Mission conjointe d'Eda et El [Poisson 1045]

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Sam 25 Jan - 12:44
Foudre
La Hache d'El
Foudre
Messages : 150
Localisation : Forbaie
De là où il était, il voyait les officiants d'Eda se parler. Le rire de Grâce lui parvint et elle tourna la tête dans sa direction en l'agitant doucement. Sa seule réponse fut de monter ses épaules et ses bras avec la paume tournée vers le ciel dans un geste qui indiquait qu'il n'y était pour rien et/ou qu'il ne pouvait s'en empêcher. Il savait que la demoiselle ne serait pas dupe. Un homme n'approchait pas un autre être humain aussi doux que cette soigneuse en ayant la peur au ventre. Ce genre de comportement aurait été compréhensible pour un inconnu devant approcher le Père d'El. En vrai, il ne comprit pas que la demoiselle riait parce qu'il avait récidivé en lui envoyant de l'aide sans lui demander son avis. Foudre était intelligent mais certaines nuances lui échappaient. Lui voyait un homme blafard s'approcher d'une femme. Cette dernière commençant à rire en voyant son collègue, cela devait certainement avoir un lien. Point final.

Ce qu'ils se dirent ne fut pas audible de là où ils étaient tous. La suite par contre était visible. La demoiselle faisait en sorte de montrer son dos en retirant son vêtement. Elle l'avait rabattu jusqu'à la taille ce qui faisait qu'elle était entièrement torse nue. On ne pouvait voir sa poitrine mais en cet instant, elle était à l'air libre. Tout comme il l'avait fait plutôt dans la journée quand Grâce avait relevé sa jupe, il se tourna histoire de ne pas mater.  Était-ce vraiment l'endroit pour enlever ses habits ? En même temps, il n'y avait pas vraiment d'endroits prévus ici. Ils étaient en pleine forêt. De plus, la Béarnoise était à bout de force et se déplacer pour trouver un endroit plus à l’abri des regards aurait été trop fatiguant pour elle. Foudre s'était tourné assez vite mais avait quand même vu de la couleur dans son dos. Le choc qu'elle avait dû recevoir avait été important. Cela devait être handicapant et très douloureux. Comment avait-elle fait pour ne pas chercher à ce que quelqu'un s'en occupe plus tôt ?

*Elle peut bien parler de moi... Elle est exactement pareille si ce n'est pire !*

L'hématome était important, il ne se retourna pas pour vérifier. Il était trop respectueux et également trop timide pour se rendre coupable de ne pas respecter l'intimité d'une demoiselle. Se rendait-elle compte que ce comportement attirait sans doute l'intérêt des hommes présent pour elle ? D'ailleurs, en parlant de cela, il y en a un qui chercha à faire quelque chose de moralement répréhensible... Foudre le connaissait par cœur et savait comment il réagissait en présence de jolies femmes. Le grand brun était timide mais pas stupide, il reconnaissait à Grâce une grande beauté ainsi qu'un charme sans pareil. Il pouvait donc comprendre l'attitude de certaines personnes mais pas en sa présence.

Rutilant revenait vers Foudre avec un grand sourire. Il ne regardait pas son ami mais bien la seule femme présente. Voulant passer à côté de lui, le Père tendit son bras pour l'empêcher de passer et demanda tout bas :

« Que comptes-tu faire mon ami ? »

Rutilant s'arrêta et regarda l'homme qui l'empêchait de passer. Il lui répondit tout aussi bas :

« Il me semble que j'ai oublié quelque chose là-bas et je vais de ce pas me diriger vers cet endroit (il pointa l'endroit où ils étaient tout à l'heure qui se trouvait non loin de là où les deux servants d'Eda étaient.) pour le retrouver. »

Foudre n'était pas né de la dernière pluie, il savait que Grâce plaisait et savait que Rutilant était friand de belles femmes. Mais là, il n'était pas question qu'il permette à son ami de se comporter comme un malotru.

« Écoute, nous savons tous les deux que tu n'as absolument rien perdu Rutilant. Si tu veux te rendre là-bas c'est uniquement pour pouvoir te rincer l'oeil. Désolé, je ne peux te permettre de perturber l'intimité de cet échange patient-soigneur. »

Feignant la surprise mais très mal, Rutilant répondit :

« Pardon ? Mais pour qui me prends-tu Foudre ? Je suis choqué ! Tu crois sincèrement que je voulais me rendre là-bas pour regarder Grâce ? Et pourquoi donc ? »

Il décala un peu sa tête pour apercevoir le dos de la soigneuse et une fois encore feignit la surprise :

« Oh bah ça alors, je n'avais même pas remarqué qu'elle avait enlevé le haut. Tu as vu cet hématome ? La pauvre, elle doit souffrir le martyr. Peut-être qu'elle a besoin d'aide ? Je ne suis pas bon en soins mais je pourrais lui apporter mon soutien en lui parlant, tu ne crois pas ? »

Foudre le regarda en affichant clairement qu'il n'était pas dupe. Rutilant tentait de conserver ce rôle qu'il avait débuté quelques secondes auparavant et n'en pouvait plus. Il voyait que ça ne fonctionnait pas. Il dit :

