et se dirigea vers un petit secrétaire près de la fenêtre. Il continua à parler tout en écrivant quelques mots à l'encre sur une feuille de papier.
" Votre supposition est, à mon sens, loin d'être erronée Chevalier. Sa mort ne ressemble pas vraiment à un accident et malheureusement, en Bauge, cela est... monnaie assez courante."
Étrangement plus que dans les autres Duchés avait-il remarqué. Comme si la nature suspicieuse de Narcisse avait contaminé le reste des nobles et têtes dirigeantes à moindre échelle. Chacun se protégeait ainsi des mauvaises grâces du duc en assurant la tranquillité de chaque territoire. A moins que Narcisse lui-même ait vraiment main mise sur davantage que ce qu'on pensait de lui ?


" Pouvez-vous m'en dire plus sur votre ami jeune demoiselle ? Que cherchait-il, qu'est-ce qui animait sa foi, qui faisait de lui cet être à part qui aurait pu déranger les anciens ?"
Il n'allait pas se vexer pour cette appellation et ne la prenait même pas directement pour lui car sa curiosité faisait de lui un homme finalement actif et jeune dans sa manière d'aborder le monde qui l'entourait. Du moins, l'espérait-il.
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Dim 13 Oct - 15:06
Izolde
Ménestrelle en quête de justice
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Le regard sombre d’Izolde passait de l’un à l’autre, guettant les réactions, en attente. S’était-elle trop emballée, en avait-elle trop dit ? Elle avait conscience de parfois se laisser exagérément influencer par ses émotions sur le sujet, ce qui au final la desservait, mais il lui était bien difficile de maîtriser les élans de son cœur. Elle sut gré au chevalier de l’If pour sa dissipation du bref silence, tout en cherchant à comprendre ce qu’il tentait d’insinuer. Les gens simples qui fréquentaient le temple et avaient pu se rassembler autour de Probe pour l’écouter ne lui semblaient pas pouvoir constituer de menace, mais bien des choses lui échappaient encore. Elle partageait avec le disparu une certaine naïveté sur le monde, la croyance en une bonté d’Eda qui résiderait en chacun, même si elle avait du mal à l’imaginer chez certain duc.

De surprise, elle inclina la tête sur le côté lorsque l’historien affirma connaître une prêtresse de Lac Bleu. Elle s’abstint cependant de demander son identité, ce qui ne l’empêcha pas de passer en revue, mentalement, les femmes âgées qui y résidaient, et d’imaginer leurs réponses aux interrogations de messire d’Ovillier. Lequel préparait déjà sa missive, manifestement, tout en approuvant les dires du militaire.
La nouvelle question fut, elle aussi, suivie d’un silence. Cette fois, Izolde avait besoin de rassembler ses idées. Le noble se fichait certainement bien de savoir si le regard brun de celui qu’elle avait aimé semblait illuminer chaque personne sur laquelle il se posait, si sa voix réchauffait l’atmosphère jusqu’à renforcer les liens de la communauté à laquelle il s’adressait. Il fallait des faits plus concrets, moins discutables. Les yeux de la ménestrelle se fixèrent sur le contenu indemne de sa tasse.
« Il voulait que chacun devienne meilleur. Qu’on se soucie les uns des autres. Qu’on se comprenne. »

Brusquement, elle chercha le regard de son hôte, un feu passionné s’allumant peu à peu dans le sien :
« Souvent, il parlait de ces chaînes qui nous emprisonnent, qui nous empêchent de faire de bonnes choses. Il voulait montrer à tout le monde que nous avons le choix, que nous ne sommes pas obligés de rester passifs ou de faire des concessions sur les nobles principes, que nous pouvons trouver la force de rester sur la voie d’Eda, la voie de la bonté. Il essayait de nous faire comprendre que nous étions libres, tous. Que nous devions seulement y croire, et agir en ce sens. »

Un frisson traversa les épaules de la semi-montagnarde, dont les yeux se replongèrent dans son infusion en même temps que son ton se faisait plus lent, et plus grave.
« Rendre le monde plus digne d’Eda. C’était sa mission. Qu’on soit plus conscient de sa responsabilité, qu’on ne se laisse pas simplement aller sur la voie de la plus grande facilité immédiate. Et on l’écoutait, les petites gens, en tout cas. Il avait quelque chose… qui retenait l’attention… qui… »
Avait-elle été la seule à souhaiter faire partie de ces privilégiés qui pouvaient s’approcher de lui ? Qui pourraient alors partager un rien de la grâce dont il semblait investi ? Elle avait du mal à concevoir que n’importe qui l’ayant côtoyé, ait pu réagir autrement que par l’admiration, voire l’adoration.
« On aurait dit que la déesse elle-même l’avait touché, et qu’il transmettait ce… cette lumière, »
conclut-elle enfin à mi voix, revenant serrer ses mains sur la tasse tiède, tandis que des larmes lourdes de regrets se mettaient silencieusement à couler sur ses joues. L'ombre avait finalement gagné, anéantissant l'envoyé de la douce Eda, éteignant la flamme dansante qui avait porté tant de forces : amour, espoir, révolte...
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Jeu 17 Oct - 20:05
Clément de l'If
Preux Chevalier
Clément de l'If
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Localisation : Bourg-de-Castelcerf
Le Seigneur d’Ovillier nous avait partagé le fil de sa réflexion au sujet de mon hypothèse. Mêlant l’esprit à l’action de ses mains, l’homme de lettres préparait déjà une missive qu’il ferait porter jusqu’à Lac Bleu. Je hochai lentement la tête lorsqu’il approuva la possibilité que la mort du Frère Probe ne résulte pas d’un accident. Si le meurtre était prémédité, qui en était la véritable cible ? Probe qui dérangeait ou bien une personne plus haut placée que Probe aurait pu servir ? Non, je songeai en mon fort intérieur qu’il ne fallait pas systématiquement imaginer que chaque homme en sert un plus puissant. Parfois, certains d’entre-nous servent simplement leurs idéaux ou les Dieux.

Lorsque Humble d’Ovillier demanda à Izolde quel genre de propos tenait son ami et qui aurait pu lui valoir des ennemis, je me tournai aussitôt vers l’intéressée. A la fois pour l’encourager d’un regard amical, et pour prêter attention à sa réponse. Humble avait du bon sens. Il posait ses questions avec finesse, chacune soigneusement choisie pour démêler le vrai du faux et aller à l’essentiel de l’investigation. Et puis, il avait la douceur dans la voix qui aiderait Izolde à se confier. Du moins le pensais-je. La ménestrelle regardait fixement son infusion. J’eus le sentiment qu’elle ne parlerait jamais mais elle me contredit et se mit à nous confier ce qu’elle savait des convictions de son défunt ami.

Probe prônait le respect, l’écoute, la rupture des prisons mentales et la bonté. J’étais maintenant certain que l’homme dérangeait. Oh ! Il ne devait pas gêner les braves et les pieux qui, apparemment, l’écoutaient avec assiduité. Mais ceux qui jouissaient d’un peu de pouvoir, imposé par la peur, la force ou l’argent, voilà ceux qui auraient pu commanditer un tel meurtre. Izolde se laissa aller à quelques larmes pour finir et je ne pus m’empêcher de poser une lourde main compatissante sur son avant-bras, accompagné d’un sourire doux et silencieux. J’imaginais sans mal un Seigneur dérangé par les propos tenus par Probe engager quelque mercenaire pour l’éliminer. Je n’en dis rien sur le moment, gardant pour moi ces pensées bien sombres à l’égard de la ménestrelle. Toutefois, je ne pus retenir ces quelques mots pour tenter de la réconforter.

« Des paroles sages qui ont probablement dérangé quelques âmes. Vous continuez de porter en vous les fruits de son travail. Nul doute que votre Frère serait fier de vous, Dame Izolde. »

Je hochai la tête gravement puis retirai ma main de son bras pour porter à mes lèvres un peu de ce thé encore fumant. Je n'ajoutai rien de plus, laissant le soin au Sire d'Ovillier de poursuivre ou non son questionnement.
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Sam 19 Oct - 16:49
Sans Nom
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Sans Nom
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Le temps que la jeune femme rassemble ses idées ou son courage pour lui répondre, le Labouran avait achevé sa lettre et la pliait soigneusement. Il entreprit de la cacheter en faisant chauffer un morceau de cire à la flamme de la bougie puis y apposa son sceau composé de branches d'olivier pour sceller complètement la missive. Il était important pour lui d'avoir des informations provenant de différentes sources pour comprendre l'intégralité d'une histoire. Ici, cela permettrait de faire la lumière sur cet assassinat mystérieux.
Si le meurtre était plutôt une pratique courante à Bauge, la justice qui aurait du en découler y était une denrée rare. Il n'y avait bien que le duc pour l'établir « promptement ». Ses détracteurs ainsi que ceux qui menaçaient directement son autorité en subissaient les frais rapidement et leurs procès étaient des pantonymes de justice où Narcisse avait forcement raison.

Izolde prit enfin la parole et le vieil homme tourna la tête vers elle pour l'écouter autant que pour l'observer. Il regagna sa place assise sur son fauteuil sans l'avoir lâchée des yeux un instant. Ses yeux sombres s'étaient illuminés, gagnant petit à petit en intensité.
Frère Probe était une sorte de doux rêveur qui aspirait à plus d'équité dans le monde que la déesse avait créé pour ses enfants. Un idéaliste qui prônait la liberté d'agir et de penser pour améliorer ce qui existait déjà, dans la bienveillance d'Eda. Chacun avait ces possibilités en lui et nécessairement son discours lumineux touchait au cœur les gens qui avaient besoin d'espoir dans leur misérable existence déjà toute tracée. Humble entendait, Humble comprenait. Oui, le noble qu'il était comprenait cette nécessité d'une lumière d'espérance, de la parole apaisée, compatissante, merveilleusement douce de la gracieuse déesse duchéenne. Parce qu'il avait voyagé, qu'il avait parlé avec les gens, qu'il avait écrit sur leurs vies, consigné leurs vœux, leurs histoires, qu'il s'intéressait à tout ce qui composait le monde tel qu'il était aujourd'hui, imaginant souvent avec crainte ce qu'il serait demain...

La ménestrelle finit en étouffant des sanglots, laissant couler ses larmes sur ses joues pâles. Le chevalier de l'If fut prompt à la consoler de sa présence en posant une main protectrice et amicale sur son bras. Il n'avait pas eu tort en disant au commandant de rester avec eux lors de l'entretien. Les mots qu'il prononça toucheraient-ils la jeune baugienne ? Ni l'un, ni l'autre ne la connaissaient réellement mais il n'avait pas tort de dire qu'elle poursuivait l’œuvre de son défunt ami. Elle parlait de lui avec tant de passion qu'il était évident que son discours s'était plus qu'ancré en elle et qu'elle le porterait toute son existence durant, travaillant à sa manière à rendre le monde plus doux.

L'homme aux cheveux gris attendit quelques instants avant de reprendre.
" Je comprend que cela ne soit guère facile pour vous, jeune Izolde de me parler de votre ami sans émotion. Prenez le temps qu'il vous faudra à chaque fois et n'hésitez pas à me dire si, à un moment ou un autre, vous souhaitez mettre fin à l'entretien pour aujourd'hui. "
Il se frotta un instant les yeux avec son index et son majeur. Comment pouvait-il continuer sans brusquer la demoiselle ?