« Oh allez Foudre quoi. Ne me dis pas que tu n'as pas non plus envie de trouver une excuse pour aller voir ? Sérieux ce prêtre doit être aux anges ! Pourquoi j'ai atterrit dans ce clergé moi ? Par El ! J'aurais dû choisir le soin aux personnes. Toutes ces poitrines qui auraient mérité mes soins. Désolé mes chéries, je ne pourrais pas vous soulager... J'ai choisi la mauvaise voie. »

Pour toutes réponses, Foudre poussa son ami dans la direction opposée. L'échange s'était déroulé à voix basse et personne n'avait pu entendre ce que Rutilant venait de dire. Ce gaillard ne changerait jamais. Il suffisait d'une jolie femme pour qu'il perde la tête, étrange qu'il ne l'ait pas perdue plus vite en présence de la Béarnoise. Rutilant fut déçu de l'attitude de son ami et accepta de marcher dans la direction opposée mais en faisant mine de pleurer de désespoir. Alors qu'il allait suivre le roux, le soigneur que Foudre avait menacé vint le trouver en disant qu'il avait fait ce qui avait été demandé mais qu'il n'y avait pas moyen d'avancer pour le moment faute de matériel. En effet, les soins avaient besoin de chaleur et d'instruments pour contenir de l'eau et divers plantes pour divers usages. Le Père regarda ce prêtre et dit :

« Bien... Faisons en sorte d'avoir suffisamment de bois pour faire des feux. Le camp principal doit préparer ce que l'on a demandé j'imagine. En attendant, il n'y a pas grand chose que l'on puisse faire. Assurez-vous qu'elle ne travaille pas et qu'elle ne fasse rien de fatiguant. Dans le cas contraire, vous savez ce qui vous attend. »

Il regarda dans la direction de Grâce et vit que cette dernière s'était rhabillée et qu'elle semblait se déplacer. Vu la direction qu'elle prenait, elle retournait à la rivière. C'était de là, en sens inverse, qu'elle était apparue quand Foudre et Rutilant s'étaient battus. Voulant retrouver ses camarades, il vit son ami de longue date commencer à suivre Grâce et il l'appela :

« Rutilant, viens. Nous devons savoir comment nous allons faire pour la suite. De plus, je ne sais pas ce que tu as demandé au camp principal, je souhaiterais savoir comment tu vas organiser la suite. »

Le Béarnois eut un sourire caché. Encore une fois, il s'était fait griller. Tant pis ! Il rebroussa chemin et vint rejoindre ses camarades. Il était temps de voir comment et qui allait suivre la piste. Le matériel arriverait prochainement. Autant gagner du temps.
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Dim 26 Jan - 13:06
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
Messages : 18

Bien évidement, elle n'avait rien perçu des échanges entre Foudre et Rutilant. Elle n'était pourtant pas naïve quant aux réactions qu'elle avait pu suscité en se dévêtant ainsi à la vue de ce groupe d'hommes. Pourtant elle n'avait pas hésité un instant, pas plus qu'elle ne se posa de questions en se rendant derechef à la rivière pour achever sa toilette.
A chaque pas, elle reprenait un peu plus d'assurance mais lorsqu'il fut question de se pencher pour s'asseoir de nouveau, Grâce eut la tête qui tourna. La dernière fois qu'elle avait autant forcé, c'était en Outriles dans le campement de soins. Elle n'avait pas ménagé ses efforts, sautant des repas, dormant guère plus de deux ou trois heures d'affilée, afin d'être la plus active possible et d'aider le maximum de blessés. Elle n'avait pas nécessairement artisé beaucoup et jamais seule sur ses propres réserves mais la fatigue s'était accumulée quand même. Foudre avait dit qu'elle avait la responsabilité de vies humaines et que sa fatigue pouvait l'amener à faire des erreurs fatales... Le poids de cette responsabilité-là, elle l'avait tous les jours sur ses épaules, parce que la jeune femme était persuadée qu'elle n'avait pas le choix de le porter. Certains mettaient la barre haute pour elle, mais elle en était également coupable en n'acceptant pas d'être faillible elle-même.

Elle ôta ses chaussures et glissa ses jambes dans l'eau glacée de la rivière. Sa robe formait une corolle dans son dos, relevée au maximum sur l'avant afin d'éviter de la mouiller. Elle aurait eu meilleur compte à se baigner entièrement mais elle savait l'effet néfaste d'une température aussi basse sur la contracture de son dos. Pourtant le froid serait bénéfique pour atténuer le bleu. Voilà un dilemme qui se posait là. Grâce choisit de s'occuper d'abord de frotter ses jambes pour en retirer le sang séché. Cela lui permit de se laver davantage les mains également. Il lui faudrait une petite lame pour s'occuper de nettoyer convenablement ses ongles par la suite.
Tandis qu'elle frottait, elle ne pensait à rien. Simplement le geste qu'elle effectuait. Simplement le mordant de l'eau sur sa peau. Son regard était ailleurs, absent. Malgré sa migraine, elle sentait l'attraction de l'Art, son appel à le rejoindre, à se couler en lui comme dans l'eau de cette rivière. Elle devait résister, elle était trop fatiguée pour lutter si elle se laissait emporter dans son flot. Aussi, la jeune femme se ressaisit, mouillant soudain son visage d'une giclée froide pour revenir à l'instant. Elle se trempa plus que ce qu'elle souhaitait mais au moins, elle était réveillée. Son choix fut fait ; l'eau la tiendrait en alerte et apaiserait son hématome. La contracture musculaire serait traitée plus tard quand elle serait auprès d'un bon feu.