" Vous avait-il parlé directement de personnes rejetant sa vision du monde ? De personnes l'ayant menacé physiquement ou verbalement ? J'entends qu'il semblait incarner la déesse elle-même mais certaines personnes ne sont guère touchées par la grâce et les beaux discours. Vous avait-il déjà fait part d'une quelconque peur ? "


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Mer 13 Nov - 21:37
Izolde
Ménestrelle en quête de justice
Izolde
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Les deux hommes qui se trouvaient avec elle dans cette pièce se montraient, l'un comme l'autre, pleins d'une compréhension délicate qui faisait grand bien à la jeune femme, déjà suffisamment émue par les souvenirs qu'elle devait ramener à la vie dans ses paroles. Elle secoua la tête, niant les dires du chevalier, même s'ils la réconfortaient.
« Il le dirait parce qu'il faisait toujours remarquer les meilleures choses, mais... je me sentais toujours si petite auprès de lui... Je veux que son œuvre continue, oui, mais je ne sais pas où il trouvait sa force. »
Là aussi, la ménestrelle ne pouvait que voir une intervention divine pour expliquer l'optimisme et la ténacité jamais mis en défaut de son amour perdu.

Pour le sire Humble, ce fut un hochement affirmatif qui répondit, accompagné d'un petit « merci ». Puis elle parvint à se reprendre suffisamment pour ajouter :
« Mais ça fait si longtemps que j'attends de trouver quelqu'un qui accepte de m'écouter... je peux continuer à vous répondre. »
Et en effet, l'homme avait quelques interrogations nouvelles. La brunette essuya furtivement ses joues d'un revers de main, et inspira, le temps de trouver ses mots.
« Pas de menaces directes, non. Ou du moins, il n'en a rien dit, mais je ne pense pas qu'il en aurait parlé, de toute façon. Il croyait sincèrement que n'importe qui peut s'améliorer, alors, il ne parlait pas des mauvaises actions. S'il a eu un problème de ce genre avant, alors, il a sûrement essayé de le régler tout seul. C'était lui qui aidait les autres, pas le contraire. »
Il y avait un rien d'amertume dans ce constat. Izolde aurait tant voulu qu'il partage davantage... mais, s'il avait parfois craint ou douté, Probe ne l'avait jamais fait savoir.

Le regard dans le vague, l'ancienne Sœur d'Eda consentit enfin à tremper ses lèvres dans le thé, sans doute fort coûteux, que lui avait servi le noble. Elle-même ne buvait, en termes d'infusions, que des tisanes faites avec les plantes locales, mais une fois passée la surprise gustative, cette nouveauté n'était pas désagréable à son palais.
« Il n'était pas non plus aveugle, »
reprit-elle rapidement après avoir reposé doucement la tasse,
« et il savait bien qu'il déplaisait à certains... Je voulais l'accompagner, mais il a refusé... il disait que c'était trop dangereux. »
Nouvelle pause. Des pensées mille fois retournées dans sa tête vinrent s'y enrouler de nouveau. Et si, et si... et si elle s'était trouvée avec lui, ce jour-là ? Bien sûr, elle n'aurait rien pu faire. Elle préférait ne pas imaginer ce qu'il serait advenu d'elle. Et son souvenir à lui aurait été encore plus irrémédiablement perdu... Une dernière fois, il avait prouvé qu'il avait raison, malheureusement.

« Il n'avait pas peur pour lui, ou alors, il ne le disait pas, mais il était conscient de... de risquer quelque chose. Il ne m'a jamais vraiment parlé de ça clairement, il avait toujours l'air de se fier totalement en la déesse pour le protéger. Mais... il m'a recommandé plusieurs fois de me méfier. »
Le regard de la demoiselle revint rencontrer celui du vieil homme, puis du plus jeune, puis de nouveau de son hôte. Ils lui inspiraient confiance, ils avaient tout fait pour, et elle se devait de leur livrer le fond de sa pensée.
« Il parlait souvent contre les Pies, sans les nommer, mais moi, je lui demandais des fois de m'en dire plus, et je sais que c'est à eux qu'il pensait. Et ça faisait partie des gens contre qui il me prévenait. Il y avait aussi les gens du Duc. C'était pareil, il ne les pointait pas directement du doigt, mais si on réfléchissait, on comprenait de qui il parlait. Et il savait qu'ils pouvaient être dangereux, eux aussi. Après... je ne sais pas. Il pouvait y avoir d'autres histoires, avec d'autres gens, mais ça ne se voyait pas. »
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Sam 23 Nov - 19:31
Sans Nom
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Sans Nom
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[HRP : Clément ayant des soucis d'internet, je prend sa place pour ce tour-ci ^^]

Les mots avaient été dits. Elle avait dit les mots qu'en son fort intérieur, Humble redoutait d'entendre : les Pies et les hommes du Duc. Aussi dangereux et insaisissables les uns que les autres.
Les premiers étaient comme des fantômes vengeurs, frappant comme au hasard, bien qu'il n'en fut rien. Quel dessein précis était le leur ? Le vieil homme n'arrivait pas à le comprendre : leurs agissements en Cerf étaient différents d'en Bauge ou encore d'en Béarn. Faisaient-ils seulement partie d'un ensemble ? Avaient-ils la moindre cohérence entre eux ? Quoi qu'il en soit, ils ne se laissaient pas attraper facilement, pas sans se battre et se sacrifier au besoin. Les adeptes du Prince Pie... Cette histoire faisait froid dans le dos à l'entendre mais l'historien qu'était le labouran savait que la réalité était toujours différente de la légende... Il n'en avait seulement pas encore trouvé en quoi cela consistait pour cette histoire-ci.
Les seconds qu'évoqua Izolde, les hommes du Duc, n'étaient pas des tendres non plus mais ceux-là étaient surtout intouchables. Qu'ils agissent réellement au nom de Narcisse  Aiglevif ou sous couvert de servir ses intérêts, peu importait en réalité car ils faisaient la loi à leur manière, expéditive et brutale.


Le seigneur d'Ovilier but longuement une gorgée de thé avant de reprendre la parole. Le prêtre ne disait pas avoir peur mais il avait tenu à protéger sa jeune suivante en la mettant à l'écart de ses histoires. C'était honorable de sa part mais ça restait stupide d'avoir persévéré dans ce sens... Seul et sans moyen de se protéger.
" Il avait raison de vous mettre en garde... Les uns et les autres sont de vraies plaies pour Bauge... Se les mettre à dos ... Achever cette phrase n'avait pas d'intérêt. Dire à haute voix que son ami était suicidaire d'avoir joué avec des êtres de cette espèce n'aiderait en rien la demoiselle à accepter et à faire correctement son deuil. Peut-être même s'en doutait-elle elle-même, sans se l'avouer franchement ?

Le vieil homme se pencha vers la table et se saisit d'une pâtisserie qu'il commença à porter à sa bouche avant de suspendre son geste et de continuer : "Avant d'arriver à explorer efficacement cette piste, autant travailler à éliminer les autres. Je crains que cela soit compliqué de faire la lumière sur les véritables responsables s'ils s'avéraient être des vifiers ou des hommes de Narcisse. "
Son réseau de connaissances ne couvrait pas l'ensemble des territoires baugiens et dans tous les cas, il ne ferait prendre aucun risque à ses amis et contacts là-bas en les faisant fouiller ce genre de pistes. Il n'était qu'un homme de lettres curieux qui s'intéressait aux autres et à leurs histoires pour les consigner. Il n'avait pas le pouvoir d'en faire davantage, quand bien même il le voudrait.
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Lun 13 Jan - 20:46
Clément de l'If
Preux Chevalier
Clément de l'If
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Je me tins à l’écoute de la discussion qu’entretinrent le vieux noble et la demoiselle. Toujours confortablement installé dans le fauteuil auprès de l’âtre, je ne laissais passer aucun détail du jeu de questions et de réponses entre mes deux interlocuteurs. Quelqu’un avait-il menacé le Frère Probe ? Non. En revanche, l’homme savait que ses paroles le mettaient en danger. Les Pies, les hommes du Duc. Des ennemis fort dangereux et au grand potentiel d’action. Je me frottai pensivement le menton de ma main droite. L’une comme l’autre, ces deux pistes étaient intéressantes et nous permettraient probablement d’y voir plus clair dans la situation politique du duché. J’eus soudainement envie de demander la permission à mes supérieurs hiérarchiques de mener moi-même l’enquête avec quelques hommes de confiance afin de lever le voile sur ces mystères. Cela vaudrait-il seulement la peine de se déplacer et de risquer des vies supplémentaires ? Le courage ne me manquait pas, mais je n’en étais pas pour autant dénué de toute raison. Je tournai mes yeux noisette vers le Seigneur d’Ovilier pour déceler son avis sur son visage marqué par les années et la sagesse.

Que pensait-il ? Il creva le silence qui fut de courte durée pour me permettre d’en comprendre davantage. Ses paroles s’élevaient également sous l’égide de la raison. Humble proposait d’éliminer d’autres pistes avant de s’attaquer à ces deux-là. Il les voyait peut-être trop dangereuses ou vouées d’avance à l’échec. Quelles pistes explorer en ce cas ? Le temple de Lac Bleu ? Cela suffirait-il à en apprendre davantage ? Je ne pus m’empêcher de l’interroger, l’air perplexe.

« Soit. En ce cas, vous proposeriez d’explorer la piste du temple de Lac Bleu, n’est-ce pas ? Je doute que cela suffise... Les Pies comme les hommes du Duc sont une vraie plaie pour Bauge et l’occasion se présente enfin de creuser un peu sur leur territoire. Cette enquête nous permettrait d’en apprendre davantage. Le risque est réel, mais il en vaut la peine. Les bons hommes placés au bon endroit pourraient nous apporter de précieuses informations, j’en suis convaincu. »

Si mon avis comptait peu dans le choix que ferait le Seigneur d’Ovilier car sa décision était déjà prise de ne faire courir aucun risque à ses alliés ou à lui-même, je voulais tout de même leur affirmer à tous deux que l’enjeu était important. J’aurais moi-même pris la route si la décision m’appartenait, mais j’étais sous les ordres de Cerf et pour la protection de la famille royale.
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Mer 15 Jan - 13:05
Izolde
Ménestrelle en quête de justice
Izolde
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Un silence suivit ses derniers mots. Lequel sembla, pour Izolde, se faire menaçant malgré l'ambiance chaleureuse du petit salon : la sinistre réputation de ceux qu'elle soupçonnait avait comme épaissi l'air, dès lors qu'elle les avait clairement cités. C'était la première fois qu'elle l'osait, ainsi qu'elle le réalisa distraitement. Cependant, son hôte ne se montrait pas incommodé par ces impalpables présences... tant qu'elles le restaient, apparemment. Il confirma d'ailleurs leur dangerosité, tout en s'efforçant de lancer les investigations dans une autre direction. La brunette ne put cacher son dépit, dont le chevalier de l'If se fit l'écho.
" Il pouvait y avoir des... mésententes au temple, mais de là à... non, c'est impossible. Nous parlons de fils et filles de la déesse. "
Ces prêtres et prêtresses n'auraient jamais été jusqu'à attenter à la vie de l'un des leurs. Et pourtant, ils pouvaient se montrer un rien naïfs : si celle qui avait été l'une d'entre eux ne le voyait pas, c'était sans doute parce qu'elle faisait partie du lot. Un esprit manipulateur, ou simplement en quête de renseignements sur un certain errant de leurs collègues, aurait tout à fait pu utiliser, à son insu, l'un de ces bienveillants serviteurs d'Eda.