Défaisant une nouvelle fois son corsage, elle fit passer sa robe par dessus sa tête, se mordant involontairement la joue quand elle leva les bras. Elle la déposa à plat un peu plus loin du bord et entra nue dans l'eau. Le temps en cette partie des Duchés était un peu plus clément qu'en Béarn mais le cours n'en restait pas moins très frais. Serrant les dents, elle se plaça de manière à avoir le courant dans le dos, à demi assise-accroupie car l'endroit où elle s'était installée n'était guère profond. Elle ne pourrait pas rester des heures ainsi, même avec sa résistance de Béarnoise au froid. Elle ramena ses cheveux sur l'avant et les tressa rapidement sans pouvoir les attacher. Elle se massa les tempes et se mit à chantonner pour s'occuper l'esprit.
Avant la fin de cette comptine, elle grelottait et claquait des dents. La prêtresse se redressa et se frictionna en regagnant la rive.


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Au campement principal, la demande de Rutilant avait été passée et on s'activait à rassembler au plus vite ce dont le groupe avait besoin.
Les Pères des deux ordres étaient clairement soulagés que la source ait été découverte. En revanche, ils s'étonnaient eux aussi de cette étrange affaire et les encouragèrent à poursuivre leurs recherches.
Le matériel demandé partit moins d'une heure après le message d'art.


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Au village, on n'avait aucune idée de tout ce qui se tramait dans la forêt ou au campement.
Saule, sur ordre de Grâce, avait la responsabilité des prêtres et prêtresses, s'assurait que chacun prenne le temps de repos nécessaire et tout tournait parfaitement.
Un seul nouveau mort était à déplorer et aucun nouveau cas ne s'était déclaré. Ça se présentait plutôt bien.
L'herboriste était inquiet de n'avoir aucune nouvelle de la jeune blonde qui était précipitamment partie sans rien lui dire. Il ne pouvait envoyer personne se renseigner car chaque personne ici présente était indispensable au bon déroulement des soins ou de l'organisation générale. Il se rongeait les sangs en imaginant le pire mais ne pouvait rien faire de plus que ce qu'elle attendit de lui.


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Une fois approximativement séchée, la demoiselle se rhabilla doucement.
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Sam 1 Fév - 14:31
Foudre
La Hache d'El
Foudre
Messages : 150
Localisation : Forbaie
Les Frères d'El n'étant pas indispensables à la discussion furent occupés à ramasser du bois pour faire des feux, délimiter une zone pour monter un petit campement et se reposer. Rutilant et Foudre avec deux autres membres de leur groupe discutèrent quelques instants. Il allait falloir trouver des pistes pour comprendre comment ces animaux s'étaient retrouvés entassés à cet endroit. C'était pour le moins étrange et le Frère possédant l'Art et qui communiquait avec le camp principal fit bien comprendre que le Père Estran voulait des réponses. Il avait fait part de sa satisfaction dans le fait de trouver la source. Il avait également demandé que l'information soit transmise aux soigneurs sur le front. De savoir que la cause était un amas d'animaux leur permettraient sans doute d'agir différemment et d'orienter leurs soins pour éviter plus de morts.

Ce groupe de guerriers se sépara bien assez vite parce qu'aucun d'entre-eux n'étaient des pisteurs professionnels. Ils se mirent d'accord sur le fait qu'ils devaient être peu nombreux pour ne pas se faire repérer mais suffisamment pour que les gens évitent de les attaquer si jamais ils tombaient dessus. Rutilant avança le chiffre de cinq personnes et Foudre fut d'accord avec. Les deux chefs se proposèrent d'emblée et le roux demanda aux deux autres frères d'attendre de voir qui débarquerait du camp principal avant d'arrêter son choix. Ainsi, il éviterait les déceptions en cas de changement dans le groupe. Peut-être que certains frères seraient plus utiles que ceux qui se trouvaient sur place. Ne voyant plus rien à ajouter, le groupe se sépara. Foudre décida de ce temps de rien pour se reposer. Il trouva un arbre ayant assez de mousse pour faire coussin et s'adosser à lui. L'endroit était bien trouvé vu qu'un de ses frères décida également d'y allumer un petit feu pour qu'ils n'aient pas froid.

Les deux autres frères décidèrent de rejoindre les deux du culte d'Eda pour papoter et tenter de s'immiscer dans leur conversation. Ils étaient en train de parler d'une femme de la noblesse qui venait souvent au temple pour parler ou aider et qui là, avait décidé d'intégrer pleinement l'ordre. Renonçant ainsi à son titre et ses privilèges. Cela éveillait évidemment la curiosité de tous les membres de ce culte ayant connaissance de cette histoire. Si certains y voyait une bonne chose, les plus sceptiques ne pouvaient s'empêcher de trouver cela louche. Le même genre de personnes qui avaient les mêmes appréhensions envers la noblesse. Pour ces gens là, c'était un coup pour se faire remarquer et montrer qu'ils étaient capables de bonnes actions. De la poudre aux yeux quoi.