Comprenant malgré tout que les questions du noble ne pourraient nuire, la ménestrelle haussa finalement les épaules.
" Mais peut-être que vous trouverez quelque chose quand même... Je vous remercie, "
réitéra-t-elle avec humilité. Après tout, c'était déjà bien davantage que ce qu'elle avait reçu jusqu'à lors, et elle ne pouvait pas demander à un vieil homme confortablement installé dans son existence, de se risquer sur les sentiers plus que glissants qu'elle avait pointés. L'aventure ne semblait au contraire pas rebuter le militaire, qui abonda dans le sens de plus amples recherches au sujet des puissantes factions baugiennes, à la surprise - et satisfaction - de la plaignante. Elle se retourna vers celui qui, le premier, avait accepté de l'écouter, et avait rapidement pris fait et cause pour son combat.
" Si vous pensez qu'on peut faire quelque chose... mais je vous en prie, ne mettez personne en danger pour ça. Il ne l'aurait pas voulu... "

Sa cuillère tinta contre la délicate porcelaine de la tasse alors qu'elle produisait machinalement un petit tourbillon dans le reste de sa boisson, et le suivait des yeux. Quelque chose persistait à lui échapper dans tout cela, quelque chose qui devait expliquer toutes les portes fermées auxquelles elle s'était trouvée confrontée jusque-là.
" Je ne comprends pas comment ça se fait que... que le roi est si impuissant. Il a toutes les raisons de vouloir se débarrasser des Pies. Et il doit bien voir que son duc baugien ne sert que lui-même, pas son roi ou son peuple. "
Ce qui, pour la semi-montagnarde qu'elle était, constituait une faute terrible : sa mère lui avait bien souvent parlé des Oblats qui, dans les hauteurs dont elle était originaire, se consacraient corps et âme au bien-être des leurs. Les Duchés fonctionnaient différemment, mais on attendait tout de même un minimum d'attention de la part des dirigeants.
" Pourquoi est-ce que ça dure depuis si longtemps ? "
Elle avait renoncé depuis un moment à rencontrer personnellement le souverain des Six Duchés. Il avait bien d'autres choses à faire, avait-elle compris, que de se pencher sur les sordides affaires qui ne devaient pas manquer aux quatre coins de son territoire. Mais elle croyait toujours en son pouvoir, elle ne pouvait concevoir qu'il reste incapable de se débarrasser de ces parasites en son royaume.
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Lun 20 Jan - 18:04
Sans Nom
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Sans Nom
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Limpatience et l'impulsivité de la jeunesse... D'Ovilier se souvenait de cette volonté que les choses soient rapidement faites. Il se souvenait aussi parfaitement de ce sentiment de frustration qui éteignait les cœurs jeunes épris de justice parce qu'il fallait attendre. Ici, il leur faudrait surtout faire preuve de patience. Oui assurément sa proposition d'éliminer d'autres pistes ne les satisfaisait pas pleinement.


" La piste du temple en ouvrira d'autres, j'en suis intimement persuadé. Il avait plus spécialement porté son attention sur le chevalier en disant ces mots. Il semblait homme à se lancer à cœur perdu dans une cause même si son apparence semblait désespérée, porté par un sens aigu du devoir et de la justice. Le monde était douloureusement insensible aux preux désirs des gens comme lui. Voilà bien longtemps que la prudence accompagnait chaque décision d'Humble.


Il marqua une pause.
Comment leur expliquer son point de vue ? Comment leur dire que se frotter à ces forces-là sans y être préparé serait simplement synonyme de suicide ?
" Jeune fille, votre ami est un inconnu pour moi. En apprendre davantage sur lui, sur ses motivations, sur la vision que les gens avaient de lui, sur les actions qu'il a pu mener et dont vous n'avez pas entendu parler car trop jeune ou trop loin... Tout cela est nécessaire. Ce ne sera jamais du temps perdu. Chaque information recueillie ouvrira la porte à de nouvelles et petit à petit, il sera possible, je l'espère grandement, de dresser le portrait de ses détracteurs et de ses assassins. "
Le vieux labouran était convaincu de cela. Se lancer tête baissée sans savoir où et qui chercher revenait à vouloir dénicher une aiguille dans une botte de foin, en s'exposant ici en prime à des gens sans foi ni loi.


Avec une naïveté touchante et poignante, Izolde posa alors une question intéressante. Elle démontrait par là toute l'incompréhension qui pouvait être celle d'une jeune femme du peuple, jamais confrontée à d'autres décisions que celle qui réagissait sa propre vie. Pourtant son bon sens était l'évidence. Pourquoi rien ne se passait contre ces gens qui se croyaient tout permis et faisaient souffrir les autres ? Pourquoi ne les arrêtait-on pas et ne les punissait-on pas ?
Son regard passa de l'un à l'autre lentement.


" Entre ce qu'un homme souhaite et ce qu'un homme peut faire, il y a parfois un grand fossé... En politique, c'est encore plus complexe. Les Pies sont insaisissables et toute la colère du roi n'y changera rien. Doit-il mener des battues pour les débusquer et les brûler ? Sans certitude que cela fonctionne, sans certitude d'attraper les bonnes personnes ? Doit-il entrer en guerre contre son Duc juste car la façon dont il gère son territoire qui ne lui convient pas ? Auquel cas, la guerre serait perpétuelle avec bien d'autres seigneurs... La paix est un luxe ; vous en avez bien conscience Chevalier pour avoir goûté à la dernière... N'importe quelle bataille doit être mesurée, ses bénéfices plus importants que ses risques ou ses pertes... Narcisse, les Pies... La problématique est ainsi la même. "


L'historien n'était pas un homme politique ni même vraiment politisé. Il ne contestait jamais rien ni personne mais prenait le temps d'enregister chaque information, de voir où mener chacune des décisions prises par les puissants ou les moins puissants autour de lui. L'homme faisait des erreurs, il n'apprenait pas toujours d'elles mais ainsi allait l'Histoire et le monde. Il en était l'observateur à ce jour, autant qu'un ménestrel consignant les faits dans ses chants.


" A l'heure actuelle ma chère enfant, je ne peux que vous garantir de vous tenir informée de la moindre information qui parviendra à ma connaissance. Je pense bien sincèrement que la lumière finira par être faite mais ni vous, ni moi, ne sommes en mesure d'aller plus vite. Un jour, vous écrirez une chanson sur ce prêtre et sa malheureuse histoire. J'ignore si la fin vous en satisfera, si les coupables paieront mais la lumière sera faite. "


En l'état, à moins que quelque chose ne lui revienne subitement à l'esprit, l'entretien s'achevait. Le capitaine ferait-il l'intermédiaire entre le noble et la troubadour ? Il chercherait à se tenir au courant de l'avancée au même titre que la baugienne, Humble en était persuadé. Il avait grand cœur. Trop bon peut-être pour le poste qu'il occupait...
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Mer 22 Jan - 11:31
Clément de l'If
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La demoiselle se tourna vers moi suite à mes paroles quelque peu emportées et m’assura que, quoi qu’il advienne, personne ne devrait être blessé ou atteint. Je lui adressai un hochement de tête rassurant, bien que je sache pertinemment que mes choix étaient toujours faits pour assurer la sécurité de mes hommes avant la mienne. Le seigneur d’Ovilier, quant à lui, avait porté son regard sur moi alors qu’il affirmait que la piste du temple était la clé. Je pinçai les lèvres, déçu de ne pouvoir fourrer le nez au milieu des affaires obscures du duché de Bauge. Ce qu’il exprima ensuite à l’attention d’Izolde raisonna mes instincts guerriers. Le vieil homme avait de l’expérience et s’il était celui qui avait accepté de nous écouter, c’était à notre tour d’en faire tout autant. Sa sagesse était bâtie sur les âges et de multiples expériences avec les eaux troubles des mystères de la cour. Ainsi, il nous conseillait la prudence et son ton ne laissait percevoir aucun doute. Il ne me resterait donc qu’à patienter jusqu’à ce qu’une ouverture perce et que nous puissions nous engager dans la faille.

Le rappel qu’il fit de la situation me fit prendre conscience que cette investigation appartenait à quelque chose de plus grand que nous, qui nous dépassait. Oui, la paix est un luxe mais surtout la paix est fragile. Je regardai le fond de ma tasse, pensif. La justice d’un cas passé valait-elle d’enterrer certains de nos camarades, bien vivants ? Je soupirai. Notre hôte avait raison, c’était évident, cependant je ressentis un pincement au coeur à l’idée de ne pouvoir en faire davantage pour la jeune ménestrelle et je l’avoue, de pouvoir en découdre avec des lâches agissant dans l’ombre.

Puis, achevant ainsi l’entretien, le seigneur d’Ovilier assura à Izolde qu’elle serait informée de toute évolution. Je savais qu’Humble irait au bout et que l’homme était digne de confiance. Y parviendrait-il seulement ? Je posai ma tasse de thé qui s’était complètement refroidie depuis que je l’avais vidée et me levai pour prononcer ces quelques paroles d’un ton presque solennel, reprenant la posture propre à ma fonction.

« Messire, je vous remercie de nous avoir accordé ce précieux temps qu’est le vôtre. Si cela est possible, je tiens à rester informé moi aussi, de l’avancée de cette affaire. Mes pouvoirs sont limités mais au cas où je pourrais agir, je tiens à apporter ma pierre à l’édifice pour défendre cette cause. Je vais également laisser traîner mes oreilles au cas où les nouveaux arrivants dans la garde qui viendraient de Bauge tiennent des propos intéressants. »

Je m’inclinai légèrement en signe de respect envers le seigneur d’Ovilier.

« Messire. »


Et je me retirai, quittant les appartements afin de laisser à Izolde la possibilité de s’entretenir quelques instants avec celui qui avait su l’écouter et lui apporter son soutien. Je l’attendrais dans le couloir avant de la raccompagner jusqu’aux portes du château où je la laisserai probablement reprendre le cours de sa vie de ménestrelle.
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Dim 2 Fév - 0:47
Izolde
Ménestrelle en quête de justice
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Le vieil homme se voulait rassurant, et Izolde préféra éviter de remettre sur le tapis ses doutes quant à l'utilité de la démarche. Après tout, elle n'était arrivée à rien seule, peut-être valait-il mieux le laisser faire à sa guise. D'autant qu'il semblait sincère dans son implication, et persuadé de la justesse de sa méthode. D'ailleurs, le sieur de l'If se rendait lui aussi aux arguments de son aîné, quoiqu'il en semblait légèrement ennuyé. Était-ce parce que sa proposition avait été rejetée au nom de la prudence et de la réflexion avant l'action ? C'était ce qu'elle pouvait imaginer dans l'immédiat. Elle lui adressa un mince sourire, touchée qu'il ait pris ainsi à cœur la quête toute personnelle dont elle lui avait parlé. Et puis, messire d'Ovilier entreprit de répondre à sa question concernant le roi.