Rutilant, lui, remarqua que Foudre et les autres ne faisaient pas attention à lui et décida d'aller voir où se trouvait Grâce. Il n'avait pas dans la tête de lui parler mais de l'admirer. Étant la seule femme du groupe, elle semblait avoir plus d'intérêt pour lui que les conversations qu'il pourrait avoir avec n'importe lequel des hommes présents. De toutes façons, c'était souvent la même rengaine. Ça parlait de la famille, de missions, de femmes... Il avait déjà eut plus que son compte de ce genre de situations et savait que ça lui arriverait encore plus qu'à son tour. Autant varier les plaisirs et se rendre à la rivière. Pour ne pas que l'on soupçonne son projet, il prit une direction différente pour pouvoir bifurquer quand il ne serait plus en vu des autres. Ainsi, on ne pourrait pas deviner ce qu'il voulait faire. Il se rendait simplement plus loin pour se vider la tête et profiter du calme pour marcher, être seul.

Une fois qu'il fut sûr de ne pas être repéré, il se rendit par un autre accès à la rivière ou plutôt, à proximité. Son but n'était pas de se planter devant la demoiselle jusqu'à ce qu'elle remarque qu'il était présent. Il n'avait pas envie de se faire crier dessus. Ne connaissant pas la soigneuse plus que ça, il ne pouvait savoir comment elle réagirait. Il marcha donc de plus en plus prudemment à mesure qu'il arrivait près de l'endroit où elle se trouvait. Et là, il vit ce qu'il cherchait pour pouvoir voir sans être vu. A un endroit, trois sapins se trouvaient plutôt proches les uns des autres ce qui faisait une espèce de haie avec les branches qui s'enchevêtraient jusqu'au sol. Là, il pouvait entrer dedans sans se faire remarquer et observer discrètement. Il ne pouvait voir aussi bien que s'il s'était planté devant elle parce que son champ de vision n'était pas total. Des parties étaient cachées par les branchages. Mais c'était suffisant. Malheureusement pour lui, il ne vit pas le moment où elle avait retiré son habit pour se retrouver nue avant de rentrer dans l'eau. Il ne vit pas non plus le moment où elle s'assit dans l'eau, ni celui où elle tressa ses cheveux. Tout ça, il ne le vit pas mais il vit quand même quelque chose... Le moment où elle sortit de l'eau qui devait être sacrément froide pour la saison. Il vit ce corps pâle et nu. Les extrémités de ses seins qui réagissaient à la température, le bleu qu'elle avait dans le dos et il fut subjugué. Il avait bien fait de venir. Cette femme était drôlement bien faites. Oui, cette ecchymose gâchait un peu le plaisir mais le reste était sublime.

*Est-ce que Foudre a eut droit à tout ça ?*

Il lui revint en mémoire à ce moment là le fait qu'ils semblaient plus proches qu'au début. Ne pouvant imaginer que l'on ne se contente que de regarder en silence, il avait imaginé que quelque chose s'était passé entre eux pendant son absence.

*Tu m'étonnes mon cochon que tu ne veuilles pas que je vienne ici... Sacré spectacle...*

Pendant ce temps, Foudre s'était endormi comme une masse. La fatigue dû au travail mais pas seulement. Son corps réclamait encore du repos. Il sortait tout juste d'un empoisonnement. La chaleur qui émanait du feu non loin de lui l'avait aidé à sombrer plus vite encore. Il se serait cru dans un temple s'il n'y avait l'odeur...

En effet, le remède de Grâce pour ne pas sentir la puanteur des lieux s'estompait peu à peu. A la bonne odeur de menthe venait parfois s'ajouter quelques relents de viandes pourries, le feu qui crépitait à côté et le faible vent s'ajoutaient aux pensées du guerrier brun. Cela le remontait à une période noire de sa vie. Une période sombre pour bons nombres d'entre-eux qui avaient eut la chance de s'en sortir. Cela lui rappelait la Guerre Rouge ! Là-bas, il dû souvent faire des feux en pleine nature pour ne pas se faire avoir par le froid mordant. Là-bas, le vent charriait l'odeur des cadavres des guerriers tombés qui s'étaient fait dessus avant de ne plus voir la lumière et de sombrer dans les ténèbres. Sans que cela n'ait la moindre incidence pour le moment, la respiration de Foudre s’accéléra. Son esprit lui ressortit des images, des sons, des bruits de cette époque. Il revoyait ses frères tomber, ses ennemis crier, le bruit des armes qui s'entrechoquaient. Et par dessus tout ce tumulte, l'odeur des corps et leurs cris. Il se réveilla d'un coup sans plus savoir où il était. Il se leva et semblait agir comme un animal que l'on traquait. Il regardait tout autour de lui, sa respiration était sifflante et il criait à ses frères de ne pas s'approcher de lui tout en ayant sorti ses haches. Il vit les corps des animaux, les feux, le regard de ces hommes en face de lui. Et il courut dans la direction qui lui semblait la plus sûre. Il courut et lâcha ses armes dans sa course parce qu'elles étaient plus encombrantes qu'autre chose. Il voulait par dessus tout ne plus sentir cette odeur, ne plus entendre ces cris dans sa tête. Il vit la rivière, s'accroupit et plongea la tête dans l'eau en criant le plus fort possible toujours la tête immergée.