Le discours de l'historien se tenait, et pourtant, la brunette restait moyennement convaincue. Cependant, elle songea à la cérémonie d'hommage à laquelle elle avait assisté, une lune et demie plus tôt, occasion qui demeurait la seule où elle avait pu apercevoir le souverain des Duchés. Elle avait eu l'impression d'un visage fermé, fatigué. Et quand elle pensait à ce qu'il avait dû traverser... on disait même qu'il avait été attaqué, lors de la suite des obsèques, au château. Y avait-il tant de monde à vouloir sa mort ? La rumeur évoquait les Pies, qui ne cachaient pas leur aversion pour les Loinvoyant, mais là non plus, Izolde ne comprenait pas : à quoi cela les avancerait-il de faire disparaître la famille royale ? Elle ne cernait pas encore tout à fait leurs motivations, les magies antagonistes - pour certains - de l'Art et du Vif restant très éloignées de son quotidien.

Réalisant qu'elle avait laissé le silence s'installer alors qu'elle se perdait dans ses réflexions suite aux dires du noble, elle finit par secouer la tête.
" C'est bien compliqué, tout ça. Moi qui pensais que... "
Elle eut un sourire d'auto-dérision. Elle progressait tout de même dans sa compréhension des complexités liées aux puissants, mais il restait aussi énormément de chemin à faire.
" Quand je suis arrivée à Castelcerf, je voulais parler au roi. Comme personne n'avait voulu m'écouter à Lac Bleu ni à Beaucôteaux ou  Gué-de-Négoce, je m'étais dit que c'était ce qu'il fallait faire... "
Elle secoua de nouveau la tête, comme consternée de son ignorance d'alors. Et elle avait été si sûre d'elle... Enfin, cela l'avait au moins menée jusqu'à la capitale, qui ouvrait tant de possibilités nouvelles. Elle y avait d'ailleurs trouvé ces deux hommes compréhensifs. Peut-être était-ce tout ce qu'Eda attendait d'elle.


L'entrevue semblait se terminer, et elle opina aux promesses de la tenir au courant. Elle doutait de pouvoir un jour être capable de chanter sur ce sujet, bien trop à vif encore, et qui ne semblait pas prêt de cicatriser, mais garda cela pour elle. Pour l'instant, elle ne pouvait donc qu'espérer que les espoirs d'éclaircissement de messire Humble ne soient pas déçus. Et si possible, qu'il n'y ait pas besoin de longues années pour en arriver là, ajouta-t-elle en elle-même. Le militaire, quant à lui, se levait déjà en remerciant leur hôte. Il allait être temps de l'imiter, même si elle n'était pas certaine de savoir le faire avec autant de classe. Elle s'écarta à son tour de son siège.
" Je vais devoir ajouter mes remerciements à ceux du sieur de l'If. Pour avoir accepté de me recevoir, et pour votre écoute attentive... pour votre aide présente et à venir, sachez que je vous suis très reconnaissante, du fond du cœur, "
commença-t-elle en y portant la main, comme pour souligner ses propos. Elle s'inclina du plus correctement qu'elle l'avait appris chez elle, avant de relever les yeux vers son hôte.

" Je me demandais... Je vois bien que vous faites cela sans rien attendre en retour, mais moi, j'aimerais bien... enfin, si vous aimez la musique, je me disais que je pourrais venir vous faire écouter quelques chansons de chez moi, si ça vous intéresse. Ce n'est pas obligé, bien sûr, mais... il n'y a pas grand chose d'autre que je puisse, moi, faire pour vous, et puis ce ne serait pas grand chose. "
Un sourire sincère aux lèvres, elle faisait la proposition sans arrière-pensée, simplement, pour avoir un moyen d'exprimer plus concrètement ses remerciements - et même si elle resterait sa débitrice, quels que soient ses efforts musicaux. Elle espérait tout de même que le vieux noble accepte, mais n'en ferait pas une maladie dans le cas contraire. Quoi qu'il en soit, elle le saluerait définitivement avec une révérence de fillette, et le laisserait à ses réflexions dans son confortable salon.

Elle n'eut pas le temps de s'inquiéter du chemin du retour, dans ce bâtiment truffé de couloirs et d'escaliers agencés d'une manière inconnue : le chevalier l'avait attendue, et elle le gratifia d'un signe indiquant qu'elle lui en savait gré. Ils cheminèrent tout d'abord en silence, chacun formant ses propres conclusions de l'entretien, ou peut-être s'en repassant le déroulé en lui-même. Une fois qu'ils se furent un peu éloignés, Izolde jeta un regard à la dérobée à son protecteur, et sur une impulsion, sa main vint brièvement frôler celle du militaire.
" Vous ne ferez rien de déraisonnable, n'est-ce pas ? Vous resterez prudent comme l'a demandé messire d'Ovilier, et vous ne laisserez personne se mettre en danger ?"
questionna-t-elle à mi-voix, pas certaine de savoir quelle réponse elle préférerait entendre.
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Lun 30 Mar - 9:30
Clément de l'If
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Je restai respectueusement à l’extérieur des appartements du vieux noble et patientai, observant distraitement les tentures accrochées aux murs de pierre si froids en cette saison, mais mon esprit était ailleurs, à Lac Bleu, si loin de Castelcerf. Toutes mes pensées étaient tournées vers ce frère Probe qui avait perdu la vie. Je frissonnai et tâchai de m’ôter ces idées de la tête. A quoi bon ressasser cet événement ? Nous allions devoir patienter désormais. Je soupirai lorsque la porte des appartements d’Humble s’ouvrit de nouveau sur Izolde.

Je lui adressai un sourire chaleureux, en réponse à son signe de remerciement silencieux. Ses yeux noirs en disaient long sur sa reconnaissance à notre égard, l’homme de lettres et moi. Toutefois, je ne parvenais pas à me sentir soulagé de l’avoir aidé. Je ne l’avais pas vraiment fait. Nous ne savions pas encore ce qu’il était advenu ce jour-là pour le Frère Probe et j’eus de la peine à cerner si je ressentais de la culpabilité ou de la frustration. Un peu des deux, j’imagine. Ne laissant pas davantage le froid des couloirs de Castelcerf s’emparer de nous, je me mis en route d’un pas tranquille, ramenant lentement Izolde jusqu’à son point de départ.