Il n'était pas à l'endroit où Grâce était mais il n'était pas très loin. On pouvait entendre les frères qui l'appelaient pour savoir où il avait bien pu se rendre. Que se passait-il donc dans sa tête en cet instant ? Personne ne le savait. Comment auraient-ils pu imaginer que sa fatigue physique ajoutée à celle mentale et le lieu où ils se trouvaient, tous ces facteurs combinés fassent que Foudre revivait un événement traumatisant de sa vie.

Le Père sortit la tête de l'eau et criait :

« Sortez de ma tête, sortez de ma tête ! Ils arrivent ! Ils arrivent ! »

Puis il replongea sa tête dans l'eau. Ce comportement se répéta deux ou trois fois avant qu'un de ses frères n'arrive près de lui. Ne sachant pas comment réagir, il restait à distance de sécurité. Il fallait que Rutilant soit là mais où était-il ? C'était le seul à être assez proche de Foudre pour pouvoir approcher sans trop de danger.
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Sam 1 Fév - 22:44
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
Messages : 18

Sa peau avait pris une jolie teinte rosée sous le coup du froid. La chair de poule habillait ses membres et son ventre. Elle se frictionna d'abord les bras avec vigueur, laissant l'air sécher les gouttes qui dégoulinaient contre ses formes et perlaient de ses cheveux tressés. Elle s'attaqua à sécher ses jambes, usant seulement de ses paumes pour se réchauffer, sans se douter qu'une paire d'yeux épiait le moindre de ses gestes, ne perdant pas une miette du spectacle qu'elle offrait. Elle frémissait sous la bise et son dos lui faisait toujours mal ; pourtant ce bain lui avait fait plus de bien qu'elle ne le pensait au départ. Son esprit avait fini par s'éclaircir à mesure que l'eau courait contre elle. Après avoir lutté pour rester à la surface de l'Art et ne pas sombrer dans son flux , la jeune femme était satisfaite d'avoir remporté ce combat contre cette attraction.


La demoiselle avait fini par remettre sa robe et allait commencer à la boutonner quand elle entendit du bruit un peu plus loin dans la rivière. Des cris d'angoisse retentirent et elle reconnut étrangement la voix de Foudre. Celle-ci lui donna l'impression d'une angoisse enserrant son cœur, embrumant son corps et ses pensées et Grâce réalisa que c'était là les ressentis du prêtre d'El vers qui elle avait naturellement tendu son Art pour voir comment il allait.
Elle se pressa dans sa direction, ses pieds nus foulant les berges de la rivière. Elle n'avait fini de refermer son corsage mais n'y prêta pas attention.
Si certains des prêtres s'en rendirent compte quand elle arriva, ils ne lui dirent pas. Ils avaient d'autres choses à penser. Par exemple, un grand et fort gaillard se plongeant la tête dans l'eau et hurlant juste ensuite. Un spectacle qui aurait pu prêter à la moquerie s'il ne s'était sagit du Père d'El et si une froide frayeur n'entourait pas la scène.


" Foudre ! " l'interpela-t-elle à haute voix et dans sa tête également. Elle continua par ce biais uniquement, s'approchant lentement de lui. " Calme-toi... Tout va bien... Tu ne risques rien. Respire fort et laisse-les partir. Fais-les sortir. Tu es assez fort pour les combattre. "
Elle restait en surface, sa présence comme une caresse apaisante dans l'esprit du guerrier. Elle ne souhaitait pas s'imposer à lui mais ne voyait pas comment faire pour l'approcher sans s'aider de sa magie. Il n'était que force brute en cet instant et personne n'osait l'approcher à part elle. Il semblait imprévisible, complètement déboussolé, à la limite d'une autre réalité, ou comme pris dans un mauvais rêve.
Grâce répéta avec douceur les mêmes mots, un pas après l'autre, dans la réalité comme vers son esprit. Elle ne rentrerait pas plus avant dans les souvenirs du prêtre sans que celui-ci ne l'y invite mais elle réussit petit à petit à le rejoindre au bord de l'eau. Ses mains tendues en sa direction ne le touchèrent pas, ne le frolèrent même pas vraiment, offrant sa présence à ses côtés comme dans sa tête. Grâce restait prudente, sur la défensive, sentant la tension nerveuse de son patient envahir chaque parcelle de son propre corps. Elle prenait garde à chacun des gestes qu'il faisait, restant toujours dans son champ de vision et lui dans le sien. Des gens en proie à ce genre de délire, elle en avait vu quelques-uns et c'était toujours un peu dangereux de s'en approcher, car leurs réactions n'étaient pas nécessairement soumises à une logique.
Elle n'avait pas idée de ce qu'il voyait, de ce contre quoi il luttait, à quels mauvais souvenirs ses sens l'avaient ramené. Elle aurait pu le savoir. Il suffisait pour ça de s'introduire un peu plus en lui, de franchir cette limite, d'un pas de plus dans sa direction.


" Tout va bien Foudre... Regarde-moi. Rien ne peut t'arriver. " murmura-t-elle d'une voix légèrement chantante pour qu'il puisse l'entendre.
Aurait-elle dû être plus prudente ? Plus présente ? Faire plus attention à la santé du Ripponais ? Qu'avait-elle laissé passer pour qu'il en arriva à cet instant de folie ? Bien entendu, elle se pensait responsable ; comment ne pas l'être car elle l'avait amené ici alors que la raison aurait voulu qu'il resta au campement, sinon alité, tout du moins au repos complet. Il ne se serait pas laissé faire mais au moins aurait-il été mieux que l'état qu'il offrait là... Grâce s'en voulait et ferait, une fois de plus, tout ce qui était en son pouvoir pour l'aider.
Elle s'efforçait de présenter un visage confiant et serein à l'homme en face d'elle. Elle essayait de capter son regard, de le faire s'accrocher à une chose tangible, réelle. Pourtant, elle tremblait et ce n'était pas dû au courant d'air qui chatouillait sa poitrine à demi découverte.
Si elle plongeait plus profondément dans la tête de Foudre pour l'aider à se sortir de ce tourbillon de souvenirs, d'émotions, qu'y découvrirait-elle ? En ressortirait-elle indemne au vu de sa propre fatigue ? S'il n'arrivait pas à se calmer avec ce qu'elle lui offrait là, elle serait obligée d'essayer autre chose.
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Lun 10 Fév - 18:39
Foudre
La Hache d'El
Foudre
Messages : 150
Localisation : Forbaie
Quel spectacle elle offrait. Rutilant en avait vu de jolies femmes dans sa vie. Des belles et des moins belles. Il n'était pas forcément difficile en amour. Il fallait seulement qu'elle ait un petit truc. Un beau corps, de jolis yeux, un sourire enchanteur, une voix mélodieuse qui pouvait faire penser que la personne était une coquine. Rutilant se focalisait parfois sur des détails mais il est vrai que la beauté du corps était en général son principal critère. Et là, l'adage lui donnait presque raison. Il en avait pour son argent sauf qu'il n'avait rien payé. C'était devant lui, c'était offert. Il en frémissait de plaisir. Il ne savait plus où mettre ses yeux parcourant chaque partie et son ensemble sans savoir où s'arrêter. Il avait l'impression d'être comme le soldat le jour de la solde. Son sourire lui remontait jusqu'aux oreilles et il se félicitait de son idée.

*Mon p'tit père, tu as vraiment eu une riche idée. Ces images vont te hanter pour des jours !*

Il n'entendit pas vraiment les cris de Foudre, il remarqua à la gestuelle de la sœur d'Eda que quelque chose clochait. Sa robe était mise mais pas tous les boutons. Ce quelque chose devait être interpellant et pressant pour qu'elle parte à cette vitesse. Sans doute devait-il également la suivre pour voir de quoi il en retournait. Il sortit de sa cachette et suivit comme il put. Pas de trop près pour se faire repérer et pas trop loin non plus pour ne pas la perdre. Et là, il entendit et compris. Il s'enfonça un peu plus pour que l'on ne remarque pas qu'il venait du même coin que Grâce. Ce petit détour lui fit perdre un peu de temps. Temps que la sœur avait mis à profit pour tenter une approche. La malheureuse, elle allait se faire frapper ! Quand il était dans cet état, il n'écoutait rien ni personne.

Foudre hurlait en se tenant la tête, les voix n'arrêtaient pas de l'habiter. Il revivait les scènes de batailles, les cris, les bruits des armes qui s'entrechoquaient et celles qui rentraient dans les corps, il pouvait même presque sentir la puanteur du lieu et ce froid qui les prenait jusqu'aux os. Le fait de tremper sa tête dans l'eau froide n'était sans doute pas la meilleure idée pour combattre le mal. Mais il était loin de pouvoir faire preuve de réflexion ou de logique. Seul l'instinct primaire parlait, c'était presqu'un animal en cet instant. Un animal qui souffrait et tentait des choses pour arrêter de souffrir. Soudain, il réagit quand il entendit la voix de Grâce près de lui mais également dans sa tête. Il se figea. C'était une voix en plus qui se mélangeait aux autres. Néanmoins, elle semblait être plus calme. Il cessa pour le coup de se plonger la tête dans l'eau. Les gouttes perlaient de ses cheveux, de sa barbe, de sa moustache. Le haut de ses habits était trempé. Il ne bougeait plus mais sa respiration restait rapide et son regard était loin d'être celui d'une personne normale. Il donnait plutôt l'impression d'un fou qui attendait la bonne occasion pour agir.