Alors que je tournais et retournais les derniers échanges de cette soirée dans ma tête, malgré moi, la jeune femme brisa le silence naturellement établi. Sa main frôla la mienne et mes doigts se raidirent à ce contact aussi léger qu’une plume. Sa question me tira un sourire sincère mais fatigué. Bien que je sois convaincu de mon devoir (et mon envie) d’agir dans cette affaire d’injustice, je m’en tiendrai aux ordres reçus. Le Seigneur d’Ovilier n’était pas mon supérieur hiérarchique et concrètement, je ne lui devais rien si ce n’était d’avoir accepté cet entretien. J’obéirais au seul ordre donné par la raison. Non, je n’agirai pas inconsciemment, mais je me tiendrai prêt à intervenir dès que le besoin s’en ferait sentir. Moi ou quelque homme de confiance pouvant accomplir cette tâche. Izolde pourrait voir la sincérité dans mon regard brillant et mon sourire rassurant lorsque je lui répondis en arrêtant ma marche :

« N’ayez crainte, Dame Izolde. »

Je posai une main usée par le maniement des armes sur son épaule qui m’apparut si frêle en comparaison. Mes paupières à demi-plissées comme chaque fois que je souriais, laissaient paraître quelques rides au coin des yeux. Son inquiétude me touchait profondément.

« Cela sera difficile, mais je vais prendre mon mal en patience ! Comme l’a dit avec sagesse le Seigneur d’Ovilier, la paix est un luxe dont nous ne voulons plus nous priver. Je vais envoyer quelques missives aux quelques contacts que j’ai. Rien de plus. Ma lame restera au fourreau le temps de l’hiver. Ensuite, j’espère que nous pourrons enfin tirer au clair toute cette affaire. Je veillerai à ce que personne n’aie d’ennui... »


D’une légère pression sur son épaule, j’invitai Izolde à reprendre la marche avant de, finalement, laisser retomber ma main le long de ma hanche, naturellement.

« … et à ce que vous n’en ayez pas non plus. Retenez, que si le moindre doute quant à votre sécurité vous assaille, frappez aux portes du Château et demandez l’Officier de l’If. Tant que possible, je ferai ce qu’il faut pour prêter assistance. Vous n’êtes plus seule, Izolde. »


Sans m’en rendre compte, j’avais laissé tomber les « Dame Izolde » pour un peu plus de familiarité à son égard. Nous approchions des portes qui nous mèneraient dans le dernier couloir avant la grande porte principale à laquelle j’abandonnerai la jeune femme au froid de la nuit.
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Izolde
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Un instant, Izolde se demanda si le militaire allait se renfermer à sa requête. Mais non, il afficha de nouveau une confiance rassurante, et prouva qu'il ne la prenait pas à la légère en stoppant son avancée pour lui répondre. Elle apprécia les efforts qu'il faisait pour alléger la situation, son sourire bienveillant laissant entrevoir une parenté avec l'expression du vieux noble qu'ils venaient de quitter - et faisant complètement oublier la cicatrice qui, aux premières fois, avait impressionné voire un peu effrayé la jeune fille. Elle hocha la tête pour indiquer que la réponse lui convenait, et se remit docilement en chemin lorsqu'il l'y engagea d'un geste. Aujourd'hui, elle avait obtenu bien davantage que toutes les lunes précédentes, bien davantage que ce que, finalement, elle osait encore espérer. Et le tout entouré d'une gentillesse qui réchauffait le cœur, comme un manteau de laine sans fioritures, mais utile et douillet, en bref : simplement vrai.

Cependant, l'homme n'en avait pas encore terminé. Il lui offrait aussi sa protection, totale et inconditionnelle. Après les nombreuses portes closes - voire qu'on lui avait claquées à la figure - c'était si inattendu qu'elle lui jeta un regard dubitatif, mais non, aucune trace de plaisanterie dans son expression assurée. Et puis, elle ne le connaissait pas beaucoup, mais il avait jusqu'alors fait preuve à la fois d'une efficacité toute militaire et d'une empathie qu'on imaginait plutôt comme l'apanage des serviteurs d'Eda.
« Je voudrais pouvoir vous remercier... Avec un tel protecteur, je n'ai rien à craindre, »
Sa conclusion était si juste, que la brunette se mit à battre des paupières pour éviter de se donner en spectacle. Elle réussit malgré tout à glisser un sourire parmi ses efforts.
« S'il y avait davantage de gens comme vous, les Duchés se porteraient certainement mieux. »
Et moins de semblables à ce Narcisse, qui semblait en cet instant l'exact opposé de ce preux chevalier, dont les attentions paternelles n'étaient pas sans rappeler celles d'une certain Frère errant.

Laissant finalement filtrer quelques larmes émues, autant pour les circonstances générales que pour la dernière déclaration de l'homme, la musicienne lui pressa brièvement la main.
« Qu'Eda vous bénisse et veille sur vous ! »
C'était ce qu'elle pouvait faire de mieux pour lui, de son point de vue, et elle n'oublierait pas d'évoquer les deux généreux cerviens dans ses prochaines prières à la déesse, pour lui demander de les préserver à hauteur de leur noblesse d'âme. Oh, bien sûr, elle savait que cela ne suffisait pas à les garantir contre la dureté du monde, mais cela ne faisait jamais de mal. Vive comme un écureuil, elle s'écarta ensuite, et sur un dernier regard, se retourna définitivement. Le chemin était maintenant reconnaissable, avec les grandes portes du château qui se dessinaient, toutes proches : elle s'en fut comme une apparition, retrouvant l'obscurité de la grande descente qui la ramènerait à Bourg-de-Castelcerf, là où se trouvait la place qu'elle s'était faite.
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