Derrière cette scène, les frères d'El cherchèrent où pouvait se trouver Rutilant. Qui de mieux que l'un de ses meilleurs amis pouvait agir en ces circonstances. Si cela se trouvait, il avait déjà été confronté à ce genre de réaction chez cet homme. Eux non. En général, ils ne faisaient pas partie des hommes partant en mission avec Rutilant ou même Foudre. Quand ils virent le grand roux débarquer, ils furent soulagé. Il n'y avait pas besoin d'explications. Il avait déjà vécu cela et agita la main vers l'un de ses pairs qui voulait lui parler. Il avançait prudemment et resta à une certaine distance laissant pour l'instant Grâce travailler. Il se tenait prêt au cas où.

La demoiselle tendait ses mains vers lui mais sans chercher à le toucher. Foudre, de son côté, regardait cela d'un air méfiant. Il était accroupi au sol et s'écarta légèrement de la demoiselle qui était trop près de lui. Sa voix était toujours dans sa tête à chercher à le rassurer. Puis plus rien. La voix de la demoiselle dans sa tête avait disparue. Seul demeurait celle qu'entendait ses oreilles. Chacun de ses gestes était lent. Elle semblait faire très attention à ne pas le brusquer. Bonne réaction, c'était ce qu'il fallait faire. Là, il ne faisait plus qu'attention à Grâce. Il avait l'impression de n'y avoir qu'eux deux. Rutilant se trouvait dans l'angle mort de Foudre. Il n'interviendrait que si c'était vraiment nécessaire. Pour le coup, il ne fit même pas attention au fait que la poitrine de la demoiselle était à demi découverte.

« Ah Frère Rutilant, vous êtes là. On vous a cherché partout ! »

Par El ! Pourquoi cette bourse molle avait-il fait irruption d'un coup comme ça sans faire attention à ce qu'il se passait. De plus, il n'avait pas parlé tout bas. Il fut tout étonné de voir les autres lui faire des gestes pour qu'il se taise. Le temps que Rutilant remette sa concentration sur Foudre, il fallait intervenir. Foudre n'était pas dans son assiette. A cette irruption, quelque chose se passa dans sa tête et il fit mine de vouloir frapper Grâce tout en ayant un cri :

« Laissez-moi tranquille ! »

Là, Rutilant cria à Grâce :

« Eééééécaaaaaaaartez-vous !!!! »

Le temps de lui dire ça, il bondit sur son ami qui s'était retourné vers lui pour savoir d'où venait cette nouvelle agression. Les bras de Rutilant attrapèrent Foudre et son épaule vint percuter le grand brun en plein dans son estomac. Les deux hommes s'envolèrent l'espace d'une seconde et atterrirent dans l'eau. Foudre fut le premier à se relever et s'en pris à Rutilant qui réussi à glisser derrière pour l'attraper par les hanches et à le faire passer par dessus lui en arrière. Là, il réussit à nouveau à être sur Foudre avant que ce dernier ne se reprenne et put l'immobiliser. Tandis qu'il faisait ça, Rutilant parlait à son ami lui ordonnant de se calmer, qu'il n'y avait rien, que la guerre était loin, qu'ils étaient au pays. Rien ne viendrait les attaquer parce qu'ils n'avaient pas d'ennemis. Foudre tentait de se débattre comme il pouvait mais Rutilant avait bien assuré ses prises. Il savait d'expérience que ça pouvait prendre du temps mais que quand le Ripponais serait fatigué, il redeviendrait aussi doux qu'un agneau et qu'à ce moment là, on pourrait lui reparler comme avant.
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Mer 12 Fév - 15:27
Grâce
Soigneuse solitaire
Grâce
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Cela semblait fonctionner. Il s'était un peu écarté d'elle, comme un animal effrayé jaugeant celui qui l'approchait. Mais il n'hurlait plus déjà, ne se trempait plus la tête dans l'eau et se concentrait sur elle seule comme elle ne se concentrait que sur lui. Or cela était beaucoup plus facile pour elle et quand un prêtre interpella Rutilant, comme si la scène qui se jouait là n'existait pas, Grâce ne cilla pas, ne détourna pas les yeux une seconde. Sa conscience de ce qui l'entourait était intact. Elle savait où se trouvait le grand roux de Béarn. Elle le sentait prêt à intervenir mais la laissait tenter sa chance.
Elle perçut la rupture du faible lien tissé entre elle et Foudre. Elle la perçut avant même le début du geste de ce dernier contre elle, avant les mots qu'il cracha dans sa direction, avant l'invective de son compagnon de s'écarter. Elle la reçut comme un coup violent dans sa tête et dans son cœur. La prêtresse en tomba à la renverse. Elle avait eu l'impression d'être brutalement rejetée, comme chassée par la volonté du prêtre d'El. Une seconde d'inattention, un bruit extérieur brisant irrémédiablement le mince lien tendu avec son patient. Il avait commencé à lui accorder un semblant de confiance dans ce brouillard qui l'accablait mais la noirceur et la peur étaient plus fortes et la lumière qu'elle offrait pour l'en sortir finalement trop faible.


La jeune femme ne s'offusqua pas qu'il ait voulu la frapper. Ce ne serait pas la première fois qu'un homme ou qu'une femme en proie à une crise psychotique chercha à s'en prendre à elle. Et ce ne serait pas la dernière. Elle vit Rutilant foncer sur son ami pour l'écarter d'elle, prendre des coups à sa place avant de maîtriser le Ripponais en usant de sa force. Ce dernier se débattait sous lui, n'écoutant aucunement les mots que son compagnon lui adressait. Il parlait de la guerre qui était finie, des ennemis qui n'existaient plus que dans ses souvenirs. Il savait ce que son ami traversait, ce qu'il avait en tête en cet instant. Cela voulait dire que ce n'était pas la première fois que cette résurgence se produisait, que bien enfoui en lui se trouvait le traumatisme de ces nuits sans sommeil, de ces morts par centaines, de ces odeurs et de ces cris qui peuplaient les champs de bataille, de l'aura de la mort qui accompagnait chaque combattant, ne faisant pas de distinction entre ami ou ennemi. Tout cela, la soigneuse ne le connaissait pas. Elle ne l'avait jamais expérimenté mais combien de regards hagards de toutes ces peurs silencieuses, de ce cauchemar vivant avait-elle vu ? Trop...
Sous la force de Foudre, sous son impulsive puissance, il y avait une faille bien cachée qui n'avait attendu qu'un instant de faiblesse pour se manifester.


Elle s'était relevée, contemplant un instant la scène, les bras croisés sur sa poitrine comme pour se réchauffer et se redonner de l'énergie. Puis elle se tourna vers les prêtres présents autour et les interpella : " Le spectacle est terminé. Continuez vos corvées ou que sais-je ! " Son regard ne laissait pas place à une quelconque réponse négative et elle attendit que chacun se mette en mouvement pour s'approcher des deux hommes au sol. Elle se plaça auprès de la tête de Foudre, posant ses yeux clairs dans ceux de son homologue en face d'elle. S'il était le mieux placé pour aider le père d'El, elle le laisserait faire mais elle était encore en mesure de l'assister.


Dans un souffle, elle parla à Rutilant. Sa voix d'Art était la même que dans la réalité, douce et précise. Elle ne souhaitait pas perturber davantage l'intervention du rouquin en s'adressant à lui à haute voix. Il l'entendrait mais ne pourrait rien répondre.
" C'est moi. Grâce. N'ais crainte. Continue de lui parler. Comme si je n'étais pas là. Je vais donner un écho plus profond à tes mots. Il faut qu'il se calme rapidement et qu'il se sèche auprès d'un bon feu. "
Elle se tenait déjà tout près de Foudre, à genoux dans l'eau elle aussi. Elle ne toucha pas le grand guerrier et ne chercha pas à être vue de lui. Elle n'aurait probablement pas réussi tant il était concentré sur celui qui entravait ses gestes. Mais elle quitta Rutilant du regard pour reporter son attention sur les traits du visage de celui dont elle était responsable. Un coin de son esprit lui dit qu'il y avait un peu plus qu'une simple question de responsabilité ou de conscience professionnelle mais elle chassa cette idée au loin. Elle prit une longue respiration et alors que l'air quitta ses poumons, elle se glissa dans la tête de Foudre, invisible comme un souffle. De la même manière que le vent léger qui balayait les nuages de son souffle discret, elle œuvra pour chasser un à un les mauvais souvenirs de l'esprit du soldat d'El, faisant écho à chaque mot prononcé par son ami, écoutant et se synchronisant avec ce qu'il évoquait. Ils ne disparaîtraient pas. Ce n'était pas l'objectif ici. Il fallait apprendre à vivre avec ses souvenirs, bons comme mauvais, en les acceptant pour ce qu'ils étaient : des choses sur lesquelles il n'y avait plus de prise.
Petit à petit, les muscles du visage de Foudre se détendirent, sa respiration se calma et ses gestes de protestation s'amenuisèrent. Grâce tenait ses mains serrées sur ses genoux. Elle se retira en elle-même avant que cela soit véritablement fini. Ses murailles se refermèrent autour d'elle et elle tremblait comme une feuille en se relevant. Son intervention par l'Art avait permis d'accélérer le processus de retour à la normale mais elle n'avait pas réussi à se prémunir du ressenti du Père d'El et il lui fallait évacuer à son tour. Elle n'avait pas eu besoin de voir quoi que ce soit, d'entrer réellement dans les souvenirs du soldat pour avoir enregistré ses désagréables impressions.


Sans un mot, sans se retourner, la soigneuse s'éloigna, pieds nus et robe toujours défaite. Elle avait besoin de marcher. Seule. Loin du moindre tumulte, de la moindre question. Elle avait déjà connu ça. Était-ce une fois ? Ou plusieurs ? En quelles circonstances ? Pour sauver ou aider qui ? C'était flou, insaisissable pour son esprit mais son corps tremblant s'en souvenait pour elle.
Elle suivit le cours de la rivière, la remontant ou la descendant, elle n'en avait pas la moindre idée. Ce n'était pas important. Elle se contentait de respirer, de marcher et de respirer. Respirer encore. Toujours. Inspirer. Expirer. Prendre conscience de ce qui était et le laisser s'échapper, glisser sur elle lorsque son souffle repassait au dehors. Se libérer de cet état, de cette sensation, de ses frissons qui n'étaient pas dû au froid de son corps. Inspirer. Expirer.
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